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Nouara Algérie.com

Ecologie, environnement, nature, économie verte et développement durable en Algérie

Gaz de schiste en Algérie: pour Hacina Zegzeg, «les dégâts sont déjà là»

INVITÉ AFRIQUE

Par Leïla Beratto

Diffusion : lundi 6 avril 2015

En Algérie, un comité national contre l'exploitation du gaz de schiste a été créé. Il regroupe des experts et des militants de plusieurs régions du pays, mais il est basé à In Salah, ville de 50 000 habitants à plus de 1 000 kilomètres de la capitale. C'est là qu'est situé le premier puits de gaz de schiste algérien. Et c'est là que les habitants manifestent contre l'exploitation de ce gaz depuis le 31 décembre dernier. Hacina Zegzeg est la représentante des opposants au gaz de schiste de In Salah. Elle est au micro de Leïla Beratto.

RFI : Les manifestations contre le gaz de schiste dans la ville d’In Salah durent maintenant depuis trois mois, que demandent les manifestants ?

Hacina Zegzeg : La première demande, c’est l’arrêt immédiat des forages. La deuxième demande, c’est le nettoyage du site et la troisième demande, c’est le moratoire.

L’exploitation a commencé au mois de décembre, vous dites demander l’arrêt des forages et le nettoyage du site, est-ce que vous avez des craintes de conséquences écologiques ?

La catastrophe écologique a déjà eu lieu. Il y a des bourbiers qui sont remplis de produits chimiques, ils ont créé des puits poubelles, on a trouvé des animaux morts, on a des chameaux qui ont bu de l’eau et qui sont morts, un vol de cigognes noires qui est passé au-dessus des forages et qu’on a trouvé morts aussi. Oui, on craint bien sûr. Tous les produits chimiques sont exposés à l’air libre et l’eau mélangée avec les produits chimiques, qui est en fait stockée dans les bourbiers, tout ce qui ne passe pas dans la nappe, qu’on utilise pour les besoins quotidiens, ça s’évapore dans l’air. C’est vraiment à proximité, c’est à 35 km. Le gaz de schiste, on n’est pas contre. On n’est pas contre son exploration, on est contre l’utilisation des fracturations hydrochimiques. Ils utilisent 750 produits chimiques, on n’a pas le droit de voir la liste parce qu’on nous a dit que c’était un secret professionnel. 70% de l’eau qui est injectée, est récupérée, 30%, ils ne savent pas où elle va, ils n’ont jamais utilisé aucun fluide de traçabilité pour savoir où va cette eau. Nos experts nous ont expliqué, nos experts localement, nous ont expliqué que les 30% de cette eau, qui n’est pas récupérée, est mélangée à l’eau potable.

Et ça, ça aurait des conséquences sur la population directement ?

Complètement, puisqu’à In Salah, on a une nappe fossile qui ne se renouvelle pas et cette nappe va jusqu’en Mauritanie et jusqu’en Libye. Elle part pas, elle ne rejoint pas la mer, elle ne bouge pas, elle est fossile, donc les produits restent là-bas. Et puis c’est clair, quant on est un chameau, un chameau pèse de 600 à 800 kg, quant il boit de l’eau, il meurt. On n’a pas d’habitants qui font 600 kg, en trois heures les chameaux sont morts. On a fait les autopsies et on a envoyé les échantillons, l’eau actuellement, qui est à proximité des forages, est mortelle. Ils ont déjà fracturé plusieurs fois, ils veulent fracturer le deuxième puits et c’est ce qu’on veut empêcher. On a dit de ne plus faire de fracturation. Ils sont en train de nous dire que ce sont des puits d’expérimentation. Pour expérimenter, il faut un minimum de 50 puits, ils ne vont pas s’arrêter là.

Alors vous avez demandé un moratoire au président de la République, mais dans un message, le président a déclaré que le gaz de schiste était une nécessité et qu’il fallait que les habitants fassent preuves de raison. Comment, après cette réponse, allez-vous poursuivre votre mobilisation ?

On ne nous a pas donné de réponse sur le moratoire mais on n’a pas eu de refus, on ne nous a pas répondu. Pour ne pas bloquer le dialogue, on a créé ce collectif national, il va prendre le relais, et on va redemander encore une fois une réponse à un autre moratoire. La mobilisation ne s’arrêtera pas, ça fait trois mois que l’on est dehors, on n’a pas de réponse, on continue.

Il y a eu une journée de violence, il y a eu des manifestants et des policiers qui ont été blessés, en trois mois, il y a aussi une fatigue des habitants. Dans quel état d’esprit sont aujourd’hui les opposants au gaz de schiste de la ville d’In Salah ?

En fait, c’est vrai, il y a eu une journée de violence mais c’est quelque chose que l’on regrette énormément, parce que nous, on n’est pas violents et on avait décidé que ce serait une contestation pacifique et intelligente. Maintenant, on a eu affaire à des personnes qui ont insulté les citoyens qui étaient montés à la base de Halliburton pour voir si les produits chimiques étaient encore là-bas. Les gendarmes ont le devoir de protéger la société et puis ça a dérapé. Maintenant tout va bien et puis on continue pacifiquement. Bien sûr, comme tous les mouvements, parfois ça s’essouffle.

Qu’est-ce qui explique, selon vous, que la ville d’In Salah accorde autant d’importance au développement durable, aux énergies renouvelables et soit aussi consciencieuse de l’eau et du respect de l’eau ?

Parce que traditionnellement, parce que culturellement, l’eau est un élément très important dans la vie du Sahara. Et puis on utilise l’eau avec parcimonie, on ne peut pas admettre que l’on utilise de l’eau pour faire des fracturations. C’est une quantité énorme, en dépit du fait qu’elle sera polluée, c’est une nappe fossile, si elle est asséchée, elle est asséchée, c’est fini.

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À propos

Karim Tedjani

Karim Tedjani est un blogeur indépendant très concerné par les questions de l'environnement ainsi que de l'écologie en Algérie... Depuis 2009 , il sillonne autant le web que son vaste pays d'origine; afin de témoigner, d'apprendre, mais aussi de militer...
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