De 756 à 2969 tonnes de plastiques jonchent la surface de la Méditerranée et sont mixées par le vent. Cette estimation modélisée est le fruit d’une campagne océanographique orchestrée par l’Université de Cadix et dont les résultats viennent d’être publiés dans la revuePLoS ONE.

Le tonnage charrié est impressionnant et pourtant, la plupart des déchets plastiques flottant en surface ne se voient pas à l’œil nu. En effet, les analyses des échantillons d’eau révèlent que 87,7 % d’entre eux sont des petits fragments d’objets rigides (par exemple, des paillettes de bouteilles en plastique). « Les débris de plastique les plus courants sont des microplastiques de taille millimétrique. 83 % du nombre total d’objets collectés étaient plus petits que 5 millimètres », indiquent les auteurs.

Pour parvenir à mettre en lumière ces déchets invisibles, l’équipe embarquée à bord du navire espagnol Angeles Alvariño a jeté à l’eau un filet au fin maillage (0,2 mm) et l’a remorqué pendant 15 minutes à une vitesse de 2 à 3 nœuds. 28 sites du bassin méditerranéen ont été échantillonnés de la sorte, et tous contenaient une grande quantité de plastiques.

243.853 fragments et objets par kilomètre carré

En moyenne, la concentration en débris mesurée s’élève à 423 grammes par kilomètre carré – ce qui correspond à quelque 243.853 fragments et objets pêchés par kilomètre carré. Ces chiffres impressionnants sont comparables à ceux relevés dans les gyres océaniques (qui sont d’immenses tourbillons au cœur des océans, concentrant les déchets et les attirant vers leur centre) où la concentration en plastique en surface s’échelonne de 281 à 639 grammes par kilomètre carré.

De plus, la superficie de la Méditerranée est de 2,5 millions de km2, soit une aire comparable à l’échelle spatiale des zones d’accumulation de plastiques des gyres océaniques, qui s’étendent quant à elles sur 1 à 5 millions de km2. Cela fait dire aux auteurs « qu’au vu d’une charge totale en débris plastiques similaire à celles des gyres, la Méditerranée peut être considérée comme une sixième zone marine de concentration de plastiques ».

Quant aux fins films des sachets plastique, ils représentent 5,9 % des déchets plastique prélevés, tandis que les filets de pêche dérivant atteignent une proportion de 2,7 % d’entre eux. Les auteurs pointent par ailleurs une plus grande fréquence d’observation des objets de grande taille en Méditerranée par rapport aux grandes gyres océaniques. « Ceci s’explique par une plus grande proximité avec les côtes, sources de cette pollution plastique anthropique. »

En effet, l’accumulation des milliers de tonnes de plastiques est probablement due à la pression humaine des rivages de la Méditerranée mais aussi à l’hydrodynamisme particulier de ce bassin semi-fermé. L’évaporation y dépassant largement les précipitations et l’apport fluvial, le niveau de la Méditerranée se maintient grâce aux eaux de l’océan Atlantique pénétrant par le détroit de Gibraltar. Cette voie est également considérée comme une entrée pour les déchets plastiques. Les auteurs considèrent ainsi que « la Méditerranée agit comme un puits pour la pollution plastique flottant de l’Atlantique. »

Des effets néfastes pour la vie marine et humaine

La Méditerranée représente moins de 1 % de la superficie mondiale de l’océan, mais abrite entre 4 % et 18 % de toutes les espèces marines. Réduit en paillettes, le plastique pénètre dans les chaînes trophiques. Les petits animaux alors contaminés sont dévorés par des plus gros qui concentrent à leur tour le plastique dans leur corps. De tels débris ont d’ores et déjà été objectivés parmi la faune méditerranéenne, dans l’estomac de petits poissons, d’oiseaux de mer, de tortues et de cachalots. Récemment, des particules nanométriques (d’une taille de quelques dizaines de microns) ont été retrouvées en quantité dans les huîtres et les moules cultivées sur les côtes du nord de l’Europe.

Face à ce constat, les auteurs tirent la sonnette d’alarme. « Compte tenu de la richesse biologique et de la densité des activités économiques dans la mer Méditerranée, les effets néfastes de cette pollution tant sur la vie marine qu’humaine devraient devenir particulièrement fréquents dans cette région où les plastiques s’accumulent. »