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Nouara Algérie.com

Ecologie, environnement, nature, économie verte et développement durable en Algérie

"Périls en la vallée des rois" (Aïn Fakroun, wilaya d'Oum el Bouaghi)

Des Dolmens ainsi qu'un double pressoir  qui risquent de finir reduits en miettes...Des Dolmens ainsi qu'un double pressoir  qui risquent de finir reduits en miettes...
Des Dolmens ainsi qu'un double pressoir  qui risquent de finir reduits en miettes...

Des Dolmens ainsi qu'un double pressoir qui risquent de finir reduits en miettes...

En Algérie, beaucoup trop de gens confondent  la protection de l’environnement avec la conservation  de la nature. Même  si   ce que j’aimerais vous donner envie de protéger  dans cet article  peut être qualifié  aussi comme telle.

Mais cette fois-ci, avec un sens plus culturel que celui seulement d’une identité biologique, géographique et  même climatique. Elle est  souvent tout aussi endémique, pourtant. C’est  de la  protection de la nature de notre peuple, et plus particulièrement de l’histoire de nos ancêtres  dont je vais  vous parler à présent, comme d’une écologie intime à conserver à tous  prix, même  quand les bénéfices à court terme paraissent des plus mirobolants. 

Notre environnement désigne certes la nature ou le milieu qui nous entoure à la mesure d’un cadre de vie. Mais  ce terme  signifie également tout ce qui influence  notre  société. Une empreinte  passée, présente et même future impossible à négliger. Pire, l’ignorer, c’est risquer fatalement  de la voir   se dénaturer. Elle tend ainsi à  perdre en  profondeur, car déconnectée  de sa  matrice identitaire.

L’environnement  d’un pays est  une notion très vaste que l’on  ne peut dédouaner d’une corrélation intime avec l’Histoire du peuple qui l’a fondé. Au sein du territoire qui l’a porté, comme à la fois un ventre, puis un berceau et enfin un foyer. De la même manière,  cette  terre-mère  peut  également devenir un jour  son  propre tombeau, dès lors qu’il aura égaré  beaucoup trop de  cette nature, sur le chemin d’un développement seulement économique. Ne dit-on pas que « celui qui ne sait pas d’où il vient ne saura jamais vraiment où il va » ? On sait  aussi bien que le déclin de  nombre de prestigieuses civilisations fut la plupart du temps  la résultante d’une crise environnementale insurmontable.

Tout crime contre la nature algérienne, matérielle ou immatérielle, est  donc un délit impardonnable vis-à-vis de notre environnement. Nous devons assimiler cette réalité, autant que nos anciens geôliers, jadis si prompts à défigurer nos paysages et fragmenter notre identité,  ont fait  de tels  forfaits  les outils infaillibles d’une politique fondamentale. La guerre à l’environnement El Djazaïre fut la base même de leur colonisation de l’Algérie.

Comment admettre alors, de  nos jours,   que de tels genres de massacres  sont peut-être  autant légions que les hordes ordonnées de romains  qui envahirent un jour  notre pays? Souvent, dans ces endroits ignorés du grand public,  on assassine à petit feu  un pan de notre nature aux multiples facettes. Et cela, aussi régulièrement,  dans la plus grande et cruelle  des indifférences. A  part  les quelques individus qui persistent heureusement  à lutter contre le viol plus ou moins légal de ces lieux dont ils sont si légitimement  fiers et attachés. Comme des sentinelles en sous nombre le feraient  pour un trésor sans prix. Avec la vaillance et la résistance des gens qui  n’ont plus d’espoirs à nourrir, mais surtout des batailles  à gagner.

Pour triste  exemple,  ce qui se passe dans la daïra d’Aïn Fakroun, wilaya d’Oum El Bouaghi. Au lieudit d’Oussalit, à une dizaine de kilomètres de l’endroit où est né le roi numide Massinissa. Deux sites archéologiques sont en voie d’extinction. Leur valeur historique et identitaire   est pourtant  loin d’être anecdotique pour tous les Algériens, qu’ils se considèrent Amazigh ou non. Ils témoignent d’un génie commun à bien des  générations d’êtres humains  qui ont habité  notre terre, autant  que de la symbiose  passée entre leur nature humaine et ce  milieu.

Cependant, il semblerait  qu’à présent rares sont ceux qui se préoccupent de les savoir menacés de disparaître tout simplement broyés en  de vulgaires gravats. Un réseau de carrières, une fois n’est pas coutume en Algérie, est en train de coloniser cette partie de la « Vallée des Rois » numides, qui fut également appelée en cet endroit « Bou Ouchen » ; soit « là où vivaient les loups » en Tamazigh.

Il faut croire que si  les rangs de ces redoutables et implacables prédateurs canidés  ont été largement décimés depuis longtemps,  l’influence   prévaricatrice de leurs avatars humains a subi un sort totalement contraire. Prolifération de loups à la morsure non plus d’ivoire, mais d’acier trempé, dont les blessures s’incrustent jusque  dans  la  roche du  Djebel Loussali qui subit également les impacts quotidiens de nombreuses explosions  à la dynamite  …

Le premier vestige que je  découvre  est   de la période romaine . Mais ce n’est pas le plus ancien s’étalant  dans les environs ; et de loin. C’est un double pressoir ainsi qu’un moulin datant de la présence  de  cette civilisation dans notre pays. Une datation  contestable pour son plus fervent défenseur, qui est également mon guide, ainsi que mon hôte dans la région. Il persiste une polémique, d'ailleurs à ce propos, car selon les autorités, c'est un site romain. Pour lui, c'est un site berbère. A vrai dire, pour moi, cela n'a pas  vraiment d'importance, car la plupart des ouvrages datant de cette période ont été produits par des Amazigh romanisés, et non des Romains. Ce sont incontestablement nos ancêtres, en tant que peuple habitant l'Algérie...

Cet homme  a donné beaucoup de sa personne,  investi de ses  modestes finances, ainsi que de son temps.  Afin de réunir toutes les conditions d’une étude archéologique digne de ce nom  pour  ce site, dont il est le valeureux gardien bénévole. De ce qu’il m’en a raconté, il a invité de nombreux chercheurs et archéologues pour aller au bout de cette louable ambition. Il ne fut pas le seul, heureusement, mais toujours le plus assidu dans cette noble entreprise de conservation. 

Il fallait mettre en valeur ce patrimoine précieux, autant pour les Chaouis de cette région, que pour tous les Amazigh du Grand  Maghreb, ainsi  que pour l’ensemble des Algériens à travers le monde. Les autorités  et la population locales n’ont jamais vraiment  parus  sensibles ni concernés par ce terrible drame ;  ni par le défi de préserver  une   telle mémoire, d’ailleurs. Il n’hésitera pas  non plus, donc,  à s’engager dans  une véritable campagne médiatique. Afin   de sensibiliser   l’opinion nationale et internationale sur la terrible perte que représenterait la destruction de ce double pressoir aux dimensions inédites et donc rare. Ainsi, sur les vingt-quatre sites d’exploitations prévus à l’origine, il en aura fait suspendre tout de même plus d’une dizaine.  Mais pour combien de temps encore ?

À quelques dizaines de  mètres de là, le sinistre balai des marteaux piqueurs n’a toujours pas cessé. Ni  d’ailleurs le bal des vampires, vas et viens quotidiens de camions, chargés des miettes d’un passé grandiose. Encore moins la danse tourbillonnante des tonnes particules de poussières qui ont habillé le paysage d’une couverture maléfique  pour la santé humaine. Autant que pour celle d’une nature  sauvage dont la biodiversité ne se décèle pas du premier regard. Car ici la  vie  se fait  sobre, discrète, et souvent nocturne, en ce qui concerne la faune locale…

Pas si loin de là,  à vol de rapace du moins, un autre forfait encore plus grave est en préparation. Cette fois-ci,  est  en péril un champ de dolmens (idhilimène en berbère) et de tumulus mortuaires. Un patrimoine  qui est sous le coup de la même épée de Damoclès. Presque 200 hectares parsemés de ces ingénieux amas de pierres dont la construction est en elle-même un miracle, sinon une énigme.

La preuve incontestable de l’existence d’une civilisation en Algérie, certes préhistorique. Un passé dont notre terre  est la source, non l’héritière. Voilà, il me semble, le message jusque-là éternel porté  par  cette œuvre  de paysage gigantesque,  devenue à présent  terre agricole et une zone pastorale.

Je pèse mes mots  en parlant de civilisation, car tous les signes d’une véritable société  y sont  apparents. Dans cet espace funéraire et rituel mégalithique,  la position de chaque dolmen correspond à celle d’une étoile dans le ciel. Leur  taille, ainsi que leur conception,   répondaient  à des critères bien établis, selon le statut social des morts auxquels  ils rendent  encore hommage plusieurs milliers d’années après.  Certains pouvaient atteindre dix mètres ou plus ! On peut deviner que l'endroit a été fortifié, certaines ruines en témoignent incontestablement. Une culture, une science, une  technologie, ainsi qu’une hiérarchie sociale...Il  est bien question d'une civilisation; aussi primitive que l'on voudrait la considérer.

Là encore, Hakim, alias « Gaya »,  a sollicité l’aide de quelques experts afin de  tenter de  lire  sur la pierre de ces trésors archéologiques tout le génie embryonnaire d’une population qui vivait jadis  à l’ombre des tombeaux de leurs plus illustres ancêtres. Ceux-là même  qui sont à  présent les nôtres. Leur mémoire est  maintenant sous la coupe  de desseins purement mercantiles. Presque machiavéliquement  hostiles à un tel souvenir commun. Celui d’une réalité historique que beaucoup pourraient considérer comme une empreinte fondatrice pour la  jeune nation enfantée par un peuple plusieurs fois millénaire. Une  république moderne, qui a vu le jour 50 ans après avoir subi 132 années de nuit coloniale. L’aboutissement  logique d’une  histoire bien plus antécédente à l’intrusion française en  pays d’El Djazaïre. Bien avant cette appellation pour notre terre…même…

Déjà,  dans la région, un  autre site berbéro-romain a été  entièrement enseveli sous  la construction d’une cité dortoir sans âme ni charme endémique, à l’image de toutes celles qui se bâtissent  depuis quelques années en Algérie. Le plus souvent,  en total dénie des prescriptions du plan national d’aménagement du territoire ; particulièrement  lorsqu’il faudra choisir leur emplacement !

Après tant d’années de luttes passées   pour protéger leur environnement de toute invasion étrangère, et donc pas seulement  l’intégrité  de leur territoire, les Algériens, de nos jours,  sont-ils devenus victimes d’une passivité  maladive face à  une dégradation  systémique et endémique de leur nature? Comment interpréter le fait qu’aucun de ces sites n’a  jamais été vraiment classé ? Si peu  protégé de surcroît, ils le furent et le sont toujours.  Malgré tout ce que la loi algérienne a statué dans un cas aussi précis  que malheureusement récurent à travers toute l’Algérie.

Le combat d’une poignée d’hommes  conscients et intègres pourrait-il venir à bout de tout un engrenage parfaitement  bien huilé ? Il n’est pas  aussi pessimiste que cela  d’en douter…

C’est surtout  de la  prise de conscience de toute une société dont  des vestiges historiques et préhistoriques  tels que ceux  d’Oussalit ont le plus besoin. Celle  d’une Algérie  qui a tendance à oublier le fond, se limite  d’aborder  l’essentiel avec beaucoup de pingrerie  et de superficialité. Tandis qu’elle n’a de cesse de célébrer le futile, toujours à  très grand train…

Devons-nous laisser  tout nos sites  archéologiques se tranformer en champ de mines et de carrières ? Le cas d'Ifker est loin d'ête isolé. La question ne devrait même pas se poser tant la réponse est évidente. Encore plus pour  un  vrai patriote naturellement jaloux de tous les trésors historiques de son pays ! 

 

Karim Tedjani

Pour en savoir plus, contactez Gaya 

 

 

 

 
Quelques uns des universitaires  et organismes qui ont contribué à l'étude de ces sites
Pr.  Mahmoud Taoutaou  ( sociologue -CNE -Montpelier -Constantine°
Dr Hocine Taoutaou (CNPRH)
  Facultés de geologie et d'archéologie  (université de  Constantine)
  Dr Zerarka 
Mr  Nouar Sahli  (EX DIRECTEUR DE CUL -W -CNE)
Mr Zekkar
LE CNPRH  d'Alger 

 

Cliquez sur la photo pour faire défiler le panorama (photos: Tedjani K.)
Cliquez sur la photo pour faire défiler le panorama (photos: Tedjani K.)
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Karim Tedjani

Karim Tedjani est un blogeur indépendant très concerné par les questions de l'environnement ainsi que de l'écologie en Algérie... Depuis 2009 , il sillonne autant le web que son vaste pays d'origine; afin de témoigner, d'apprendre, mais aussi de militer...
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Boutebila 30/07/2015 17:56

C'est inadmissible ce qui ce passe. Ils sont en train de balayer toute notre Histoire et de porter atteinte au tourisme culturel. C'est très encourageant ce que vous avez écrit. Il faut alerter les Autorités par une pétition.

baradez 18/06/2015 12:43

Sans oublier les dolmens de Bounouara (w. Constantine) qui risquent de disparaître, du jour au lendemain, à cause des nombreuses carrières qui avoisinent ce merveilleux site protohistorique.

Tedjani 18/06/2015 13:51

Oui, c'est un fléau qui se proprage à travers tout le pays...

DJAZAIRI 25/05/2015 22:16

AZUL FELAWEN THANEMERTH A TOUT CEUX QUI PARTICIPE DE PRES AU DE LOIN POUR SAUVER NOTRE PATRIMOINE BERBERE DE DISPARTION DE LA DISTRUCTION PAR LES IGNORANTS??????????