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Nouara Algérie.com

Ecologie, environnement, nature, économie verte et développement durable en Algérie

Il faut réinventer nos douars...

Quand  vivre à la la campagne n'est plus un luxe...

Quand vivre à la la campagne n'est plus un luxe...

 

Souvent nous parlons de nature et de campagne  comme si, intrinsèquement,  ils avaient existé  bien avant nos villes. Si d’un point de vue  purement chronologique c’est une vérité incontestable,  ces mots ont été  cependant inventés  par des citadins, quand ces dernières furent remplacées dans le paysage humain par de grandes cités tentaculaires.

Aussi,  « nature »,  et plus particulièrement « nature sauvage », sont apparus  dans notre langage il n’y a pas si longtemps de cela ;  du moins  à l’échelle de l’histoire de notre espèce.  Des  hommes  et des femmes, eux-mêmes jadis « sauvages »,  se sont progressivement éloignés de leur milieu originel.  Pour vivre dans un  nouvel environnement,  de plus en plus  anthropocentré. C’est-à-dire  un milieu   nettement centré sur « l’Homme », où le reste de la nature n’a plus vraiment sa place que pour lui être utile. Puis, quand de plus grandes agglomérations se sont développées, alors  ces villages sont devenus  leur « campagne »  aux yeux des  nouveaux citadins qui y habitaient. Et la périphérie de ces campagnes  est  demeurée   « la nature », avec  une connotation encore plus exotique que la précédente signification.

C’est peut-être  pour cela que, dès lors que la ville s’invite  au sein de cette dernière, c’est pour y imposer son écosystème et rarement  afin de s’y intégrer. Car elle  est fondamentalement étrangère à cet espace qu’elle a rendu rural. La campagne n’est qu’un faire-valoir pour les villes qui les dominent.  C’est à elle ainsi qu’à  la nature de  s’intégrer à la ville et non le contraire, il me semble,  dans la logique de  « l’Homme des Temps Modernes ». Ainsi la campagne, ce  n’est pas forcement la nature.  Mais un agglomérat de villages  qui dépend administrativement et économiquement d’une grande ville.

Puis de grandes villes se sont connectées  en  pays, et donc, s’est développé le  concept de régions. Et à chaque nouvelle expression urbaine, l’Humanité s’est éloigné de ce que le mot nature  semble, vouloir définir à présent. La nature devient le vestige d’un passé de cueilleur chasseur. La campagne demeure le foyer de l’Agriculture, et dans les villes, un nouvel homme se profile, prolétaire, puis tout simplement consommateur de masse. Et, petit à petit, nos campagnes ne furent plus seulement habitées par des paysans. Une nouvelle zone d’habitation a fait alors son apparition dans nos dictionnaires : l’espace « rurbain ». La ville et la campagne se mélangent,  même le paysan se prolétarise, la campagne s’industrialise  et  la nature se fait de plus en plus lointaine pour la nature humaine...

Ainsi,  avons-nous peut-être, au fond,  suivit le cours de la chronologie sémantique du mot  « environnement ».  En arrivant au moment où  certaines  villes du monde  ont pris une démesure    quasi « hyper-industrielle ». Je définirais  par ce barbarisme volontaire les  grandes mégalopoles, ainsi que leurs  réseaux tentaculaires de banlieues rurbaines, puis de provinces, de campagnes et enfin de natures  qui n’ont plus  de sauvages que le mot. Des villes qui vampirisent même d'autres milieux à travers le monde! "Environnement" suggère qu’à présent la plupart des êtres humains  sont  complétement déconnectés de leur milieu originel, « la nature », dont nous étions une partie intégrée. Nous voici à présent facteur  désintégrant, depuis que le mot « nature », au fond, en nous séparant de lui, a provoqué une fracture.

Notre vision de cet environnement dépend en grande partie  de l’évolution du  langage, lui-même tributaire du développement de la civilisation humaine. A chaque nouvelle invention, un nouveau mot qui donne un sens tout aussi nouveau à ceux qui l’ont précédés.

Par exemple, en Algérie, depuis la colonisation française, on définit le mot campagne par « douar ».  La campagne est un espace sédentaire, dans l’esprit de beaucoup de gens ; et je ne pense pas que les Algériens dérogent à cette conception moderne.  « Douar », en arabe, signifie  pourtant un type de campement  plutôt nomade.  Un ensemble de tentes disposées en cercle afin de  protéger les troupeaux dans l'espace laissé libre au centre de celui-ci. Une zone d’habitation conçue autour d’un intérêt commun. C’est aussi un lien social où la parenté joue un rôle prédominant. Comme si la campagne était plus un espace vital, un état d’esprit, plus qu’un environnement figé. Est-ce pour cela que nos campagnes n’en sont pas vraiment ? Au sens littéral du terme, du moins ?

Même nos banlieues ressemblent  plus à des méga-villages qu’à des nouvelles villes, tant elles surgissent de la terre  comme de vénéneux champignons.  En pleine nature, sans véritable période de transition; par  un  vrai développement du  monde rural local. De nos jours,  en Algérie, il me semble que l’on a surtout  réussi   urbaniser  nos douars, au lieu de développer nos campagnes.

Car, une campagne,  c’est un terroir, une culture locale, un artisanat, un savoir vivre la nature, une gestion responsable des ressources naturelles locales qui ont généré un paysage bien particulier.  En Algérie ce n’est malheureusement plus le cas ; notamment plus on s’approche de la partie côtière du pays. Nos douars n’ont plus d’âme. On dirait qu’ils ont été vidés de toute leur magie. Beaucoup d’entre nous restent nostalgiques, mais il faudra bien un jour l’admettre : il faut réinventer la campagne en Algérie...

Il me parait évident que la désolation dont souffre la majeur partie de nos zones rurales ne pourra  être  seulement endiguée par une urbanisation féroce, ainsi qu’une exploitation écocidaire de la moindre parcelle de nature qu’elles contiennent. Ce n’est pas en transformant nos fellahs en consommateurs de masse, que nous pourrons  continuer à   manger des fruits et des légumes sains. Ce n’est pas en fermant les yeux sur leurs petits trafics contre nature que nous pourrons espérer nous promener en toute sécurité dans nos campagnes algériennes. Ce n’est  pas avec une génération de fellahs  négligeant le bien être de la faune et la flore locale, de la santé des sols, obnubilés par l’appât du gain facile...  

L’environnement de nos villes, ne peut être sain si nos campagnes ne le sont plus. Si le fellah n’a plus l’amour de la nature, ni  que le choix de la détruire pour subsister, alors il y a beaucoup de chance pour que, dans nos assiettes, la nourriture prenne la saveur âcre de la misère sociale. Déjà, les poulets, les pastèques, le lait,  l’huile d’olive, et tant d’autres produit locaux  de grande qualité à la base, puis, trafiqués, coupés, cultivés  parfois même avec des eaux usées,  souvent des produits hautement toxiques. Le fellah n’a plus d’éthique si ce n’est celle de sa revanche sur la vie. Il n’a plus l’âme de sa nature, c’est un mutant que trop de négligences ont rendu monstre.  Nous sommes en danger...

Heureusement, il y a encore beaucoup de ruraux, en Algérie, qui échappent à ce portrait exagéré. Mais pour combien de temps encore?C'est avec eux qu'il faut réinventer la nature de nos douars; non pour les figer dans le temps, mais pour qu'ils suivent enfin le cours d'une évolution saine; sans traumatismes cycliques... 

C’est pourquoi une des grandes priorités de l’environnement, en Algérie, serait  de redonner une âme à nos milieux ruraux. Afin que nos douars redeviennent des zones tampons entre la nature-plus ou moins- sauvage et nos villes. Un espace agricole, touristique, de productions artisanales, de recherches scientifiques...Certes, mais aussi des zones où leurs habitants pourraient vivre la campagne comme un luxe et non une damnation.Une campagne connectée, complémentaire avec la ville, mais aussi le reste du pays, et pourquoi pas du monde. Des sites naturels propres, sûrs, encadrés et mis en valeur par toute une société, rurale et urbaine. C'est ce douar là, que nous devont réinventer pour que nos villes continuent à ressembler à de vraies cités et que nos campagnes demeurent habitées par des hommes et des femmes amoureux de leur cadre de vie et gardiens de nos traditions...

 

 

A force d'être des deserts sociaux, nos douars deviennent de vrais petites ambassades du Sahara sur nos côtes...

A force d'être des deserts sociaux, nos douars deviennent de vrais petites ambassades du Sahara sur nos côtes...

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À propos

Karim Tedjani

Karim Tedjani est un blogeur indépendant très concerné par les questions de l'environnement ainsi que de l'écologie en Algérie... Depuis 2009 , il sillonne autant le web que son vaste pays d'origine; afin de témoigner, d'apprendre, mais aussi de militer...
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Abdesselam Lerousseau zoulikha 02/09/2015 19:58

quel dommage que les Algériens n anticipent pas sur l avenir
Il y a du potentiel en Algérie à développer les énergies propres a rendre ce pays encore plus beau par la préservation des plages des espaces naturels mais le plus important c est le civisme et l éducation qui font cruellement défaut dans ce pays comme d ailleurs tous les pays du Sud

Abdesselam Lerousseau zoulikha 02/09/2015 19:54

Article intéressant mais malheureusement réaliste de la course vers la modernité et la consommation de masse
Je trouve désolant qu un aussi beau pays que l Algérie devienne un pays dépourvus d espaces naturels et que ses campagnes se vident