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Nouara Algérie.com

Ecologie, environnement, nature, économie verte et développement durable en Algérie

Le ministère du bien vivre ensemble...

Un environnement, cela devrait toujours être un cadre de bien-être...

Un environnement, cela devrait toujours être un cadre de bien-être...

 

Depuis son indépendance, l’Algérie n’a  jamais semblé considérer l’environnement comme un  secteur de gouvernance digne d’un véritable intérêt. Pour preuve,   cette question fut longtemps ballotée, tel un orphelin indésirable, entre divers organismes nationaux. L’Environnement n’a jamais vraiment  disposé d’un ministère à part entière dans ce pays. A présent, alors que son affiliation  avec l’aménagement du territoire pouvait à la rigueur être un pis-aller acceptable,  voici que  cette notion primordiale a été reléguée au  second plan dans un ministère « fourre-tout ».  Celui de la gestion des ressources en eau  et de l’environnement. N’y avait-il pas mieux à espérer de notre politique environnementale, à une séquence  de notre développement où  elle a un grand rôle à jouer dans le salut de notre économie.  

Tout d’abord il serait bon de se demander si la  gestion de nos ressources hydriques n’est   pas avant tout une affaire économique. Avant d’être une  problématique  environnementale. Car ce  n’est pas tant la quantité d’eau qui se déverse et circule dans la nature algérienne   le réel problème. Mais surtout celle disponible par habitant, qui   est largement en deçà des normes internationales  de confort  en la matière. Le stress hydrique vécu en Algérie ne peut être seulement le fait  d’une  inflation de pluviométrie ou bien encore un des symptômes  annonciateurs du  réchauffement climatique. Ce ne sont pas uniquement des réalités écologiques qui sont responsables d’une telle carence.  C’est  surtout  la conséquence  d’une défaillance de gestion et d'infrastructures, le stress hydrique algérien... 

Tout ce que nous produisons ou consommons a  forcément un coût hydrique dans le monde où nous évoluons.  On appelle cette valeur   l’« eau virtuelle ».  Pour produire un seul  litre et demi d’eau minérale conditionnée dans une bouteille en plastique, il  aura fallu  en consommer largement plus d’une centaine. Et pas moins de mille cinq cents litres pour produire un kilo de viande de bœuf.  Pour obtenir de tels chiffres, il suffit de comptabiliser les quantités d’eau  utilisées  en aval et en amont de la chaine de production de ces produits. Cette mesure virtuelle est  en passe de devenir la prochaine valeur talon de l’économie mondiale en pleine mutation. Notamment dans des zones  comme le Maghreb, réputée pour son stress hydrique. La ressource eau est autant une affaire géopolitique, sociale, économique qu’elle peut concerner l’environnement. Il est donc avant tout  question de bonne gouvernance économique dans ce domaine.

Le rôle d’un ministère de l’environnement  ne saurait être perturbé   par la gestion de cette matière première.  Sa mission, dans cette entreprise,  sera  surtout de  lui épargner   un maximum  de pollutions. De garantir un  deuxième contrôle de qualité du produit ainsi que le respect des normes Iso  des services et infrastructures dans ce secteur.   Afin d’assurer  leur bonne intelligence avec la santé écologique et publique de l’Algérie. De penser l’aménagement du territoire  de manière à ce qu’il ne perturbe pas les réseaux  aquifères  naturels de notre pays.

Sa fonction principale, il me semble, est d’être le garant de la cohésion de tout un écosystème humain avec un territoire national. A ce titre, selon moi, un ministère de l’environnement devrait surtout  s’appliquer à  un travail de coordination, voire de régulation, entre divers organismes spécialisés qui lui seraient affiliés ou non. Son regard concernant de nombreux aspects de notre économie devrait toujours  demeurer celui d’un garde-fou dont les prérogatives ne pourront être prises à la légère par aucun autre ministère. Ainsi, le  statut, les champs d’action et d’influence de ce dernier  ne sauraient  être anecdotiques. Du moins au sein de l’appareil politique d’une nation qui aurait opté sincèrement pour un  développement durable de son économie.

Développement durable, non au sens global du terme, quand il relègue les pays du Sud à de simples producteurs de matières premières à la disposition et mises  essentiellement en valeur par les nations du Nord.  Mais celui qui relie le local au national en accord avec les réalités globales de ce monde. Qui met le respect de l’environnement au même rang que le développement d’une économie ; qui active tout simplement pour le bien-être de la société comme meilleur indice de progrès civilisationnel.  

 

D’essence, un tel ministère doit faire œuvre de contrepoids dans bien des secteurs du développement algérien. En aucun cas il ne peut être complaisant avec le caractère ultra-consumériste  qui anime encore trop souvent  notre économie.  Elle a prouvé à bien des égards son influence plus que néfaste sur l’environnement de l’Algérie et donc des Algériens. Nous gardons  en fraiche mémoire, les discours pro gaz de schiste de la dernière ministre de l’environnement,  n’émettant aucune réserve  quant à un procédé qui a pourtant fait l’objet d’interdictions dans nombres de pays plus développés que le nôtre ; par principe précaution  ou après une mauvaise expérience.

 

La gestion de l’environnement, à l’instar de l’écologie d’un écosystème,  pour rester cohérente, ne peut se permettre d’être  schématique. Elle est le produit  d’une équation des plus subtiles et complexe dans lequel le moindre élément interagit avec l’ensemble qui le contient. C’est un réseau  autant écologique que social  qu’il s’agit de maintenir en bon équilibre comme  le  ferait le modérateur d’un forum. C’est pourquoi, je pense qu’il ne faudrait jamais spécialiser  un ministère de l’environnement. Il doit garder une approche environnementaliste et non seulement écologique de l’Algérie. C’est-à-dire, « penser global », mais de bas en haut,  et non le contraire ; en synthétisant les résultats d’une myriade d’expériences et  de réalités  locales dans une politique nationale qui fera la part belle à l’équilibre des milieux.

Gérer la pollution, non l’exploitation des déchets polluants.

Tout d’abord, on ne devrait pas confier  de la gestion des déchets à un ministère de l’Environnement.  Ce n’est pas à ce dernier  de gérer  à la fois l’aspect technique et financier  de ce secteur d’activité. Son rôle, dans cette affaire,  est avant tout de veiller à ce qu’aucun projet d’exploitation de déchets ne soit contraignant pour l’environnement local et national des Algériens.  

Le reste, devrait  relever, à mon sens, plus des fonctions d’un ministère du Développement durable,de l’Economie, ou  même de l’Industrie. Car le potentiel économique du recyclage des déchets ou de leur valorisation, est énorme en Algérie. Toute quantité incinérée ou enfouie  est une perte sèche pour l’économie algérienne  et son industrie naissante. Elles  auraient pu l’exploiter  comme matière première, objets manufacturés recyclés, ou bien  comme combustible pour la production d’énergie.

En fait, le volet  «  gestion des déchets »  semble   avoir pris une place beaucoup trop importante dans la politique environnementale algérienne. Si la prolifération des ordures ménagères et autres immondices en tous genres   demeure  le  problème écologique le plus  alarmant, il est loin d’être le seul.

D’autres problématiques méritent une couverture politique plus assidue. Telles que, par exemple,   la protection de notre couverture végétale, de nos montagnes, de notre steppe, de notre Sahara, de  notre littoral, de nos oueds et de tous les autres paysages algériens qui sont menacés par la cupidité et l’absence de responsabilité patriotique d’une certaine catégorie d’hommes d’affaires, internationaux ou locaux. A ce propos, de nombreux projets de CET ont été décidés sur des sites qui ne font pas l'unanimité parmi nombre de citoyens soucieux d'environnement. Tandis que les saccageurs de nature, eux,  trouvent  toujours en Algérie  un environnement idéal  justement  pour continuer à s’enrichir tout en le bafouant outrageusement.

Cette posture n’a pu que décrédibiliser la notion de gouvernance environnementale auprès des citoyens. D’autant qu’elle a été vidé de son essence par une législation qui semble en limiter le champ à un vague développement durable, seulement politiquement correcte.  En tout cas,  pour le moment,  c’est ce qu’il en ressort sur le terrain. De même,  lutter contre la dégradation de notre environnement, c’est redonner aux citoyens  un cadre de vie idéal pour changer certains de leurs mauvais rapports ou comportements vis-à-vis de « tout ce nous entoure », mais « nous influence » également.

 

Redonner une  place de premier plan à l’écologie. Il parait évident qu’aucune politique environnementale ne pourra être efficiente si elle ne dispose pas d’une base d’informations et de consultation scientifique   à la fois solide et régulièrement mise à jour. C’est pourquoi, le secteur de l’Ecologie, j’entends par là la science, devrait occuper une place prédominante dans les prérogatives de ce ministère. L’Algérie, dans ce domaine n’est pas  encore assez compétitive pour produire une écologie nationale  digne de ce nom.

Mettre en avant la recherche, diffuser l’information, subventionner les secteurs d’études  les plus prometteurs.  Et surtout mettre en place une banque de donnée nationale à la disposition de tous les acteurs et actrices nationaux  du secteur de l’environnement. Car comment gérer un environnement dont, au fond, on ne connait que très peu de choses. Beaucoup des sources scientifiques à la disposition du grand public, et même parfois des universitaires, datent de l’époque de la colonisation !

Toutes les données nécessaires à l’étude de notre environnement doivent être accessibles de manière interactive. De l’université aux associations, des médias au public, des citoyens  jusqu’aux politiques, l’approche de notre environnement doit pouvoir se baser sur des sources fiables, communes et régulièrement remises à jour. La communication doit être une des clefs de voute de la politique environnementale algérienne ; car on respecte toujours mieux les lois que l’on a comprises et donc  assimilées.

Redorer  aussi le blason de la DGF, actuellement incapable d’assurer son rôle pourtant capital pour notre environnement. La libérer  enfin de ses obligations vis-à-vis du ministère de l’Agriculture. Des forestiers présents sur le terrain, avec un matériel et un statut judiciaire qui en feront une véritable police des forêts et de  toute la couverture végétale de notre pays. Au niveau de la recherche et de la gestion forestière, intégrer au maximum nos forêts à des processus de développement économiques. Agro foresterie, écotourisme, tourisme scientifique, paysagisme, les arbres sont à bien des égards de précieux partenaires économiques dont la production a le mérite d’être totalement biologique.   Ce qui paradoxalement pourrait sauver nos forêts, c’est qu’elles redeviennent des espaces d’activités  et non des zones  plus ou moins  à l’abandon. Depuis la colonisation,  la plupart de nos espaces naturels ne sont plus  vraiment sauvages, au sens littéral du terme. Il faut justement redonner sa place à l’activité humaine  dans ces endroits,  mais  la bonne. Celle qui régule et non perturbe.

Prolonger les acquis d’un travail de sensibilisation et d’éducation indéniables, notamment grâce aux expériences  du CNFE ainsi que  du  CNTPP. C’est-à-dire en approfondir les méthodes,  en élargir la palette  des outils,   pour amener cette culture citoyenne même dans les campagnes les plus reculées ; mais aussi au sommet de l’Etat.

Pourquoi ne  pas  même créer une chaine de  web tv itinérante, totalement dédiée à servir de relai entre le ministère de l’environnement, tous les citoyens algériens  et chaque localité algérienne ?  Plus le consommateur algérien sera informé des conséquences  environnementales locales  de ses choix et comportements  de consommation à l’échelle nationale, plus il devrait réaliser à quel point de simples gestes quotidiens peuvent provoquer à la longue  de grands changements durables.  

Plus qu’un travail de sensibilisation, il est question de réconcilier toute une société avec sa nature, autant matérielle qu’immatérielle,  et non de lui  insuffler un éco civisme universel qui ne cadre pas toujours avec les réalités du contexte algérien.

L’écotourisme, notamment dans sa dimension pédagogique, devrait être un des fers de lance de cette réconciliation. Car à quoi bon créer de grands parcs nationaux dans des espaces naturels, si c’est pour les jeter en pâture à des foules incapables de les respecter ? Il faudrait tout d’abord recréer des cadres plus intimistes de rencontre entre le citoyen et la nature. Réapprendre ses règles à toute une population. Il faudra bien deux générations de cette  politique  pour changer certaines mentalités…

Enfin, on devrait  accentuer les contrôles et pénaliser systématiquement toute agression à l’environnement des Algériens. Il me parait évident que l’un des grands chantiers de ce ministère, devrait de revoir en profondeur la législation environnementale et surtout d’œuvrer à  rendre au moins celle qui existe déjà  effective ;  par des décrets d’application ou le parachèvement de certaines  mesures décidées depuis longtemps.   Cela reviendrait   à ne plus à cultiver  un jardin bien pensé  avec des outils défectueux, sur un sol  rendu presque stérile à force de lui injecter de mauvais intrants. Même le meilleur des jardiniers ne saurait accomplir un  tel miracle…

Ce ne sont que quelques pistes, proposées par un simple amateur et non les prérogatives  d’un expert. Mais l’amateur, littéralement, n’est-ce pas  celui qui aime ? Il me parait évident que c’est l’amour du pays, de sa nature qui sera le meilleur atout pour que l’Algérie  devienne enfin un environnement à la hauteur de ce que mérite la beauté de ses paysages ainsi que la vraie valeur de son peuple. Cet amour, aucun ministère ne pourra l’inventer ou le provoquer.

Et si au fond, le ministère de l'Environnement ne devrait pas plutôt s'appeler celui du bien-vivre ensemble...

 

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À propos

Karim Tedjani

Karim Tedjani est un blogeur indépendant très concerné par les questions de l'environnement ainsi que de l'écologie en Algérie... Depuis 2009 , il sillonne autant le web que son vaste pays d'origine; afin de témoigner, d'apprendre, mais aussi de militer...
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