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Nouara Algérie.com

Ecologie, environnement, nature, économie verte et développement durable en Algérie

« Les Sisyphes d'un temps moderne révolu… »

Voyager en Algérie ressemble parfois à une "quête du Temps perdu"...

Voyager en Algérie ressemble parfois à une "quête du Temps perdu"...

Depuis plus de cinq ans, je me suis déplacé régulièrement dans mon pays d’origine. Pour me rendre dans de nombreuses localités, à travers presque une trentaine de wilayas. Des côtes, jusqu’aux portes du Sahara, d’Est en Ouest, du Nord jusqu’à l’orée du Sud. Ce n’était pas vraiment pour faire du tourisme, ni accomplir un travail moyennant rémunération, si ce n’est le plaisir d’apprendre l’Algérie....

J’ai voulu comprendre comment et pourquoi un aussi beau pays que le nôtre, en est arrivé à un désastre écologique que plus personne ne peut ignorer à présent. Cette jeune nation qui dispose d’un tel patrimoine historique, culturel, spirituel et écologique aurait dû produire une économie d’avant-garde. Notamment en matière de respect de la nature, de gestion de l’environnement et même d’écologie.

Or, tous ces nombreux voyages m’ont amenés à considérer que l’Algérie est à présent aussi crédible dans ce domaine que pourrait l’être une vaste décharge à ciel ouvert, s’étalant sur une plage fréquentée par des nuées de badauds si peu contrariés d’évoluer au sein d’un tel environnement…

Dans notre pays, quiconque se sera longtemps penché sur la question et en aura éprouvé les réalités locales ou nationales, ne pourra surtout émettre que des constats amers. Car la marge de manoeuvre est aussi infime que cela. N’avoir que les larmes pour pleurer. La machine si bien huilée qui est en train de tailler en pièces la nature en Algérie est devenue si puissante et ancrée dans la société que plus rien ne semble être en mesure de vraiment l’arrêter.

Aujourd’hui, un nouveau colon est en train de se repaître des festins de notre terre. Son appétit est sans limites. Et il sait qu’il doit assassiner méthodiquement la nature algérienne s’il veut prolonger son banquet. C’est un ogre borgne, car il n’a pas de cœur. Ce n’est pas un être de chair à part entière, mais plutôt un système binaire évoluant comme un organisme vivant se nourrissant de la faiblesse des autres. Un parasite planétaire, dont l’emprise sur ce monde est globale.

Ce monstre est un Alien immatériel qui s’infiltre d’abord dans les estomacs de ses proies. Car en modifiant tout simplement leur régime alimentaire, il va bientôt prendre le contrôle de leur cerveau. Voilà la nature la plus machiavélique de ce Léviathan en métal hurlant, il peut se glisser dans la peau de n’importe lequel d’entre nous. À chaque instant où nous évoluons dans le monde où il sait nous maintenir subjugués. Comme d’éternels embryons humains, incapables de grandir, d’exister, même, sans cordon ombilical relié à l'industrie.

Pour lui resister, nous avions pourtant une nature ainsi que des paysages presque vierges d’études écologiques, accusant un taux d’endémisme très encourageant pour y développer une écologie scientifique capable même d’innovations. De ce que j’en ai appris, l’Algérie disposait même, jusque dans les années quatre-vingt-dix, d’une base universitaire capable relever un tel défi. Des écologues talentueux, portant en eux cette âme des pionniers, qui inspira et anima les débuts de l’indépendance algérienne. La matrice, également d’un militantisme citoyen, pour le respect de la nature ainsi qu’un environnement plus sain. Une écologie politique, peut-être ; mais jamais politicienne.

Une population très jeune. Un ancrage traditionnel dans lequel l’aîné reste pourtant le pilier de la cellule familiale. Un environnement où la religion demeure encore bien imprégnée dans les mœurs. Une culture, donc, des traditions très riches en prescriptions écologiques et tant de bons gestes en commun. Pendant de nombreuses décennies après son indépendance, le tourisme de nature était pratiqué en Algérie autant par les locaux que par de nombreux étrangers. La fraternité fut longtemps une valeur fondatrice du peuple algérien, la sobriété et l’amour de la nature également.

Tout était loin d’être parfait, mais de bonne augure, cependant, pour peu que l’on eût laissé à ce peuple millénaire le temps de renaître à son rythme de sa petite mort coloniale ; sous les traits rajeunis d’une société démocratique moderne, car populaire. Mais cela n’est jamais allé plus loin qu’un rêve confisqué. Et l’environnement Algérie continuera tout de même à être manipulé, au gré des planifications économiques hasardeuses et des stratégies de pouvoir.

Puis, le corpus social et donc identitaire de l’Algérie a été complétement chamboulé par la décennie noire. Cette triste période aura presque parachevé le travail de destruction de la nature algérienne, déjà entrepris pendant 132 ans de fragmentation environnementale du peuple Algérie.

Alors, toute une génération d’Algériens s’est déconnectée de son milieu rural. Pour s’exiler dans nos villes. Ils les ont complément submergées ; et démographiquement et culturellement. Elles ont été ainsi dénaturées de leur âme. Toute un savoir-vivre a été dévasté et envahi par le chaos des bidons villes ; des canalisations pirates en tous genres. Cet exode engendra une nouvelle nature de citadins algériens, totalement ignorants de la bienséance en milieu urbain. Une véritable bombe écologique à retardement …

L’exode forcé ou l’élimination physique de celles et ceux qui auraient pu porter sur leurs épaules l’avènement d’une nouvelle société algérienne, est sans aucun doute la plus grande perte environnementale pour notre pays.Le vide laissé par la fuite ou la disparition de la matière grise algérienne s’est propagé à travers tous les échelons de la société, telle une gangrène, générant ainsi l’émergence d’une nouvelle "élite" .Un écosystème d’opportunisme, facilement assimilable à une médiocratie castratrice.

Cette crise sanguinaire a également profondément accéléré la mutation du peuple algérien en une société de consommation; comme il en existe maintenant un peu partout à travers le monde. Les campagnes se sont elles aussi vidées de leur essence. Le cadre de vie des ruraux s’est énormément dégradé. Un terreau idéal, donc, non pour semer, mais plutôt pour enterrer six pieds sous terre toute l’âme d’un pays…

A présent, que les mentalités ont été mises au diapason de cette oraison carnassière, assassiner la nature est devenue pour nombre d’Algériens une sinistre forme de développement durable ; dans le temps, et à travers l’espace.

Plus aucune parcelle de nature algérienne n’est épargnée. Pas seulement son écologie, d’ailleurs. Tandis que l’on stigmatise machiavéliquement les arts de l’Algérie en un artisanat d’Epinal, que l’on folklorise la femme rurale, on s’applique en parallèle à deforester méthodiquement nos forêts. Pendant que nos montagnes sont rasées de la carte, ainsi que tous les trésors biologiques et archéologiques qu’elles abritent. L’air est saturé des poussières de notre illustre passé écologique et historique, broyés en gravats.

Pour reconstruire encore et encore ce qui a été toujours bâti de manière délibérément bâclée, il n’y a pas si longtemps de cela. « Chronique d’un mythe de Sisyphe en terre d’Algérie », l’histoire de notre développement rentier et obsolescent mériterait bien ce titre…

Mais, l’Algérie, c’est aussi une biodiversité, une variété de cultures, aussi vastes que l’immensité de son territoire. C’est cette homogénéité éclectique qui a permis à notre nature d’être si ingénieuse à se maintenir et sur notre territoire et dans nos cœurs. Malgré toutes les intrusions qu’elle a pu subir. L’Algérie est à l’image de ses printemps, ils ont survécus à bien des assauts du désert. Tout n’est donc pas perdu, même si il y a vraiment péril en la demeure. C’est ce que j’ai également appris en voyageant à travers mon pays.

C’est pourquoi un regard sur notre passé, pourrait-être un retour vers un futur manqué, comme on emprunte un mauvais détour menant forcement à une impasse. Pas celui d’un arabisme grossier, fantasmé par des apôtres de l’intolérance, mais pourquoi pas celui d’une arabité assimilée par notre nature profondément amazigh. Tant de cultures, de civilisations auront versé un peu de leur sang dans ce Nil coulant tel un fil conducteur reliant notre corps à notre cœur, glissant le long de nos veines.

Il y a une réconciliation qui doit être enfin identifiée et engagée en Algérie. Celle d’un peuple avec son environnement. L’Algérien doit réapprendre à aimer et donc à respecter la nature de son pays. Il doit se ressouvenir de ce que l’Algérie a été et donc pourrait être. Si elle était une nation grandeur nature et non prisonnière de cette image au cadre étriqué par un angle de vue monolithique…

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À propos

Karim Tedjani

Karim Tedjani est un blogeur indépendant très concerné par les questions de l'environnement ainsi que de l'écologie en Algérie... Depuis 2009 , il sillonne autant le web que son vaste pays d'origine; afin de témoigner, d'apprendre, mais aussi de militer...
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