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Nouara Algérie.com

Ecologie, environnement, nature, économie verte et développement durable en Algérie

Pas de principe de précaution en Algérie

Par Pr Chems Eddine CHITOUR - Lundi 08 Juin 2015
 

«Quand la pierre tombe sur l'oeuf, pauvre oeuf. Quand l'oeuf tombe sur la pierre, pauvre oeuf.» Proverbe chinois

Il est pour le moins étrange que les sociétés humaines deviennent des victimes consentantes des nouveaux acquis de la science qui se déclinent dans leur quotidien sous différentes formes créant des besoins irrépressibles et faisant du citoyen un consommateur sous influence qui se dirige en aveugle vers une réalité qui présente toutes les apparences de l'abondance du bonheur de la satiété du plaisir et pourtant, les architectes de cette orchestration de nouvelles découvertes touchent de plein fouet l'essence même de la nature humaine du fait que nous n'avons pas le recul nécessaire pour juger de son innocuité ou non. Dans cette contribution j'invite de plusieurs dangers potentiels. Il s'agit en premier lieu de la manipulation du vivant dans le même ordre des OGM des pertrubations du téléphone portable. Trois innovations peut-être pour le meilleur et peut-être aussi pour le pire.

Le génome et la manipulation du vivant
L'apparition d'une nouvelle discipline, le «génie génétique», liée aux découvertes de la génétique contemporaine, a considérablement modifié notre représentation du vivant. Les progrès techniques du vivant a considérablement accru les possibilités d'intervention de la science biologique. Les spécialistes d'éthique médicale s'interrogent sur les dangers que représente cette technicité excessive. L'instauration de limites à ce qui est techniquement possible doit se faire de façon démocratique: (1)
«Cloner des animaux ne semble pas soulever de problèmes éthiques particuliers, dans la mesure où ne se posent pas les questions habituelles relatives à la protection de l'environnement ou à celui de l'alimentation humaine. Recourir au clonage animal pourrait être intéressant pour les rendements d'un élevage; il permettrait de fabriquer des animaux pourvus d'un gène produisant des substances thérapeutiques. Certains imaginent avoir recours au clonage pour préserver les espèces en voie de disparition. Mais pour le moment, la technique est peu efficace; les animaux obtenus par clonage meurent prématurément, leur système immunitaire semble déficient. C'est à ce titre principalement qu'il faille devoir interdire impérativement le clonage humain»... (1)
Qu'en est-il justement du séquençage du génome humain? Comme décrit par Fabien Gruhier: «Le premier séquençage du génome humain, publié en 2000, avait mobilisé une armée de spécialistes de tous les pays durant treize ans, et coûté environ 3 milliards de dollars. L'ensemble de ces informations, qui définissent entièrement chaque individu - avec, notamment, son degré de susceptibilité à toutes les maladies, représente l'équivalent d'un texte de 6 milliards de lettres, et tient sur une banale clé USB. En réalité, le patrimoine de tous les êtres humains est identique à 99,9%. De 3 milliards de dollars, le séquençage se démocratise. En mars 2015, la société 23andMe annonçait qu'elle proposait aux particuliers, moyennant 99 dollars, une analyse des données de leur génome. L'une des conséquences de cette science prométhéenne est le spectre de l'«enfant parfait» et des dérives eugéniques. Patrick Gaudray, directeur de recherche au Cnrs et membre du Comité consultatif national d'éthique a bien raison d'être inquiet. Il y dénonce outre les dérives éthiques un marché juteux. Pour la première fois de l'Histoire, en effet, des scientifiques chinois ont modifié les gènes d'embryons humains. (2)

Les Organismes génétiquement modifiés
Dans le même ordre. Le séquençage du génome algérien est un projet national (AGSP: Algerian genome sequencing project), réalisé sur la base d'un échantillon représentatif de la population algérienne globale. En plus des questionnements éthiques, on peut s'interroger sur la finalité réelle de ce projet qui manque de visibilité et qui n'est pas soumis à une barrière éthique. Est-ce que l'on se rend compte de l'usage d'une telle manipulation? Le risque est de livrer des données stratégiques de l'état de santé de la nation algérienne aux laboratoires pharmaceutiques étrangers. Il est indéniable cependant que l'Algérie doit se lancer dans ce type de recherche dont les retombées sont multisectorielles (alimentaire, agriculture, santé,... (2)
Dans le même ordre l'invasion des OGM est dit-on inéluctable. Un organisme génétiquement modifié est un organisme (végétal essentiellement, mais il pourrait être également animal ou humain) dont on a modifié le code génétique pour lui conférer une caractéristique nouvelle. Il s'agit de cultures destinées à l'alimentation humaine (maïs, riz, ou soja, par exemple). Le processus de transgenèse s'inspire des techniques de sélection et de mutation qui existent déjà dans le monde agricole. Les techniques actuelles permettent en effet d'isoler un gène pour en étudier la structure, afin de le modifier pour le réintroduire dans un organisme vivant. Ce que l'on nomme «transgenèse» consiste donc à ajouter un nouveau gène à un organisme entier (plante ou animal), voire à remplacer un gène par un autre. Les OGM sont très mal acceptées dans la plupart des pays occidentaux. La plupart des biologistes sont surpris, et ont peine à faire admettre que la transgenèse appliquée à l'alimentation est une technique qui ne présente aucun danger... (1)

La nourriture du futur: la boîte de Pandore
Dans une contribution remarquable Agnes Rousseau nous décrit le panorama de la boîte de Pandore une fois ouverte: «Hamburgers in vitro, fromages de synthèse, glu de porc, vache ou poisson transgénique... Le tout agrémenté d'une bonne pincée de chimie. L'industrie agroalimentaire multiplie les expérimentations, et commence à inonder le marché de ces nouveaux produits, davantage fabriqués en usine ou en labo que dans les champs. Objectif: nourrir la planète au moindre coût. Du côté des produits laitiers aussi, une formidable innovation technologique permet de casser les prix. Cargill a lancé en 2009 un «fromage» sans lait. Ce fromage chimique, le LygommeACH Optimum, est composé de trois amidons, d'un galactomannane (E410, 412, 417), d'un carraghénane (E407) et d'arômes. Son avantage? Son prix. Le LygommeACH Optimum permet de ne pas dépendre des fluctuations du marché du lait (..)» (3) Autre solution pour produire plus de protéines animales: des animaux qui «poussent» deux fois plus vite. Dans les laboratoires se multiplient les expériences pour produire des animaux génétiquement modifiés aux propriétés intéressantes pour l'industrie agroalimentaire. Aux États-Unis, les cochons «Enviropig», génétiquement modifiés pour moins polluer, et les saumons «Frankenfish», qui grandissent deux fois plus vite, attendent leur autorisation de mise sur le marché. Des vaches hypermusclées, des chèvres dont le lait fabrique de la soie, des porcs avec un gène de souris... (...)» (3)
Tout n'est pas perdu. L'activité est dit-on sous contrôle. On apprend que: «L'Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) vient de lancer une consultation publique concernant l'évaluation des risques environnementaux des animaux génétiquement modifiés. (...) Demain, nous pourrons aussi nous demander si le steak ou la saucisse que nous avalons goulûment a bien un jour été «vivant». Pour faire face à la demande mondiale, la production animale devrait doubler d'ici à 2050, estime la FAO cela représentera 36 milliards d'animaux - en plus de 9 milliards d'humains - sur la planète. Alors que l'élevage est déjà responsable de 18% des émissions de gaz à effet de serre... La solution? Diminuer fortement notre consommation de viande. Autre moyen pour réduire l'impact écologique de l'élevage: développer les cultures d'insectes. Certes, la quiche au vers ou la tarte à la chenille risquent d'avoir du mal à trouver des adeptes. Mais, selon la FAO, plus de 1 000 espèces d'insectes sont consommées dans le monde (...) Les insectes, c'est bon pour l'environnement: il faut 8 kilos de végétaux pour produire un kilo de viande bovine. Et moins de deux kilos pour produit un kilo d'insectes (...)». (3)

Les plantes mutées arrivent en force
Pis encore, une nouvelle variété arrive: «Elles ont tout des OGM, mais ne sont pas considérées comme tels. Les plantes mutées sont pourtant conçues en laboratoire, soumises à des évolutions génétiques à coups de pesticides, de chimie ou de rayons X, par mutagenèse. Elles arrivent maintenant dans nos assiettes. Sans réglementation, sans traçabilité, les plantes mutées pourraient même envahir la filière bio. Des paysans et des citoyens ont procédé à un fauchage de tournesols mutés en Isère, ce 14 juillet. «Dans l'huile de tournesol que vous achetez, il y a une partie issue de tournesols mutés. En région Rhône-Alpes par exemple, on sait qu'il y avait 30% de tournesols mutés en 2011». (4)
Pour en finir avec les OGM. Des arbres OGM qui poussent 20% plus vite; l'entreprise israélienne qui les a créés devrait commencer l'exploitation en 2015. Ses clients? L'industrie du meuble, celles du papier et de l'énergie. Cette start-up israélienne a transféré un gène provenant d'une herbe vivace, Arabidopsis thaliana, dans les cellules de l'arbre afin de stimuler sa production de cellulose. «Pour la même surface cultivée, nos arbres produisent 54 mètres cubes de bois, 9 de plus que la moyenne.

Qu'en est-il en Algérie?
Les besoins en matière d'aliments de bétail pour satisfaire la demande nationale tournent autour de 600.000 tonnes de maïs. L'absence de communication et d'information à ce sujet de la part de l'office chargé de cette mission, qui est pourtant un maillon essentiel dans la chaîne alimentaire, ne fera que renforcer le doute. L'Algérie a importé 600.000 tonnes de maïs en 2011. (...) D'où provient-il? Les Algériens ont le droit de savoir, même si la santé publique est loin de constituer une priorité pour ceux qui en ont la charge et la responsabilité. (...) Il faut souligner que l'aliment de bétail (volaille et bovin) produit par l'Onab est composé de 60% de maïs et de 30% de soja. Que représentent les 10% restants?» (5)
Sommes-nous consommateurs d'OGM? Quelle est la position des pouvoirs publics par rapport à cette question? M. Aïssat, enseignant chercheur à l'université de Blida, écrit: «Pour l'instant, la communauté scientifique n'a pas encore démontré qu'il n'y a aucune interaction entre ces gènes et les gènes humains. Il faut aussi savoir que le génome humain est primitif, donc sa réaction en contact avec ces nouveaux gènes n'est pas encore établie.» Pour ce qui est de la position nationale concernant les PGM, Mme Hamana Korichi Malika Farida, sous-directrice de la recherche au ministère de l'Agriculture et du Développement rural, affirme que l'Algérie applique le principe de précaution. «Il existe un texte de loi réglementaire (arrêté en décembre 2000) du ministère de l'Agriculture et du Développement rural interdisant l'importation, la distribution, la commercialisation et l'utilisation du matériel végétal génétiquement modifié, sauf à des fins de recherche scientifique.» (6)
«Bisphénol A, phtalates, paraben. Ces molécules sont ce qu'on appelle des perturbateurs endocriniens (PE). Depuis plusieurs années, des scientifiques alertent sur les effets des PE sur notre système hormonal qu'ils, comme leur nom l'indique, perturbent. (...) «La santé dépend du bon fonctionnement du système endocrinien, qui régule la sécrétion d'hormones essentielles, par exemple, au métabolisme, à la croissance, au développement, au sommeil et à l'humeur», rappelle l'Organisation mondiale de la santé. Le problème avec les perturbateurs endocriniens, c'est que non seulement ils sont nombreux mais en plus ils sont partout. Pesticides, phtalates, paraben, bisphénol et autres molécules aux noms barbares se retrouvent dans l'air, l'eau, la nourriture, mais aussi dans les objets et produits du quotidien, (...) (...) les conséquences des PE sur la santé ont aussi un coût, et pas seulement humain. Le 5 mars, une série d'études a évalué à 157 milliards d'euros le coût pour l'Union européenne des maladies liées aux perturbateurs endocriniens, soit 1,23% du PI.» (7).
Dans le même ordre, Il est formellement établi que la technique d'exploitation des gaz de schistes est nocive, aussi bien sur les équilibres environnementaux que sur la santé. Sont incriminées la toxicité des produits utilisés, notamment les substances considérées, comme des perturbateurs endocriniens sont également utilisées (phtalates, butoxyéthanol...)
Dans le même ordre toujours, après plusieurs études scientifiques ayant démontré la dangerosité des pesticides pour la santé et l'environnement, publiés depuis quelques années, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) met en garde, contre cinq pesticides dont notamment le glyphosate. Cet herbicide est le plus produit au monde et il est largement utilisé en Algérie, notamment dans les cultures maraîchères, vergers d'agrumes, arboricultures, palmeraies et vigne. (...)»» (8)

Les dangers de l'utilisation du portable
C'est par ces mots que le site PMO (Pièces et Main-d'Oeuvre) qualifie. On sait que les effets des radiofréquences sont de plus en plus dangereux, notamment pour les enfants. Ils se caractérisent surtout par la perte de myéline, substance gainant les fibres nerveuses à 100 MHz, les radiations pénètrent tout le cerveau, toute la moelle et tout l'oeil. Déjà dans une étude en l'an 2000, l'attention a été attirée sur les dangers des ondes électromagnétiques. «D'après de nombreux spécialistes, il est possible, à terme, que l'ADN cellulaire soit lésé, ce qui provoquerait des tumeurs cancéreuses. L'agence de recherche sur le cancer, de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a indiqué, mardi 31 mai, que l'usage des téléphones portables devait être considéré comme «peut-être cancérogène pour l'homme.» OGM Génome, portable, perturbateurs endocriniens nanotechnologies: l'Algérie est démunie et sans principe de précaution. Nous n'avons pas fait le tour de tous les dangers que nous importons, que nous achetons parfois à prix d'or, les dégâts seront perceptibles bien plus tard. Plus que jamais il y a nécessité d'une mise en place dans les meilleurs délais d'agence de veille sanitaire en complément d'un conseil supérieur de l'ethique qui aura à débattre des recherches dans ce domaine mais aussi des limites de l'application de ces techniques en Algérie. Il est de la plus haute importance en effet, de plus près les implications sociales éthiques mais aussi de contrôler au plus près par une chaîne de laboratoires de référence, tous les achats dans le domaine de la santé et agroalimentaire. Il y va de l'avenir des Algériens.

1.http://www.maxicours.com/se/fiche/0/3/231803.html
2.C.E. Chitour http://www.lexpressiondz. com/chroniques/analyses_du_professeur _chitour/216240-la-sante-l-ethique-et-le-business.html
3.Agnès Rousseaux 27 juin 2012 Http://www.bastamag.net/la-nourriture-du-futur-que-nous
4.Sophie Chapelle 16 juillet 2012 Http://www.bastamag.net/les-plantes-mutees-arrivent-en
5.Mohamed Touati http://agrovert.canalblog.com/archives/2012/09/30/25219860.html
6.http://www.algerie360.com/algerie/organismes-genetiquement-modifies-ogml%E2%80%99algerie-applique-le-principe-de-precaution/
7.Sara Taleb http://www.huffingtonpost.fr/ 2015/03/14/perturbateurs-endocriniens-molecules-chimiques-partout-sante-publique_n_ 6856596.html
8.http://www.algeriepatriotique.com/article/largement-utilise-en-algerie-le-pesticide-glyphosate-cancerigene

 

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À propos

Karim Tedjani

Karim Tedjani est un blogeur indépendant très concerné par les questions de l'environnement ainsi que de l'écologie en Algérie... Depuis 2009 , il sillonne autant le web que son vaste pays d'origine; afin de témoigner, d'apprendre, mais aussi de militer...
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