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Nouara Algérie.com

Ecologie, environnement, nature, économie verte et développement durable en Algérie

Quel écotourisme pour l’Algérie …

Parfois, prendre juste le temps d'écouter une histoire racontée par une hadja d'un douar algérien, c'est voyager dans les plus belles profondeures de la nature de ce pays...

Parfois, prendre juste le temps d'écouter une histoire racontée par une hadja d'un douar algérien, c'est voyager dans les plus belles profondeures de la nature de ce pays...

 

Le concept d’écotourisme, en Algérie, est pour l’instant, il me semble,  plus une expression à la mode dans les discours officiels, qu’un secteur d’activité en plein essor. Au mieux, beaucoup d’associations algériennes s’en réclament où aspirent à le pratiquer dans leur localité. Mais toute cette bonne volonté affichée de part et d’autre,  du politique aux franges de la société civile  les plus engagées, ne doit pas nous éloigner de la réalité : l’Algérie n’as pas encore assimilé ce que l’écotourisme pourrait vraiment  lui  apporter.

Tout d’abord, à l’instar de beaucoup d’expressions tout droit et fraichement venues d’outre-méditerranée, ce terme est devenu,  chez nous, une espèce de «  fourre-tout » lexical. Cette  terminologie, ce label  n’est pas toujours utilisé à bon escient, ni pour la nature, ni d’ailleurs en ce qui concerne  les touristes en quête d’espaces naturels;  pour leurs villégiatures ou leurs loisirs.

Car, il me semble, l’écotourisme  n’est pas qu’un  tourisme de nature. Il n’a pas seulement   pour vocation de  laisser  des milliers de citadins envahir en masse des espaces classés  parcs naturels. En y important le plus souvent  leurs comportements urbains. Ils  ne sont d’ailleurs, généralement, même pas respectueux de ce  que devrait être une ville algérienne. Au point souvent  que  tous ces espaces naturels,  censés être protégés par la loi ,   se dégradent  à mesure  que grandit  le succès touristique  de ces zones écologiques.

L’écotourisme ne  doit pas  non plus  forcément rimer avec des infrastructures  archaïques ou des services  régulièrement  de piètre qualité. L’écotourisme, ce  n’est  pas seulement un simple pique-nique en pleine nature ou du camping sauvage…

Au contraire, c’est   un tourisme de qualité, non de quantité. Il vise l’excellence. Celle   de procurer un maximum de plaisirs et de satisfactions aux touristes ; et ce   pour une empreinte écologique  la plus discrète  possible au sein des milieux naturels où ils se sont invités. Ce genre de tourisme peut faire justement appel à des technologies de pointes dans des domaines tels que l’efficacité énergétique, celui des équipements de loisirs, de l’habitat, des énergies renouvelables, et  de tant d’autres secteurs économiques. Ce n’est pas obligatoirement un tourisme  de précarité où seulement un tourisme artisanal, au sens le plus d’Epinal  du terme.

L’écotourisme place juste le luxe non plus comme  une valeur seulement matérielle,  mais dans la  qualité  de la relation  développée entre  un environnement humain et l’écologie d’un milieu naturel. Cela demande de la part de tous ses antagonistes, hôtes  comme clients, un état d’esprit  justement des plus modernes. Non celui  du siècle dernier et de son lot de camps de décontractions ou d’hôtels aseptisés. Des vacances   qui se consommaient  de la même manière, n’importe où dans le monde. Le souci, alors était de satisfaire  un confort de masse et non de créer les meilleures conditions d’une expérience intimiste avec la nature d’un lieu et forcement de ses habitants, humains ou non.

L’écotourisme, ou tourisme vert, est  toujours une rencontre  avec soi-même, les autres et un milieu naturel. Parfois, il s’agit même de  réconciliation, comme ce devrait être le cas pour l’Algérie.

Dans  notre  pays, ce type de villégiature touristique rencontre à mon avis  divers  obstacles récurrents  à court et moyen terme. Paradoxalement, je pense que  s’engager dans l’écotourisme,  malgré  tout cela, serait le meilleur moyen de les atténuer durablement.  On  pourrait même favoriser l’émergence d’une nouvelle mentalité  au sein de la société algérienne contemporaine. En ce sens, l’écotourisme algérien devrait faire surtout la part belle à la pédagogie ainsi que la sensibilisation et non aux rapports commerciaux.   

Dans un premier temps, il parait évident que c’est l’aspect sécuritaire qui rend une telle activité envisageable dans une  zone  rurale. C’est bien entendu là que le bât blesse  le plus naturellement en Algérie.C'est le  frein le plus tenace  pour la  rendre  vraiment attractive,  autant pour les professionnels du tourisme que  pour les consommateurs. Bien entendu,n tout cela  au regard des  menaces d’agressions terroristes qui y persistent, mais aussi à cause de l’accroissement du banditisme dans les zones rurales jadis si paisibles. 

Tellement paisibles que ce qui est assimilé aujourd'hui  à de l'écotourisme, se pratiquait hier  le plus naturellement du monde. Algériens, étrangers, touts  appréciaient  l'Algérie  comme un cadre idéal pour  vivre la nature de la manière la plus simple et authentique qu'il soit . Comme il est loin ce temps que l'on doit retrouver!

La principale fonction  d’un développement de l’écotourisme en Algérie doit être de se réapproprier des espaces  qui ne  sauraient avoir  plus  de sauvage qu’un aspect de nature non domestiquée.  Leur défection est le meilleur facteur pour favoriser cette insécurité…

Puis, il est à déplorer que trop peu de citoyens algériens sont à présent  éduqués à  des  comportements respectueux des sites auxquels on  leur a  seulement permis un accès plus facile et régulier. L’écotourisme, en Algérie,  ne pourra fonctionner sans beaucoup d’encadrement  de ce public si peu enclin à des comportements écologiquement responsables. Il faudrait pour cela bannir dans un premier temps toute expérience naturelle de masse et privilégier des parcs à dimension plus régionale, voire locale.  Il s’agit d’éduquer  la prochaine génération d’Algériens qui pourront de nouveau appréhender la nature comme une évasion, parce qu’ils ne seront plus prisonniers de réflexes  totalement écocidaires.

Notre pays, s’il est  à présent  largement peuplé de geeks  juvéniles assoiffés de nouvelles technologies importées, ne parait que très peu doué pour produire ses propres innovations. Or, il faudrait en faire preuve sans retenue pour relever le défi d’un tourisme à la fois confortable  pour les touristes, rentable pour les professionnels  et soutenable pour la nature algérienne. Bien entendu, il existe de nombreux procédés ancestraux capables de remédier à  de telles  lacunes. Mais il faudra autant d’esprit d’innovation pour les réhabiliter dans la psyché de toute une population qui aspire  dans sa majorité  à vivre selon les normes industrielles  d’un « confort moderne »  périmé. L’écotourisme algérien doit être porté par une littérature, une presse, des formations, bref une réflexion nationale. Ce ne saurait être un tourisme d’Epinal bon marché, mais un secteur social   de pointe.

Il s’agit de plonger chaque Algérien, dans un environnement où les dérèglements collectifs  qu’il a érigés  en règles individualistes n’auraient plus cours au quotidien.  Redécouvrir les gestes d’antan, mais apprendre aussi de nouveaux comportements plus universels. Réapprendre son histoire, sa nature. Non plus sous la lorgnette d’un petit écran, ou dans l’ambiance calfeutrée d’une bibliothèque universitaire, ni dans une classe primaire.  Mais  apprendre l’Algérie sur le terrain.  Le local devient alors évasion d’une réalité globale.  

Malheureusement il  est évident que nos douars ont subis de profondes mutations ;  autant écologiques que sociales. Beaucoup ont perdu de leur charme. Certains, parmi les plus pittoresques,  ont été totalement désertés. Dans nombre  de nos campagnes, les nouvelles générations ont développé  une relation plus parasitaire que symbiotique avec leur milieu naturel. Beaucoup de produits et artisanats de nos terroirs algériens ont presque sombré dans l’oubli ou le pastiche. Notamment avec le cloisonnement de « la femme rurale algérienne », souvent otage  de nouvelles coutumes « religieuses » qui  n’avaient pourtant pas cours, jadis, dans les sociétés rurales algériennes.

Or, ce que l’écotourisme algérien devrait apporter à l’Algérie, c’est justement une formidable opportunité d’inscrire tout ce patrimoine à la fois dans son authenticité historique et ethnique  que dans une modernité qui considère l’écologie comme une science  sociale.

Le développement  durable de nos campagnes est la  clefs d’un pareil défi. La conservation d’une biodiversité, d’un climat et de toutes les cultures locales qui en découlent naturellement devrait d’ailleurs être la principale préoccupation de la politique environnementale algérienne. Car c’est seulement en conservant l’essentiel  sans  jamais s'interdire d'innover que nous pourrons garder nos campagnes et la nature qui les abrite  authentiquement dynamiques.  

Car authentique, ne veut pas dire figé. Aucun paysage algérien n’est vraiment sauvage ; la main de l’Homme y a été pesante depuis la nuit des temps. Ils sont la chronique de l’apogée et du déclin de bien des civilisations, toujours assimilées par un peuple millénaire sur cette terre. Pour qu’une culture demeure à travers les âges, il faut que  ses coutumes et les paysages  qui l’entourent évoluent en fonction d’un environnement séculier.  

Il ne faudrait pas non plus  se limiter à considérer que l’écotourisme, en Algérie,  ne  peut  être  vraiment développé que dans nos régions du Sud.  Elles sont certes, parait-il, plus authentiques et sécurisées. Mais ne pourrait-on pas objecter que cela  tend et tendra malheureusement, avec le temps, à être de moins en moins vrai. Autant d’un point de vue écologique que sécuritaire…

Chaque wilaya algérienne recèle d’immenses  potentiels écotouristiques. Voyager à travers l’Algérie, c’est explorer un continent à cheval entre l’Afrique et la Méditerranée. Chaque région de notre pays pourra vous en apprendre un peu plus sur la nature humaine  qui existe bien avant la fondation d’El Djazaïr.  Pour peu que vous y soyez initiés dans un cadre naturel , par de vrais connaisseurs,  alors, peut-être, vous comprendrez à quel point l’Algérie, en tant que terre et peuple est un message d’espoir qui ne doit pas s’éteindre dans la nuit de la mondialisation…

Pour ce genre de tourisme, on ne devrait pas seulement parler d’exploiter la ressource « Nature » comme un produit commercial à part entière.   La vraie rentabilité de l’écotourisme algérien, sera de réconcilier une société avec sa nature, comme on relie un corps et  son esprit par  la respiration. Il s’agit d’apporter aux Algériens un souffle nouveau tout droit sorti des entrailles de nos origines profondes…

 

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À propos

Karim Tedjani

Karim Tedjani est un blogeur indépendant très concerné par les questions de l'environnement ainsi que de l'écologie en Algérie... Depuis 2009 , il sillonne autant le web que son vaste pays d'origine; afin de témoigner, d'apprendre, mais aussi de militer...
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BOURAD Mohamed 15/06/2015 13:20

une belle et bonne approche de l' écotourisme en Algérie,pour ma part je crois que un réveil,une espèce de prise de conscience autour de la notion ecotourisme de durabilité commence à apparaître ,mais je suis réellement optimiste pour l' avenir ,bon ce n'est pas le "Pérou" mais des signes sont l dans les territoires a vocation touristiques sont visuels,je le vis un peu partout il s'agit de mettre en place une stratégie avec une visibilité pour permettre à des acteurs de s'y inscrire et mener des actions sur le terrain loin du discours pompeux des pouvoirs publics qui s'en foutent royalement de tout ça.
bonne continuation.

BOURAD Mohamed
consultant en tourisme durable
Tour leader en nature et patrimoines d'Algérie

PS vous pouvez jeter un coup d'oeil sur ma page face book tourisme étique et solidaire en Algérie.

Tedjani 15/06/2015 14:13

Merci d'avoir pris le temps de lire, et encore plus d'avoir commenté cet article cher M. Bourad...Vous avez assez bien résumé la situation et ce sont les bonnes volontés comme la votre qui ferons l'écotourisme algérien de demain, je l'espère.
Je ne manquerais pas de jeter plusieurs coup de yeux sur votre page et vous souhaite d'ores et déjà beaucoup de réussites!