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Nouara Algérie.com

Ecologie, environnement, nature, économie verte et développement durable en Algérie

Gigantisme, mal-gouvernance… : Oran rate son grand virage vers le développement durable

 

Dans ActualitésEnvironnement 30 mars 2015 0 332 Vues

 
  • Par S.Slama  

Les 5 plus 5 seront bientôt en Algérie, nous saurons peut être alors si la proposition algérienne, avancée lors du précédent passage de ce groupe de travail chez nous, de faire d’Oran un observatoire de l’environnement a été retenue ou non. Les 5+5 aborderont, lors de cette rencontre “algéroise” qui n’est pas aussi fortuite qu’elle en a l’air, des sujets très sérieux et même fâcheux. Officiellement, ils seront là pour parler de l’eau et donc forcément d’énergie et certainement du gaz de schiste aussi.

dessalement

Selon les experts, l’extraction de 1 milliard de m3 de gaz consommerait 1 million de m3 d’eau ce qui n’est guère très rassurant sur le devenir de la nappe albienne du grand Sud et partant de l’avenir des générations futures.

Le débat sur l’eau est un sujet très sérieux pour un pays méditerranéen qui connait un stress hydrique permanent et ne couvre que 40% de ces besoins en eau d’irrigation. Il sera aussi question lors de cette rencontre de la problématique de l’eau et de l’environnement. Dans sa politique de l’eau, l’Algérie n’est peut être pas le meilleur élève de la Méditerranée en la matière et la wilaya d’Oran n’est certainement pas le bon exemple à montrer.

LA STEP ET LE DEVENIR DE LA SEBKHA

 

C’est sur les bords de deux zones humides classées Ramsar que le département de l’hydraulique a choisi d’installer la plus grande stations de traitement des eaux usées (STEP) d’Afrique avec de gros problèmes liés à la nature et à la stabilité du sol. Quand à la seconde, elle se trouve confrontée à la plus grande station de dessalement d’eau au monde.

Ce gigantisme qui semble faire la fierté des décideurs politiques a aussi son revers pour la population locale. Oran pourrait donc battre le record africain en matière de production des boues d’assainissement qui atteindra à terme quelque chose comme 25.000 tonnes par an.

Certes nous sommes encore loin de ce chiffre, puisque la station fonctionne à moins de 50% de ses capacités, heureusement pourrait-on dire. Car selon des témoins oculaires, une noria de camions évacue quotidiennement quelques 100 tonnes de boues primaires à partir de la station sur la Grande Sebkha. Avec tous les risques environnementaux et sanitaires que cela comporte et qui sont loin d’être négligeables pour la population.

Bien entendu, la direction de l’environnement qui n’ignore rien de la situation, annonce, pour certainement donner le change, la prochaine réalisation sur le site même ou dans sa proximité d’un parc de loisir végétalisé pour le grand public.

Quand au fameux projet d’irrigation de 8100 ha, autant l’oublier puisque actuellement le seul traitement qui se fait au niveau de la station serait du type de la décantation primaire qui n’autorise aucune utilisation agricole, au regard des arrêtés interministériels publiés le 15 juillet 2012, qui ont fixé la liste des cultures autorisées et surtout les spécifications normatives de qualité des eaux usées épurées. N’en déplaise donc à monsieur le ministre de l’hydraulique, Oran est encore loin de pouvoir, un jour s’approvisionner en fruits et légumes à partir de la plaine de Tlelat.

Selon certaines sources bien au fait de la situation, l’état général même des réseaux et conduites d’eaux se seraient affaissés et sont d’or et déjà… inutilisables. La plus grosse partie des eaux usées se retrouve donc au fond de la Sebkha au lieu de servir à une hypothétique irrigation de la plaine agricole d’Oued Tlelat. Quand aux promesses de monsieur le ministre de l’hydraulique, avancées en aout dernier quand à la remise en état de la station dans un délai de trois mois, il y a bien longtemps que les oranais savent à quoi s’en tenir.

Selon les mêmes sources, la remise en état et la fonctionnalité serait plus … qu’hypothétiqueLa station d’épuration des eaux usée d’El-Kerma est aujourd’hui probablement l’une des plus grandes plaies environnementale de la wilaya d’Oran. Une station inaugurée par le président de la République mais qui n’a finalement fonctionné que durant les 12 mois prévus par le contrat sous la responsabilité de l’entreprise autrichienne réalisatrice.

Le relais a été pris par une entreprise espagnole durant quelques années avant d’être confié à la SEOR qui s’est alors trouvée confronté à un immense affaissement de terrain sous presque tout les bassins et notamment l’aérateur.

La station a depuis été confiée en l’état à l’Office national d’assainissement (ONA) qui gère comme il le peut la station et la situation des eaux usées de la métropole. Quand au bureau d’étude «Merlin», délégué par le maitre d’œuvre pour suivre les travaux de réalisation, il y a bien longtemps qu’il a rejoint son pays d’origine, la lointaine… Argentine.

Encore faut-il que l’on est aujourd’hui des raisons de l’inquiéter puisque dés le départ tout le monde avait fait des réserves sur la nature du terrain. Dés cette époque d’ailleurs, des spécialistes et des universitaires, pour qui le gigantisme de la station ne présageait rien de bon, avaient formulél’hypothèse de réaliser quatre stations de moyennes dimensions autour d’Oran, mais l’Algérie de cette époque avait besoin de ce projet gigantesque qui dit-on aurait couté la bagatelle de 600 millions d’euros au contribuable. Et tant pis si aujourd’hui cela ne sert plus à rien !!!

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Qu’en est-il du littoral ?

 

Le dessalement, l’autre plaie du littoral. Le revers de la médaille de la plus grande station de dessalement d’eau de mer du monde est connu puisqu’il permettra de créer le plus grand désert sous-marin du monde. Selon WWF, la saumure rejetée est égale à la quantité d’eau produite.

Cela est d’autant plus préoccupant que le littoral des wilayas du Nord Ouest du pays, produisent plus de1.400.000 M3 d’eau dessalée par jour, soit 60% de la production nationale. Ce qui générera des déserts sous-marin de plusieurs centaines, voire de milliers d’hectares, dans une mer déjà fragilisée par l’urbanisme, les industries et les pollutions en tout genre.

L’assurance des pouvoirs publics quand à la sécurité environnementale du littoral est basée sur une simple hypothèse qui s’appuie sur la distance entre les stations de dessalement, les courants marins et notre fameux «setar rabi». Car cette hypothèse, dit-on, n’a pas encore fait l’objet d’une étude scientifique suffisamment rigoureuse.

En attendant ce jour, comme dirait Brel, espérons que nos stratèges en matière de tourisme, arrivent un jour à faire des déserts marins du littoral ouest des destinations aussi attractives et prisées que les célèbres lagons océaniques.

Quand au développement de la pêche autant faire une croix sur la sardine de Bouzedjar ou de Ghazaouet et penser d’ores et déjà à reconvertir nos pêcheurs en… “marins d’eau douce”.

Des études réalisées sous d’autres cieux ont montrée que “Posidonia”, que certains scientifique nomme“l’or vert de la méditerranéen” par exemple était très sensible à la salinité.

Non, décidément Oran n’est pas et ne sera jamais la ville exemplaire de l’Afrique et encore moins de la Méditerranée en matière de développement durable. Les promesses et encore plus les déclarations de nos responsables n’y changeront rien du tout.

 

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À propos

Karim Tedjani

Karim Tedjani est un blogeur indépendant très concerné par les questions de l'environnement ainsi que de l'écologie en Algérie... Depuis 2009 , il sillonne autant le web que son vaste pays d'origine; afin de témoigner, d'apprendre, mais aussi de militer...
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