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Nouara Algérie.com

Ecologie, environnement, nature, économie verte et développement durable en Algérie

Pourquoi l'Agriculture algérienne n'a pas besoin de l'expertise américaine...

Pourquoi l'Agriculture algérienne n'a pas besoin de l'expertise américaine...

Depuis la tristement fameuse affaire de l’exploitation du gaz de schiste, on aurait pu penser que plus aucune épée de Damoclès ne pouvait  peser  aussi lourdement sur l’intégrité du  Sahara. Voilà qu’on nous annonce à présent, à demi-mots lourds de sens, que des firmes américaines ont été autorisées à faire des expériences agronomiques en Algérie. C'est à dire à  s’accaparer un nombre assez conséquent de terres sahariennes afin d'expérimenter entre autres des OGM. Au moins six wilayas dont El Oued et Biskra  sont concernées. On parle de plusieurs milliers d'hectares de surfaces mises à la disposition de l'expertise américaine. Mais laquelle?

Malgré les  nombreuses tournures d'euphémismes qui ont été utilisées pour décrire  les projets de ces firmes étrangères, et la soi-disant étiquette bio annoncée pour ce projet, il me semble que si l’Algérie avait  vraiment voulu tenter la fabuleuse aventure d’une agriculture de  ce genre, elle aurait pu compter sur de nombreuses ressources humaines algériennes. Je me permettrais juste de dire qu’en Algérie on peine déjà contrôler les étiquettes  certifiant nos dattes ; alors celles de pesticides ou d’engrais.... Ces firmes américaines sont sans l'ombre d'un doute  surtout expertes en OGM et autres diableries biochimiques qu'en agriculture bio...Qu'on nous prenne au moins un peu au sérieux! L'écologie ne risque  pas d'être leur principal soucis, et les impacts de leurs ambitions pour la terre d'Algérie   pourraient lui côuter cher écologiquement...

Tout d’abord  il y a ces  nombreux experts  Algériens installés à l’étranger,  dont la compétence en la matière n’est plus à confirmer dans leurs pays d’accueil.  Comme Pierre Rabhi,  par exemple, un des pères fondateur de l’agro écologie, consultant pour l’ONU en matière de sécurité alimentaire. Même si c’est un cas rare, car  il  m’a avoué en personne que l’Algérie n’était pas encore une priorité pour sa fondation. Beaucoup de jeunes  Algériens nés en France,  et qui ont profité de son expérience,  eux  ne rêvent  que de pouvoir   faire de nos terres algériennes   un laboratoire  d’avant-garde en matière de permaculture et d’agro-écologie.

Et il y autant d’autres paysans, agronomes d’origine algérienne  qui n’ont rien à voir avec le mouvement Colibri  ni de près ni de loin. Eux aussi ont beaucoup à apporter à l’agriculture du pays qu’ils chérissent. Des hommes et des femmes d’origine et de nationalité algérienne dont la majeure partie de la famille réside en Algérie. Et que dire de ceux qui  vivent  à travers toute l’Europe, le Canada et même les Etats Unis ? Tout simplement que les experts algériens en matière d’une agronomie  à la fois respectueuse de l’environnement et productive ne manquent pas. Je peux même témoigner, à titre personnel, de l’engagement croissant de ces Algériens qui s’investissent dans des micros projets en Algérie.

Encore plus,  au sein même de notre pays,  j’ai eu la chance de rencontrer de nombreux experts agronomes, autant  des agriculteurs,  que des passionnés  de produits de nos terroirs algériens, tous  gardiens d’une relation  ancestrale  avec  la terre et conscients de l’importance de produire à la fois de la qualité mais aussi de la quantité. Des entrepreneurs aussi ; parfois même des politiques. Tout le long de mes voyages en Algérie , j’ai rencontré des gens dont le vœu le plus cher est de redonner ses lettres de noblesses à notre Agriculture algérienne. La réinventer, et non  la reproduire, faire du neuf sans oublier le meilleur du vieux...

Tout ce potentiel Algérien existe déjà. Pourquoi faire appel à des firmes américaines  pour ce que nous avons déjà  négligé?

Ces industriels de l’agriculture, étrangers,  auront-t-ils  cet amour  de la Terre-mère qui pourrait faire toute la différence ? Celui de ses propres enfants...

Pourquoi toute cette expertise, ces ressources humaines algériennes d’ici et d’ailleurs ne pourrait-elle pas faire de l’Algérie un modèle du genre ? Il y a trop de gens de nationalité algérienne qualifiés dans ce domaine pour continuer à dire que l’Agriculture algérienne ne peut se développer par elle-même. Il suffirait juste de donner enfin les moyens à eux qui en ont les moyens et le patriotisme, au sens le moins chauvin du terme mais le plus fraternel.

Les déboires actuels de notre agriculture résident  dans le fait que ces ressources humaines ne sont pas impliquées dans ce secteur par une volonté politique vraiment sincère à diversifier notre économie nationale; elle est prisonnière d'une sphère d'incompétences et de cupidité tandis que les vrais agriculteurs sont négligés. Mes espoirs pour l'Agriculture algérienne ne sont pas infondés, mais démentis par le contexte contemporain de l'économie algérienne...nuance...

Voyons encore plus grand ! Il existe à travers tout le Maghreb, un nombre étourdissant de gens capables de relever un tel défi.  Qui pourra  mieux se sentir proche de nos problématiques écologiques que ceux qui les partagent avec nous? Le Maghreb c’est un climat, un panel de paysages et un stress hydrique commun. Le Maroc et la Tunisie ont déjà tant à nous apprendre en matière de culture « bio » et de mise en valeur de leurs produits du terroir.

Tout ce savoir-faire Maghrébin existe déjà.  Une fois de plus pourquoi faire appel aux Américains pour ce que nous avons déjà ?

Ceux qui pourraient faire de l’Agriculture algérienne une ressource de bien-être locale, autant qu’une opportunité considérable de diversifier notre économie en tablant sur des produits naturels aux saveurs endémiques, ceux-là n’ont pas autant de terres à disposition pour tenter leurs expériences patriotiques ? Il suffirait pourtant de quelques leviers de bonne volonté politique pour que notre région des hauts plateaux redevienne un grenier généreux pour notre pays et pourquoi d’autres nations du monde...

Et que dire de ce qui se fait un peu partout en Afrique, toutes les réussites, les projets de développement durables, les innovations dont on ne parle pas assez; surtout en Algérie. Nous aurions sûrement beaucoup à apprendre de tous nos frères et soeurs Africains  qui ont fait le pari d'une agriculture à la fois nourricière pour les êtres humains , mais aussi pour la terre qui les abrite.

Et, de nouveau, je repose la question:  pourquoi aller  si loin? et chercher l'expertise de firmes américaines pour relever un défi que nous, Africains, du nord jusqu'au sud avons bien des cartes en mains pour ce faire. Ce n'est pas une utopie; cette Afrique existe belle est bien, mais elle est souvent la moins sollicitée pour agir...

Une fois de plus, avons-nous besoin de firmes américaines pour cela ? Ils n’ont pourtant jamais été réputés pour être des adeptes de José Bové et de sa croisade contre les OMG, leurs grands  patrons américains...

Il  ne s’agirait  pas de nous faire passer des panneaux d’alertes pour des lumières tamisées ! Les Etats Unis ont tellement mieux à nous enseigner ; sa soif d’innover et ses valeurs démocratiques.  Et puis l'Algérie  du Sahara ce n’est pas la Californie et ce serait triste  si elle se mettait à ressembler à Las Vegas.  Il y a quelque chose de purement industriel et d'urbain dans la relation que ce genre de firmes américaines entretiennent  avec  leur  propre terre  natale; comment espérer le respect de nos lieux de la part de tels locataires?

Il semblerait, également, que l'on compte intensifier l'élevage en Algérie, favoriser  à bien des égards le mauvais penchant qui a fait sombrer  le regime alimentaire algérien  dans le "badbouffisme" mondial . C'est donc un peu une guerre de l'interieur qui va se jouer dans ces bases américaines du capitalisme de masse. Celle des ventres, de la révoltuion vasculaire, qui tue la tête par le biais de  l'estomac...

Ils ne sont pourtant pas en manque de désert, les américains?! Ah, oui, j'oubliais, ils viennent chez nous faire des expériences...Suis-je bête!

Alors, peut-être, comme moi, au bout d'un moment,  vous vous souviendrez que notre pays fut jadis le laboratoire du débarquement  américain en Europe.  Pour, parait-il,  la libérer de l'Allemagne nazie et, au passage, la  faire basculer dans son giron par le biais du Plan Marshall. Le prochain  grenier alimentaire et déjà energétique  de l'Europe, entre leurs mains, et le ventre de l'Algérie, en prime,  avouez que l'idée semble lumineuse,  le coup d'avance inspiré...pour peu que l'on ne soit  pas Algérien, cependant...

 

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À propos

Karim Tedjani

Karim Tedjani est un blogeur indépendant très concerné par les questions de l'environnement ainsi que de l'écologie en Algérie... Depuis 2009 , il sillonne autant le web que son vaste pays d'origine; afin de témoigner, d'apprendre, mais aussi de militer...
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