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Nouara Algérie.com

Ecologie, environnement, nature, économie verte et développement durable en Algérie

Projet NAMA pour le secteur résidentiel en Algérie

 

Mardi 7 juillet 2015

Entretien avec Axel Michaelowa, Expert en politique climatique

Les nouveaux mécanismes de marché font l’objet de négociations internationales ardues depuis 2007 à Bali où il a été convenu qu’un accord post Kyoto devait être conclu au sujet du "régime climatique après 2012", à la différence des MDP, premier instrument de compensation carbone qui recoure à une approche par projet, les NAMA sont le nouvel instrument qui englobe des politiques nationales à long terme et considère les priorités de développement du pays.

En Algérie, les programmes d’efficacité énergétique dans les différents secteurs pourraient servir de base aux projets d’atténuation des émissions de GES, le potentiel d’économie d’énergie dans le bâtiment a fait du secteur résidentiel l’objet du premier NAMA. Pour clarifier ce nouveau concept qui fait déjà son bout de chemin dans plusieurs pays du monde, l’Aprue a interviewé le Docteur Axel Michaelowa Spécialiste en la matière et qui nous livre son sentiment par rapport à l’évaluation de cette approche.

Axel Michaelowa, Docteur en économie, travaille sur les instruments de la politique climatique internationale et le processus de la CCNUCC depuis 1994, il était à la tête du Programme de recherche « La politique internationale du climat’ de l’Institut International de l’Economie de Hambourg de 1999 à 2006 et il dirige depuis 2007, un groupe de recherche sur la politique climatique à l’Institut des sciences politiques à l’Université de Zurich. Il figure sur la liste des experts MDP pour le Secrétariat de la CCNUCC depuis 2001, spécialiste de la méthode de référence pour le Conseil exécutif du MDP en 2003, et nommé comme l’auteur principal du GIEC pour les mécanismes de flexibilité (MDP / MOC) en 2006. Grace à sa grande expérience, Axel Michaelowa est l’un des principaux experts dans le domaine des Mécanismes de développement propre, le développement des méthodologies de la CCNUCC, spécialiste des politiques climatiques et stratégies nationales d’atténuation.

APRUE : Mr Michalowa suite à la conférence de Lima et les longues négociations post Kyoto, pensez vous que le monde est enfin prêt à adopter dans quelques mois un accord équitable sur le climat ?

Axel Michaelowa : Il y’aura un accord à Paris, comme la France ne va pas répéter les erreurs du Danemark à Copenhague 2009. Mais il est très probable que l’accord sera seulement une étape sur le long chemin vers une approche globale et équitable à l’atténuation des changements climatiques. Si Paris arrive à une convergence vers des contributions nationales ambitieuses, à ce moment là on aurait atteint le maximum possible dans le contexte actuel marqué par des crises géopolitiques de grande envergure. A Paris, les pays maghrébins peuvent jouer le rôle du "pont" entre l’Europe et l’Afrique subsaharienne pour une approche où l’appui technique du Nord pourrait mobiliser de l’atténuation au Sud. Ce rôle sera renforcé davantage par le fait que la conférence CCNUCC de 2016 se tiendra au Maroc.

APRUE : Les NAMAs font partie des nouveaux mécanismes pour faciliter l’accès aux financements climatiques internationaux, et c’est aussi un moyen d’engager les pays en développement sur une base volontaire, l’absence d’une réglementation formelle CCNUCC et d’un dispositif de monitoring efficace ne constitue-t-elle pas un risque pour ce mécanisme considérant le nombre des NAMAs hétérogènes communiquées à la CCNUCC ?

Axel Michaelowa :: Il est clair qu’une grande partie de NAMAs restera sur le papier car l’espoir que l’appui international "tombe du ciel" est de mon point de vue sans doute irréaliste et toutefois, il y a quelques NAMAs qui sont très prometteuses. Prenons le cas du bâtiment économe en énergie au Mexique. C’est une approche novatrice qui a été adopté– le "prêt vert" avec un taux d’intérêt subventionné par l’état pour des maisons économes en énergie qui à connu vu un succès énorme – des centaines de milliers d’acheteurs immobiliers utilisent cet instrument chaque année. Si une NAMA est fondée sur une évaluation des priorités nationales et prône une approche réaliste par rapport au financement international, elle peut réellement aboutir et mener à une transition d’un secteur vers un développement "bas carbone". Mais c’est travail de longue haleine – une bonne NAMA aura une durée de vie d’une décennie ou même plus.

Zone de Texte : Les NAMA en bref … Ø L’Action d’atténuation appropriée à l’échelle nationale (NAMA) est un des outils de la Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC) pour la promotion de l’atténuation dans les pays en voie de développement ; Ø Un projet NAMA "Nationnaly Appropriate Mitigation Action", fait référence à un ensemble de mesures que les pays pourraient entreprendre volontairement pour réduire les émissions des GES, Ø Un projet NAMA traduit l’engagement volontaire des pays en voie de développement à participer à l’effort de réduction des émissions de GES sous réserve d’un appui financier et technologique ; Ø Les NAMA peuvent concerner divers secteurs, le bâtiment, le transport, les déchets, etc ; Ø Les NAMA sont publiés par la CCNUCC afin d’être financées auprès de la communauté internationale ; Ø Les NAMA peuvent concerner divers secteurs, le bâtiment, le transport, les déchets, etc ; Ø Les NAMA sont publiés par la CCNUCC afin d’être financées auprès de la communauté internationale ; Ø Les NAMA peuvent être unilatérales c’est-à-dire financées par le pays lui-même.

APRUE : L’Algérie a tracé une politique d’efficacité énergétique dans tous les secteurs, des projets pilotes ont été lancés notamment le projet des 600 logements énergétiquement efficaces qui constitue le point de départ du Projet NAMA pour le secteur résidentiel en Algérie, après l’élaboration de la première version de la note conceptuelle de ce projet, est-ce que les conditions élémentaires pour réussir un Projet NAMA bâtiment sont réunies ?

Axel Michaelowa : Les 600 logements sont un noyau autour duquel la NAMA peut être développée. Ce qui est important c’est qu’on va être capable d’appliquer un système crédible pour le mesure, reporting et vérification (MRV) des économies d’énergie sur la base avec d’échantillon significatif de ces logements. De plus, le développement d’une structure incitative est importante qui pourrait entrainer la construction de logements économes en énergie au-delà des 600. Pour cela il faut absolument convaincre les parties prenantes que les logements économes ne sont pas un frein sur la solution du problème du logement en Algérie mais qu’ils contribuent à une solution à ce problème. Car un logement économe est un logement qui aura une durée de vie supérieure au logement classique construit le plus vite possible. Par ailleurs, la qualité de vie des habitants s’améliorera – et donc la demande pour les logements économes va démarrer tandis que celle pour les logements "bas niveau" va tarir. Naturellement, ces effets se sentiront plutôt au moyen terme, mais ils seront incontournables.

APRUE : Quels sont les potentialités d’amélioration pour formaliser cette NAMA au niveau international ?

Axel Michaelowa : La question pertinente est quel mécanisme d’appui sera ciblé par l‘Algérie. Il y a deux candidats. Le premier, le Fonds Vert Climat, acceptera des propositions à partir de la 2e moitié de 2015. Chaque pays aura la chance de soumettre un projet pour le premier tour. La NAMA bâtiment remplirait les critères du FVC d’une manière convaincante si les autorités algériennes seront capables de travailler ensemble pour monter cette candidature. Le deuxième – la "NAMA Facility" anglo-allemande est beaucoup plus difficile, car les deux premiers tours ont vu un excédent de demande de 10 fois les budgets disponibles. Mais l’effet d’apprentissage de développer une offre pour la NAMA Facility ne devrait pas être sous-évalué. Pour chacune de ces deux pistes, il faut encore développer la gamme des instruments incitatives qui mène les acteurs du secteur du logement en Algérie à prioriser les logements économes en énergie. Il est clair que l’approche "prêt vert" pourrait seulement concerner les gens à revenus moyens ou supérieurs qui n’ont pas droit à un crédit logement à taux 0%.

APRUE : Quelles sont les difficultés que rencontrent les pays en développement dans l’élaboration des projets NAMA ?

Axel Michaelowa : Le problème majeur est comment gérer l‘écart entre les intérêts des bailleurs qui veulent assurer un effet "transformateur" avec un minimum de budget et les gouvernements des pays du Sud qui veulent maximiser les bénéfices pour le développement durable du pays. Un compromis est possible mais nécessite une vue réaliste sur le degré de transformation qui peut être atteint sur le court terme.

APRUE : Une dernière question Mr Michaelowa vous êtes amateur des montagnes et vous avez visité plusieurs villes algériennes, qu’est ce qui vous a le plus marqué ?

Axel Michaelowa : L’hospitalité algérienne est légendaire ainsi que la richesse culturelle et naturelle du pays. L’Algérie est un joyau touristique de première qualité qui devrait être développé davantage. Sur tous mes trajets – à Djemila et aux gorges de Kherrata, à Batna et aux balcons de Ghoufi, et tout récemment à l’Assekrem - j’étais vraiment ébloui par la beauté des endroits et le sentiment due probablement à l’absence d’autres touristes.

APRUE

 

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À propos

Karim Tedjani

Karim Tedjani est un blogeur indépendant très concerné par les questions de l'environnement ainsi que de l'écologie en Algérie... Depuis 2009 , il sillonne autant le web que son vaste pays d'origine; afin de témoigner, d'apprendre, mais aussi de militer...
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