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Nouara Algérie.com

Ecologie, environnement, nature, économie verte et développement durable en Algérie

DESORDRE ALGERIEN : HASARD OU PRATIQUE DE POUVOIR

4 août 2012 Par Mahi TABET AOUL

Ces jours-ci et à l’occasion du cinquantenaire de l’indépendance de l’Algérie, ici et ailleurs, les analyses vont bon train. Le trait commun de ces analyses est l’échec algérien. Beaucoup parmi nos spécialistes issus des diverses  branches «scientifiques» (anthropologues, sociologues, historiens, spécialistes du management …) théorisent sur cet échec en se basant sur divers plans : historique, culturel, économique ou social.

Pour les uns, les causes seraient dans la nature même du pouvoir qui gère le pays au nom du principe de la « AMANA » qui fait du critère de la légitimité révolutionnaire le seul et unique critère de différentiation citoyenne (on est aujourd’hui  au niveau des petits fils de Chouhadas). Ce principe exclue d’emblée tout savoir ou compétence nationale en dehors de cette appartenance.

Pour d’autres, les causes résident dans l’adaptation au monde actuel et «  l’ACCES A LA MODERNITE » et à ce titre c’est le prix à payer pour accéder aux valeurs et méthodes du monde moderne.

D’autres parlent de « CARTE MENTALE» qui reprend sous un autre vocable le concept de « COLONISABILITE » développé par feu Malek Bennabi qui pousse le colonisé à raisonner et à reproduire le modèle et les pratiques du colonisateur. On cherche à copier « mot à mot » les faits et gestes du colonisateur en accusant sa propre culture et ses valeurs d’être à l’origine du sous-développement.

Pour notre part, même si ces théories peuvent décrire ici et là l’une des nombreuses facettes de l’échec algérien, on préfère une approche plus « terre à terre » celle du biologiste qui observe, sonde et tire des conclusions sur l’écosystème humain algérien. Pour notre part, le désordre algérien relève plus d’une PRATIQUE de pouvoir que le résultat du HASARD.

 

 

  1. DIFFERENCE ENTRE HASARD ET PRATIQUE

Pour clarifier les idées, on va commencer par définir ce qu’est un HASARD et ce qu’est une PRATIQUE.

Le HASARD se définit comme un événement imprévisible et échappe entièrement à la volonté humaine et à ce titre, on ne peut pas accuser ou rendre responsable quiconque de sa survenue.  

La PRATIQUE se définit comme une application de règles et de principes d’une science, d’un métier ou d’un art. La pratique s’oppose à la théorie en ce sens qu’elle traduit une réalité que chacun peut constater de façon visible par lui-même. De manière concrète, la PRATIQUE peut être appréhendée par tous alors que la théorie ne l’est souvent que par quelques initiés. La PRATIQUE est une activité concrète et déterminée des hommes qui la conçoivent et la mettent en œuvre.

La différence entre HASARD et PRATIQUE est que le HASARD ne dépend pas de l’homme, même si parfois il peut jouer un rôle de façon involontaire (cas de la rupture d’un barrage dont la résistance a été sous estimée) et la PRATIQUE est une activité concrète, déterminée des hommes qui la conçoivent et la mettent en œuvre.

 

  1. DESORDRE HUMAIN ALGERIEN

Tentons tant soit peu de tirer quelques observations sur l’écosystème humain algérien en faisant appel à l’œil du biologiste. Regardons les rapports qu’entretient le citoyen algérien au jour le jour avec les services publics de proximité. Ensuite, observons l’environnement où se déroulent nos activités et nos marchés, les rues où nous circulons, les écoles et universités où nous éduquons nos enfants, les mosquées où nous prions et les lieux de loisirs où nous sommes censés nous détendre et se reposer, ……

 

2-1 DESORDRE DES SERVICES PUBLICS

Pour montrer l’échec de notre administration et le ravage de la bureaucratie, il suffit de voir les affres quotidiennes auxquelles se trouve soumis le citoyen algérien en permanence. Il suffit de suivre le parcours du combattant pour obtenir une pièce d’état civil, une carte d’identité, un passeport ou s’acquitter même de ses devoirs (règlement de factures et redevances d’usage ).

Nos mairies et leurs antennes témoignent d’un âge préhistorique, désordre, cohue, absence de spécimens vierges pour justifier la non délivrance de documents, les passe-droits devant nos yeux et le mépris affiché vis-à-vis du citoyen. C’est le même scénario si vous allez à la poste ou la banque où souvent votre propre argent n’est pas disponible.

Pour montrer qu’il s’agit d’une PRATIQUE du pouvoir et non du HASARD, je relaterai un article publié par l’hebdomadaire « Révolution Africaine » du début des années 80 et qui portait sur « POURQUOI UN ALGERIEN DEVAIT AVOIR DOUZE ENFANTS ». Cet article faisait déjà l’amer diagnostic du ravage provoqué par bureaucratie de l’époque.

Pour survivre dans le système algérien, un père de famille devait d’enfanter autant d’enfants que le nombre de goulots d’étranglements administratifs pour lui permettre d’assurer sa survie (wilaya, mairie, poste, sonelgaz, banque, service des eaux, port, aéroport, douanes, service des impôts, académie, police). Aujourd’hui pour actualiser ce nombre d’enfants, il faut ajouter d’autres rejetons pour faire face au méandre du retrait de permis, de l’assainissement, des assurances, ……

Il est légitime de se poser les causes de cette situation qui perdure depuis plus de 40 ans. Sommes nous aveugles, incapables de trouver des solutions ou tout simplement nous avons intériorisé une PRATIQUE voulue et préméditée par ceux qui nous gouvernent pour laisser l’Algérien confronté aux besoins primaires de son ventre (stade « ZERO DE PAREITO ») et noyé dans le labyrinthe de son existence propre au sein de la société face à un système sans visage.

Cette PRATIQUE veut que le citoyen soit sous la pression permanentes induite par les préoccupations liées à sa survie de tous les jours afin de l’empêcher de se hisser au stade de la réflexion concernant sa propre existence  et son devenir.

 

2-2 DESORDRE ECONOMIQUE

Les deux grands fléaux, qui minent le développement sain de notre économie, sont d’une part le commerce et les activités informelles et de l’autre côté la corruption généralisée directe et indirecte.

  • L’informel,

L’informel, en plus du désordre qu’il génère sur la voie publique et la concurrence déloyale qu’il engendre, a eu un impact inhibiteur chez le jeune Algérien qui préfère vendre des cacahuètes posées sur une caisse en carton plutôt que d’aller travailler à revenu égal.

On peut dire que l’Algérien est devenu le pionnier des « TIC de l’informel » à tous les niveaux de la société, en passant de la simple attestation de l’état civil jusqu’au contrat le plus important des marchés d’Etat. Des intermédiaires informels de tous genres pullulent autour des principaux services de l’Etat pour rendre service aux citoyens moyennant une rétribution confortable. Ces intermédiaires ont investi même le secteur privé comme celui des véhicules, à travers le contrôle de la distribution de certains types de véhicules moyennant une plus value de quelques dizaines de milliers de dinars.

Naturellement que cela suppose une connivence réelle de la part des concessionnaires. L’Etat assiste à ce type de racket sans réagir, alors que c’est facile de mettre rapidement un terme à ce genre de délinquance économique.

Naturellement on peut aussi incriminer les citoyens qui acceptent de se plier aux exigences de ces intermédiaires mais c’est à l’Etat d’imposer des règles de jeu transparentes qui permettent d’éviter l’existence de ce genre de circuits informels et parallèles.

  • La corruption,

La corruption, quant à elle,  a gangréné pratiquement tous les secteurs d’activité et a mis main basse sur l’administration. On n’a plus besoin de critères objectifs ou de dossiers réglementaires pour accéder aux divers types d’activités. Tout se règle verbalement sans trace ni preuves. Les dossiers et papiers d’usage n’interviennent qu’une fois les tractations verbales menées à leur terme. Ces tractations portent sur les marchés publics, les autorisations d’activité, les concessions…..).

L’Etat a volontairement abandonné le marché (surtout depuis la restructuration économique dictée par le FMI en 1986) à une maffia politico-financière qui a monopolisé de façon quasi-totale les secteurs clés de la consommation nationale allant du simple aliment jusqu’au véhicules.

 

2-3 DESORDRE SOCIAL

 

En l’absence du développement d’un modèle culturel propre, nos jeunes s’orientent vers le modèle occidental et miment tous ses faits et gestes. Quand on observe nos jeunes on ne les différencie point des jeunes d’ailleurs. Leur apparence commune fait l’unité de leur orientation. C’est le même moule ici et ailleurs.  

De nouveaux fléaux apparaissent dans la société comme les vols, les agressions, les atteintes aux biens publics et privés. Ceci peut s’expliquer aussi bien par le chômage des jeunes que par la perte des repères culturels au sein de la société.

L’Etat disposant de la manne pétrolière a pour seule stratégie la recherche de la paix sociale. La devise du citoyen Algérien « LAMDA » est devenue  « chacun pour soi » et « chacun contre tous ». L’informel et la corruption ont eu des impacts directs et indirects sur la société.

L’informel est synonyme de gain facile et pousse les jeunes à choisir ce chemin de la facilité au lieu de s’orienter vers des emplois productifs (travaux manuels ou industriels ou agricoles…). Il déforme le comportement des jeunes en les éloignant de contraintes considérées, dans d’autres pays comme normales en termes d’apprentissage de l’effort qui veut qu’un salaire ne soit rétribué qu’en fonction du travail fourni et en inhibant chez les jeunes la prise de conscience en matière de responsabilité collective. L’informel développe à outrance l’individualisme qui va à l’encontre de la construction sociale.

La corruption a des effets ravageurs sur la société. Un corrompu n’a d’autres objectifs que de corrompre les autres citoyens soit en les exploitant à travers l’argent qu’il ramasse (réseaux d’influence, corruption sexuelle, …) ou comme un obstacle au développement des activités socioéconomiques en subordonnant l’agreement préalable de celles-ci à l’exigence de versement de sommes importantes.   

Le phénomène de la drogue s’étend et touche de plus en plus les jeunes. En plus des conséquences physiques et psychologiques néfastes sur le drogué, ce dernier peut devenir violent et représenter un danger pour les citoyens et la société.  

 

2-4 DESORDRE DE NOTRE MILIEU DE VIE

Notre cadre de vie se dégrade de jour en jour. Regardez nos déchets comment ils sont gérés avec tous ces monticules et dépôts d’ordures qui parsèment nos quartiers et qui sont sources de nuisances, d’odeurs nauséabondes et de vecteurs de maladies.

Regardez les nids de poule qui caractérisent nos rues et nos trottoirs à l’origine d’accidents et d’atteintes physiques.  Ces trottoirs font l’objet de réfections permanentes mais le manque de suivi et les malfaçons non contrôlées font qu’ils s’éventrent rapidement.

Pire, parfois on plante sur ces trottoirs des arbres et juste à côté, on abandonne le sable, le gravier et la terre qui ont servir à cette plantation. Ainsi ces trottoirs deviennent impraticables pour le piéton.

Regardez ces nouveaux mini-stores, ces cafétérias, crémeries ou restaurants branchés le long des grands boulevards à fort trafic routier. En l’absence de parkings-autos, les voitures des clients de ces lieux stationnent directement sur les trottoirs obligeant le piéton à aller côtoyer le flux des véhicules avec tous les dangers qui peuvent en résulter.

Regardez nos cités et immeubles collectifs, leurs cours attenantes sont envahies par les camions remorques de gros tonnage et les bus de transport en commun. Il existe bien une réglementation sur l’usage et l’hygiène de l’espace publique mais elle n’est jamais appliquée.

Beaucoup de citoyens se sont mobilisés auparavant pour dénoncer ces situations mais devant le mutisme et la léthargie de l’administration, ces citoyens ont perdu l’espoir et ne réagissent plus. De mauvaises habitudes se sont imposées pour devenir ainsi des pratiques admises qui font désormais partie de notre quotidien. Plus personne ne s’offusque de ces comportements qui portent préjudice à tous. Il suffit de demander l’impression d’un visiteur européen qui s’aventure dans nos villes pour qu’il vous réponde qu’il s’agit d’un désordre à nul autre pareil et inimaginable dans un pays organisé, digne de ce nom.

 

  1. CONCLUSION

Le laxisme de l’Etat devant l’informel, la corruption, la dégradation de notre environnement, le désordre historique au sein des institutions de l’Etat pose la question de la responsabilité de l’Etat. Ce désordre qui s’amplifie de joue en jour prouve qu’il s’agit d’une PRATIQUE visant, avant tout, la « PAIX SOCIALE » à tout prix mais qui cache en vérité une véritable stratégie qui a réussi à dresser de façon insidieuse les citoyens les uns contre les autres en faisant croire que le désordre actuel vient d’en bas et non d’en haut.

Les services de sécurité n’existent que pour protéger les tenants du pouvoir et leurs organes et non pas les citoyens. Qui de nous n’a pas expérimenté une de ses nombreuses situations ou après un vol ou une agression, vous deviez de patienter et attendre qu’on accepte bien de prendre en compte et par écrit votre déclaration. Qui de nous aussi n’a pas reçu, suite à sa plainte, cette laconique et perpétuelle réponse de la justice : les investigations concernant votre plainte se sont avérées infructueuses. Mettez en parallèle votre plainte avec celle d’un quidam haut placé pour qui dans la journée les auteurs du délit ou du bien volé sont identifiés et arrêtés volés. On peut résumer ainsi la devise cachée du pouvoir « Ne touche pas à l’Etat et à ses organes et fais ce que tu veux ».

 

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À propos

Karim Tedjani

Karim Tedjani est un blogeur indépendant très concerné par les questions de l'environnement ainsi que de l'écologie en Algérie... Depuis 2009 , il sillonne autant le web que son vaste pays d'origine; afin de témoigner, d'apprendre, mais aussi de militer...
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