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Nouara Algérie.com

Ecologie, environnement, nature, économie verte et développement durable en Algérie

"L'écologie des mots " #2

L'Algérie c'est aussi  un environnement  linguistique...

L'Algérie c'est aussi un environnement linguistique...

 Douari des temps modernes

(pourquoi il faut  toujours  créer  des cercles là où d'autres ne jurent que par des  triangles) 

Si j’ai tardé à rédiger la seconde partie de ce long billet en trois temps, consacré à la nature des mots "universels" qui se sont imposés pour décrire l’environnement, c’est que le sujet ne cesse d’attirer mon attention et de m’éloigner de ce fait de mon clavier. Mon actualité aussi, de plus en plus souvent, m'incite à prendre la parole sur le terrain ou en semant des milliers d'images sur le net. La meilleure façon de s'interroger ensemble sur ce langage, est, il me semble, une invitation à prendre la parole avec autant de passion qu'une volonté de justesse dans ses propos.

Ce champ de questionnements, entre les mots "populaires" et leur environnement national est pour moi, "le bi national", une constante occasion de réflexions, de remises en question. Elles me procurent le plus souvent l'étrange ’impression de me plonger dans un océan. Il est tantôt aquatique, tantôt steppique. Un peu comme on passe de l’éther à la matière par voie alchimique, plus que chimique. Celui, donc et aussi, dont les vagues ondulent en dunes ; que des nuées d’alfas odorantes et de plantes épicées chevauchent par endroits. Et puis la sensation d’oueds aussi majestueux qu’éphémères ; des îles aussi ; autant de mirages, parfois. Des oasis, également, que tout le monde peut imaginer selon sa guise. Où les décrire en fonction de certaines ambitions plus ou moins innocentes. C’est l’effet que me font de plus en plus les mots. Même les plus simples à prononcer autour de moi.

Jamais, je n'ai pu oublier qu’il était toujours de bonne augure de passer leur définition « vulgaire » au fil de leur sens le moins orienté; justement par la nature de notre environnement national. Puis, à force de vouloir retrouver la nature en Algérie, mon pays d'origine, comme celle du temps de mon enfance, cela m’a implicitement mené à la redécouverte d'une certaine nature algérienne. Je n’ai que trop peu senti le mot « environnement » ou le terme « El Bia », avoir le sens que ressentaient vraiment les milliers d’Algériens qui m’ont appris à observer mon pays d’origine avec un regard moins naïf, mais aussi plus conscient de toute la richesse immatérielle qui persiste en Algérie. Qu’il est de notre devoir de le préserver de toute forme de corruption, volontaire ou non.

Cette aventure humaine et géographique m’a encore plus imposée une certaine défiance naturelle à l’égard des mots qui sont utilisés lors de chaque évènement où écologie demeure politique tout en célébrant la nature. Ces termes « barbares », étrangers souvent à la nature même de bien des peuples Algériens. Qu’affectionnent pourtant tant et autant d’élus que de dirigeants d'associations. Ce sont des slogans, des formules alléchantes, bien léchées, des mots qui donneraient envie même à un aveugle de faire du lèche-vitrine. Et surtout beaucoup de fonds internationaux à la clef...

Paranoïa sémantique aigue ? La fameuse main étrangère serait-elle coupable, une fois n’est pas coutume, d’une sinistre influence sur la difficulté de la société algérienne contemporaine à définir correctement ce qui l’entoure et l’influence? Sans que la population locale, pour beaucoup, ne dispose plus des moyens sémantiques suffisants pour influer ce qu'est exactement l'environnement. Aurais-je developpée, peut-être, une nouvelle pathologie à étudier, ou bien à classer parmi celles qui se « soulagent » par un calme repos soigneusement et abondamment médicamenté ? Permettez-moi juste et au moins le doute du fou à l’égard de sa propre démence; de succroit une si douce folie... que la mienne....

Il a souvent été de bonne guerre de s'attendrir sur ce "vice de forme". Je serais, selon quelques mauvaises fois, un peu trop victime de cette fameuse « 3ilm el hadra » -la science de la parole- typiquement française; dont sembleraient être naturellement coupables bien de mes « pairs ». C’est-à-dire, en langage de bois , ceux qui ont appris à penser le Français comme une langue maternelle.Comment, en ce qui me concerne, renier catégoriquement ce ventre fertile sans paraître ingrat ? Tant il a accouché de ma plus quotidienne des identités, mon attachement à cette ville où j’ai longtemps appris à grandir ; fort cependant d’un héritage ancestral qui m’a permis, je pense, de rester singulier dans cette France plurielle. Pour ne pas dire « Babélisée »...

Pourtant, si l’on doit reconnaitre aux clichés leur part infime de vérités, j’aimerais humblement me dédouaner de certains qui pourraient vous égarer sur l’origine de cette tendance à analyser la parole; en ce qui me concerne. De plus, je me permettrais, par des procédés que j’affectionne tout particulièrement, de rappeler au bon souvenir de ces compatriotes à quel point la parole, en Algérie, a longtemps été érigée au rang de science populaire. Aucun besoin pour moi de vous citer telle ou telle étude anthropologique, ou bien d’évoquer le nom d’un illustre esprit algérien oublié par la mythologie d’une modernité qui n’a plus de révolutionnaire, il me semble, que la caractéristique de tourner inlassablement sur elle-même. Une égologie, un écosystème, un mirage collectif. J'ai dans ce domaine d'autres repères, dont je revendique la valeur comme étant égale, et non supérieure à toute autre forme de pensée sociale. Je n'utiliserais jamais le mot socialiste car je n'en suis pas un. D'ailleurs, en français, j'ai coutume de me méfier plus particulièrement des mots qui finissent en "iste" ou en "isme".Que voulez vous, chez moi c'est "lexidermique"!

Certes, j’ai eu la chance, pour cela, tout au long de mon cheminement scolaire , de croiser la route de très bons professeurs; sur les bancs de l’école parisienne. Je ne saurais jamais les remercier de leur rayonnement sur ma nature propre, celle qui porte en elle une nature cependant bien plus profonde et puissante que leur contribution à ma construction intellectuelle. Je ne saurais omettre de ce fait de citer d’autres mentors parmi les plus prégnants dans ma formation intellectuelle et émotionnelle. Ce sont, cette fois-ci, des « simples » bergers, d’humbles femmes de mon douar d’adoption. Des êtres si humains dont la clairvoyance réside et résidait largement dans une acuité linguistique bien particulière au sein de la grande famille des palabres africaines.

La Maâna algérienne, comme toutes celles du Maghreb, est bien une science de la parole. C’est une richesse linguistique qui a longtemps permis, il me semble, à notre peuple de rester celui d’êtres éminemment humains. Quelles que furent et demeurent les tentatives étrangères qui ont historiquement tenté l‘impossible entreprise de tuer définitivement cette tendance naturelle aux Algériens.

Cela parait si « cliché » de l’évoquer ; mais encore plus désolant de voir à quel point certains s'acharnent à considérer l’élève comme le maître. L’Orient maghrébin, celui de la synthèse, puisque c’est ici que se couche le Soleil, fut et persiste encore a être un des laboratoire les plus prolifiques de l’art de la parole. Fut-elle à présent largement polluée par manque d'une certaine nature algérienne oubliée dans l'esprit instantané de trop de nos compatriotes. Mais, je pense, pour ma part, qu’elle reste enfouie bien profondément dans le cœur de la majorité du peuple algérien. L’image de l’oasis dans le désert est des plus simples à évoquer ; mais elle demeure une des plus parlantes pour militer en faveur cet espoir concret.

Il n’est pas question ici de se fourvoyer dans une sublimation naïve de cet art que certains esprits peut-être un tantinet « académiquement égarés », pourraient considérer comme une fantaisie primitive. Je ne suis pas non plus un bon sauvage qui aurait l’irrévérence de se prendre pour Rousseau. Dans mes rêveries de douari,jamais vraiment solitaire, le chacal me parait bien plus noble et intelligent que le renard. Le loup est forcement gris, et l’on évoquait le nom d’un lion avec un vocabulaire riche en nuances, rien qu’en fonction de ses postures. Le mot nature, pour nombre d’êtres humains comme Nouara Latrèche et son époux El Haidi, n’existait pas vraiment dans leur esprit. C’était surtout une réalité quotidienne. Bien des fables qui ont été fontaines de mon imagination, tirent leurs sources d’une mer de tendresse et de culture humaine basée sur la qualité du dialogue et de ses protagonistes. Elle n’avait rien à envier à la dialectique des penseurs grecs. La musique aussi, classique et populaire, une poésie , dont mon Derija « moderne », ne m’a permis malheureusement de saisir que la profondeur des rythmes, pigments et mélodies.

Pour moi, la modernité algérienne s’inscrit dans ce début de millénaire et passe en grande partie par une réappropriation endémique de toutes les langues avec lesquelles, nous, Algériens et Algériennes, sommes capables de définir notre « douar » commun. Un cercle national fondé en « Tagouda », nation peuple. Une famille intellectuelle, sociale , populaire qui aura réapprit à assimiler tout ce qui a voulu l’intégrer depuis trop d’années déjà. A produire à nouveau de l’originalité...Le mot est lancé : « la particularité algérienne » dans la singularité du Maghreb par apport au continent africain, à la méditerranée, ou bien vis-à-vis du monde arabe moderne.

Le cercle maghrebin, plutôt que l'hémicycle européen, le demi-cercle...Voilà une piste pour retrouver un avenir en regardant le passé avec un regard contemporain, national et universaliste à la fois, au sens surtout le plus humain.

C’est dire à quel point le risque de me perdre dans cette vaste étendue que j’explore à bord de mon modeste navire, le « Nouara Algérie ». En mots plus clairs, je n’ai malheureusement pas la formation ainsi que le baggage académique nécessaire pour prétendre être dans le vrai. Prenez cet ensemble d’interrogations comme l’avis d’un douari des temps modernes. C’est-à-dire un adepte du cercle, autant qu’un homme qui a eu une éducation rurale bien ancrée dans sa nature individuelle. Certes, je suis né à Paris, ville dont je me réclame sans la moindre hésitation, ne serait que pour son passé de ville longtemps communarde, plus que commune ou tentée par le communisme. Il me semble que c'est la discidence qui pourrait lier dans mon esprit cette ville de ma première naissance et le pays de mes racines, où je me suis toujours senti renaître en humant ne serait-ce que le parfum de l’herbe de ses printemps; auquels même notre drapeau rend éternellement hommage.

L'environnement semble à bien des égards être un espace qui tire beaucoup de sa matrice dans la sémantique ;il commence le plus souvent par un écosystème de mots.

Je me permets, une fois de plus de rappeler toute la complexité du « cas » algérien, qui est celui d’un pays plurilingue. Avec, et c’est un avis d’abord personnel, une grande faiblesse relative au fait que la majeur partie de la population algérienne contemporaine ne maîtrise vraiment aucune des diverses langues qui font partie de son environnement. Mais je ne saurais considérer cette défaillance comme une fatalité congénitale. Bien au contraire, elle est l'occasion de relever un des plus beaux défis environnemental. Se "renaturer", retrouver l'arabe algérien, le tamazigh algérien, le français algérien...Parler algérien, quelque soit la la langue; en partant du principe qu'Algérie n'est pas un état d'esprit, mais une nature humaine...un peuple qui ne sera vraiment utile au reste du monde que s'il redevient lui-même; en se réinventant lui-même...par lui-même...sans refuser d'assimiler la différence...quand elle-même devient utile à l'Algérie.

Et, comme on le dit si bien chez nous, « koul 3otla fiha khayr », à toute attente il y a du bon. Nous tenterons la prochaine fois d’éprouver bien des mots de l’écologisme mondialiste, un peu comme nos anciens aimaient percer les secrets des proverbes et paraboles qui étaient un de leur environnement les plus collectifs ; eux, les peuples du mouvement, qui préférèrent longtemps le cercle à la pyramide, l’alternance, el douwla, à l’état, figé, selon les normes de la républiques des Lumières...

J'en ai trop dit pour ne pas prendre le temps d'un nouveau recul...

Karim Tedjani

Texte et photo

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À propos

Karim Tedjani

Karim Tedjani est un blogeur indépendant très concerné par les questions de l'environnement ainsi que de l'écologie en Algérie... Depuis 2009 , il sillonne autant le web que son vaste pays d'origine; afin de témoigner, d'apprendre, mais aussi de militer...
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