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Nouara Algérie.com

Ecologie, environnement, nature, économie verte et développement durable en Algérie

Changements climatiques en Algérie: "Un défi ou une fatalité?#2

Un des meilleurs atouts face à la sécheresse, c'est tout simplement une vraie gestion durable et responsable  de l'eau...

Un des meilleurs atouts face à la sécheresse, c'est tout simplement une vraie gestion durable et responsable de l'eau...

#2 Un climat qui  échappe à notre perception « humaine »...

 

Prendre conscience de l’existence du  Climat, à l’échelle de notre planète, n’est pas une expérience possible  avec  seulement une  perception  humaine ; au sens de corporelle. Elle ne saurait donc  être totalement  intime à chacune et chacun d’entre nous.  Il me parait  en effet difficile  de  le ressentir  seulement  armé de  ses  cinq sens,  aussi affinés soient-ils.  A cette  réalité incontestable, il   incombe de nombreuses interrogations sur la nature même  du  concept "Climat".   Elle nous interroge aussi sur son origine et surtout  notre capacité à le percevoir objectivement.

Une expérience artificielle ?

Certes, un peu partout où des êtres humains sont encore connectés avec un milieu « naturel »,  plus ou moins  « sauvage », ils développent encore de fabuleuses capacités à anticiper « humainement »  le climat. Essentiellement  grâce à l’observation empirique, ainsi qu’en développant un lien intime avec leur milieu à travers  sa biodiversité  ainsi que  son climat ambiant.  Certaines civilisations anciennes ont  également développée une mémoire  ancestrale  du  « temps qu’il fait » leur permettant de percevoir  l’évolution climatique de leur monde. Les exemples qui peuvent confirmer une telle aptitude chez l’individu, une collectivité ou bien même une société sont trop nombreux pour les évoquer ici de manière exhaustive...

Ma grande tante Noura,  par exemple, une rurale de l’Est Algérien, qui n’a jamais vraiment eut  ni télévision, ni même électricité courante à disposition, est  depuis toujours capable de me prédire presque infailliblement le temps  qu’il fera à Guerbes (Skikda). Là où elle se trouve depuis 1962 ; date où elle mit fin à sa vie de nomade transhumante. Parfois,  mais avec beaucoup moins de fiabilité, elle se risque  à des prévisions météorologiques pour  des régions  relativement voisines à la sienne. Grâce aux vents, elle sent également quelle est la température  dans certaines régions du  Sahara. Et  tout cela, souvent,  sur quelques jours, voir une ou deux semaines.

 J’ai rencontré beaucoup de douari algériens capables de prédire le temps avec une  certaine  précision locale, voire régionale et parfois même pour des wilayas assez éloignées. Mais jamais ils ne purent me prédire le temps qu’il faisait  à Paris ou bien sur les terres désertiques du Pôle Nord au moment même de notre rencontre ! Cela est humainement impossible, il me semble.  Ce ne peut être un hasard si une des questions les plus courantes que l’on adresse  à quelqu’un qui vous parle au téléphone  d’un pays étranger est : « quel temps  fait-il chez vous ? »

Certes, aussi, beaucoup d’entre nous se souviennent que le climat de leur jeunesse a sensiblement changé. Moi, dans ma mémoire, persiste  une époque où la Seine même avait gelée à certains endroits. Puis l’arrivée insolite des mouettes dans Paris, annonçant sûrement un changement du climat  puisqu’elles s’y installèrent définitivement.

 Il y a  également des changements seulement relatifs à la perception que l’on peut avoir de la chaleur ou du froid ambiant, qui change avec l’âge. Ainsi un individu ne la ressentira pas de la même manière à ses  20 ans ou bien  quand il atteindra l’âge mûr. Souvent nos souvenirs « climatiques » nous rappellent à celui  d’un corps et des sens alors bien plus vigoureux qu’aujourd’hui.

Pour finir d’évoquer cette approche mémorielle du climat, j’aimerais prendre à présent  le temps de vous raconter une anecdote. Car elle me parait fort évocatrice à ce propos. Un jour que j’interviewais un éminent chercheur algérien, Mohand Messaouden, directeur de l’INRF de Azzazga (Tizi Ouzou), ce dernier me confia qu’il put retrouver la date exacte de sa naissance en étudiant les sillons gravés sur une coupe de tronc d’arbre qu’il avait prélevé  dans  région natale. Il fut étonné de constater que celle inscrite sur sa pièce d’identité ne correspondait pas avec le climat que lui révélait l’écart entre chaque sillon qui s’était imprimé avec le temps dans la chair de cet arbre. En effet, plus ils sont écartés, et plus le climat aura été propice à leur développement.  Dans le cas contraire, c’est qu’il a dû faire très froid. Or, en regardant le calendrier climatique de sa région, il apprit que l’année de sa naissance  officielle  a été relativement chaude. Tandis que sa mère lui a toujours dit qu’il neigeait plus que d’habitude  quand elle le mit au monde. En retrouvant cet hiver exceptionnel  sur la coupe d’un tronc de chêne de son village, il pût ainsi corriger cette erreur et gagner deux ans de vie...

 

Le climat du consommateur

Mais,  n’est-ce pas  en tant que consommateurs de masse que nous disposons   des meilleurs indices pour envisager le climat mondial comme une interaction globale entre tous les climats terrestres ?  A bien des égards, le Climat s’invite dans nos quotidiens. Nous sommes  des consommateurs de ressources naturelles, et elles proviennent à présent des quatre coins du marché international. L’influence du climat mondial sur cette sphère, notamment sur le court ainsi que la disponibilité des produits consommables  est peut-être la relation la plus intime et quotidienne que nous entretenons avec un tel concept.

Nous sommes également  de grands  consommateurs de médias en tous genres. Dont certains ne sont pas nationaux. De ce fait, « la météo » publique s’est largement internationalisée.  Sur le Web, il est assez facile de s’informer sur le climat de la plupart  des points géographiques de notre planète ; et ce, parfois en temps réel.  De nombreuses sources d’informations sur le sujet, et  de nature très variées,  occupent une place grandissante dans les médias du monde entier.   Pour peu que l’on ait  bien entendu d’un appareil et d’une connexion...Le Climat est également  abordé avec une insistance croissante   dans les programmes scolaires, la création artistique,  mais aussi les discours politiques.

Les dérèglements de ce climat annoncés par le GIEC sont de surcroît attestés scientifiquement  par cet organe mondial comme étant la conséquence la plus globale du système  Monde basé sur la pétrochimie. C’est d’ailleurs le fondement même du discours politique qui s’est emparé de cette question ; en parlant tantôt de « réchauffement », de « changement(s) » et de plus en plus souvent de « dérèglements ». L’évolution de ce climat peut  en effet signifier  tant de choses, suggère autant d’interrogations et de remises à jours de nos conceptions personnelles  et collectives des cycles  qui font  «  la pluie et le  beau temps » sur Terre. Il est capable aussi d’influer sur notre moral, inspirer nos arts et tant d’activités  si vitales pour  nos sociétés.

« Le climat », au sens global,  est  d’ailleurs une expression de moins  en moins utilisée  explicitement  dans les discours officiels, qui reste cependant toujours rémanente dans la psyché des gens de ma génération. Elle s’est incrustée en nous par une induction forte, habile et progressive. C’est une idée qui défie totalement l’échelle de l’espace et du temps de l’être humain, en tant qu’individu.  Dès lors qu’il est nu de tant d'outils outils  de très haute pointe ainsi que  démuni d’une formation scientifique au moins aussi  éminente. Je pense pouvoir affirmer sans l'ombre d'un doute que ce n'est malheureusement pas le cas de millairds d'habitants de cette planète. 

 

L’évolution de ce  climat lance donc  un  défi  sans commune mesure à  ce que l’on appelle « l’homme moderne ». A  la fois à son  génie, mais aussi à son égo si enclin à la démesure.  Autant, il me semble, qu’à l’aveuglement.  Dans une mesure  où  l’issue de cette remise à jour climatique pourrait bien   mener notre espèce soit à disparaitre, soit à prendre  des airs de petit dieu sur Terre. 

 

Gouverner global, agir local

Les enjeux de la COP21 sont-ils de ce fait  vraiment perceptibles   pour le plus quotidien  des mortels?  Pour   les simples citoyens lambda que nous sommes, quels sont nos outils ainsi que les médias qui nous permettent  d’accepter  comme une évidence une problématique dont l’objet  échappe totalement  à notre perception sensorielle ?

La thématique des changements climatiques ne soulève-telle pas des questions qui ne peuvent être soumises à notre raison que par une  adhésion totale ou suffisamment partielle ?  Au consensus que la science et la politique  semblent développer de concert depuis    déjà  quelques décennies.  Pour animer et encadrer   ce  débat  où la notion de  gouvernance mondiale  apparait  régulièrement dans les discours officiels comme étant pour nos civilisations  la seule issue d’adaptation possible face  à ces  « dérangements climatiques ».  Qui ont été prédits  par des modèles réalisés par  le GIEC pour le compte de l’ONU.

Comment, dans  la société civile de chaque nation, les militants ainsi que les médias indépendants qui  tentent de l’informer avec objectivité, comment    peuvent-ils  espérer se placer  correctement face à cette dialectique officielle  sans fournir  un   petit effort d’analyse historienne ?  Qui   certes  doit  nous mener au possible vers une critique positive et non la réaction  sans  arguments.  Une réflexion  axée sur la volonté d’être au possible du côté de la synthèse et non de l’opposition catégorique ou de l’assentiment le plus naïf. C’est un devoir de fond qui doit nous éviter les dérives de la forme sans le fondement.

En étudiant de près la chronologie de cette « affaire » du climat, il parait évident que plusieurs dates émergent naturellement. Mais aussi que jamais science et politique n’ont été si collaboratives à chercher un consensus tolérable et soutenable par ces deux parties. Comme si le  duo passé  de l’Eglise et de la Monarchie avait changé, comme par  l’alchimie d’un pouvoir  Humain où Dieu aura été symboliquement exclu ; au nom de la science, des Lumières,  de l’esprit moderne, de la Liberté.

Il est d’ailleurs, à ce propos, fort révélateur  de constater que la première instance politique à avoir pris au sérieux la question du climat fut celle  des Nations Unies. Une organisation mondiale dont les officines semblent avoir très vite compris tout l’intérêt d’un tel enjeu. Sous l’influence d’éminents climatologues  dont Jules Charney, il y fut créé dès 1931  l’ICSU. C’est  un bureau d’étude et de consultation sur les questions relatives au climat. En 1951, l’OMM, une organisation d’abord scientifique,  intègre  alors et officiellement l’ONU ;  un an à peine après sa création.  En toile de fond, le contexte d’extrême rivalité entre communisme soviétique et libéralisme américain incitera les Etats Unis à soutenir cette initiative, notamment par son influence géopolitique, ses fonds  importants, mais aussi ses technologies de pointes ; dont  une myriade de satellites semés dans l’espace à des fins d’abord militaires.

Dutant  la deuxième guerre  mondiale,  et tout au long de la "guerre froide",  de nombreux outils d’analyse météorologique en temps réel ont été développés.  Car dans un conflit mondial, l’étude ou la maîtrise du climat sont des must-have de l’art de la guerre. Des myriades de sondes en tous genres furent envoyées aux quatre coins du globe où un intérêt stratégique  militaire était en jeu. Mais, il restait à pouvoir traiter à grande vitesse toutes ces informations qui ne pouvaient livrer leur véritable secret qu’avec une vision globale  générés par  de complexes algorithmes gérés à la vitesse dépassant la capacité actuelle du cerveau humain.

John Von Neumann sera l’homme qui proposera de relever ce défi d’Atlas. Il avait conçu, dès 1947,  un ordinateur, « Johnniac »,   dont il voulait éprouver les formidables capacités de calcul et donc de traitement de l’information.  En 1957,    Jules Charney et son équipe sont  en mesure  de fournir des prédictions très précises pour l’ensemble du territoire des Etats Unis ; grâce à cet ordinateur.  John Von Neumann, lui, n’hésitera pas  à faire miroiter aux militaires américains que les résultats de ces calculs pourront aboutir à l’invention de nombreuses armes climatiques. Il fut alors, apparemment, fort peu question d’étudier ou  de s’intéresser aux changements climatiques ; ni même  à l’effet de serre qui fut évoqué dès 1896  dans un article du  chercheur Arrhenius. Non, il était  alors surtout question de contrôler, de maîtriser le climat...

Il faudra bien attendre les années soixante-dix ou la fin des années soixante, pour que l’opinion publique mondiale, ainsi que celles  des  autres nations, ne s’invite dans cette  première  rencontre  entre l’intelligence artificielle et la météorologie qui bouleversera totalement notre vision de l’atmosphère et du climat. Mais aussi de la formidable opportunité de puissance que pourrait développer l’intelligence des ordinateurs.  Une prise de conscience encadrée dès son origine  par l’armée américaine ainsi qu’officialisée par l’ONU...

Mais c’est une autre histoire...

 

Nb: Parmi mes sources historiques, la plus récurente est l'ouvrage de référence:

"Gouverner le Climat?"

(20 ans de négociations internationales)

Editions Science.Po Presse

A suivre...

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À propos

Karim Tedjani

Karim Tedjani est un blogeur indépendant très concerné par les questions de l'environnement ainsi que de l'écologie en Algérie... Depuis 2009 , il sillonne autant le web que son vaste pays d'origine; afin de témoigner, d'apprendre, mais aussi de militer...
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