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Nouara Algérie.com

Ecologie, environnement, nature, économie verte et développement durable en Algérie

Qu’est-ce que la modernité au 21éme siècle? (Et pourquoi elle se cultive d’abord dans nos assiettes...)#3

Une abondance  si peu heureuse...

Depuis l’avènement  à la fin du dix-huitième  siècle de l’ère industrielle,   l’abondance est devenue progressivement  une constante « non négociable » des sociétés « modernes »  selon les critères   du siècle dernier. On ne mesure pas la valeur d’une nation à son taux de bien-être par habitant, mais bien par celui du produit brut. Il se doit d’être sans cesse croissant. On parle souvent  de « confort moderne » pour qualifier  la contribution de l’industrie dans nos quotidiens. Pourtant  les pays qui ont les plus forts taux de croissance ne sont pas toujours ceux  qui se soucient  le plus de la qualité sanitaire et écologique de leur environnement. Or, n’est-ce pas cela le vrai confort pour un être humain ? Un cadre de vie sain et épanouissant...  

Une déclaration « historique » d’un président américain sera le manifeste qui consacrera cette norme d’abondance qui semble à  présent  impossible de soustraire  de l’économie mondiale.  Un système qui a fait de la prospérité  un gaspillage  outrancier ;  parfois même le  moyen indirect   le plus sûr de semer la misère et les inégalités environnementales aux quatre vents  du globe terrestre. Les statistiques viennent régulièrement confirmer cette emprise du chiffre sur le nombre  parmi  l’espèce humaine contemporaine.  Tout un fonctionnement, un environnement mondial,  donc, a été fondé sur cette « utopie » : que l’on pourra indéfiniment puiser dans les ressources de « nos »  sols et   de « nos »  sous-sols sans encourir de  cuisants périls écologiques. Ce fameux « confort moderne « , si cher à notre quotidien de consommateurs de masse, est-il vraiment un environnement totalement sain  et durable?

La croissance continue, qui est le crédo fondateur de tout  un écosystème  planétaire humain, peut-elle vraiment perdurer sans  risquer un jour de le faire imploser ? Une espèce devenue seulement nuisible pour la nature terrestre pourrait-elle survivre   aux lois implacables  de l’évolution ? Précisons que  le Darwinisme social, centré sur la compétition,  ainsi  la domination des plus riches sur les moins fortunés,  n’est qu’une perversion de la théorie authentique  de l’évolution. Il a soustrait à ce postulat toute sa dimension qui place les espèces les plus sociales et solidaires au sommet de l’évolution. Darwin, lui-même  se désolidarisera en vain de cette mauvaise interprétation de la sélection naturelle, dès  qu’ il comprit quelles idéologies ont détournés  ses travaux pour en faire presque une évidence contradictoire.  

Il semblerait plutôt que , selon sa théorie, le sort  le plus irrémédiablement réservé  aux communautés vivantes égoïstes et parasitaires est immanquablement  un effondrement.  Jamais ce mot, d’ailleurs, n’a  été autant évoqué par les grands penseurs de notre époque. L’iconoclaste chercheur américain, Jared Diamond, fera  même largement école parmi nombre d’entre eux, en publiant notamment  un essai intitulé « Effondrement » qui tente d’expliquer le déclin de nos civilisations industrielle.

Mais, n’allez surtout  pas vous précipiter de penser que tout cela n’est  que vues de l’esprit,  lubies d’intellectuels. En  ce début de millénaire, les mauvais  impacts  de ce système sont  d’ores et déjà bien tangibles dans nos quotidiens. Il n’est pas utile, je pense, de nous rappeler aux mauvais souvenirs des cancers  qui prolifèrent dans les corps et les sols de biens des pays où l’agriculture est  toujours, somme toute, restée une activité plus  « industrialisante » que nourricière. Il nous aura suffi  seulement de les évoquer pour égratigner sérieusement la vitrine  fantasmagorique d’un monde où seule l’industrialisation de nos activités humaines  peut-être   une source de bien-être collectif.  On pourrait même penser que les préceptes contemporains de l’agriculture conventionnelle  nous invitent à   considérer le poison comme  un remède à une maladie qu’il entretient pourtant de manière fort insidieuse. Pour exemple, en Algérie, les pesticides,  des armes chimique avérées  dévastatrices  pour la  faune, la  flore ainsi que la santé humaine, sont appelés par nos fellahs algériens  « doua » ;  des  médicaments !

Pour les pragmatiques, qui pourraient  accuser  ces propos de  simple littérature alarmiste, je les invite, par exemple,  à consulter  ou bien à visionner l’étude  contemporaine et très fouillée de la grande reporter française Marie Monique Robin, intitulée sans la moindre équivoque : « Notre poison quotidien ». Un véritable pavé dans la mare des bonnes consciences de l’industrie agronomique. Qui ne fait pourtant que rappeler avec encore plus de preuves et de recul ce que  dénonçait déjà en 1962 la biologiste américaine Rachel Carlson dans son best-seller « Les Printemps Silencieux ». Un titre évoquant lui aussi sans langue de bois  la destruction de la faune et de la flore environnant nos champs gorgés de substances toxiques...

Imaginez que dans le lapse de temps qui séparera ces deux publications, « l’homme moderne », comme ils disent,  aura introduit dans son environnement pas moins d’une centaine de milliers de molécules chimiques « contre nature ». La santé publique est en danger, et encore plus la fertilité des sols qui ont été pris en otage par une agriculture productiviste  si peu regardante des impacts écologiques de son développement.  Elle ne sait que croître ; en semant la mort dans ses sillons de métal acérés qui éventrent la terre comme on pratiquait jadis  naïvement la saignée pour revitaliser un malade ou bien le soigner.

 

Changer d’état d’esprit

 Il aura  fallu des siècles d’études du corps humain pour rendre une telle pratique « barbare » et inadéquate. Nous sommes arrivés  à une époque où, justement,  les sciences qui étudient  les sols  ont  pu disposer de nombreuses innovations technologiques. Cela a permis de mieux comprendre toute  la complexité de leur écologie. A présent, on sait que la couche superficielle que les tracteurs labourent , retourne vers  le fond  et puis compactent à chacun de leur passage,  est justement la plus fertile. Celle qui a besoin de respirer et de toute notre attention.

De même, l’écologie a largement progressée et, à présent,  on redécouvre également à quel point un écosystème sans variations  ne peut se  défendre  par lui-même contre son environnement. La principale cause des proliférations de nombreuses espèces et maladies qui ravagent nos champs   doit être essentiellement  associée  à un déséquilibre écologique au sein de l’environnement des cultures ou plantations humaines. L’agriculture, la vraie, ne peut-être que circulaire ; c’est-à-dire s’inscrire dans un cycle très complexe.  Et non le perturber en le simplifiant. Voilà, une fois de plus l’utopie mise en exergue : celle qui  veut redessiner avec des crayons pour enfants, un tableau de maître...

L’agriculture moderne  est donc  celle  qui s’inspire de l’innovation.  Pour faire perdurer une nature ancestrale dont la matrice est une réponse locale à des besoins locaux. Non plus celle qui est la principale source de pollutions et de gaspillage hydrique. Nous sommes en train d’assister à une révolution ;  la même qui séparera un jour  l’amputeur du chirurgien,  l’apprenti sorcier du vrai  alchimiste...

Est-il   donc si utopique d’aspirer  à penser  demain  avec pour  simple ambition  de vivre sereinement  au présent? Comme de  vivre  le présent  de manière à penser l’avenir avec autant de  sérénité ?  Il suffit pour cela, il me semble, d’avoir un vrai projet de vie.  Seul un enfant gâté, ou maltraité, n’envisage la vie que  selon une durée  qui ne dépassera que très rarement   l’instant de ses pulsions reptiliennes. L’adulte, lui , est un enfant devenu grand, apprend la  conscience des  conséquences futures  de ses actes présents et passés. Il accepte de se corriger  lui-même pour durer et non seulement persister là où il réside. Le poisson rouge, au contraire, prisonnier d’un bocal étriqué , gavé  sans trop d’effort à un simulacre de sa nourriture naturelle, accepte sa condition  carcérale  sans trop broncher ; parce que sa  courte mémoire ne lui permet pas d’envisager de tels concepts temporels. Sûrement que, pour lui, sortir de son bocal  ne peut-être qu’une utopie...

Mais un être humain...N’est-ce pas  une  force de la nature dotée d’une formidable puissance de mémoire et de synthèse ?  Un être qui pense pour être  et se projette  sans cesse dans le futur ?  Voilà , peut-être, pourquoi un être humain  ne saurait  croupir indéfiniment  dans un aquarium, même le mieux décoré, sans chercher  un jour à s’en évader.  De même qu’il n’aurait pas idée de garder un poisson rouge dans une telle condition carcérale !Sinon, c’est que quelque chose d’essentiel à sa nature s’est échappé de son corps. Il est devenu  un être domestique.  

Le défi est donc identifié . Et il ne s’agit pas forcement de changer totalement  de paradigme collectif, d’actions d’éclats, de prosélytisme parfois à la limite de la propagande sectaire. Comme   le font malheureusement certains fanatiques de l’écologisme ou de telle ou telle  lubie mystico- New-Age à la mode .  Il me semble également essentiel de ne jamais trop chercher à être absolus dans nos positionnements. Pour rester dans le champ lexical de la médecine  moderne , on pourrait  citer la fameuse devise de Paracelse, un de ses pères fondateurs : « Tout est remède, tout est poison. C’est la dose qui fait le poison. » Il s’agirait  donc, surtout, il me semble, à l’échelle de nos habitudes quotidiennes, de tout simplement retrouver un état d’esprit qui a pourtant fait ses preuves depuis des millénaires.  Dans notre pays, par exemple,  et dans bien d’autres territoires , quand ils étaient encore vierges de tout nitrate  d’esprit industriel. Une fois réconciliés avec cette nature humaine, peut-être que nos régimes alimentaires ne favoriseront plus l’existence d’une agriculture qui ne fait que coller à l’air  pestilentiel  du temps de notre époque. Le tout pétrole, le tout acier, le tout électrique, le tout équipé, le tout jetable...beaucoup de tout, pour pas grand-chose, souvent...et pour si peu de temps !

Révolutionner l’agriculture  algérienne en retrouvant  les bases d’un régime alimentaire algérien ; c’est-à-dire en phase avec les climats, la géographie ainsi que  la biodiversité de l’Algérie. Est-ce vraiment un rêve impossible ?  Quand on sait que la longévité  légendaire des Crétois aussi que celle  des Japonais réside essentiellement dans une alimentation locale et traditionnelle, conservée et revisitée au gré des époques.  

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À propos

Karim Tedjani

Karim Tedjani est un blogeur indépendant très concerné par les questions de l'environnement ainsi que de l'écologie en Algérie... Depuis 2009 , il sillonne autant le web que son vaste pays d'origine; afin de témoigner, d'apprendre, mais aussi de militer...
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