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Nouara Algérie.com

Ecologie, environnement, nature, économie verte et développement durable en Algérie

Changements climatiques en Algérie : "Un défi ou une fatalité?" #5

Changements climatiques en Algérie : "Un défi ou une fatalité?" #5

#5 Peut-il y avoir de politique algérienne du climat  sans  Maghreb climatique? 

 

Lors des précédentes parties de ce dossier nous avons surtout pris le temps de remonter ensemble  à la source  d’un processus à la fois scientifique, social, économique et  politique.  Celui des  négociations multilatérales sur  le Climat, qui reprendra son cours  officiel  lors de la prochaine COP21 de Paris. Parce que, avant d’aborder enfin le cas de l’Algérie, il me semblait important de  situer  ce débat sans précédent dans un contexte plus vaste et global que ce que j’appellerai le plus souvent « la bulle algérienne ». Tout Algérien qui veut aborder ce sujet doit faire le louable effort de quitter cette dimension  locale  pour le concevoir dans sa globalité...

 

 

Une transition vers un  nouveau régime mondial ?

Faisons tout d’abord un bref rappel des sujets abordés lors des articles qui ont précédé ce premier billet, qui s’attellera cette fois-ci  à  commencer à mesurer  l’ampleur du défi ou de la fatalité qui attend l’Algérie face à ces changements climatiques. Peut-être que certains d’entre vous n’aurons  pas eu le temps de  lire toutes mes précédentes publications sur le sujet.

Ainsi, nous avons évoqué le fait que de débat scientifique,  puis de prise de conscience civile, le thème du Climat   n’a eu de cesse d’évoluer vers   un véritable  régime politique, au sens de volonté d’être  cadre autant qu’un  processus de gouvernance. Autour de  cette négociation  internationale relative au Climat, semble en effet  s’être profilé, en ombres de moins en moins  chinoises,   les contours d’un vaste laboratoire. Celui d’une  gouvernance mondiale tant invoquée  par toute une génération de politiciens, d’industriels, de juristes,  d’associations professionnelles,  de médias, d’intellectuels, mais aussi  d’ONG. Le régime climatique mondial doit selon eux être l’outil  pour notre espèce  humaine d’une « transition » à la fois économique, sociale, environnementale, mais surtout énergétique. Certains comparent même notre ère pétrolière à un Moyen-Age que cette Renaissance viendra enterrer du sceau de la lutte pour ou contre le Climat.

Durant  une longue phase de préambule,  ce réseau  aura   été largement sollicité  par  la sphère politique mondiale. Dans le but de  faire converger toutes ces initiatives  vers  l’acceptation du grand public international  d’un concept  très dur à percevoir  à l’échelle individuelle. Les dérèglements climatiques  existent et vont être durables ; ils  sont d’origine anthropique. La dernière sentence du GIEC, qui pèse presque 100 pour cent de certitude scientifique,  ne doit laisser planer aucun doute. A présent, dire que  « l’homme » est responsable de ces fléaux fait figure de dogme, il  n’est plus question de le  remettre en question. À moins d’avoir envie d’endosser l’étiquette « d’irresponsable » ou bien de réactionnaire.  Voilà pour le volet acceptation. La phase action devrait enfin évoluer vers des lendemains plus fructueux.

Reste pour l’ONU  de faire émerger tout un écosystème  mondial  capable de donner à ce régime climatique mondial une  réelle existence  juridique et diplomatique.  La Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatique, fait office, depuis 1992, de seule référence valable et consensuelle  à ce propos. Avec le Protocole de Kyoto, bien entendu, mais il n’a pas été validé par les principaux responsables des émissions globale  de GES.

Cet accord aura par contre permis de créer en Europe un laboratoire d’échanges autour d’un Marché Carbone  qui a généré des milliards de dollars de spéculations. L’idée d’une possible régulation du Climat par le Marché, de la rentabilité évidente d’une phase de transition vers une économie mondiale «décarbonnée ».  Ce postulat aura été expérimenté  pour l'instant surtout en Europe ; qui a  également fixé le fameux seuil de 2 degrés  d’augmentation de la température mondiale.

 

Pour l’ONU, organisation internationale (ou multilatérale), cette longue et vaste négociation   doit confirmer sa compétence à gérer  un dialogue mondial autour d’un sujet  aussi complexe  que celui du Climat.

Cela fait plus de vingt ans que cette naissance fort compliquée s’opère...et ce n’est ni un hasard ni forcement le constat d’un échec si elle dure.  Du moins  par pour ce nouveau régime global en gestation qui, à mon humble avis, appréhende surtout le climat comme un radical commun très puissant à rassembler des peuples étrangers autour d’une table de négociation.  Et donc de proposer un arbitrage après avoir prouvé ses compétences et sa capacité d’écoute.  L'écologie et le climat ne sont pas  vraiment les focus de ce processus... 

Il me semble que  de nombreux outils  de gouvernance mondiale  ont été expérimentés à chaque COP depuis la première édition. La Cop 21 sera celle, par exemple,    qui évaluera le principe de subsidiarité, qui, au passage, fut d’abord expérimenté il y a très longtemps par les Père de l’Eglise Romaine. Un principe  a fait largement ses preuves lors de la constitution du GIEC et qui est très cher à la politique européenne. On collecte tous les avis, puis on les  synthétise par phases ; et après on laisse un cercle plus restreint prendre les décisions ; sous couvert bien entendu de consensus absolu. Mais au fond, est-ce vraiment les décisions réellement   prises  lors de cette COP  qui seront évaluées par le régime climatique mondial ? N’est-ce pas plutôt  la pertinence de cet outil qui sera surtout jaugée ? Cette question viendra conclure cette longue introduction...

 

« Le Maghreb Climatique »  doit figurer parmi les  principaux objectifs géopolitiques de notre pays

Revenons à L’Algérie. Cette fois-ci , peut-être un peu plus conscients de l’enjeu auquel elle participe; à l’instar de 195 autres Parties représentant des pays. Ainsi qu’une communauté continentale , l’Europe, qui n'a eu de cesse de s'investir dans ce débat. Pourquoi, cependant,  associer un bloc régional à un débat entre pays ? C’est une question qui ne me parait pas inutile à formuler au passage.

Car, si l’Europe semble dotée d’une vision de développement durable commune, en ce qui concerne   sa politique énergétique,  la gouvernance de cette institution n’est pas en mesure de négocier d’un seul ensemble. Chaque pays membre  est libre de son mix énergétique et donc de ses émissions de GES. C'est pourtant le  centre des négociations climatiques. Cela crée un certain déséquilibre par apport aux nations qui ne pourront échapper à certaines contraintes sans cette ambivalence de nation et partie d’un bloc continental. Ce qui est le cas de l’Algérie, il me semble.

Si l’Europe pèse dans ces négociations, c’est bien qu’elle a su ce faire le laboratoire (j’insiste sur ce mot) où des pays développés et en développement, avec des politiques énergétiques diverses, parfois antagonistes, ont développés des outils institutionnels et juridiques, un marché d’échange multilatéral, des technologies,  des compétences ; une capacité d’anticipation et de synthèse, une influence...un pouvoir climatique...donc. Ensemble, ces pays de la Convention européenne  ont rattrapé ainsi leur retard vis-à-vis de l’ONU et des Etats Unis, premiers  instigateurs et opérateurs de ce débat mondial. Du moins  jusqu’au Protocole de Kyoto  ainsi que  les accords de Lisbonne. En effet, ces deux étapes de négociation ont  propulsé l’Europe sur la scène climatique mondiale.

L’Algérie, elle, faute de trouver en Afrique un bloc climatique aussi opérationnel et compétent, semble jouer un double jeu dans cette affaire. Certes, elle  n’est pas la seule nation africaine à le faire. Beaucoup se contentent de jouer le rôle qu’on leur a suggéré, par facilité, qui consiste à jouer la carte de l’irresponsabilité et d’un besoin de financements extérieurs pour avancer dans cette transition « verte » de l’économie mondiale. Peu de pays africains, du moins parmi les plus importateurs,   ne veulent assumer  l’influence de leurs  économies sur les émissions globales de gaz à effet de serre  que leurs économies  rentières génèrent indirectement depuis leur indépendance.

Non qu’il faille les  en blâmer sans réserve, l’indice en question est  potentiellement discutable, certes. De plus, dans le principe, il   peut s’avérer fort contraignant. Mais, d’un autre côté, les pays qui ont une véritable influence sur ce débat sont et seront de plus en plus ceux qui assument cette responsabilité ; ceux dont on  a  identifié l’influence ; qu’elle soit historique ou non. Premièrement parce que cette responsabilité  n’a été jusque-là  et au fond  contraignante pour personne. Au contraire, même, si j’osais, je dirais qu’elle  offre à des pays comme la Chine ou les Etats Unis  l’opportunité de faire la pluie où le beau temps dans ce régime.  En validant ou non, par exemple, telle clause du débat. En ayant surtout  retardé ce processus, le temps d’avoir  pris d’assaut le marché des énergies renouvelables et d’avoir observé l’expérience d’un Marché Carbone   en Europe.

La Chine, par exemple  possède quasiment tout le  marché de terres rares, si vitales pour toutes ces technologies  dites « propres », pourtant  fabriquées avec tant de matériaux polluants en amont comme en aval de leur exploitation. La science américaine règne totalement sur le domaine climatique et la grande avance de ce pays en matière de traitement de l’information, de cybernétique et de climatologie mais surtout de gouvernance climatique nationale. Les Etats Unis sont les principaux bailleurs de fond, avec l’ONU des fameux « fond verts pour le Climat ».  Ces deux pays sont  paradoxalement à la fois les plus grands émetteurs de CO2, mais aussi les plus avancés en matière d’énergies renouvelables et de processus d’atténuation de GES. Et cela sans avoir subi de  réelle contrainte internationale, en assumant leur responsabilité, en anticipant. S’en m’étendre sur le sujet, j’aimerais vous inviter à réfléchir à ces stratégies...

Les pays d'une même région  qui n’auront pas développé ni de blocs climatiques continentaux, ni de politiques  multilatérales propres, ne pourront que subir un jour où l’autre ce régime fondé sur la nécessité d’un « nouvel équilibre mondial » à présent incontournable ;  puisqu'« Il  faut sauver la planète ». Ils ne pèseront pas grand-chose, c’est-à-dire leur développement face à une prérogative réputée si universelle que les « dérèglements climatiques ».

L’Algérie,  devant  cette impasse, préfère logiquement céder le pas à  qui existe déjà, fut-il moins pertinent que ce qu’il faudrait inventer.   Le « développement durable », « l’économie verte » paraissent séduisante. L’idée d’une zone « Europe Méditerranée » pourrait inscrire l’Algérie dans un bloc climatique puissant. Mais, pourtant, elle ferait mieux   de fonder les bases d’un bloc Maghreb, seule zone géographique qui partage vraiment un climat commun avec nous. Seule une zone « Europe Afrique » où le Maghreb jouerait un rôle essentiel, pourrait être équitable et profitable pour l’Algérie ainsi que les autres pays de cette Communauté régionale  qui tarde à exister vraiment. Sinon, des pays Européens seront à la fois du côté de l’Europe et de la Méditerranée. Des pays européens qui ne font pas partie de cette zone pourront y participer. Mais l’Algérie elle, et tous les pays du Maghreb ne traiteront surtout que de manière bilatérale avec l’Europe, et n’en feront pas partie. Cet échange entre un bloc continental et une zone historique pourrait s’avérer très peu propice à garantir la souveraineté de notre pays dans un tel bloc hybride...  

Nous, pays du Maghreb,  avons en commun  de l’eau, une biodiversité, des paysages, des cultures humaines. L’Egypte, la Lybie, le Maroc, la Tunisie, La Mauritanie, le Mali, chacune de ses nations auraient pu fonder un tel pôle régional, à la fois climatique, économique et culture . Mais soyons réaliste un instant, la plupart d’entre eux sont pris dans une spirale d’incertitudes  qui ne leur offre pas le « luxe » de saisir une pareille occasion. Le régime climatique aurait pu servir cette réunion ; il semble que notre division servira ce dernier...    

Pourtant, au regard de leurs problématiques environnementales interactives et interconnectées, ce Maghreb climatique et environnemental aurait été un formidable outil pour faire en Afrique  ce que l’ONU veut instiguer à l’ensemble de la planète. C’est-à-dire les blocs géopolitiques les mieux armés pour prendre les rênes de ce régime mondial. Le Maghreb aurait dû être le laboratoire  des pays africain pour s’emparer à leur tour de ce  régime climatique mondial. Et non  de s’intégrer dans celui de l’Europe et de L’ONU, très actives et influentes dans les politiques environnementales de ces pays dits en développement que je qualifierais pour beaucoup d’en voie de déstabilisation. En perdant cette opportunité, en faisant l’impasse sur la responsabilité autant des colonisations passées et des guerres actuelles  sur leur situation environnementales contemporaines, mais aussi de leur piètre gouvernance environnementales, de leur responsabilité contemporaine dans ce régime, les pays du Maghreb  auront peut-être  perdu au moins une génération de réelle indépendance...

Voilà à la fois un premier défi autant qu’une fatalité identifiée pour l’Algérie en matière de gouvernance climatique. Notre pays n’a pas de véritable institution continentale pour être  autrement influente dans ce débat que par apport à sa force diplomatique  ainsi que  ses éminences installées à l’ONU. Un pouvoir diffus, démunis d’une réelle vision endémique, une politique  dont découle en grande partie la nature de notre régime climatique national, qui englobe naturellement la façon dont l’environnement est abordé autant par la gouvernance que la majorité de sa société civile...

 

 

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À propos

Karim Tedjani

Karim Tedjani est un blogeur indépendant très concerné par les questions de l'environnement ainsi que de l'écologie en Algérie... Depuis 2009 , il sillonne autant le web que son vaste pays d'origine; afin de témoigner, d'apprendre, mais aussi de militer...
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