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Nouara Algérie.com

Ecologie, environnement, nature, économie verte et développement durable en Algérie

"Douar des Temps Modernes" (pour une écologie locale dans un monde global) #2

Pourquoi une écologie d'Algérie plutôt que l'écologisme à l'algérienne

Pourquoi une écologie d'Algérie plutôt que l'écologisme à l'algérienne

Dans l’article précédent, en guise d’introduction, je me suis attelé à  poser  clairement l’objectif ainsi que les motivations de ce modeste essai qui s’articulera en une série de billets que je publierais tout au long de cet hiver... 

Il a pour ambition principale  de vous proposer quelques bases et outils  qui, je l’espère, pourront  vous inspirer l’envie de réfléchir par vous-même   sur ce que  l’Algérie pourrait et doit apporter à  ce que nombre d’entre nous appellent « l’écologie »:  sans vraiment savoir de quoi il s’agit au fond.  

Notre intérêt central et commun  sera   donc de nous appliquer à  définir, ensemble,  les contours d’une éthique  écologique algérienne retrouvée. Non plus, comme actuellement, d’importer à la lettre l’écologisme « vert »   en Algérie.

Si je me permets cette précision sémantique, c’est qu’il ne s’agit plus seulement de parler d’écologie dans notre pays. Ni  d’une science innocente de toute coloration idéologique. Dès lors que cette écologie  porte en elle tout un régime économique, un processus historique, il faut la nommer par son vrai nom.

Plus qu’un cercle d’idées et d’actions, c’est tout un régime ; au sens large et politique du terme. Il dépasse de loin le cadre  de la science qui étude les milieux naturels en toute objectivité. Il est donc de notre responsabilité de l’aborder avec un œil aussi bienveillant que critique. Le principe de précaution, il me semble, est une des plus belles inventions de la pensée humaine. C’est une norme universelle, que m’ont personnellement inculqué autant mes professeurs qu’un vieux berger algérien, ainsi que toute une Algérie profonde. Celle des villes aussi, loin des clichés d’épinal, qui grouille de l'energie   non pas de la  jeunesse, mais d’une jeune population capable d’une grande maturité quand elle est bien encadrée, il me semble.

Cet écologisme n'est pas celui qui milite forcement contre toute forme de productivisme; mais qui au contraire tente de faire transiter notre planète humaine  d'un monde industriel prétochimique à une industrie  supposée verte. L'écologisme des écologistes, le plus souvent, me parait être la surface la plus idéaliste de ce même iceberg de démagogisme. Ces deux tendances se rejoignent d'ailleurs dans leur détournement à des fins d'intérêt idéologiques de la science écologie. L'écologisme est une écologie vulgarisée, détournée parfois même de son sens, quand il devient dérangeant pour ceux qui s'en réclament sans en être vraiment...Je suis conscient que ce point de vue ne fera pas l'unanimité. Mais je l'assume. 

Pour  m’exprimer  plus simplement, l’écologie du développement durable et de l’économie verte  se sont-elles uniquement  donné pour mission de comprendre ainsi que  de régler tous nos problèmes environnementaux ? Peut-on, de plus,  se contenter d’appliquer  localement un ensemble d’idées  pensées globalement,  dans des sphères si lointaines de la réalité  quotidienne de son application ? L’écologie  du  terrain algérien, par exemple,  est-elle vraiment toujours compatible avec la réalité quotidienne de l’environnement  « Algérie »?

Le développement durable, tant évoqué dans notre dernière législation environnementale, l’a-t-elle rendue plus efficiente ? Tous ces séminaires, ces colloques, ces activités associatives, ces campagnes médiatiques qui coûtent un argent fou,  célébrant telle ou telle journée  du calendrier de l’écologie onusienne...tous ces biais si chers aux ambassadeurs de l’écologisme en Algérie ont-ils  été  des outils si performants et rentables  à  changer les mentalités ?  On pourrait répondre  par oui et  un non sans avoir totalement raison. Certes...

Mais de quel  véritable recul  intellectuel et historique  disposent  la plupart des actrices et acteurs  algériens de cette forme d’écologie ?  Savent-ils au fond pour quel régime  ils s’appliquent parfois  à  insuffler au sein de  la société algérienne ? Seront-ils si nombreux à répondre  au nom de quelle écologie ils se réclament ? Qui s’est vraiment posé la question, en Algérie ? De savoir d’où vient cette idéologie  tant évoquée dans les slogans médiatiques et les discours politiques algériens? Comme un peu partout à travers le monde, un peu comme un message universel.

Qui s’est déjà posé la question de savoir ce qu’un « jardin d’essai » suppose comme passé écologique pour l’environnement algérien ? Qui , à part une minorité de gens encore éclairés de leur passé, comprendra ce que la colonisation est venu détruire en détruisant  l’écologie urbaine de la Casbah d’Alger ? Pourquoi les ksour du M’Zab sont-ils reconnus patrimoine mondial, alors que si peu d’Algériens en connaissent la tradition urbaine millénaire ? Qu’avons-nous oublié  de notre écologie ancestrale pour lui supplanter celle des officines onusiennes et autres grandes instances financières  de l’écologisme « vert »?

En Algérie,   peut-on seulement compter sur nombre de ceux  et celles dont les associations ainsi que  les organismes sont largement financés par de tels  fonds? Ceux "offerts"  par des ONG multinationales, pour ne citer qu’elles,  qui prêchent aux quatre coins du monde  les vertus  du développement durable, de l’économie verte  et de tous ses tutti quanti à la mode dans les salons d’expositions des grandes mégapoles de cette planète ; rendue village par la vitesse de la nanoseconde.

Comment les en blâmer, ces Algériens qui profitent de cette manne financière ?  Dès lors,  surtout,  que cela leur permet de faire avancer les projets de société  qui leur tiennent à cœur ; et non seulement d’épancher    leur soif  insatiable d’argent et de petits privilèges facilement gagné.   Lors de mes  nombreux voyages en Algérie, la plupart d’entre  ceux que j’ai pu interviewer m’ont parus sincères dans leurs actions ; mais néanmoins  très peu enclins à développer une vision alternative à celle qui leur est subtilement imposée par leurs principaux  bailleurs de fonds.  Ne  pas chercher plus loin que le « vert ». Etre un  bon éco citoyen du monde, en quelque sorte...

Qui finance d’ailleurs l’écologisme en Algérie ? L’état algérien ? Des fonds algériens innocents de toute intelligence politique ou économique ?  Comment ne pas s’empêcher de répondre par un  « si peu »...

Mais  alors qui ou quoi alimente financièrement cette entreprise d’écologisme en Algérie? Telle est une des questions  que  je vous  invite à développer  par votre  propre regard sur la chose.  Regardez de plus près ce qui se passe dans la sphère « écolo » algérienne  de votre entourage ; et vous ferez très certainement  l’intime expérience d’un étrange état de fait. Surtout  pour  un pays pourtant historiquement  réputé  si jaloux de sa souveraineté, et cela dans les moindres domaines de ses activités.

Comment ignorer qu’aujourd’hui, une part plus que non négligeable de l’éducation environnementale, en Algérie, est subventionnée  par des fonds étrangers ou privés. Non que pour moi,  et tant d’autres je l’espère, une telle réalité soit  seulement dérangeante ; où qu’il faille systématiquement   en dégager les filigranes d’un complot ourdi par les instances officielles et officieuses d’une gouvernance mondiale ultra maléfique. Cela est  bien pire à évoquer,  selon ma propre expérience de la réalité...

A force d’observer  de loin ou de près  le  petit monde de l’écologie « à l’algérienne », il me parait évident  que la faille qui nous sépare d’une  vraie écologie algérienne  réside avant tout dans la nature même  des ambitions de ses protagonistes.   En matière d’environnement et d’écologie, j’entends bien. Sans vouloir remettre en question la bonne volonté ainsi que le volontarisme de la majeure partie d’entre ces acteurs, je ne peux m’empêcher de déplorer   leur approche souvent  trop superficielle des problématiques qu’ils se sont engagés à solutionner. Même si cela est louable dans une certaine mesure,   je trouve qu’ils et elles ont tendance à favoriser toujours les résultats ainsi que la vision  de l’instant à ceux de la durée. Or, l’écologie, je veux dire la science de la nature nous apprend le plus souvent que l’harmonie d’un milieu se construit sur des générations et qu’il est de ce fait d’autant plus fragile et précieux à respecter.

L’écologie en Algérie, pour beaucoup, ne relève que de la célébration, du verbe riche en formules  stérilisées par la dialectique « éco-citoyenne », de l’art de la vitrine et non de la qualité du service. Par un jeu subtil de mots clefs ouvrant sur l’accès à des financements  en tous genre, ainsi que des formations, souvent  à l’étranger, il me semble que le régime « écologie » que je préfère qualifier d’écologisme vert  est en contact  ainsi permanent avec une certaine frange de notre jeunesse ; cela en grande partie par le média  de notre tissu associatif rendu totalement dépendant de ces mannes nourricières. Une jeunesse   souvent très bien éduquée, la plus curieuse et  volontaire à s’investir dans la vie de leur collectivité ; celle qui porte en elle  peut-être  quelques  futurs leaders ou grand talents  de l’Algérie. Formée et encadrée par des programmes locaux largement imprégnés par des objectifs globaux. 

D’où l’importance de proposer à cette jeunesse, en premier lieu, des outils  pour aborder ces concepts inculqués avec une capacité d’analyse, de critique et de raisonnement qui les rendront perméables au meilleur autant qu’hermétiques au pire de ce que l’écologisme « vert » me parait couver en son sein. Je ne saurais dire si tout ce qui m’en  rend méfiant est symptôme d’une volonté bien établie ;  ou bien  juste la dérive inévitable de  toute idée humaine que la tradition associe d’ailleurs  de nature à l’erreur.

Il me semble seulement que l’Algérie, en tant que gouvernance, devrait   beaucoup plus s’investir financièrement à effectuer ce même travail de sensibilisation en y insufflant une fibre algérienne qui pourrait, de surcroît, renforcer les liens de la nation autour d’un défi rendu majeur à l’échelle mondiale.

De la même façon, je suis étonné que la diaspora algérienne n’ait pas  encore mis en place un fond à la disposition d’une telle entreprise. Au regard du nombre impressionnant  d’Algériens disséminés à travers le Monde, de leur pouvoir d’achat, ainsi que de leurs nombreuses compétences, que l’on soit obligé de laisser  l’Europe et l’ONU éduquer notre jeunesse à une écocitoyenneté qui n’a pas toujours de sens en Algérie...

Nous pourrions créer notre propre « fond vert », pour pasticher la formule, et ainsi avoir peut-être l’opportunité de proposer à nos jeunes une approche de l’écologie dans laquelle ils pourraient se sentir acteurs, capables même d’innover, et non seulement les bons élèves que l’on stimule par des récompenses matérielles. Car, ces jeunes sont ceux de notre peuple, ils sont notre Algérie de demain.

Si je soulève cette question, c’est que je sais que, fort heureusement pour nous, il y a également une foule d’initiatives algériennes, locales ou internationales, qui aspirent à puiser dans nos valeurs et nos traditions. Pour dessiner  les clefs d’une modernité algérienne ouverte sur le reste du monde, donc à nouveau authentique. J’ai pu relever çà et là les germes autant que les vestiges d’une culture environnementale qui puise sa source dans une tout autre inspiration que les slogans « écolos ». Ne pas rendre d’emblée hommage au travail de fourmis isolées de ces gens de grande valeur.   Ces pionniers, ou conservateurs, selon leur approche et les points de vue, qui ont préféré chercher  dans la nature algérienne d’autres points d’ancrages, beaucoup plus endémiques à l’écologie de notre pays.

Sans les nommer individuellement, j’aimerais parler d’abord en leur nom en disant que bien évidement, le nerf de la réalisation d’un projet écologique algérien sera son  financement indépendant de cette forme d’écologisme. Que nous ne devons plus laisser ces Algériennes et Algériens, de bonne volonté  demander de l’aide à tel ou tel fond étranger, alors que la solidarité algérienne est  capable de soulever même des montagnes dans d’autres domaines. Réaliser que l’écologie, en tant que science et philosophie, est devenu  un des facteurs essentiels du progrès qui s’impose à notre Siècle.

Ne pas avoir de vision environnementale, de politique climatique bien pensée,  ne pas disposer d’une expertise environnementale à la fois scientifique et économique relève à présent d’une concession inévitable de sa souveraineté nationale sur le régime de l’écologisme mondial. A l’heure où même les pays les plus riches et industrialisés peuvent  être sérieusement affectés par des impacts écologiques, nulle  nation qui ne saura maîtriser les  risques  écologiques ne pourra prétendre  à demeurer totalement souveraine de son destin.

Je pense être pragmatique quand j’évoque cette tendance, d’autant depuis que j’ai longuement étudié le régime climatique qui s’articule autour des COP pour en débattre lors d’un colloque international de la presse, à Bordeaux, dédié à la question climatique. J’y avais évoqué l’importance de la « responsabilité »  pour des pays comme le nôtre, qui en important tout ce qu’il consomme, participe aux émissions de GES de pays comme la Chine. En laissant la responsabilité de cet impact, nous nous privons d’un poids diplomatique sur une question capitale de ce début de millénaire. Car comme dans toutes les guerres, celle du carbone donne toujours en premier lieux la parole à ceux qui disposent  du plus grand pouvoir de nuisance ainsi que ses remèdes...

L’Algérie ne doit  donc pas réinventer son écologie, juste pour la forme, ni se défier de l’écologisme « occidental »  seulement  par principe. Nous devons  tout simplement aux générations  algériennes futures cet acte de responsabilité. Redevenir maîtres de notre environnement. Pas  pour y régner en tyrans  suprêmes, mais bien pour y gouverner tels des gardiens avisés,  en parfaite intelligence avec l’écologie de l’écosystème Algérie ;  lui-même conçu comme une particularité parmi tant d’autre  d’un grand tout universel...

Dans le prochain article, nous tenterons de revenir à une des sources historique de l’écologisme qui me parait essentielle à rappeler. De ce fait, je m’attèlerai à prouver qu’en Europe, comme aux USA, l’écologie n’a jamais été vraiment citoyenne. Elle fut d’emblée politique.

Et c’est là, à mon sens que réside peut-être la plus-value de l’écologie algérienne que je souhaite pour mon pays. Justement, une écologie qui, d’emblée, n’a pas d’autre aspiration politique que d’être une  force de veille et d’influence sans avoir besoin ni d’être un parti politique, ni de chercher à rendre le néo-libéralisme ou bien ne néo-marxiste  plus verts que nature. Je veux parler tout simplement d’une éthique, de valeurs morales simples, d’une curiosité, d’une capacité à penser les choses  de la vie  comme un ensemble où l’individu doit trouver son juste milieu.

Mais pour cela il faudra réaliser que, pour l’instant, l’écologie en Algérie n’a été jusque-là  que très peu citoyenne, malgré les apparences...elle n’a pas échappé à ce lien quasi fondamental entre l’écologie et la politique qui jalonné son histoire dès ses plus jeunes heures. Comment ne pas tout simplement et en tout premier lieu invoquer l’histoire  à être  un  témoin irréfutable? 

 

A suivre...

Texte et photo : Karim Tedjani 

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À propos

Karim Tedjani

Karim Tedjani est un blogeur indépendant très concerné par les questions de l'environnement ainsi que de l'écologie en Algérie... Depuis 2009 , il sillonne autant le web que son vaste pays d'origine; afin de témoigner, d'apprendre, mais aussi de militer...
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Jean Christophe Delhaye 12/01/2016 22:14

Voici quelques liens de vidéos Youtube (Chaîne Jean-Christophe Delhaye) relatives à l’économie circulaire

Here some recent articles related to Circular Economy & Environment on my Youtube Channel (Jean-Christophe Delhaye)

Liens de vidéos sélectionnées pour vous (Jean-Christophe Delhaye) :

https://www.youtube.com/channel/UCrARIrhws0fcPlL1tFVeAmg

https://www.youtube.com/watch?v=vuxJ2aZmJas&list=PLBGNFkOOEyhSQrO1pHKdUW_k8QZw3rD99



Merci et à très bientôt! Jean-Christophe Delhaye

https://jeanchristophedelhaye.wordpress.com/2016/01/12/liste-de-quelques-articles-a-decouvrir-sur-leconomie-circulaire-a-vous-de-juger-jean-christophe-delhaye/

http://www.scoop.it/t/economie-circulaire-6/p/4058031517/2016/01/10/economiereelle-qu-est-ce-que-l-economie-circulaire-jean-christophe-delhaye

Jean-Christophe Delhaye 29/12/2015 21:05

Hello
You are welcome to join my blog around the Circular Economy & environment !
Jean-Christophe Delhaye
https://jeanchristophedelhaye.wordpress.com/
http://www.scoop.it/t/economie-circulaire-6

Bonjour,
Vous êtes les bienvenus à rejoindre mon blog sur toute l'actualité de l'économie circulaire et de toutes les matières touchant à l'environnement.
A très bientôt Jean-Christophe Delhaye
https://jeanchristophedelhaye.wordpress.com/
http://www.scoop.it/t/economie-circulaire-6