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Nouara Algérie.com

Ecologie, environnement, nature, économie verte et développement durable en Algérie

Habitat en Algérie: Un espace collectif à réinventer...(2/5)

Habitat en Algérie: Un espace collectif à réinventer...(2/5)

Suffit-il de créer et d’administrer un ministère de l’Habitat pour cultiver une culture de l’Habitat moderne ?

Moderne, de nos jours, peut certes signifier bien des choses. Je dirais à nouveau que le sens de ce mot qui nous intéressera plus particulièrement est celui qui fait de la modernité un projet de société. Une vision de civilisation axée sur le présent, tournée vers l’avenir, tout en s’inspirant d’une tradition passée.  . En ce qui concerne l’Habitat, bien au-delà de la notion de confort « moderne » individuel, être moderne signifie aujourd’hui autant cultiver une certaine convivialité sociale qu’un esprit de sobriété écologique. Concevoir, cultiver, inventer un Habitat moderne, en 2016, ne saurait donc se limiter à construire en quantité suffisante des logements répondant aux seuls critères de confort du 20ème siècle.

Encore moins, avoir une culture moderne de l’Habitat, cela ne devrait que très peu consister à « éradiquer » des bidonvilles. Un Habitat informel que l’on aura parfois laissé proliférer ; qui plus est et le plus souvent à des fins de pures spéculations foncières ou politiques. Cela ne saurait également se limiter à transformer toutes nos campagnes en banlieues, de faire surgir des nouvelles villes au beau milieu d’espaces naturels qui s’éteindront progressivement, à force d’un tel voisinage incongru. Encore moins, cela reviendrait à minimiser les efforts pour rendre ces campagnes agréables  et  donc modernes, tout en conservant leur nature rurale et sauvage. Le citadin doit être heureux et épanoui autant que le rural.

Aucune ville moderne ne peut faire de la campagne seulement sa banlieue désolée. Aucune campagne moderne ne devrait dépendre autant des villes pour subsister. La campagne dans nos villes, la ville dans nos campagnes et la nature là où elle a ses droits et devoirs d’exister. Cela fera bien entendu hérisser les poils de quelques irascibles loups, farouches aptes de l’Art de la guerre, mais il me semble que l’Habitat ne devrait pas être uniquement un outil de pouvoir. Une gouvernance, une administration, une logistique, qui doivent seulement garantir la résilience d’un état...Si l’Etat administre un habitat, c’est bien le peuple, en théorie, qui l’habite et donc, intrinsèquement, devrait le gouverner.

Pourquoi un ministre de l’Habitat algérien ne parle que très rarement dans les médias d’esthétique, de culture de l’Habitat, de valeur environnementale et de bien-vivre ensemble ? Que vaut le pari de la quantité de logis dès lors qu’il occulte complétement celui de la qualité de l’habitat ?

Bien entendu, quand il s’agit d’Habitat, le citoyen Algérien pense  tout de suite à une crise aiguë du logement .Ou bien  il se plaindra de la saturation de nos villes, largement provoquée par plusieurs vagues massives d’exode rural. En matière de fourniture d’infrastructures et de services, l’urgence est aussi réelle que persistante. Tellement d’actualité que philosopher sur la modernité de l’Habitat algérien est peut-être un luxe que la plupart des Algériens ne peuvent  tout simplement pas se permettre. Pouvoir habiter dans son propre logement, avec une relative qualité de vie intime et, mieux, de vie en commun, cela relève déjà presque de la métaphysique pour un trop grand nombre d’entre eux.

Il ne s’agirait pas de masquer pour autant les causes du fond par les conséquences de la forme. On ne peut, il me semble, focaliser uniquement sur le problème du confort individuel sans aggraver celui de la convivialité sociale et, encore plus, de la sobriété écologique. Car, en fait, pour en revenir à mon idée principale, le nouveau confort moderne est justement celui qui, en ce début de deuxième millénaire, alliera ces trois prérogatives indissociables et interactives de l’existence humaine. Et s’il est  aujourd’hui considéré comme « moderne », c’est qu’il a justement pour vertu d’aspirer au progrès. Pas seulement  celui matériel, économique ; car tout le monde sait bien à présent que le vrai Progrès est social ; que le développement durable ne peut-être que celui de l’être humain, et non de la croissance industrielle.

L’Algérie, il me semble, est un  pays où le proverbe chinois « il se soucie surtout de sa barbe quand sa tête va tomber » n’a jamais été si bien illustré par un esprit national. Dans cette jeune nation, dis-ai-je, on a surtout veillé à vulgariser un certain confort égoïste au détriment de l’essentiel. L’idéal algérien en matière de logement est en grande partie devenu celui d’un nombre grandissant de citoyens de la classe moyenne  mondiale émergente. Plus de matériel Hi-Tech, d’équipements de maison, de pièces individuelles, d’espaces privatifs. Mais plus de caméra de sécurité, de résidences bunker, de nature totalement artificielle, d’injustice sociale également. En Algérie, comme dans bon nombre de pays en voie de développement, la convivialité, les espaces verts, l’hygiène publique, le respect des libertés et de l’intimité ne sont pas du tout ou presque pas intégrés dans la culture contemporaine d’habiter un lieu.

Pour parler d’écologie et de haute valeur environnementale, il est indéniable que ces domaines de l’Habitat ont été totalement mis à la trappe par l’ensemble de l’actuelle société algérienne. Il me semble inutile de s’étaler plus longtemps sur un constat qui crèvera les yeux, au quotidien, même aux plus aveugles d’entre nous. Ne serait-ce qu’alertés par les nombreuses odeurs pestilentielles qui ont colonisé bien des atmosphères dans notre pays.

Donc, sans grande surprise il faut admettre que la manière d’habiter l’Algérie, l’Habitat des Algériens n’est pas moderne ; même si la société algérienne aspire à une certaine forme de modernité. Car elle est tout simplement obsolète et, qui plus est, si peu adaptée à l’esprit ancestral des Algériens.

Certes, il très difficile de parler d’une culture nationale, à proprement parler, de l’Habitat algérien.

Il serait en effet malvenu de considérer l’Habitat Kabyle de la même manière que celui d’un Nomade de la Steppe algérienne. Un Habitat algérien n’est jamais exactement le même que celui d’un Tunisien ou d’un Marocain, d’un Libyen, ou d’un Nigérian. Pourtant, en fonction de sa proximité géographique avec les cultures de nos voisins, on peut leur trouver  cependant de nombreuses similitudes. Si l’on peut situer l’Habitat algérien comme une mosaïque de variations locales de l’Habitat maghrébin, il me semble, aussi, de même, qu’il doit avoir ses particularités. Soulignons au passage  que, de nos jours, des pays comme le Maroc et la Tunisie semblent avoir cultivée une approche beaucoup plus moderne de leur Habitat que notre pays, l’Algérie.

Non qu’il faille s’en attrister ; bien au contraire, il s’agirait de féliciter nos cousines et cousins maghrébins pour leur clairvoyance, qui est également  un choix économique fort judicieux ; de ce point de vue en tous les cas. Même si, sombre  revers de cette médaille, l’influence du tourisme de masse occidental aura été des plus mortifère, au regard de ses nombreux impacts néfastes sur l’environnement et de l’énorme gaspillage d’eau qu’il provoque toujours.

Cependant, en matière d’écohabitat, ces deux jeunes nations très dynamiques semblent avoir acquise une expérience des plus certaines. Nous devons de ce fait nous inspirer de cette compétence et encore plus de ce savoir-faire. Nous devons, d’autre part, réfléchir sur le fait que, jusque dans les années soixante-dix, les artisanats de l’Algérie étaient forts respectés et réputés à travers le monde. Il semblerait, depuis, que l’Algérie, en tant que système de gouvernance, n’ait pas fournis les efforts et les compétences suffisants pour que  toutes ces  académies de l’Habitat algérien gardent le vent aussi en poupe qu’au Maroc ou bien en Tunisie...

A suivre... 

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À propos

Karim Tedjani

Karim Tedjani est un blogeur indépendant très concerné par les questions de l'environnement ainsi que de l'écologie en Algérie... Depuis 2009 , il sillonne autant le web que son vaste pays d'origine; afin de témoigner, d'apprendre, mais aussi de militer...
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