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Nouara Algérie.com

Ecologie, environnement, nature, économie verte et développement durable en Algérie

Habitat enAlgérie: Il n'y aura pas d'Habitat algérien moderne sans les Algériennes du 21ème siècle (3/5)

Photo: Tedjani K.

Photo: Tedjani K.

Dans les deux articles précédents, nous nous sommes attelé à définir plus précisément ce qu’est un Habitat. Encore plus particulièrement, nous avons évoqués les principaux atours d’un Habitat qui serait empreint de modernité...

Car cette nécessité préalable de clarifier certaines idées abordées dans cette série de billets est intiment corollaire à une question centrale. A savoir si l’Habitat algérien contemporain est digne d’être qualifié de « moderne ». J’ai partiellement répondu à cette interrogation par un bref constat de l’Habitat en Algérie, qui ne peut malheureusement pas nous laisser perplexe, quant à la réponse qu’il faudrait lui assujettir. Il parait en effet indiscutable que la modernité n’a actuellement que très peu de place dans la manière algérienne d’Habiter son environnement.

Il est temps, à présent et plus en détail, de se pencher sur le cas de l’Algérie. De ne pas faire seulement un bilan qui sera forcément négatif, mais bien à dessein de trouver les meilleurs indices d’une modernité algérienne à venir, et donc à réinventer.

Bien de nos villes furent un jour « modernes », pour bien des pays du Nord de l'Europe, par exemple. Le rayonnement de l’Habitat Maghrébin, plus particulièrement berbère et donc en partie Algérien, n’a pas été si peu fécond à illuminer celui de la Cordoue de son « Age d’or ». L’Europe dans ce qu’elle a cultivé de plus baroque et d’orientaliste, rendra largement hommage dans son Habitat à cette culture , plus dans ses fastes nostalgies que dans la sobriété heureuse et de l’espace collectif intime.Que s'est-il passé pour que ces même cités historiques, paraissent à présent comme des cités dortoirs d'un siècle bientôt révolu?

Je ne parle pas ici d’un espace intime collectif, qui est de moins en moins bien vécu en Algérie. Il ‘agit pas de promiscuité, d’absence d’intimité tout court...Mais bien d’un espace justement où l’individu peut vivre la collectivité comme une expérience intime volontairement partagée. C’est aussi une zone de liberté et de sécurité pour toute la famille, comme un cadre de sérénité pour l’épanouissement des individus, de l’enfance, jusqu’à l’âge mûr. Une façon de vivre qui serait sobre et respecteuse des mannes de la nature algérienne Une grande maison de famille qui ne serait non pas envahissante, mais harmonieuse ; avec pour crédo fondateur la responsabilité.

Il ne s’agit pas seulement d’habiter un logis, ni même un quartier, ou bien seulement une ville ; mais bien d’habiter son endroit comme si il était une parcelle indivisible d’une même grande Maison et non une parcelle d’un Beylik invisible dont l’emprise sur le présent est certes quotidienne. Cela incombe de la responsabilité autant que des droits et des usages. Cette responsabilité, pour être moderne, je ne le répèterai jamais assez, doit être à la fois sociale, individuelle et environnementale. Dans ce développement durable, l’économie n’est pas un élément du triptyque mais son contenant. Puisque l’écologie est le discours de l’Habitat et des interactions qui s’y déroulent parmi ses habitants.

Qu’est-ce donc qu’un Habitat algérien ? Me direz-vous avec beaucoup de pertinence...

Pour y répondre, avant d’interroger la littérature spécialisée sur ces questions, je voudrais vous faire part de ma propre expérience de cet Habitat.

Elle est à la fois celui de l’hôte et de l’invité, de l’endogène et de l’exogène, rarement celui de la gêne. A contraire, il me semble, cette variété d’états d’esprits et de cultures n’a jamais été une source de dualité chez moi. Dès lors que je n’ai jamais douté d’une chose, et cela depuis ma plus tendre enfance : si je peux avoir plusieurs identités, je n’ai heureusement qu’une seule nature. Cette nature ressemble beaucoup à l’Algérie que j’aime comme une maison qui vous habite bien plus qu’on ne l’aura jamais habitée de toute sa vie.

Cet Habitat algérien, je dois le dire avec le plus profond des respects, existe le plus souvent là où vit une mère algérienne. Que nos pères me pardonnent, mais je ne peux que constater à quel point leurs épouses sont les piliers de l’Habitat algérien que j’ai personnellement appris. Tous celles et ceux qui, comme moi, sont nés ou on vécut à l’étranger, doivent avant tout aux femmes de leur entourage d’avoir ressenti ce que « l’habiter » algérien peut ou devrait signifier.

Ma mère, en premier lieu, fut la garante de cet habitat, tandis qu'elle nous éleva à Paris; comme tant d'autres femmes immigrées. Cette manière d'habiter, propre à sa culture, donc à la notre, n'a jamais été absente de mon éducation, ni de mon environnement; dès lors que je suis resté proche de son foyer...

Cet habitat il ne saurait donc devenir « moderne » sans élargir le champ et le cadre de la responsabilité des femmes Algériennes, bien au-delà du foyer Algérien. La fille, la sœur, la jeune femme, la célibataire endurcie d’être trop tendre, la jeune épouse qui aspire à ne pas vieillir dans l’inertie sociale, toutes ces femmes algériennes et tant d’autres sont en grande parties les principales antagonistes de cet Habitat algérien collectif intime à réinventer.

Certes les hommes algériens, depuis des lustres, ont tendance à croire qu’ils l’habitent en maîtres absolus et indiscutables ; par le seul pouvoir de la force et du paternalisme. Mais, à y regarder de plus près, en prenant largement en main la responsabilité de l’habitat intime, les Algériennes ont exercé un immense pouvoir sur la manière d’habiter un lieu.

L’influence des femmes, au Maghreb, allait partout et va encore à certains endroits jusque dans « l’espace collectif intime », si propre aux Maghrébins, aux Africains, en général, mais pas uniquement. Je suis étonné de voir à quel point les femmes Vietnamiennes les Yougoslaves et les Latines en général, sont de la même trempe de Lionnes que nombre de mes compatriotes.

Les Hommes, en Algérie, sont à vrai dire aussi souverains de leur habitat que des coqs de brouillards, ou de rois des forêts vierges, de toute responsabilité...La Coquette algérienne n’est pas poulette de basse-cour, ni chatte de gouttière, ni chèvre du premier Seguin venu...Elle a le regard aussi perçant que l’Aigle, surtout quand il s’agit de veiller au bien-être ainsi qu’à la sécurité de l’endroit qu’elle habite Bien qu’il soit fort réducteur de parler des Algériennes au singulier, faute d’espace et de temps pour le faire au pluriel, je dirais que la Femme Algérienne est une Lionne dans tous les sens du terme.

Mais pas une Lionne des savanes...elle est fille et mère de la forêt, l’oasis ultime, celui qui comble tous les déserts d’un homme seul. Désert, signifiant étymologiquement « qui a rompu les liens avec le social »...

Mais, au fond, cela a-t-il vraiment encore ou toujours de bons côtés les traditions, aujourd’hui ? Depuis que la femme n’est plus aussi présente dans les champs, dans les ateliers d’artisans, sur les marchés, pâturant avec le troupeau ? C’est aussi à cause de cela que bien des écologues et biologistes algériennes peinent à présent à occuper le terrain de leurs recherches... Nul autre espace que nos campagnes n’ont perdu cette liberté d’espace réservé à la femme algérienne...

Un espace d’exister algérien, moderne, serait aussi celui où l’homme (en général) prendrait en charge certaines responsabilités de cet Habitat, reservées jusque là aux femmes, et cela sans encourir la cohorte ou les railleries de la société.

L’Algérien a tendance à vivre le célibat de plus en plus tard et aspire de moins en moins à le partager au quotidien dans un logement familial. Si la femme doit habiter plus sereinement l‘espace collectif, l’homme, en Algérie, ne saurait que rendre son habitat plus moderne en le prenant d’autant plus en charge. C’est une parenthèse que je me devais de faire, même si, pour l’instant, force est de constater que la modernité de l’espace collectif intime algérien ne se portera que mieux, si la femme algérienne y retrouve non seulement sa place, mais qu’elle l’élargisse également à celui de l’espace collectif tout court.

Pas une place de figurantes, ou symbolique, mais celle de la responsabilité que les femmes de notre peuple ont toujours sû exercé au sein de leur foyer et de leur entourage, du moins pour beaucoup.

Ne dit-on pas en Algérie que « Dar », la maison, ne peut vraiment l’être sans devenir un foyer ? En Algérie, habiter, sans une femme, est une errance quotidienne. La marque du pestiféré, à mesure que l’Age du célibataire le rapproche de son crépuscule. Ceux qui me connaissent personnellement souriront sûrement en lisant ces quelques mots. Pour moi, après le foyer de ma mère, l’habitat algérien, ne fut longtemps qu’un cadre épisodique ; avant tout celui de mon beau-grand père Saadi Aïssa et de ma grande Tante Nouara, sa nièce.

Que voulez-vous, longtemps, avant de connaitre la vraie famille de ma mère, dans la mienne, en Algérie, tout le monde était « beau » et « grand » quelque chose ; mais rarement de mon sang. Cela ne m’a pas empêché de considérer mon douar, Guerbes, comme le plus précieux et magnifique habitat que je connaisse. C’est mon chez-moi, avant tout autre endroit sur Terre où je me sens comme dans une deuxième maison.

J’ai , depuis , beaucoup voyagé dans mon pays d’origine, et j’ai eu la chance de partager le quotidien de centaines d’Algériens ; et cela dans plus d’une trentaine de wilayas algériennes. A ce titre, je pense être en mesure de l’affirmer sans le moindre doute : il existe bien une manière algérienne d’Habiter un lieu, encore plus l’Algérie. Cette algériannité unique, est cependant le fruit de nombreuses influences.

Sans me prétendre historien de la chose, ni savant de l’idée, je dirais que la culture Amazigh, l’Andalousie berbéro-arabe, l’art de vivre et d’occuper Ottoman et de l’Islam en particulier, sont, à mon humble avis les piliers fondateurs de cet habitat depuis au moins un millénaire. Ghardaïa, qui est un des exemples les plus vivants d’un Habitat algérien ancestrale ne date-elle pas de 1053 après Jésus Christ ?

Non qu’il faille oublier l’énorme influence des Roumis, Romains ou Français sur notre Habitat, l’habitat européen en général, pour ne pas dire occidental.Ni les assauts récurents de cette colonisation contre un certain art de vivre local...

Pour prolonger l'idée d'un place centrale de la femme algérienne dans cet habitat, j'aimerais dire que l’art de remplir et de consommer son assiette influe sur l’Habitat d'une manière presque vicérale. Et là, apparaitra un dénominateur commun, qui, au delà de toute influence exotique, va largement inspirer et définir l’intérieur, autant que l’extérieur de l’Habitat maghrébin et Algérien; une piste apparait alors possible...comme un Euréka prononcée en Derija : Couscous!...

Etrange conclusion? Pas si sûr...nous en parlerons bientôt plus en détail dans un prochain billet...

A suivre....

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À propos

Karim Tedjani

Karim Tedjani est un blogeur indépendant très concerné par les questions de l'environnement ainsi que de l'écologie en Algérie... Depuis 2009 , il sillonne autant le web que son vaste pays d'origine; afin de témoigner, d'apprendre, mais aussi de militer...
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