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Nouara Algérie.com

Ecologie, environnement, nature, économie verte et développement durable en Algérie

"Dar, Douar, Dénia", ou les possibles principes fondateurs d'une maâna écologique algérienne

"Le Cercle  de Vie..." (Photo: Karim Tedjani)

"Le Cercle de Vie..." (Photo: Karim Tedjani)

Chapitre 2: Gardiens du foyer...

 

« Douar » est  le deuxième cercle d’intimité de l’écologie algérienne. Après « El Dar », c’est un  espace toujours intime ;  même si, cette fois-ci, cette intimité aura une dimension plus collective. Elle s’inscrit dans un cercle physique et social plus large. C’est le dernier  espace  encore privé avant de passer au-delà  d’une frontière  tantôt bien visible, parfois qu’il faut deviner, ou  créer autour de soi ;  vers un monde  où chacun comme chacune d’entre nous  est forcément  l’étranger d’un autre...

 

Cet autre cercle, plus vaste que tous les deux autres réunis, c’est  « El  Denia », une roue de destins entremêlés ou diamétralement opposés ;  qui tourne inlassablement selon des principes qui sont censés échapper à l‘entendement humain. Dans ce mot il y a tout le Monde et ses mondes, humain et autres. C’est l'Univers sur Terre,  en perpétuel mouvement; où rien ne dure au fond et, s’alterne le malheur ainsi que les bonheurs d’un tel ou d’un autre. Plus qu’ « el Bia », cette idée sous-entend  une logique qui ne peut  paraître que poétique,  voire hasardeuse, pour les plus raisonnables d’entre nous.  

Tandis que d’autres l’assimilent à un Mektoub qu’il sera toujours très difficile, voire pénible et inutile d’expliquer  à un esprit dont la nature n’a pas été bercée  dès le plus jeune âge dans ce qui  a presque trait  avec une culture philosophique. Pour dire les choses plus simplement, El Dénia est un environnement également « moral », « éthique », qui applique une justice bien déterminée ; qui échappe au contrôle de l’Humanité ; qui révèle de l’Omniscience. Enfin, elle implique autant l’espoir que la fatalité : "Dénia douara ", le monde est un cercle, une alternance  tantôt de bons ou de mauvais évenements;  un mouvement  que l'on ne peut ni défaire ni stopper...

 

Mais, avant d’en venir plus précisément  à la notion de « Douar », j’aimerais m’étendre encore quelque peu sur l’idée de "maison", dont le champ lexical le plus rapproché peut nous apprendre bien des choses sur l’écologie.  En effet, « Eco » qui, rappelons-le,  signifie essentiellement «  la maison », est également synonyme  du  terme  « foyer ». Ce dernier accuse lui-même au moins deux  sens assez distincts,  qu’il me semble utile d’aborder rapidement, avant de poursuivre cette réflexion. D’autant qu'ils ont , à bien des égards, un  lien avec le caractère collectif ainsi qu’intime du Douar, mais aussi que ce terme évoque largement l’idée d’un cercle, et donc d’un centre ainsi  que  de sa périphérie qui l'entoure.

 

Le foyer  peut  signifier, en premier lieu, une cellule familiale ainsi que son espace de vie. C’est une maison  qui abrite une famille. Cette dernière sera  réunie en constellation  autour d’un patriarche ou bien  sous la forme d’une structure matriarcale. Mais cela n’est  pas  toujours  forcément le cas. S’il existe d’autres variantes dans  son organisation, on suppose  cependant qu’un foyer aura toujours au moins un chef autour duquel s’articuleront en grande partie le quotidien et les rituels de cette communauté d’individus. Ils sont le plus souvent  réunis par les liens de la filiation ; mais ce n’est pas une règle absolue.  Le principe, néanmoins, pour tous les foyers,  restera le même : un centre autour duquel gravitent un ou plusieurs cercles d’espaces ou d’individus ;  plus ou moins étendus et perméables à  toute forme de corps étranger, physique ou non. C’est un centre d’intérêts, de protections, d’autorité, de décisions, matérialisé ou non ; bref,  où se concentrent  les plus importantes conditions de vie d’un groupe d’humains.

Le fait d’entourer, évidemment corollaire à l’idée d’environnement, est  aussi  prégnante  dans le  sens du préfixe« éco » que les murs d’une maison entourent  celles et ceux qui l’habitent.  Entourer est à la fois pouvoir, qu’une  immense source de responsabilités ; un acte de protection qui  peut s’avérer geste d’oppression ou de préservation également.  Il faut dire que le trésor que recèlent une maison, un foyer mérite tout ce genre d'attentions.

Une maison où crépite un foyer bien maitrisé et géré ; où le rire des enfants  fait pétiller l’atmosphère de milles scintillements de voix,  qui couvrent  le timbre rassurant et bienveillant de parents aimants ; ils raisonnent à travers les murs  d’une maison  solidement bâtie et bien entretenue.  Un  bourdon  tel celui d’un orchestre philarmonique, s’échappant  au lointain  des murs d’un opéra. La symphonie d’un bonheur  que nous projetons dans l’idée la plus idyllique que nous pouvons nous faire de la maison en tant que foyer.

 

Un foyer digne de ce nom, et cela pas seulement en Algérie,  suppose  largement qu’il y existe  une famille harmonieuse, tant dans sa manière de vivre que d’interagir entre ses membres, mais aussi  avec « l’étranger ». « El Barani » comme on dit chez nous ; c’est-à-dire, en quelque sorte, celui qui vient d’en dehors du  foyer, de la maison, du cercle, de la communauté.  Ce cercle n’a d’ailleurs pas besoin d’être rond, où même physiquement un cercle ;  pour mériter cette appellation, du moins dans le sens qu’il prend  ici. Il suffit d’en retenir  principalement la notion d’entourer ainsi que d’entourage. Tout ce qui entoure est entouré par quelque chose de plus vaste que lui. On pourrait résumer cela par l’image du Ying et du Yang.

 

Un foyer, par prolongement,  est également le cœur d’un feu  autour duquel on se réunit. Un foyer peut-être collectif, au-delà de la famille ; au point que le foyer du réacteur d’une centrale thermique est  un feu partagé par des centaines de milliers de personnes qui ne sont plus réunis par un réseau social, mais à un réseau de courant électrique. De même, il existe des maisons qui ne sont pas familiales, dont les maisons de Dieu, par exemple, ou bien  les  maisons de retraite.  Depuis la nuit des temps, à l’instar des points d’eau, les foyers ont toujours été des lieux de rassemblement, de festivité, ou  bien de partage quotidien. La Maison, le foyer, au fond c’est un espace ainsi qu’une organisation où l’on cultive  quelque chose ; on le préserve de l’extérieur; on l’entretient  de milles et unes manières, matérielles ou spirituelles.

C’est donc  le pôle  qui garantit la sécurité, puis  le confort,  le bien-être, et enfin le bien vivre ensemble. Ce foyer utile et nécessaire à la communauté  ne pourra perdurer sans une certaine responsabilité commune de la part de tous ses bénéficiaires. Quelque que soit le procédé, traditionnel ou moderne, entretenir un foyer suppose toujours un coût, une contrepartie. On peut même supposer que les premières tâches sociales parmi  l’Humain  rendu  « Sapiens » par la conquête du feu,  fut d’entretenir le foyer commun. Le supplice quotidien enduré par Prométhée, pour avoir donné le Feu aux Hommes,  dans la mythologie grecque, est un bon indice du prix que les êtres humains ont depuis toujours accordé aux bienfaits du Feu. Entretenir le foyer, aura logiquement une influence  et des conséquences qui se situeront bien au-delà de la maison.

 

Le foyer, peut-être  enfin et également celui de l’incendie, de la maladie, ainsi que  le nœud d’une cohorte de  périls de toutes natures ;  qu’il faudra traiter à leur source pour vraiment s’en affranchir durablement. Il y a des bons foyers et des mauvais foyers, apparemment. Et cela est d’autant valable à l’échelle sociale qu’environnementale. Pour éviter que le moindre foyer de problèmes ne se déclare au sein même de la maison,  « éco » incombe de ce fait d’avoir une vision tant de l’ensemble que dans le détail de cette maison. Cela sous-entend de ce fait une gestion durable et responsable du foyer.

 

C’est là que l’écologie se détache radicalement  de l’économie (nomia : gestion) pour être surtout l’observatoire (logia : l’étude)  de la maison.  C’est aussi  la  science  de la force  sociale qui  veut en faire un sujet de politique central. Changer d’environnement, c’est changer de paradigme social ; par effet miroir, un changement  de civilisation nécessite  la plupart du temps un changement d’environnement ; ou bien ce dernier en est la cause principale. On sait bien que l’effondrement de biens des  grandes civilisations passées ont en grande partie été parallèles à des dégradations environnementales insoutenables pour leur territoires. Comme de formidables essors furent réalisés grâce à des périodes climatiques ainsi que des conditions géographiques propices au développement de certains pays.

 

Nous avons ainsi fait le tour, un petit, certes, d’une des bases de l’écologie. Réfléchir et agir d’abord  à l’échelle de son propre cercle intime. Identifier jusqu’où l’on se sent  ou l’on doit se sentir chez soi ;  quand on réside dans ce pays et que l’on est Algérien. Beaucoup des comportements et de l’empathie que vouent les Algériens à leur maison, en somme, portent en eux bien des concepts qu’il faudrait projeter sur la société algérienne à l’échelle de la grande  Dar nationale que devrait être l’Algérie pour chacun et chacune d’entre nous...

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À propos

Karim Tedjani

Karim Tedjani est un blogeur indépendant très concerné par les questions de l'environnement ainsi que de l'écologie en Algérie... Depuis 2009 , il sillonne autant le web que son vaste pays d'origine; afin de témoigner, d'apprendre, mais aussi de militer...
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