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Nouara Algérie.com

Ecologie, environnement, nature, économie verte et développement durable en Algérie

"Dar, Douar, Dénia": Ou les possibles principes fondateurs d'une maâna écologique algérienne...

Nos villes sont des espaces en  état devenir permanent qu'aucune vision  et manières nationales ou locales  ne semble inspirer. positivement...(Photo: Tedjani Karim)

Nos villes sont des espaces en état devenir permanent qu'aucune vision et manières nationales ou locales ne semble inspirer. positivement...(Photo: Tedjani Karim)

Chapitre 3

"Une nouvelle skifa?" 

 

 

Après avoir consacrés ces derniers jours à réfléchir  sur le sujet de l’interdiction des sacs en plastiques à usage unique, notamment  en Algérie, il est temps pour  nous  de reprendre le fil d’un sujet qui, personnellement,  me tient encore  plus à cœur.  Car, au fond, toutes les thématiques écologiques qui se soulèvent dans notre pays  ne concernent-elles pas  en premier lieu l’existence ou non d’une écologie algérienne digne de ce nom ? Sans cette  nécessaire condition, comment pourrions-nous en effet aborder sereinement  tous ces périls qui menacent depuis trop longtemps l’environnement en Algérie ?

J’avais en tous premiers lieux proposé une approche  que je qualifierais de « Darologique » pour  cette écologie nationale ; une  façon de respecter l’Algérie comme un foyer commun à une seule et même grande famille, riche en variétés autant qu’homogène dans son ensemble.  Une maâna  écologique algérienne que nous avons pour moult raisons  le devoir de faire renaitre. Tout en l’enrichissant  bien entendu des meilleurs aspects et valeurs d’une écologie plus globale. Mais aussi en la préservant des pollutions universalistes  que le régime écologique mondial porte parfois  dans ses discours, mais aussi quant à sa façon d’activer et  d’agir ; avec l’intention plus ou moins avouée ou consciente de s’imposer en tant que norme universelle.

Ces deux versants d’un même Nil, d’une quête à la fois physique et spirituelle, doivent servir un cycle où pour faire de beaux  fleuves  il faudra toujours de belles petites rivières et des sources de montagne, des nuages, des arbres et des nappes souterraines ;  comme  tout aval à besoin de son amont pour être entier. Il s’agit ici de célébrer la variété et non  la diversité ; varier sur un thème commun ; au lieu de diverger  de l’ensemble, à la manière d’une mélodie dissonante.

Qui y a-t-il de si particulier à notre habitat « naturel », l’art et la manière d’habiter un lieu ? Pourquoi  j’insiste autant sur cette endémie à remettre en valeur ? Mais aussi à revisiter avec la volonté d’en  déduire les potentiels archaïsmes.  Eh bien, une fois de plus le côté « Dar » de cette écologie algérienne viendra à mon secours pour vous  le démontrer !

En effet, si le patio, la cour centrale,  est une des caractéristique parmi les plus emblématiques de l’habitat méditerranéen,  dans lequel s’inscrit à bien des égards notre tradition « darologique », il existe tout de même un élément  dans cette organisation de l’espace d’intimité  qu’on ne retrouve que dans les coutumes  d’Afrique du nord.

Il s’agit bien entendu de la « skifa » un espace intermédiaire entre l’entrée d’une maison et le patio familial. Un premier palier d’intimité qui est réservé à ce que j’appellerais  « l’étranger de première  intimité ». C’est un espace où la notion d’intimité collective est une des plus prégnantes en Algérie, comme dans le reste des sociétés maghrébines.  La skifa est à la fois un espace de sureté, mais aussi d’hospitalité et enfin de responsabilité réservé à celui qui n’est pas assez intime pour en franchir le pas. Mais y pénétrer est également déjà une étape d’un processus  de complicité, avant d’avoir le privilège d’être invité dans l’enceinte du patio familiale.

L’Algérien, quand il ouvre la porte à un inconnu qui parait bienveillant, ne le laisse ni sur le pas de la porte, ni ne le fait pénétrer tout de suite dans son salon. Il lui a réservé, quand ses moyens financiers le  lui  permettent, une pièce à cette effet. Si les conditions  d’habitation ne le permettent pas, alors on improvisera une skifa de fortune dans une des pièces de la maison ; mais rarement  dans la cuisine, où « moulet el dar » s’activera à préparer une collation que son mari fera parvenir aux invités...

L’idée de Skifa suggère également qu’il y a des règles de bienséance à respecter des deux côté de ce premier  cercle d’intimité  partagé, le temps d’une discussion, de recevoir un invité qui arrive à l’improviste ; en attendant que toute la maison s’organise pour le recevoir dans l’enceinte du foyer., où à vrai dire la véritable « moulet el dar » est la mère du foyer ; tandis que le patriarche  sera « moulel bayt », le propriétaire des lieux,  celui aussi qui incarne l'autorité de la Maison, ainsi que son centre de gravité. Dans l'Islam, la notion de "Bayt" est très importante est elle signifie une affilation au Porteur du Message et donc  st corollaire à l'idée  de gardien d'une  tradition,  ainsi que l'endroit où elle nait et se perpétue. 

Derrière chaque Skifa, traditionnellement,  il y a la volonté  de préserver une épouse, une fille, une mère, une cousine,  du regard potentiellement malveillant  ou envieux de l’étranger. C’est aussi un lieu si peu réservé aux femmes qui elles, le plus souvent, reçoivent leurs invité(e)s directement dans le patio ou dans une pièce de la maison ; en fonction de certaines  coutumes sociales bien établies, où la filiation joue un rôle de premier rang. .

Mais une skifa, c’est un peu et aussi, en quelque sorte,  la porte du Ksar, l’entrée de la Casbah, la place publique de la Mechta ;  plus que la place centrale de la médina, qui est, si l'on veut,  le patio  d’un Douar urbain, d'une Dar publique.  De même que  ce devrait-être l'entrée de l'immeuble, les premiers abords d'une residence collective...

C'est  un espace transitoire où les intentions et la place  du "barani" seront étudiées  d'aussi près que de loin; sans omettre cependant les régles ancestrales de l'hospitalité algérienne; mais aussi la méfiance du "bon père de famille".  Comme  d’ailleurs chaque tribu nomade reçoit l’étranger, intime ou non, dans un espace à la périphérie de son douar, de ses cercles de tentes intimes. On retrouve ainsi le même principe de collectivité intime se démarquant  de l’hospitalité  algérienne. L'Habitat algérien traditionnel, est donc un espace  fragmenté  par un critère fondateur : l’intimité du foyer.

On retrouve d’ailleurs cette idée déclinée dans la plupart des lieux de loisirs algériens contemporains, comme les restaurants, les plages par exemple. On divise souvent ces espaces avec la mention « familiale ». Depuis que le célibat tardif est devenu une norme chez nous, dans les deux  cas de genres, l’espace publique algérien a été quelque peu chamboulé dans ces traditions ancestrales. De plus, avec une relative mixité de l’espace publique, et l’adoption de comportements industriels, cette notion d’intimité dans l’espace publique devient un argument commercial, une forme de connivence  entre  « moulel mhlal » et « moulel dar ».

Quand on voit qu’à présent  bien des  premiers étages de nos maisons  individuelles sont occupées par des commerces ;  on peut se demander si ce ne sont pas aussi, en quelque sorte des  patios et des skifa  « rentabilisées » ; qu’on loue  à un commerçant ou bien que l’on exploite à son compte. Le fait est que c’est un espace collectif et intime cette fois ci réservé au commerce, aux  transactions financières que le foyer a cédé sur l’espace du patio et de la skifa...

Cependant, si l’idée d’un tel cadre semble essentielle en Algérie, il me semble par contre qu’il faudrait en réviser  certains critères.

En effet, sans intimité respectée, il ne saurait y avoir de collectivité accéptée.  Si les valeurs d’hospitalité, de sureté, de respect ainsi que de responsabilité imprègnent l’idée de Skifa, je ne peux, en  2016, accepter par contre  la place de brebis dociles qu’on y donne  encore à nos lionnes algériennes. Nous devons donc, revisiter cette notion pour intégrer certaines nouvelles donnes sociales, certains acquis modernes, comme la chance d’avoir une population féminine algérienne souvent très active, instruite et responsable...

Mais je ne suis pas sociologue ni encore moins un politique  pour m’étendre sur ce point que je me devais cependant  d’évoquer; tant il me parait important et cher à mes propres convictions. Revenons-en à la Darologie pour montrer que c’est peut-être la mutation ou le maintien négatif de cette idée qui empêche le citoyen algérien de concevoir l’espace publique « normé » par le monde occidental industriel comme un espace toujours intime et collectif à la fois. C’est justement là où j’aimerais en venir...

Avons-nous une éthique, des règles endémiques  pour nous comporter dans un espace que l’on a rendu seulement publique comme une propriété privée de l’état et non l’héritage de tout un peuple ? Celles qui s’appliquent  dans les villes d’ailleurs, avec une architecture occidentale moderne  ainsi qu’une organisation de l’espace bien propre à leur culture et tradition, pouvons-nous les appliquer chez nous sans quelque mauvaise fortune ? Je dirais que si nos villes et nos campagnes sont devenues aussi sales et anarchiques, n’est-ce pas justement parce que nous n’avons pas d’éthique moderne algérienne  pour les habiter ? Parce que, il ne faudrait pas l’oublier, ces villes ont été largement invasives,  animés d’intentions écocidaires  vis-à-vis des habitats traditionnels de nos ancêtres...

Là est la plus essentielle question  pourtant, quand il s’agit d’écologie « sociale », d’économie de la maison. D’autant que les cités dortoirs vont bientôt pulluler sur notre territoire et qu’aucune de nos nouvelles villes ou si peu, n’ont été conçues avec la volonté, non de singer une prétendue modernité industrielle, mais de créer celle de l’Algérie de demain ; en agissant au présent avec un champ de vision durable, novateur dans un certain cadre traditionnel...

Nous y reviendrons  donc plus en détail dans les prochains chapitres, quand nous reprendrons l’idée d’un « Douar » algérien des temps modernes, comme un principe fondateur potentiel de l’écologie algérienne en devenir....

 

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À propos

Karim Tedjani

Karim Tedjani est un blogeur indépendant très concerné par les questions de l'environnement ainsi que de l'écologie en Algérie... Depuis 2009 , il sillonne autant le web que son vaste pays d'origine; afin de témoigner, d'apprendre, mais aussi de militer...
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