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Nouara Algérie.com

Ecologie, environnement, nature, économie verte et développement durable en Algérie

Sacs en plastiques en Algérie: Il faudrait traiter la maladie et non seulement les symptômes...

Le sac plastique a envahis tous les  types d"écosystèmes algériens...(Photo: Tedjani Karim)

Le sac plastique a envahis tous les types d"écosystèmes algériens...(Photo: Tedjani Karim)

 

Dernier chapitre

" Pour  une Maâna écologique algérienne" 

 

 

Dans les deux précédents volets de ce dossier relatif à l’interdiction des sacs plastiques, j’ai voulu montrer qu’il ne fallait pas se limiter à les considérer comme  de simples accessoires de consommation ;  dont on se contentera  de se passer  tout simplement et totalement pour régler la question de la pollution domestique .  Non, au risque de bousculer les bonnes intentions de certains, il ne suffira pas d’éradiquer  ces sacs pour changer vraiment de paradigme économique, et donc social. Il s’agira surtout de rééduquer  progressivement  nos populations industrielles à réinventer les principes d’une consommation responsable et raisonnée. Il n’est pas ici  question de « sobriété heureuse » ou bien de « décroissance », quand j’aimerais à présent évoquer le panier de nos anciens comme  un symbole fort de la maâna écologique algérienne que je n’ai de cesse d’espérer pour mon pays.

 

Cependant, je tiens tout de suite à me détacher de cette idée en vogue, certes légitime, mais seulement d’un  tout premier abord, qui consisterait à faire revenir toute la population algérienne à la goufa traditionnelle. A bien des égards elle est pourtant séduisante et pragmatique à envisager.  D’une certaine façon, c’est une des plus sérieuses pistes pour  régler le problème des sacs plastiques avec un état d’esprit typiquement local. D’autant que je n’ai eu de cesse, dans les deux derniers articles, de soulever quelques cautions sur les propositions les plus « conventionnelles » que l’industrie « verte » ainsi que la grande distribution semblent  nous proposer  afin de pallier à l’absence de ces sacs provoquée par leur interdiction.

J’aimerais ajouter que si, en Algérie, on interdit les sacs en plastiques , à usage uniques et non biodégradables,  sans proposer une alternative peu coûteuse pour les commerçants algériens, ainsi que  pour les consommateurs, ou  peu contraignante dans l'ensemble, alors un marché parallèle de sacs en plastiques  se développera encore plus qu’il ne l’a déjà fait. Pour échapper à d’éventuelles amendes, on jettera ces sacs en pleine nature sauvage avant de rentrer en ville, par exemple.
Il n’y aura plus aucun contrôle possible sur le peu de normes écologiques et sanitaires qui étaient imposées à ces sacs dans le commerce conventionnel. Il faut connaitre le système algérien pour ne pas trouver cette réserve trop exagérée. La nature systématiquement informelle d’une part non négligeable de notre économie, doit nous obliger à penser les choses autrement que ce qui pourrait se passer dans ce domaine ailleurs  ; dans  des pays où l’état, de droit, mais aussi de devoir, n’est pas qu’un concept politique, mais bien une réalité sociale.

On peut,  pour ne pas stigmatiser notre peuple, rappeler l’épisode de la prohibition de l’alcool en Amérique, qui ne fit que renforcer au fond le capital de la Mafia  américaine. Cette mesure totalitaire n’aura en rien diminué la consommation de spiritueux dans ce pays. Ils furent justes d’une qualité exécrable et vendu à prix d’or dans des lieux clandestins... . Si la population algérienne  ne comprends pas pourquoi il faut ne plus les utiliser et que cette interdiction les touche dans leurs porte-monnaie, alors cette entreprise  ne sera qu’une demi-mesure, voir un agent amplificateur de pollution...

Il faudra aussi réfléchir  à la réalité  écologique de l’Algérie pour se défier de certaines alternatives que l’on nous vente en région  outre-méditerranéenne. A moins de, comme d’habitude, de nous imposer volontairement la nécessité d’importer  en masse certaines ressources naturelles ou matières traitées pour les substituer  aux sacs plastique à usage unique. Prenons l’exemple du sac en papier. Avons-nous assez d’arbres ou d’alfa et encore plus d’eau et d’espace cultivables, pour passer au tout papier ? Non. Pourra-t-on compter dès à présent sur une filiale solide de recyclage du papier ? Afin d’inclure cette production dans une économie circulaire. Pas encore il me semble.  Quelles encres seront utilisées ? Pourra-t-on composter ces  derniers s’ils regorgent d’encres chimiques ? Qui produira donc  des encre « bio » ; qui contrôlera  cette condition et avec quels moyens ? Je ne pense pas aborder un détail, quand je m’applique toujours à voir un sujet autant de manière analytique qu’holistique.

La même perplexité me gagne, concernant la popularisation de l’emploi de la Goufa. J’entends par là que c’est  de ce point de vue que je ne peux  militer pour un retour total et unique au panier en osier, en raphia ou bien en alfa. Je ne m’étendrais pas sur le sujet, car je pense l’avoir assez exposé dans les deux chapitres  qui précédent ce dernier billet. Je dirais tout simplement qu’aucune exploitation massive et durable d’une ressource végétale, ne pourra se faire sans son lot de pesticides, d’engrais chimiques et déforestation. De plus, ces matériaux traditionnels  ne sont pas forcément disponibles dans toutes nos régions algériennes en quantité suffisantes ; ce qui générera  transports, concentration de monocultures et sûrement d’autres  dépense d’énergie et de chimie supplémentaire.  

Dénoncer, de la même manière un des effet  potentiellement « pervers » d’une campagne contre les sacs plastiques qui ne se limiterait qu’à faire l’éloge d’un retour massif aux panier-couffin de nos grand-mères. En effet, si  pour une certaine classe sociale, souvent  assez aisée ou intellectuelle, la Goufa évoque quelque chose de « moderne », pour la plupart des Algériens des classes plus populaires, cet objet  ne colle pas du tout avec l’idée qu’elles se font de la modernité. Pour certains, même, la vue de ce panier provoque la réminiscence de  temps de misères et de supposés arriérismes.  Je ne voudrais pas être un peu trop négatif en  affirmant cela. Mais j’observe depuis assez longtemps la société de mon pays d’origine pour penser qu’il faudrait mieux revisiter l’objet avec de nouvelles formes et de nouveaux procédés capables de se développer dans le contexte réelle d’une société algérienne contemporaine.

Mais, je suis  loin de vouloir dénigrer cette croyance en la modernité de ce panier traditionnel ! Et je voudrais maintenant développer tout ce que cette tradition porte en elle de principes écologiques ; seulement si elle s’adapter à ceux de notre temps, ainsi que ces limites, à la fois physiques et culturelles. Nous vivons et vivrons encore longtemps dans un monde industriel, fut-il grimé des plus vertes cosmétiques.

Faisons donc un état des lieux des principaux principes écologiques qui se manifestent dans la forme ainsi que l’utilisation traditionnelle de la Goufa.

Premièrement, la Goufa est fabriquée  dans de nombreuses régions avec des produits locaux qui sont le plus souvent les déchets d’une autre activité.  Cela l’inscrit donc dans une perspective circulaire et intégrée  de sa production. Principe  que l’on retrouve aussi dans le fonctionnement du couscoussier, puisqu’il revient à recycler la vapeur de l’eau du bouillon dans un récipient supérieur  où l’on pourra ainsi cuire d’autres ingrédients.  

Il est léger, résistant, et  on peut y mettre quasiment toute forme de contenant, même des pierres ou du sable par exemple. C’est donc loin d’être un objet à usage unique et il suscite en nous des comportements bien moins consuméristes.  Il est d’ailleurs à la fois « panier » et « couffin ». C’est un peu un des principes du Chech et de la Matrag, qui, ma foi, en un seul objet,  dans la tradition des bergers pasteurs algériens, réunissent une quantité infinie d’usages quotidiens.

Il correspond également à une façon de se nourrir, basée surtout sur des légumes, des fruits et au fond peu de viande, ou de poisson. Ou sinon il sert seulement à cet usage unique, pour la pêche. Il est adapté pour convenir  au régime alimentaire d’Afrique du Nord, ou de Méditerranée du Sud.  Enfin, sa capacité de contenance, son design, imposent à nos élans de consommation, non seulement le fait d’en avoir un à disposition sur le moment de nos envies d’achats, mais aussi une certaine quantité et forme de contenus. On ne va pas sortir sa goufa pour faire des  petites courses journalières, mais plutôt pour acheter les choses  pour la semaine. La manière d’acheter n’est donc  pas compulsive, mais raisonnée et basée également plus sur des matières premières, que des produits emballés, souvent  de forme carrée ou rectangulaires. Sa forme traditionnelle n’est   pas celle du panier en plastique épais des supermarchés...

Son coût de fabrication doit en faire un produit non à la mode, mais accessible à toutes les bourses  et  respecter un certain standard. Depuis toujours, dans la forme et l’extérieur, la goufa du riche et du pauvre ne différent souvent que par leur état d’usure, leurs nombres, ainsi  que leur contenus. C’est un objet qui transcende toute idée de caste ou de classe sociale comme la baguette  l’est toujours ailleurs. Il doit être d’ailleurs résistant, ce n’est pas  un accessoire qui est fait pour ne pas durer. C’est pour cela, d’ailleurs, je pense, qu’il ne se démode jamais;  au fond, il est fait pour échapper aux modes, d’une certaine façon...

On doit aussi intégrer le fait que c’est également un objet de pudeur, qui ne doit pas exhiber nos courses aux plus indigents de notre entourage. La notion d’intimité du foyer, est aussi  une des plus viscérales préoccupations de la nature rationnelle algérienne. Il  est comme une « bonne famille » algérienne, de nature humble, généreuse et pudique à la fois, capable de s’adapter à toutes les situations.

Enfin, et il ne faudrait aucunement s’en interdire, on pourrait rappeler que cet objet aura été le symbole d’une lutte nationale, d’une résistance collective où femmes et  hommes algériens  travaillaient ensemble à se libérer d’un joug  commun. En ce sens, la goufa peut symboliser une forme beaucoup plus pacifique mais néanmoins aussi résolue à la victoire, contre une marchandisation de chaque parcelle de l’environnement humain de ce Siècle.

Ne parlons pas de la déviance qui a fait aussi de l’expression « el goufa », le symbole de tout ce que nous voudrions ici dénigrer et que nous n’avons pas le temps de mépriser plus que par le silence...

Voici donc ce que l’on pourrait, en substance, retenir de l’idée de la Goufa et de la chose à laquelle elle devrait ressembler aujourd’hui. Un objet produit à partir d’un déchet disponible en grande quantité, léger, à multi usage et qui doit être assez solide, donc durable. Il doit être opaque et assez sobre d’esprit, et ainsi rester un objet populaire au sens le plus noble du terme.  Mais pour s’adapter à nos quotidiens, je dirais qu’il doit être pliable, assez fin, et si possible fabriqué avec du plastique  et du tissus recyclés.

Mais si l’on voulait appliquer ces principes de la manière la plus large et écosystémique des manières, je dirais qu’il faudrait veiller également à  les rendre actifs dans nos têtes, comme dans l’environnement qui les influencent.

En premier lieu, remettre au goût du jour un certain type de régime alimentaire traditionnel, tout en s’activant à en moderniser les recettes. Tradition, et modernité, et non uniquement modernisme, cela va bien entendu de soi. Se ressouvenir de ce que nos ancêtres  mettaient dans leurs paniers. Voir ce qui est encore possible à produire, ce qu’il faudrait reproduire, mais aussi comment adapter les fondamentaux de ce régime ancestrale aux réalités de la société algérienne contemporaine ainsi que des capacités agricoles de notre pays , mais aussi de notre territoire. 

En second lieu, favoriser le développement d’une agriculture urbaine, sobre en eau, chaste en chimie, et solidaire. Des potagers partagés dans nos villes, des jardins de quartiers. Pourquoi ? Parce que notre Algérie s’est largement urbanisée et que nos campagnes ne suffiront ni à nourrir toutes nos villes ni à garder nos jeunes  en zone rurales, tant elles sont le plus souvent des « badlands » sociaux, écologiques parfois même.

Il y a donc cette dimension sociale à intégrer également, favoriser une économie qui valorise les produits du terroir de qualité et donc améliore la qualité de vie des ruraux algériens. Connecter la ville à la campagne, installer la campagne dans les villes, moderniser nos villages. Privilégier le commerce en circuit court, moins d’intermédiaires, plus de responsabilité partagée, une traçabilité basée sur un rapport d’intimité entre le consommateur et le producteur. Un commerce à taille humaine...

Utopie ? Impossible ? Et si vous aviez un train de retard en pensant cela ? Il existe bien ce genre de modèle en Algérie. Certes, il est embryonnaire, mais il se développe aussi lentement et sûrement qu’un arbre fruitier  planté dans un humus généreux, sain et homogène. C’est d’ailleurs pour cette raison que je dédierais la conclusion de ce dossier, sur l’interdiction des sacs plastiques  en Algérie,  en rebondissant par un hommage au travail de mes amis de Torba, association algérienne dont je suis le plus ancien parrain et bien entendu pas le seul ; justement parce que pour moi la   mission agro éclogique qu’ils aspirent à accomplir en Algérie est un des plus sûrs travail de fond d’une maâna écologique algérienne des temps modernes...

Un retour aux sources, un pas en avant vers de meilleurs lendemains, un regard toujours posé tantôt  vers l'horizon lointain, que  sur le bout de ses orteils ....

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À propos

Karim Tedjani

Karim Tedjani est un blogeur indépendant très concerné par les questions de l'environnement ainsi que de l'écologie en Algérie... Depuis 2009 , il sillonne autant le web que son vaste pays d'origine; afin de témoigner, d'apprendre, mais aussi de militer...
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