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Nouara Algérie.com

Ecologie, environnement, nature, économie verte et développement durable en Algérie

LA CHASSE AUX ÉTOURNEAUX BAT SON PLEIN À BOUIRA Un loisir… lucratif

 

le 09-01-2017 10:00| Par Ramdane Bourahla| Liberté

Certains l’exercent comme loisir, pour d’autres, elle est une activité lucrative. Seuls les agriculteurs, ceux ayant des oliveraies en souffrent. La chasse à l’étourneau est ouverte...

Qui n’a pas déjà été émerveillé devant une nuée d’étourneaux virevoltant dans le ciel, les soirs d'hiver, donnant l’impression d’exécuter une symphonie de Beethoven ? Ces oiseaux migrateurs, qui quittent le nord-est de l’Europe pour migrer vers l’Espagne, l’Italie et l’Afrique du Nord en quête d’un climat tempéré, envahissent chaque année l’Algérie. Selon les chiffres de l'Institut national pour la protection des végétaux (INPV), plus de 148 millions d’étourneaux débarquent en Algérie entre les mois de septembre et mars. Quittant ainsi les régions septentrionales en dérivant vers des régions plus chaudes, qui leur offrent ainsi une alimentation adéquate. Leur itinéraire, ou pour ainsi dire leur plan de vol, suit les littoraux ou les massifs montagneux en tirant profit des courants aériens ascendants et en évitant les barrières géographiques telles que les trop grandes étendues d'eau. Ils “colonisent” le ciel en décrivant des sinusoïdes dans les airs.

Ces oiseaux de malheur… ou pas !
Cependant, il ne faut pas se fier à la taille minuscule de ces passereaux au plumage noir et brillant aux reflets verts, ils ont un appétit des plus voraces. Leur mets favori : l’olive. En Kabylie et plus particulièrement dans la région de Chorfa (à l’extrême est de Bouira), des nuées d’étourneaux s’abattent quotidiennement sur les vergers oléicoles, qu’ils déciment sur leur passage. Alfred Hitchcock, aurait pu très bien s’inspirer de ces passereaux à l’allure inoffensive, mais aux assauts ravageurs pour réaliser son célèbre chef-d’œuvre Les Oiseaux. Des oléiculteurs, désemparés devant une telle razzia, ne savent plus où donner de la tête et comment se débarrasser de ce “fléau” venu du Nord. “Je suis vraiment angoissé à l’idée de voir ces oiseaux voltiger dans le ciel comme une nuée d’abeilles pour fondre sur les oliviers et becqueter les fruits”, nous dit un propriétaire d’une oliveraie à Chorfa. D’autres confessent que ces oiseaux migrateurs arrivent affamés de leur long voyage et par conséquent, dévorent tout et provoquent de terribles dégâts. “Cette année, nous avons été relativement épargnés, mais ce n’est que le début. Par contre en 2015, nous avons été carrément envahis par ces satanés étourneaux. Près du quart de ma production a été détruit. Mais ce n’était rien comparé au massacre de janvier 2010”, soulignera un oléiculteur du village d’Ahrik, relevant de la commune de Chorfa. Il est vrai qu’en 2010, des dégâts considérables ont été causés par ces oiseaux de malheur… ou pas ! car dans certaines régions de Bouira, la légende voudrait que quand une nuée d’étourneaux passe au-dessus d’une maison, cela signifierait qu’une des filles va bientôt convoler en justes noces. À la bonne heure !  

“Quand je viens ici, j’oublie tout…”
Néanmoins, il y a diverses façons d’atténuer les dégâts des étourneaux et autres passereaux dévastateurs, comme des systèmes sonores “effaroucheurs”, qui comme leur nom l’indique, servent à faire peur à ces oiseaux. Mais il y a encore plus simple et plus traditionnel, à savoir la chasse. Les chasseurs leur tirent dessus avec leur fusil quand ils passent à basse altitude dans les airs ou quand ils colonisent une parcelle. D’autres, leur tendent des pièges à la fin de la campagne de cueillette, c'est-à-dire quand les olives se raréfient sur les branches et il y a aussi la chasse au filet. C’est cette dernière qui nous intéresse. Vendredi 6 janvier, dans les maquis de Chorfa, plus exactement au lieudit “la forêt brûlée”, aidés de notre accompagnateur Abdenour, un enseignant au lycée, mais grand amateur de chasse, nous sommes partis à la rencontre d’une bande de chasseurs à la “cool”. Une bande de joyeux lurons à l’allure décontractée et amateurs de chasse au filet. Amar, Omar, Fatah et Massi, ne dépassent pas la trentaine et dont certains ont eu quelques démêlés avec les gendarmes à cause de leur activité. Il faut bien le dire, la chasse au filet est interdite par la loi n°04-07 du 14 août 2004 relative à la chasse. Mais qu’importe pour eux, car ils se définissent comme des “pacificateurs”. “On ne fait rien de mal, bien au contraire. On protège les oliviers des étourneaux et on relâche les autres espèces”, affirme Massi. Pour lui, la chasse est avant tout une passion qui lui permet de “s’évader” de son modeste quotidien. “Quand je viens ici, j’oublie tout”, explique-t-il.


Des jeunes désœuvrés qui s’adonnent à la chasse aux passereaux. 

Pas bête l’étourneau !  
Mais en quoi consiste la chasse au filet ? Pour Abdenour, c’est un procédé vieux comme le monde. “On dresse des kilomètres de filet en plastique, sur une hauteur de 5 à 6 mètres et quand les étourneaux s’approchent près des oliviers, ils sont pris au piège”, explique-t-il, tout en précisant que les autres espèces sont automatiquement relâchées. “Contrairement à ce que beaucoup de gens pensent, on n’est pas des braconniers. On relâche les autres espèces comme les chardonnerets et on veille à la préservation des autres oiseaux”, tiendra-t-il à souligner. Ensuite, il nous a frayé un chemin à travers des passages tortueux de “la forêt brûlée”, qui n’est pas si brûlée que cela… On retrouve des tamaris géants (amemay), des lauriers-roses (ilili), du thym et même du romarin sauvage. Sur notre parcours (près de 5 kilomètres à pied), ces chasseurs du vendredi nous ont fait découvrir leur univers. “On installe nos filets vers la fin novembre et on les retire début mars”, indiquent-ils. Et de poursuivre : “Nous venons chaque jour ici, nous vérifions si nous avons de bonnes prises …”. Soudain, Abdenour s’écrie : “Ça bouge là-bas, allons voir.” 500 mètres plus loin, nos jeunes chasseurs déchantent, ce n’était qu’un chardonneret qui s’est laissé prendre au piège. “Encore toi… la prochaine fois, je ne t’épargnerai pas, allez file”, s’amusera Fatah en faisant mine de parler à sa prise, qu’il a aussitôt relâchée. “Aujourd’hui, ce n’est pas le top pour chasser. Il y a du vent et les oiseaux volent haut”, rouspète Amar. Abdenour, de son côté, qui ne préfère pas s’amuser de la situation avec l’expression “avoir une cervelle d’oiseau”, qui n’est pas, selon lui, du tout justifiée. “Ils sont intelligents, mine de rien… On dirait qu’ils se souviennent des endroits où leurs congénères ont été piégés et évitent soigneusement de s’y aventurer”, dit-il en rigolant.

De 100 à 200 DA pièce !
Après avoir fait le tour du domaine de chasse et inspecté l’ensemble des filets dressés, nos chasseurs font grise mine. Ils sont revenus bredouilles. Ou presque ! à peine une vingtaine d’oisillons, entre étourneaux, grives et merles. Pas de quoi pavoiser. N’empêche, ils se contenteront de leur maigre butin. “On fait cela juste pour le fun et non pas pour les vendre”, minimisera Abdenour, avant de déguster cette maigre prise grillée sur un bon feu de bois. Pourtant, le commerce de ces passereaux est florissant. Du côté de Lakhdaria (ouest de Bouira), des familles entières survivent grâce au commerce des étourneaux, grives, merles et autres perdrix. La grive se vend à 200 DA l’unité et l’étourneau à 100 DA pièce. Pourtant, ces commerçants ne dépensent pas grand-chose à l’exception des efforts qu’ils déploient pour leur capture.
Des jeunes désœuvrés, qui s’adonnent à la chasse aux passereaux pour gagner leur pain proposent des chapelets d’étourneaux. Samedi dernier, lors de notre virée du côté des gorges de Lakhdaria, nous avons rencontré  l’un de ces commerçants. Installé sur l’accotement de la RN5 menant vers la localité d’Ammal, Djamel, 25 ans, ayant quitté les bancs de l’école après avoir raté son bac, s’est spécialisé dans les grillades de ces volatiles. “J’en vends une vingtaine par jour et en cette période de vacances scolaires (samedi 7 janvier, ndlr)”, dit-il. Il est presque 11h et un automobiliste immatriculé dans la willaya de Boumerdès s’arrête et s’adresse au jeune Djamel d’un air familier. “Alors, ma commande est prête ?”, l’interroge-t-il.
Il s’agit d’une dizaine de passereaux (5 grives et 5 étourneaux) fraîchement égorgés selon notre commerçant. “Je suis un client, je lui fais entièrement confiance. Je viens de Zemmouri (wilaya de Boumerdès, ndlr) pour me ravitailler auprès de Djamel”, confie ce citoyen. Au final, la chasse à l’étourneau et autres oiseaux migrateurs fait encore partie des mœurs
algériennes. Certain pour le plaisir, d’autres pour subvenir à leurs besoins. Dans un cas comme dans l’autre, elle est nécessaire pour l’équilibre de la biosphère et elle le restera pour longtemps.   

R. B.

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À propos

Karim Tedjani

Karim Tedjani est un blogeur indépendant très concerné par les questions de l'environnement ainsi que de l'écologie en Algérie... Depuis 2009 , il sillonne autant le web que son vaste pays d'origine; afin de témoigner, d'apprendre, mais aussi de militer...
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