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Nouara Algérie.com

Ecologie, environnement, nature, économie verte et développement durable en Algérie

"Les risques environnementaux liés à l'exploitation du Gaz de Schiste seraient quasiment nuls selon M. Benyounès" Par Karim Tedjani.

 

 

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             Photo Karim Tedjani

La journée mondiale de l’environnement célébrée en « grande pompe » en Algérie

Le 5 juin 2013, j’ai assisté à la célébration de la journée mondiale de l’environnement qui fut célébrée par le M.A.T.E.V dans la salle de conférence du Hilton d’Alger. De nombreux acteurs civils, institutionnels et économiques de l’environnement en Algérie furent ainsi conviés à prendre connaissance de l’évolution de la politique de notre gouvernement dans ce domaine. Tout au long de cet événement, de nombreuses communications furent effectués par des experts nationaux et internationaux dont la plupart occupent des postes clefs dans la gestion nationale dans ce domaine et ses corollaires.

Bien entendu, ce jour-là, M. Amara Benyounès, ministre, en autre, de l’Environnement, fut le parrain de cette manifestation qui aurait dû confirmer l’émergence d’une conscience écologique sincère et réaliste  en Algérie. Du moins celle que je n’ai de cesse de constater  sur le terrain,  et plus particulièrement au sein d’une société civile algérienne de plus en plus impliquée  dans la protection ainsi que la préservation de l’Environnement algérien.

Une inquiétante déclaration de M. Benyounès

Si je parle au conditionnel, c’est malheureusement parce que, à mon grand regret, la « fête » m’a semblée quelque peu ternie par une étrange déclaration de la part de celui qui devrait incarner ce formidable élan écologique et non, en quelque sorte, le museler en affirmant, sans la moindre vergogne que les risques environnementaux liés à l’exploitation du gaz de schiste sont « quasi nuls » (dixit M. Benyounès).

Si le fond d’une telle déclaration ne pourra qu’indigner tout ceux et celles qui ont fait, ne serait-ce qu’une simple recherche sur le net pour savoir à quel point elle  est à des années lumières de réalité, la forme, c’est-à-dire, l’argumentation de notre Ministre, fut , à mon très humble avis, encore plus caution à attrister, voir décevoir, ceux qui, comme moi ont pensé que la présence d’un homme jeune et dynamique aux commandes du M.A.T.E.V ne pouvait être qu’une bonne chose pour l’avenir de l’Ecologie dans ce  pays menacé de toutes part par la dégradation environnementale…

En effet, juste après un exposé relatant l’évolution de la politique mondiale en matière de gestion du réchauffement climatique, M. Benyounès, a voulu rebondir en insistant sur le fait qu’il  ne devrait pas être à incomber à des pays comme l’Algérie, mais bien à ceux  hyper développés qui en sont les principaux  responsables, puisque ce sont leurs industries qui dégagent dans l’atmosphère le plus de CO2. Pour ce dernier, en matière d’Environnement national, il faut penser « algérien » et prendre conscience que la seule véritable priorité pour l’instant  dans ce domaine, c’est la gestion des déchets. 

Puis, il  appuiera ses dires en citant  le sujet très sensible de l’exploitation du gaz de schiste comme  une autre illustration de l’égarement de « deux ou trois » intellectuels algériens  qui ont « répondu au garde à vous » à certaines oppositions  venues  d’outre Méditerranée et qu’il suffit tout simplement de se référer aux succès de pays comme les Etats Unis ou bien encore le Canada ( qu’il qualifiera d’ailleurs de référence mondiale  en matière de préservation de l’Environnement) pour balayer d’un revers de manche  toutes  les réticences  quant au bien fondé de l’intérêt tout particulier que notre pays a décidé d’accorder aux gaz de schiste.  L’Algérie n’ayant pour l’instant décidé qu’une phase d’exploration à ce propos, les oppositions endémiques à une exploitation, qui a pris une dimension internationale depuis quelques années, lui paraissent d’autant plus exagérées et infondées.  

Pour le leader du M.A.T.E.V, l’Algérie, à juste  et triste titre, est un pays dont la principale source de revenus est le pétrole et le gaz et que de ce fait, il ne pourra en aucun cas se permettre de faire l’impasse sur un marché qui a déjà bouleversé l’équilibre géopolitique mondial notamment en provoquant la chute des cours du gaz dans le monde.

L’Algérie est-elle déconnectée d’une réalité que les lobbys du schiste ont de plus en plus de mal à amoindrir ?

Tout d’abord,  entre parenthèses, il serait intéressant de se demander  si le fait que  notre pays importe quasiment tout ce qu’il consomme n’a pas une incidence non négligeable sur les émissions de C02 dans le monde, puisque ce sont des usines venus de la plupart des pays accusés d’être les principaux acteurs du réchauffement climatique  qui alimentent le marché algérien. Nul n’est sans savoir, de plus,  que le transport international des marchandises est un des principaux vecteurs d’émissions de gaz à effet de serre. En matière d’Environnement, toute approche qui n’est pas systémique ne peut être que superficielle puisque le monde est un vaste écosystème. On pourrait citer, à ce propos, l’exemple de la Chine, accusée d’être la principale source d’émission dans ce domaine alors que de nombreuses industries européennes ont délocalisé leur usines sur le territoire chinois afin d’alimenter l’hyper consumérisme de leur nations…

Puis, si l’on se penche sur le cas du gaz de schiste, il  ne faudrait pas occulter le fait que même au stade d’exploration, les techniques actuelles sont très polluantes et également énergivores et pour l’instant, la plupart des pays qui se sont investis comme la Pologne dans ce nouvel Eldorado, sont régulièrement revus à la baisse. On pourrait citer également le cas de la Suède où les forages ont du être annulés car, finalement il s’est avéré que les résultats des premières explorations furent très décevants.

Le retour  d’expérience  américaine est régulièrement critiquée par des experts endémiques ainsi que des  quotidiens aussi sérieux et compétents que  le New York Times,  qui n’ont de cesse de mettre le doigt sur les dérives de cette « bulle » de plus en plus comparée à celle d’Internet qui a provoqué la ruine de nombreuses Start Up et suscite l’indignation d’un nombre croissant d’habitants dont les régions sont concernées à cause des pollutions provoquées par ce type d’exploitation. La Suisse, qui est, à mon humble avis, un pays bien plus « écologique » que le Canada, a d’ailleurs décidé de suspendre  totalement ses forages pour parce que les risques environnementaux s’avèrent être trop incertains. Rappelons que le Canada, à ne pas confondre avec le Québec, n’a pas hésité à saccager certaines de ces régions pour extraire du gaz issu des roches bitumeuses…En 1997, on estime que ce pays à consacré pas moins de 40 pourcent de ses réserves en eau pour extraire des énergies fossiles. Certes, ce pays dispose d’une des plus grande réserve hydrique mondiale, mais au rythme où vont les choses l’eau s’avère être une ressource de plus en plus rare et coûteuse, bien plus que le gaz et le pétrole.  

Ce n’est pas le gaz de schiste qu’il faut condamner en Algérie, mais bien l’utilisation de la  fracturation hydraulique pour son extraction

C’est d’ailleurs, à ce propos, qu’il faudrait surtout  « penser Algérien » quant on sait que notre pays est un des plus concerné au monde par le stress hydrique et qu’il ne faut pas moins près de 20 000m3 d’eau très « riche » en pétrochimie pour effectuer un forage de gaz de schiste. Les produits utilisés pour la fracturation hydraulique, seule technologie actuellement opérante pour extraire du gaz de schiste, font l’objet d’interrogations de plus en plus troublantes de la part de nombreux experts mondiaux, d’autant que la majorité des compagnies telles que Haliburton  rechignent à révéler la véritable composition de leur fluides d’extraction…

Il faut également préciser que si l'Algérie a effectué plusieurs milliers de forages de gaz conventionels depuis son indépendance, les Etats unis ont du forer plus entre 500 000 et 600 000 en moins d'une décennie. 

 Quid des formidables efforts réalisés par l’Algérie pour lutter contre le manque d’eau, de la préservation de la nappe albienne qui est une ressource à la fois très importante d’eau, mais aussi très fragile et difficilement renouvelable comme toute nappe phréatique ?

L’Eau  est l’élément le plus cité dans le Coran, radical commun à la grande majorité des Algériens au point que l’Islam est cité comme religion officielle de la Nation Algérienne ; penser Algérien ne serait-il justement pas, plutôt, d’être intraitable sur la préservation de nos ressources hydriques ?

Surtout que, l’Algérie, ce  n’est pas la Pologne, nous disposons encore de réserves fossiles encore conséquentes et d’un potentiel photovoltaïque formidable…L’Algérien n’est-il pas dans la meilleure des dispositions pour prendre le temps de trouver des procédés plus écologiques et de s’investir dans le développement des énergies renouvelables ?  Faut-il  rappeler que là où le gaz de schiste est exploité, comme aux Etats Unis, les crédits accordés à leur développement ont été sensiblement revus à la baisse ?

Le mythe du gaz de schiste comme énergie  « verte »  est une illusion fabriquée de toutes pièces par les lobbies  du Schiste

Certes,  si l’on se réfère à toutes les études peu objectives que les « pros » gaz de schistes n’hésitent pas à citer pour prouver, notamment, que les émissions de CO2 provoquées l’exploitation du gaz de schiste sont bien plus faibles que celles du charbon, ou pour affirmer que les fluides actuellement utilisés  ont été reformulés  avec des produits issus de l’industrie agro alimentaire, il est assez aisé de comprendre pourquoi notre Ministre de l’Environnement n’a pas hésité à minimiser les risques que l’Algérie encourt à utiliser la fracturation hydraulique de même qu'à s'aventurer dans une exploitation de plus en plus décriée à travers le monde. 

Mais, il suffit d’en faire de même avec la littérature régulièrement mise à jour sur le sujet,  alimentée  surtout par d’illustres chercheurs internationaux indépendants et pas seulement quelques intellectuels algériens,  pour se demander, au fond, qui a été réellement induit en erreur. Car M.Benyounès ne peut qu’avoir été mal informé pour avoir fait de telles déclarations qui, je l’espère ne tariront pas l’image de marque d’un jeune Ministre qui avait, pour l’instant, toute la confiance de beaucoup d’écologistes Algériens. Il faut dire que, comme il n’y a eut aucun véritable débat ou concertation nationaux, à ce propos, on se demande presque si nos responsables politiques sont vraiment conscient de la bulle infernale dans laquelle ils risquent de plonger le pays….

J’aimerais conclure cet article qui n’est pas  à prendre comme un réquisitoire, mais bien une mise au point de la part d'un simple citoyen algérien très impliqué dans la question environnementale de son pays d'origine. J'aimerais également  rappeller que notre Environnement est un écosystème national inclus dans celui de notre planètel, et qu’il n’y a pas, à mon très humble avis vraiment de priorité écologique, car tout est systèmique  quand il est question d'Environnement.

De plus, s’il devait en avoir une dans notre pays, ce ne devrait  pas être  seulement la  gestion des déchets, mais bien plus l’Eau qui continue à faire défaut dans ce pays. Sans Eau, rien n’est possible, pas même la gestion de nos ordures....

 

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À propos

Karim Tedjani

Karim Tedjani est un blogeur indépendant très concerné par les questions de l'environnement ainsi que de l'écologie en Algérie... Depuis 2009 , il sillonne autant le web que son vaste pays d'origine; afin de témoigner, d'apprendre, mais aussi de militer...
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