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Nouara Algérie.com

Ecologie, environnement, nature, économie verte et développement durable en Algérie

« Augmenter le prix de l’électricité, est-ce une solution durable pour l’Algérie? » Par Karim Tedjani.

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Les coupures de courants, tout le monde en parle en Algérie et, surtout,  tout le monde les subit…

Cette saison estivale a été  le théâtre du paroxysme d’un phénomène qui a depuis toujours gâché le quotidien des algériens à travers tout le territoire. Ce sont les coupures de courant qui affectent  tout le réseau électrique national. Qu’elles soient dues à  des pics de consommation records qu’une stagnation de la production n’est plus vraiment en mesure d’assumer ou bien,  encore,  à des problèmes techniques, leur récurrence est une véritable plaie  pour  le bien-être de chacun et chacune d’entre nous.  

Le bon fonctionnement de nombreux secteurs économiques de notre pays est, de plus,  régulièrement   entravé par cette déficience qui est à prendre comme un des symptômes d’un développement insuffisamment planifié, pour certains, difficile à contrôler pour d’autre. Déjà, lors  d’une conférence initiée en mars dernier  par la Giz allemande et le ministère de la Pme, l’avertissement de l’éminent professeur Chitour a été  sans appel : l’Algérie, en ce qui concerne sa consommation énergétique « vit dès à présent à crédit ».

Le jeune  réseau algériens de médias pour l’économie verte  et l’environnement (RAMEVE) a d’ailleurs décidé de faire de ce sujet le  premier focus d’un forum débat qui s’est déroulé à Alger le 30 juillet dernier. L’écho dans la presse nationale ne s’est pas fait attendre au point que le  rayonnement de ce débat a pris une ampleur à la mesure des enjeux corollaires à un tel phénomène.

Les spécialistes invités par Rameve  ont tenté de rassurer la presse  sur le fait que des mesures ont été prises afin d’endiguer  cette  lacune dans un futur proche, notamment  par l’annonce d’importants investissements  consentis  par le gouvernement afin de doter notre pays d’infrastructures  aptes à être en  adéquation les besoins énergétiques de la société algérienne contemporaine. Le fait est que cette période de  Ramadan a été largement entachée par de nombreuses opérations de délestages déclarées comme inévitables afin d’assurer la sauvegarde d’ un réseau dont la capacité productive est de 11.000 MW  alors que , la consommation nationale a  récemment encore  atteint un record de 9700 MW.


Le prix de l’électricité risque d’augmenter  progressivement durant ces cinq prochaines années.

Un forum organisé par le quotidien « Liberté »,  que je tiens personnellement à saluer pour les nombreux articles qu’il consacre régulièrement  à l’environnement en Algérie, a été l’occasion pour M. Bouterfa, Pdg de Sonelgaz, d’évoquer la  nescéssité d’augmenter graduellement  d’au moins de 50% le prix du kilowatt/heure dans les cinq années à venir. Cette augmentation semble être justifiée par  l’investissement de 18 milliards de dinars prévus afin d’améliorer la capacité de production du réseau nationale, mais, aussi, sûrement afin d’inciter le consommateur à être plus prompt aux économies d’énergies. 

Cette option soulève, il me semble de nombreuses questions quant à sa pertinence et, plus particulièrement, sur la viabilité d’une telle mesure dans une société qui croule déjà sous le poids de la  cherté de la vie.


Une augmentation du prix  du kilowatt/heure pèsera forcement sur le pouvoir d’achat des algériens.

En effet, une telle révision à la hausse du prix de l’électricité ne peut qu’entraîner une augmentation de la plupart des denrées et services que  les algériens consomment au quotidien. Tous les commerçants seront forcement obligés de répercuter cette dernière sur le prix de leurs marchandises. Les dentistes, les garagistes, les restaurateurs, les entrepreneurs,  les industriels, les cybercafés, les éleveurs de volailles, les producteurs laitiers, les artisans  et tant d’autres professions n’auront d’autres choix que de faire monter le prix de leurs produits et services et se sera une fois de plus le consommateur qui en fera les frais.

Disons le sans la moindre hésitation, c’est un véritable séisme socio économique  qui se profile à travers tous le territoire algérien si cette mesure est appliquée, même graduellement comme cela a été évoqué par le Ministre. Quand on sait les conséquences sur « la paix sociale  » que peuvent avoir  une simple augmentation du prix  de l’huile ou du sucre, on ne peut qu’appréhender cette flambée des prix en série et s’interroger sur la possibilité de trouver des solutions plus soutenable pour le développement économique d’une Algérie qui, d’une manière générale, consomme plus qu’elle ne produit.


Un tarif à  la carte et une amélioration du service  sont incontournables.

Tout d’abord, il parait évident que des seuils consommation par foyer doivent  identifiés, à l’instar de ceux mis en œuvre pour le prix du m3 d’eau. Il  est en effet  inenvisageable qu’un foyer dont la consommation reste raisonnable, souvent à cause des faibles revenus de ses membres, soit pénalisé alors que d’autres ont les moyens de s’équiper de plusieurs télévisons, ordinateurs et équipements domestiques. La notion de « luxe énergétique » devra être insufflée parmi nos citoyens les plus fortunés qui devront participer en grande partie aux efforts consentis pour améliorer le réseau électrique national.

De plus, cette augmentation, si elle veut apparaitre justifiable aux  yeux de ces  consommateurs  devra forcement être accompagnée par une sensible  amélioration du service. La moindre coupure d’électricité prendra de ce fait des airs de « spoliation » pour les algériens ainsi accablés par une telle hausse.


Pénaliser les importations des produits énergivores, inciter fiscalement l’achat de matériels qui intègrent l’économie d’énergie dans leurs conceptions.

Le produit conforme aux nouveaux standards internationaux permet au moins 30% d’économie d’énergie. Cet état de fait doit être considéré par les autorités, ainsi que les consommateurs avec le plus grand intérêt. Une des principales  sources de la problématique énergétique de notre pays réside dans cette triste réalité.

Une campagne de sensibilisation et d’étiquetage indiquant la consommation de tous les équipements  doit être impérativement mise en exergue afin de limiter le gaspillage, de même que les fabricants, même étrangers doivent être invités, tantôt par des pénalités fiscales, tantôt par des baisses de taxes à l’importation  à optimiser le rendement énergétique de leur  produits de consommation.

Le consommateur doit avoir le choix entre payer moins cher à l’achat et voir sa facture électrique gonflée, ou bien investir dans des matériels un peu plus coûteux mais dont les effets sur cette dernière seront appréciable à moyen terme. L’idéal serait de subventionner le prix des équipements nettement moins  énergivores afin  de « booster » leur consommation par nos concitoyens. 


Les énergies renouvelables, une option durable pour l’économie et l’environnement de notre pays…

A vrai dire, il serait possible, dès à présent,  au lieu d’augmenter sensiblement le prix du kilowatt/heure pour les foyers aux revenus confortables, de les inciter à investir dans une installation photovoltaïque, thermo électrique ou  éolienne (en fonction des performances liées à l’environnement de ces dernières)  qui sera, de toute façon, elle aussi amortie  au bout de cinq ans, période envisagée pour une hausse progressive du prix du courant électrique. De plus, comme cela est déjà le cas pour nos voisins d’outre méditerranée, il  leur sera proposé de revendre leur surplus d’électricité à  Sonalgaz qui pourra ainsi la redistribuer vers d’autres foyers ou locaux commerciaux non équipés par une telle installation.

Les  prochaines infrastructures publiques et constructions collectives  devraient être systématiquement équipées de la sorte. Il faudrait pour cela inciter, là aussi fiscalement, les professionnels du bâtiment à   choisir une telle option. En ce qui concerne ces derniers, il serait aussi intéressant  de les encourager à construire des bâtiments intégrant l’économie d’énergie dans les moindres détails de leur conception.

Au regard du formidable potentiel solaire de l’Algérie, des nombreuses sources géothermiques dont recèlent son territoire  ainsi que des bonnes performances éoliennes de certaines de nos régions, parier sur une telle entreprise est loin d’être une utopie. Pour ceux et celles qui pensent, par exemple que le photovoltaïque est un luxe hors de la portée de notre économie, j’aimerais juste préciser que le Bangladesh, plus faible PIB au monde, est aussi un des pays pionniers dans le développement d’une telle source d’énergie…

En choisissant d’investir sur le moyen et long terme, c’est une véritable mutation socio économique qui pourrait s’opérer dans notre pays. Car, elle telle politique de mix énergétique  permettra non seulement d’alléger notre réseau électrique conventionnel, mais aussi, et ce n’est pas le moindre des avantages, de créer de nombreux emplois ainsi que des formations  liés au développement des secteurs  inhérents aux énergies renouvelables.

Pour exemple, la Giz  allemande et le Ministère de la Pme algérien partenaires dans  le programme « Deved Algérie » , tablent ainsi sur la création de près de 1400 000 emplois à venir si notre pays opte pour une mutation « verte » de son économie.

J’aimerais conclure ce modeste exposé en insistant sur l’importance pour l’Algérie d’offrir à sa jeune population, la possibilité de se former à des emplois durables  portés par une innovation qui ne doit plus faire défaut à notre pays.  C’est une plus value à venir pour notre économie, notre société ainsi que notre environnement.

Si le pétrole ne peut que s’épuiser, les bonnes idées elles, pour peu qu’on se donne les moyens de les cultiver dans la durée, se renouvellent à travers les âges. La jeunesse de notre nation déborde d’énergie, cette énergie doit être elle aussi une énergie renouvelable…

Karim Tedjani.

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À propos

Karim Tedjani

Karim Tedjani est un blogeur indépendant très concerné par les questions de l'environnement ainsi que de l'écologie en Algérie... Depuis 2009 , il sillonne autant le web que son vaste pays d'origine; afin de témoigner, d'apprendre, mais aussi de militer...
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