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Nouara Algérie.com

Ecologie, environnement, nature, économie verte et développement durable en Algérie

"Beni Maouche : Là-haut, dans les montagnes " par L. Beddar

 

Béni Maouche est une région magique qui fait rêver les amoureux de la beauté. Elle dévoile avec brio ses collines et ses sources d’eau, ses villes et ses villages connus ou méconnus, ses petites forêts bienfaitrices et des régiments d’oliviers parsemés de figuiers.

Fascinante et harmonieuse, le chef-lieu Trouna, n’est pas seulement une petite ville musée au passé glorieux mais aussi une ville du présent dont l’essor de développement des ces 10 dernières années est fulgurant. Née du découpage administratif de 1985, la commune de Béni Maouche était rattachée auparavant à Béni Chebana et en décembre 1990, elle a eu un autre privilège, celui d’accéder au rang d’une daïra.

Ce qui fait rêver : aussitôt la montée de la RN 74 prend fin, cet immense panorama montagneux, qui se déploie et la nature inviolée, encore à l’état pur et sauvage, affichant les allures d’un autre monde. Les visiteurs qualifient l’endroit d’un Eden en haute montagne généreusement doté de paysages enchanteurs à couper le souffle par Dame Nature, qui revêt ses plus beaux habits de séduction en cette belle journée d’hiver. Cette région recèle des potentialités touristiques qui ne demandent qu’à être développées pour attirer davantage de visiteurs. La montagne d’Achtoug qui s’élève à quelque 1 300 mètres d’altitude est la destination privilégiée pour autant. La neige tombée il y a quelques jours déjà couvre encore une épaisse végétation à peine sortie de terre. D’emblée on ne peut s’empêcher pour le moins que l’on puisse dire de penser à un paradis des randonneurs. Cette montagne sauvage d’où jaillissent une multitude de sources naturelles garde farouchement son secret. Elle renferme sur le flanc tourné vers le massif du Djurdjura, des grottes naturelles dont les parois intérieures, truffées de stalactites et de stalagmites en formes diverses, qui subliment tout visiteur de passage. Sur le pic de la montagne un vieux chalet centenaire s’accroche sur un éperon rocheux. C’est la cabane de Sidi Ali Ouachtoug, un saint vénéré et adulé par la population. A ce point culminant de la montagne, la vue est imprenable sur toute la haute vallée de la Soummam et le flanc Est de la montagne du Djurdjura. Une nature très belle qui laisse les yeux écarquiller sur des paysages sylvestres de toute beauté qu’offre une petite forêt touffue. Et ce n’est pas tout. On n’en finit pas de regarder la silhouette impressionnante de l’ancien village de Trouna en ruines. Haut perché sur la montagne, de là est visible un autre vestige historique, le village mythique d’Ath Khiar portant encore les stigmates des bombardements de l’armée française qui l’ont réduit en un tas de friables. Il révèle tout l’acharnement de l’armée française sur des populations sans défense. “Nous avons vécu une journée d’horreur. Des hélicoptères lançaient des bombes qui déchiquetaient des enfants, des vieillards et des femmes et font voler en éclats des maisons. Des paras embusqués à l’entrée du village ont continué le génocide en attrapant des villageois terrorisés qui ont échappé aux bombes. Des images affreuses quand ils balançaient sans pitié du haut de la falaise et les corps arrivaient en lambeaux à la rivière à quelques mille mètres plus bas. Les eaux de l’oued Bousellam se mêlant au sang humain étaient devenues rougeâtres”, raconte un rescapé, les larmes aux yeux. Le village d’Ath Khiar ne cesse d’attirer des cinéastes à la recherche de vestiges historiques les plus illustres datant de la grande révolution de 1954/62, pour les tournages de films dont La Colline oubliée. Entre ces deux villages martyrs et aux abords de la RN 74, se dresse le cimetière de chouhada qui rappelle l’endurance d’une région qui a donné 1 014 martyrs et le commandant Si Hamimi Oufadhel, compagnon et ami du colonel Amirouche, un moudjahid authentique surnommé “Le tigre des djebels”. Un musée construit récemment, se veut un repère pour les générations post-Indépendance avides de connaître l’histoire glorieuse de leur patrie.

Si pour le visiteur, Béni Maouche est sans doute un havre de paix au milieu d’un majestueux massif montagneux propice à la méditation il n’en demeure pas moins que les populations qui y vivent donnent de leur commune une autre vision. De l’amertume qui se lisait sur les visages des rudes montagnards à la peau dure, il est facile de comprendre sans ambages que certes la nature a généreusement doté cette région d’un environnement sauvage des plus attrayants mais il faut dire néanmoins qu’elle accentue aussi la dureté de la vie des hommes et des femmes fidèles à cette terre arrosée de la sueur de leurs aïeux et du sang des martyrs. Beaucoup de familles ont fui cette région à l’Indépendance pour s’installer dans les grandes villes notamment à Alger. Et maintenant c’est le retour au bercail. Eh oui ! Car la commune de Béni Maouche cultive ces dernières années un esprit d’ouverture qui se conjugue à un développement rural qui font revenir de leur exil bon nombre de familles retrouvant ainsi leurs terres et leurs racines. D’autres, las des façades enfumées, des encombrements en ville ne ratent jamais l’occasion de revenir à leurs lieux de naissance, le temps d’un week-end ou des vacances d’été pour retrouver dans leurs patelins paix et tranquillité d’antan. Nostalgie du bon vieux temps oblige !

Béni Maouche et son territoire d’un relief accidenté fait que toutes ses voies d’accès sont des routes qui montent. La RN 74 est la plus usuelle. Tracée à même les rocs du pic de la montagne, au détour d’un virage anodin apparaît “Trouna se languissant au soleil de l’hiver, monotone et merveilleuse. Elle est entourée par d’austères villages disséminés sur les crêtes des collines qui ressentent un besoin de développement et les habitants pour la plupart vivent dans le dénuement.

Cette commune d’environ 20 000 ha et d’une superficie de 95 km2, est située à 100 km de Béjaïa, sur le versant Est de la vallée de la Soummam. Elle compte 27 villages dont les 3 principaux renferment chacun plus de 3 000 habitants (Aguemoune, Aït Adjissa et Trouna). Des villages qui souffrent énormément de l’éloignement des structures administratives, sanitaires, sociales, culturelles... Donc, le manque de moyens est criant et se conjugue au présent. Pour certains, les routes qui étaient autrefois goudronnées se trouvent actuellement dans un piteux état suite aux dégradations au fil du temps des chaussées qui ne sont toujours pas réaménagées, pour d’autres, elles sont au stade de pistes carrossables, sinueuses et rocailleuses, revêtues seulement du tout venant, ce qui explique le manque de transport. Les transporteurs se couvrent de l’état pitoyable des routes et de la demande assez faible.

Le manque de centres de soins oblige les malades à se rendre à la polyclinique de Trouna. Une polyclinique qui souffre de l’absence de plusieurs services. Elle est dotée tout récemment d’un service de radiologie et des urgences, épargnant aux malades des transferts vers l’hôpital de la ville d’Akbou, distante de 40 kilomètres. Des sources crédibles informent qu’un hôpital de 60 lits aurait été accordé pour cette commune rurale, tenant compte des calamités naturelles qu’elle subit. Il se réalisera durant le quinquennal 2010/14.

A l’instar des villages qui sont pour la plupart enclavés, le chef-lieu communal a connu une ascension fulgurante qui lui a permis de se tailler une réputation de plaque tournante du commerce. Favorisée par sa situation géostratégique où convergent les routes de plusieurs localités du douar Ath Yaâla vers la route nationale 74 qui traverse la ville de bout en bout telle l’arête d’une feuille, distribuant des commerces florissants. L’autre label dont elle tire ses lettres de noblesse est le marché hebdomadaire réputé pour ses produits agricoles locaux commercialisés par les fellahs de la région, notamment ceux de Tansaout. Chaque mardi, des commerçants et des visiteurs venaient de partout et les deux placettes réservées à cet effet, ont du mal à contenir toutes les foules. Mais Béni Maouche aussi c’est la fête de la figue qu’elle organise chaque année en fin de saison de ce produit du terroir. Ces dernières années, une petite industrie commence à se développer à l’image de quatre PME qui résorbent un tant soit peu le chômage endémique qui se situe aux environs de 50%. Il s’agit des fabriques de chaussettes, de matelas, de détergents et d’aliments du bétail. La commune compte aussi deux stations-service de carburant.

Pour les loisirs des jeunes, la ville possède une voûte communale utilisée pour les activités sportives, une aire de jeux de proximité conçue pour le sport scolaire, des cybercafés pour les divertissements de jeunes et moins jeunes qui ne se désemplissent pas et un terrain de football aménagé où s’entraîne jadis l’équipe locale de football, autrefois fierté de toute la région. Elle évoluait dans le groupe pré-honneur de la wilaya de Béjaïa. Les jeunes ont aussi leur maison de jeunes ou à longueur d’année, des activités culturelles étaient organisées. La commune a bénéficié aussi d’un projet d’une bibliothèque dans les travaux ont été lancés. Mais cela ne suffit pas à répondre aux besoins des jeunes désœuvrés et désemparés. Par manque de perspectives d’emploi et l’insuffisance de structures de loisirs, les jeunes Beni maouchinois ne pensent qu’à fuir cette misère noire qui leur colle à la peau pour se rendre à la grande ville ou à l’étranger, à la recherche d’une vie meilleure.

Réputée pour ses hivers rigoureux, cette année, les villageois avisés et aiguisés d’une expérience ont pris leur devant en faisant des stocks de bois de chauffage car ne comptant plus sur la bonbonne de gaz qui se raréfie en cette période de l’année. C’était en 2005 qu’ils étaient restés cloîtrés chez eux durant plusieurs jours à cause des couches de neige épaisses de plus de 80 cm à certains endroits obstruant ainsi les routes et les ruelles. La commune a besoin d’un chasse-neige qui tarde à lui être accordé.

Le secteur de l’habitat semble être mieux maîtrisé. Cette commune a bénéficié d’une centaine de logements collectifs. Mais les citoyens préfèrent les logements individuels acquis dans le cadre de l’habitat rural. Le certificat de possession toujours en vigueur dans cette commune a favorisé cette option. Une commune qui a bénéficié aussi de 200 locaux commerciaux pour les jeunes. Les travaux de construction y afférents vont bon train.

Les calamités naturelles n’ont pas épargné cette commune. Plusieurs villages ont été sérieusement touchés par le violent séisme qui a ébranlé la région en novembre 2000 où des milliers de sinistrés ont été recensés. 1 646 ont bénéficié de l’aide de l’Etat pour la construction ou la rénovation de leurs logements. Les bénéficiaires du plan collectif au nombre de 207 sont toujours dans la tourmente. Les travaux abandonnés il y a 10 ans après achèvement seulement des murs et des toitures. Il est à déplorer le fait que certains ont habité ces logements dans des conditions de précarité absolue avec l’absence de commodités les plus élémentaires. En 2009, les sinistrés étaient informés d’une subvention de 400 mille dinars que leur était accordée par l’Etat pour la finition des travaux de leurs logements. Une subvention qu’ils ne voient toujours pas arriver. Un malheur ne vient jamais seul. L’agriculture a été sérieusement touchée par les chutes de neige de l’année 2005. 80% de la superficie plantée d’oliviers est endommagée. Les blessures des fellahs n’étaient pas encore pansées quand en août 2008, deux incendies ont ravagé des milliers d’oliviers, de figuiers, d’arbres fruitiers... Les pouvoirs publics ont accordé en guise d’indemnisation 11 PPDRI mais les fellahs se plaignent de la bureaucratie à laquelle ils sont confrontés. On les rencontre dossier sous la main le plus souvent ne sachant pas à quelle porte frapper.

Pour avoir plus d’attrait, la ville a bénéficié d’un projet grandiose d’aménagement urbain qui a consisté en la pose de bordures de trottoirs et le bétonnage des trottoirs.

La chose la plus frappante réside dans le fait où personne ne sait à présent si cette commune sera alimentée en eau du barrage de Tichy Haff situé à proximité. Avec trois forages réalisés dans l’oued Bousselam, la bataille d’eau n’est toujours pas gagnée. Les populations souffrent des pénuries récurrentes à longueurs d’année malgré les efforts déployés par les autorités qui procèdent au remplacement par une neuve de la conduite principale usée. Divers projets infrastructurels sont en cours de construction. Comme mesure de renforcement de la sécurité, le siège de la sûreté urbaine est fin prêt et les travaux inhérents à la construction de la caserne de la Garde communale continuent. Les couples aussi ne tarderont pas à voir leur bonheur arrivé avec la réalisation d’une crèche communale dont les travaux ont été lancés.

L. Beddar

Pour en savoir plus: http://weblog-dz.blogspot.com/2012/03/beni-maouche-la-haut-dans-les-montagnes.html

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À propos

Karim Tedjani

Karim Tedjani est un blogeur indépendant très concerné par les questions de l'environnement ainsi que de l'écologie en Algérie... Depuis 2009 , il sillonne autant le web que son vaste pays d'origine; afin de témoigner, d'apprendre, mais aussi de militer...
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