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Nouara Algérie.com

Ecologie, environnement, nature, économie verte et développement durable en Algérie

« Ces métiers verts algériens que l’on ne connait pas forcement. » Par Karim Tedjani.


 Tedjani copyright 2012         Beaucoup d'emplois verts sont liés à des secteurs de pointes...
(Photo prise dans une usine de dessalement d'eau de mer à Targui - Ain Temouchent-)

 

 

 

« L’économie verte, une affaire de bon sens avant tout… »

Une étude   réalisée par le programme germano-algérien « Deved » a annoncé récemment  la possibilité de créer 1 400 000 nouveaux emplois en opérant une mutation « verte » de l’Economie de notre pays. Ces nouveaux métiers sont appelés « métiers verts » et ils sont directement liés au concept d’Economie verte qui a pour finalité de générer de la croissance économique tout en  veillant à respecter l’environnement. 

Pour  la majorité des  acteurs de la préservation de l’Environnement que j’ai pu rencontrer en Algérie, ce mode de gouvernance économique n’est pas applicable dans le contexte socio-économique actuel de notre pays. « Il faudrait déjà qu’il existe une vraie économie dans ce pays »,  affirme  un économiste algérien lors d’un récent forum sur les emplois verts organisé par la Direction  de l’Environnement de la wilaya de Aïn Temouchent.  « Il n’y pas encore de véritable culture environnementale  dans ce pays » me répondent généralement la plupart d’entre eux. Pour beaucoup, l’Economie verte fait appel à des procédés technologiques que notre pays ne  maîtrise pas encore, de même qu’ils considèrent que  la société algérienne n’est pas prête à assimiler cette « vue de l’esprit ».

Il est vrai que l’on présente souvent, en Algérie, les emplois verts comme étant des métiers demandant de sérieuses qualifications. Cela est dû au fait que, pour l’instant, quand on aborde le sujet de l’Economie verte, c’est avant tout  pour parler de  l’industrie du traitement des déchets  et des eaux usées,  de celle des énergies renouvelables. Usines de dessalement de l’eau de mer, centrales d’enfouissements techniques, centrales photovoltaïques et géothermiques, usines de recyclages sont des  secteurs industriels qui se développent en Algérie et sont des niches d'emplois  prometteuses pour les jeunes ingénieurs et cadres supérieurs  algériens.

Certes, l’Algérie ne manque pas de jeunes diplômés, mais elle compte aussi beaucoup de jeunes non qualifiés qui ont besoin de trouver un emploi durable. 

Une des volontés affichées  par le programme du P.N.U.E  est de « réduire les inégalités sociales ». N’est-il pas possible de faire aussi de l’Economie verte à une échelle plus humaine en créant des métiers verts moins « industriels». Faut-il forcement faire appel  aux seules technologies  complexes pour préserver l’environnement ? D’un point de vue curatif, ces procédés sont inévitables, mais quand on aborde la pollution sous un angle plus préventif , il est évident que de simples gestes au quotidien, des « petits » métiers, de simples procédés  peuvent également  participer à  éviter bien des dégradations environnementales tout en créeant de la richesse.

De tels métiers existent déjà en Algérie, et cela ne date pas d’hier ...

Il suffit, pour les découvrir, de ne pas se limiter à  chercher des solutions hors de nos frontières. Ainsi en identifiant ce que nous sommes déjà capables de créer par nous mêmes, nous pourrons mieux assimiler les savoir faires de nos voisins tout en  les adaptant  à nos particularités nationales. Dans son étude sur les emplois verts, le programme « Deved Algérie » annonce  d’ailleurs qu’il existe déjà plusieurs centaines de milliers d’empois verts en Algérie.

J’aimerais vous  parler, à ce propos, de deux P.ME algériennes  qui ont su tirer profit du recyclage de certains déchets. Chacune a permis de  créer des emplois pour  de jeunes travailleurs peu qualifiés et participe à minimiser les impacts négatifs de notre développement sur l’environnement. Un des  points communs entre  ces deux P.M.E, est que leurs gérants sont des hommes d’un certain âge,  qu’ils n’ont pas eu besoin de sortir de grandes écoles étrangères pour faire ce que l’on appelle à présent de l’Economie verte. Eux, se contentent de parler de bon sens, de bonnes idées….

 

 

« Du pain, rien que du pain… »

 

photo: Tedjani copyrigth 2012
L'ingénieux "recycleur" et la présidente de l'association "Main dans la main" (photo: Tedjani K.)

En Algérie, manger sans pain est impensable, autant que de se restaurer sans une bonne bouteille de vin en France.

Beaucoup d’entre nous , ont pris l’habitude de vider de leur mie les morceaux de pain  qu’ils consomment. Souvent les tables des restaurants sont garnies par de grandes quantités de "rhoubz" qui ne sont pas toujours consommées en fin de journée. Ainsi, bien que gaspiller la nourriture soit un acte répréhensible dans l'Islam, des montagnes de pains sont gachées chaque jour à travers tout le pays.

D’un autre côté, les éleveurs de volailles ont un besoin croissant de se fournir en nourriture. Il faut dire que les  algériens sont de grands consommateurs de viande blanche, ne serait-ce qu’au regard du prix assez prohibitif de la viande rouge dans notre pays. Les farines alimentaires industrielles sont assez coûteuses et pèsent sur le budget des éleveurs de tous les bétails. De plus, leur qualité sanitaire , faute de contrôle récurrents, n’est pas totalement assurée.

C’est en faisant ces deux constats qu’un courtier en bétail, passionné aussi de mécanique, décide de se lancer dans l’aventure du recyclage du pain.  Ce monsieur qui vit à Oran, a l’idée ingénieuse de fabriquer son propre broyeur de pain et de conditionner  en farine alimentaire tout le pain sec qu’il peut trouver.  Cette farine à base de pain, il la revend à un prix défiant toute concurrence aux éleveurs de sa région. Il rachète à beaucoup de gens des tonnes de pains à un prix lui aussi raisonnable, puisque la plupart de ses « partenaires » collecteurs  arrivent à vivre de cette activité. Il vend aussi des broyeurs de sa fabrication.

Une idée simple et beaucoup d’ingéniosité...

Avec peu de moyens  cet homme permet à des centaines de gens de s’assurer un revenu régulier.  De ce fait des éleveurs peuvent  nourrir leur bétail avec un produit peu coûteux  dont ils connaissent la provenance et la composition. Pour l’environnement et la santé publique c’est aussi une bonne chose car cette activité réduit la quantité des déchets domestiques et évite  l’utilisation de farines industrielle prohibées.

 

« Un fil conducteur entre  le recyclage des déchets textiles et l’artisanat algérien… »

 

Photo: Karim Tedjani .Copyright 2012

 

Ce n'est qu'une infime partie des déchets collectés par cette usine (photo: Tedjani K.)
 

Cette fois-ci  nous sommes à Tlemcen, dans la zone industrielle, afin de rencontrer le patron d’une manufacture de tapis et de couvertures berbères fondée en 1957.  

Son entreprise, pour faire face à une sensible diminution de cette activité dans les année 80,  a dû progressivement orienté son activité vers la fabrication du fil à tisser. Comme la matière première était rare et que lui et ces associés  rencontraient de nombreuses difficultés à l’importer,  cette manufacture s’est transformée en une véritable petite usine de recyclage et de filage.

Ainsi, les locaux de cette usine  ont été spécialement aménagés et équipés pour recevoir et traiter des tonnes de chutes de tissus. Ils sont transformés en fil à tisser  ou en couvertures bon marché. Grâce à cette activité, il a été possible  à cette entreprise familiale de générer des bénéfices et surtout de continuer à créer des emplois. Là aussi, les « partenaires » collecteurs tirent de ce commerce  des profits durables. 

Enfin, en continuant de gagner de l’argent, ce maitre tisserand peut continuer aussi  à fabriquer des tapis et des couvertures berbères. En ajoutant  du fil  recyclé  aux pelotes de laine qui servent à tisser certains modèles, il facilite leur entretien, permet de créer des  produits moins onéreux afin de toucher un nouveau public plus jeunes et moins fortuné. La qualité étant toujours le maître mot de la maison!

Il suffit de constater l’âge avancé des machines utilisées pour comprendre que cela fait bien longtemps que l’on recycle des chutes de tissu  dans cette usine de Tlemcen. Une fois de plus, cette entreprise est gérée par un homme âgé qui n’a pas suivi de cycle universitaire. Son idée ingénieuse lui a permis, certes avec des machines étrangères,  de continuer à pratiquer son art tout en participant à la diminution des déchets textiles sur la voie publique. En prenant le parti de recycler, il a crée de nombreux emplois externes à son entreprise. De plus, en collaboration avec l'association oranaise "Main dans la main", il participe  à la formation d’employées à domicile afin de donner du travail à des femmes rurales de la commune de Boutelis. Ces dernières peuvent ainsi s'assurer une certaine autonomie financière et surtout partciper à la vie économique de leur région.

 

Conclusion :

Bien sûr, on ne peut ignorer le fait que  leurs machines sont assez rudimentaires.  On pourrait  même critiquer certains aspects sanitaires dans la pratique actuelle  de leur  activité. Mais, ce qu’il faut apprécier dans ces deux exemples, ce  sont les idées à développer, à moderniser. Quand un matériel est usé, on  doit le remplacer, les bonnes idées d’hier, elles, on se doit de les renouveler…

 

      Pour voir quelques photos:  Ces métiers verts que l'on ne connait pas forcement... Ces métiers verts que l'on ne connait pas forcement...

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À propos

Karim Tedjani

Karim Tedjani est un blogeur indépendant très concerné par les questions de l'environnement ainsi que de l'écologie en Algérie... Depuis 2009 , il sillonne autant le web que son vaste pays d'origine; afin de témoigner, d'apprendre, mais aussi de militer...
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baba ahmed allou 19/06/2012 16:06


toujours dans les metiers verts, le recyclage du pain  c'est une aubaine pour les enfants sans travail  surtout pendant les vacances , ou chaque enfant peut ramasser par quartier trois
à cinq sacs de pain jetté. donnez une deuxième vie à ce pain devant dieu c'est avoir des bon points et rendre service aux agriculteurs quand ce pain est transformé en chapelure aliment de
bétails. Vu le prix du fourage et du produits alliments de bétails qui se vont  à l'ONAB les petits agriculteurs sont très satisfait d'acheter ce pain recycler.