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Nouara Algérie.com

Ecologie, environnement, nature, économie verte et développement durable en Algérie

"Cinq familles françaises et le gaz carbonique " par Par Martine Betti-Cusso, Florence Halimi

Le Figaro.fr

26/03/2010/

(Franck Prignet/Le Figaro Magazine)

A l'occasion de la Semaine du développement durable, nous avons étudié les rejets en gaz carbonique de cinq familles françaises. Cadres, viticulteurs, employés ou professions libérales, urbains ou ruraux, sensibilisés ou non à l'environnement, il y en a forcément une qui vous ressemble…

 

PAUL ET VIRGINIE BAMBERGER - DES PARISIENS AU NATUREL

On peut vivre bien en consommant modérément. Cela est-il dû au charme discret de la bourgeoisie? Aux valeurs sûres sans ostentation? Toujours est-il que le bilan carbone de Paul et Virginie, parents de trois enfants Théo 10 ans, Chloé 9 ans et Céleste 7 ans , reste pondéré, malgré un confortable appartement parisien et un moulin paisible et chaleureux en Champagne. Le choix des matériaux, tant pour le domicile principal que pour la résidence secondaire, montre un goût marqué pour le naturel, le bois, la pierre, le cuir. «Pas de synthétique, plutôt du recyclable», souligne avec malice Virginie. Si la maîtresse de maison met un point d'honneur à ne jamais gaspiller l'eau et l'électricité, à veiller (en râlant) à éteindre lumières et appareils superflus, elle admet franchement se soucier avant tout du bien-être et de l'équilibre de sa famille.

Le bilan carbone de Paul et Virginie souffre de la taille de leur appartement parisien et de celle du moulin. Pourtant, le couple a pris soin de réaménager les deux lieux, de les isoler, notamment grâce à des fenêtres à double vitrage, et de les doter de chaudières dernier cri. Il n'empêche, le chauffage au gaz naturel à Paris et au fuel en province , même amélioré de feux dans la cheminée, vient lourdement grever le test carbone. Un atout: l'équipement des deux résidences est récent. La faible consommation énergétique a été autant privilégiée que la qualité et la robustesse du matériel.

Autre particularité familiale: les transports. La famille dispose de trois véhicules aux moteurs puissants, avec toutefois une voiture de collection, une Mercedes des années 50 («le jouet de Papa», dixit Théo), qui ne roule que quelques dizaines de kilomètres par an. Il faut dire que Paul, directeur général des champagnes Pommery du groupe Vranken, doit se rendre tous les matins à Reims, à 150 kilomètres de Paris. Un trajet longtemps effectué en coupé sportif, qu'il a délaissé depuis l'ouverture de la ligne TGV Paris-Reims. Avec pour récompense un kilométrage routier et donc une consommation en carburant divisés par deux. Et un bilan carbone allégé. Chaque année, Paul effectue 45000 kilomètres en TGV, 25000 kilomètres en voiture, et il préfère sans états d'âme recourir à la visioconférence et au téléphone, quelle que soit l'heure, plutôt qu'aux vols long-courriers. Le week-end, pour se rendre au moulin, c'est la cylindrée sécurisante de Virginie qui est mobilisée. Elle l'utilise également pour le transport des trois enfants ils vont à l'école en trottinette, en bus, parfois en voiture lorsque le temps presse et pour les rendez-vous professionnels qu'exige son activité à l'agence de communication Nico. Au compteur, un kilométrage annuel de 16000 kilomètres.

Le poste alimentaire est «raisonné» et raisonnable. Traditionnel et majoritairement non-bio, il favorise les volailles, fait la part belle aux laitages, aux fruits et légumes de saison, hormis les pommes, les salades, les haricots verts et les tomates, consommés toute l'année. Des pâtes et du riz, mais pas ou peu de pain et de fromages, et un yaourt pour dessert hors repas (récurrents) avec les amis. L'habillement des parents est résolument siglé français ou européen, plutôt qu'étiqueté made in China. Des fabrications jugées mal coupées et, de surcroît, lourdes en transport carbone. C'est au moulin, en dehors de la vie citadine, que s'exprime un mode de vie «durable». L'éducation donnée aux enfants est proche de la nature, avec jardinage, équitation pour tous et promenades à vélo dans les vignobles. La vie professionnelle aussi, Champagne oblige. Paul se targue de représenter une maison engagée depuis longtemps dans une démarche de développement durable. Et de promouvoir un champagne écocitoyen, le Pop Earth, issu de l'agriculture raisonnée, étiqueté sur papier recyclé, mis en bouteille de verre allégé. Ces nouvelles bouteilles, utilisées dans le groupe depuis 2002, font aujourd'hui école dans toute la Champagne. Par ailleurs, le groupe Vranken Pommery Monopole s'est associé à l'opération «Plantons pour la planète», lancée par le programme des Nations unies pour l'environnement (programme auquel a participé Le Figaro Magazine), en s'engageant à planter des mangroves en Indonésie.

(Franck Prignet/Le Figaro Magazine)

SOPHIE ET LOIC DUCLOS - SE SERVIR DES ELEMENTS

Pour arriver à Tremblay-les-Villages, à une vingtaine de kilomètres de Chartres, il faut traverser des petits bourgs blottis le long des départementales, contourner des ronds-points ventrus aux noms fleuris, longer des étendues vertes comme aplaties au rouleau compresseur. Et, au bout du bout de ce village, la maison de Sophie, Loïc et leurs deux enfants Julien 8 ans, Florian 4 ans , heurtée continuellement par un vent que nul relief n'atténue, fait face à un pays si plat qu'il ne ferait pas d'ombre aux terres flamandes de Brel.

Le vent, le jeune couple en a fait son affaire, et de son jardin, un sèche-linge à ciel ouvert été comme hiver. Même le froid vent du nord essore en le cognant le linge qui vole sur la corde. Le bilan carbone de la famille Duclos est exemplaire: 4735 kg équivalent carbone, soit 1 183,75 kg par personne, bien en deçà de la moyenne requise par l'Ademe pour assurer la pérennité de la planète. «Il faut dire, précise Sophie, que nous n'avons plus l'occasion de prendre l'avion depuis la naissance des enfants.» Pourtant, sur ce total, les trois quarts de leurs émissions proviennent des transports, ou plutôt d'un transport:la voiture. Gestionnaire informatique à Chartres, Sophie parcourt 53 kilomètres par jour allerretour. Commercial spécialisé dans les assurances pour un grand groupe bancaire, Loïc est constamment sur les routes avec son véhicule de fonction. C'est aussi en voiture qu'ils se rendent en vacances, cinq semaines par an (dont une aux sports d'hiver).

Mais, à la maison, ils ont opté naturellement pour un mode de vie plus sain. Leur alimentation n'est pas soumise aux diktats biologiques ils mangent toutes sortes de viandes et de laitages, en quantité , mais répond aux règles de bon sens, à la saisonnalité en particulier. Ils se fournissent en primeurs écologiquement corrects dans les potagers de leurs parents respectifs et à la ferme-cueillette d'à côté. Pour se chauffer, ils combinent l'utilisation du gaz et du bois. Grâce à un insert placé dans leur cheminée, en foyer fermé, le bois prend le relais du gaz dès que la température ambiante atteint 19 °C, réchauffant toute la maisonnée par un système de bouches d'air reliées à l'âtre. Les bénéfices sont multiples, et la facture énergétique n'est pas moins allégée que la pollution atmosphérique.

Sans conceptualiser leur engagement écolo, Sophie et Loïc adoptent les bons gestes et une attitude durable. «Nous trions nos déchets depuis que nous sommes installés ici. La municipalité est plutôt concernée, elle nous a fourni les bacs séparés il y a dix ans, et tend à limiter ce qui est limitable : les déplacements des facteurs, par exemple, grâce à un regroupement des boîtes aux lettres», explique Loïc. Quant à Sophie, elle est de ces convaincus de la pierre apportée à l'édifice, du ru qui fait la rivière, du petit geste aux grandes conséquences:dès le printemps, et pour toute la belle saison, elle récupère l'eau de pluie pour arroser ses plantations.

(Franck Prignet/Le Figaro Magazine)

SOPHIE ET PIERRE DETHUNE - LA VITICULTURE RAISONNEE

Les vignes champenoises semblent chômer en cette fin d'hiver, emmitouflées dans leurs sarments, mais au domaine Déthune, à Ambonnay, pas de repos pour les viticulteurs:les 50 000 bouteilles annuelles de champagne ne se font pas toutes seules. La cinquième génération de la famille Déthune Sophie, Pierre et leurs trois filles de 11, 9 et 4 ans (Julie, Emma et Louise) peut s'enorgueillir de son faible bilan carbone : sa demeure ancienne est parfaitement isolée (double vitrage sur tous les ouvrants), elle trie ses déchets, se chauffe aux granulés de bois dans la cheminée, mange des primeurs de saison et prend raisonnablement ses vacances (quatre semaines, dont une au ski). Et même si Sophie, comme nombre de mères de famille, se procure les vêtements de la maisonnée dans les grandes enseignes (dont la production, souvent délocalisée, nécessite un transport gourmand en carburant aérien), elle tricote assidûment, et a même créé, voilà un an, son site de commerce éthique, Babyalpaga.com, sur lequel elle distribue avec succès de la belle laine bolivienne à petit prix, élaborée dans les règles de l'art équitable. Avec un bémol, toutefois: sa matière première traverse le globe en avion.

Seuls les transports gonflent la facture énergétique de la famille. Ici, en terre rurale, le moindre déplacement avale des kilomètres d'asphalte, et l'aînée des filles, Julie, parcourt chaque jour 40 kilomètres en car pour se rendre à son collège et en revenir. «Sans compter les mercredis, jours des activités diverses et variées, où je fais chauffeur de taxi», s'amuse Sophie.

C'est sur le plan de la vigne que le bilan explose, car, de façon générale, une exploitation agricole coûte cher en émissions de CO2. Pierre n'échappe pas à la règle, malgré ses efforts et son engagement personnel pour produire plus propre : il pratique la culture raisonnée ni insecticide ni pesticide, usage d'engrais biologiques et dispense une partie de l'énergie nécessaire à ses 7 hectares de domaine par des panneaux solaires installés en bordure de champs. «Je me prépare lentement, par paliers, à une conversion totalement biologique d'ici à cinq ans. J'attends les recommandations des laboratoires qui nous orientent vers les bonnes techniques, celles qui portent vraiment leurs fruits, par exemple l'utilisation de plantes pour soigner les vignes. Je teste des pratiques, je mets en place des protocoles, j'observe, dans l'idée d'être le plus neutre possible et de moins en moins dépendant de l'industrie agrochimique.»

La filière viticole (CIVC) est la première à proposer à ses adhérents un bilan de leurs émissions polluantes en ligne, spécifique à leur activité. Une activité finalement peu en cause dans le cas de Pierre, en dépit de ses cinq tracteurs et de ses trois employés, deux à la vigne, une à la comptabilité. Non, ce qui pèse dans le bilan du champagne Déthune, ce n'est ni l'énergie consommée, ni les processus de vinification, ni le fuel dévolu aux tracteurs, mais bien le transport des bouteilles, notamment leur distribution. Américains et Japonais sont en effet friands de ses vins fins et dorés, nés sur la plus fertile des terres champenoises. « 40 % de notre production se vend à la propriété, 60 % à l'export », explique Pierre, qui s'étonne de cette méconnaissance française pour un vin du terroir mûri par cinq générations de récoltants manipulateurs, l'un des dix-sept grands crus de champagne homologués.

(Franck Prignet/Le Figaro Magazine)

GUY ET PATRICIA GUILLARD - UN BILAN CARBONE DE LONG-COURRIERS

Dans notre jeu des cinq familles, Guy et Patricia représentent les professions libérales. Il est consultant financier, elle est coach professionnel. Ils vivent à Paris avec leur fils Aurélien, âgé de 10 ans, dans un appartement doté d'une terrasse de rêve, agrémentée de plantes vertes et d'une vue imprenable sur la tour Eiffel. En plus d'être un solarium bienvenu aux premiers beaux jours, c'est un espace festif qui n'apporte aucun point négatif dans le bilan carbone. Conviviaux, bio et bons vivants, Guy et Patricia jouent franc jeu alors qu'il est parfois incompatible de concilier amour de la nature et vie de globe-trotteurs. D'où une empreinte carbone plutôt contrastée. S'ils aiment cultiver le potager bio des parents de Madame, effectuer de longues balades en forêt les noms des arbres, des plantes ou des champignons n'ont pas de secret pour eux , ils ne s'interdisent pas de réguliers voyages:le sultanat d'Oman à Noël, l'Afrique du Sud en février, et bientôt, au mois d'avril, une escapade à New Delhi en Inde. Une ouverture sur le monde et sur les peuples qui pèse lourd dans leur bilan, même si les périples se vivent en mode écotourisme. La partie transport est en effet le piège à carbone de l'exercice. Guy et Patricia disposent chacun d'un véhicule. Ce mode de locomotion est employé pour les déplacements professionnels en province, dans des zones horsTGV Guy parcourt annuellement 7 000 kilomètres en train, et 25 000 kilomètres en voiture. «Difficile de faire autrement lorsque je dois me rendre à Etival dans les Vosges. Le TGV s'arrête à Nancy et il y a trop de contraintes horaires. J'essaie alors de combiner deux à trois rendezvous dans la même région.» L'automobile est également empruntée pour les excursions du week-end. De son côté, Patricia utilise sa Fiat 500 C pour ses trajets professionnels en grande banlieue, pour les loisirs d'Aurélien et les siens. Le couple se dit favorable au covoiturage mais peine à l'organiser compte tenu de ses horaires contraignants. Les points forts du bilan carbone se manifestent dans l'aménagement du logement. Au dernier étage d'un immeuble construit à la fin des années 50, il a été complètement rénové et isolé. Il dispose de fenêtres double vitrage, d'une isolation thermique des murs extérieurs et des plafonds (liège compressé et laine de roche). Le feu crépite dans la cheminée les soirs d'hiver. La famille s'éclaire à l'aide de lumières basse tension à l'intérieur comme à l'extérieur. Pas d'halogènes ni de néons. Les équipements ménagers sont neufs et peu gourmands en énergie. Autre élément positif du bilan:une alimentation essentiellement bio, avec des fruits et légumes de saison, provenant du potager familial. Peu de produits exotiques, peu de viandes rouges mais des poissons sauvages, hors thon rouge, des montagnes de laitages et de l'eau minérale en bouteilles de verre consignées, pour autant qu'elle parvienne à en trouver. Si leur bilan carbone pèche par leurs voyages, Patricia et Guy sont prêts à faire amende honorable et à étudier toute modalité de compensation carbone.

CORA ET VINCENT MARTINEAU - DES ECOLOS A LA CAMPAGNE

(Franck Prignet/Le Figaro Magazine)

Aquelques lieues de Périgueux, au coeur d'un paysage grandiose où les forêts s'adossent aux vignes, où chaque vallée joufflue est barrée d'une rivière, se trouve le village de Tourtoirac, et un peu plus loin, la maison de la famille Martineau: Cora, Vincent et leurs deux filles, Axèle, 12 ans, Maxine, 7 ans. Une famille consciente et agissante, concernée par la fragilité de la planète. Mais qu'en est-il vraiment de son empreinte carbone? Dans l'ensemble, son mode de vie est propre, peu polluant. Question chauffage, elle décroche même la mention très bien grâce à l'aérothermie, installée l'an passé pour remplacer le fuel, un procédé qui transforme les calories de l'air en électricité par pompe à chaleur. «Récemment, j'ai fait appel à un installateur de panneaux photovoltaïques pour étudier cette alternative, précise Cora. Lorsqu'il a vu la modicité de notre facture de chauffage, il nous a découragés de passer au solaire.»

On ne peut pas en dire autant de la facture automobile du couple, isolé, loin de tout, pour lequel la voiture n'est pas négociable. Cora parcourt 15 000 kilomètres par an dans son petit véhicule choisi pour ses faibles rejets en CO2 et sa modeste consommation. En raison d'une double activité de salarié et d'auto-entrepreneur (traiteur), Vincent cumule les fonctions et accumule les kilomètres : il conduit le break familial à raison de 35000 kilomètres par an. Et c'est sans compter Axèle, qui emprunte le car entre son domicile et le collège, soit 20 kilomètres quotidiens.

En revanche, l'avion est peu goûté chez les Martineau, ni pour les loisirs «La dernière fois que nous l'avons pris remonte à trois ans, et encore était-ce pour une destination européenne» ni pour le transport de marchandises. Dans leur alimentation, Cora et les siens pratiquent la saisonnalité et la proximité. Chaque semaine, la pépiniériste du coin, qui centralise les produits des paysans locaux (le secteur se prête même à la culture du kiwi et de la grenade), livre Cora et ses autres clients d'un panier garni, en groupant ses livraisons pour globaliser ses déplacements.

Hors primeurs, cette tribu hyperprotéinée affirme son goût pour la viande sous toutes ses formes , l'une des faiblesses de son bilan. «Nous sommes une famille de carnivores ! plaisante la jeune femme. J'ai bien essayé de la supprimer au dîner, mais je me suis heurtée à une rébellion totale. J'ai dû me ranger à la majorité.»

L'activité professionnelle de Cora est à la fois un atout et un handicap dans son bilan. D'une part, elle travaille à domicile et a créé sur internet sa structure de conseil en communication pour les entreprises, Corazon, axée sur l'écologie. «Je les incite à communiquer le plus proprement possible et à choisir des fournisseurs respectueux de leur personnel et de l'environnement, usant s'il le faut de l'argument choc, à savoir le bonus “économique” de telles pratiques.»Mais d'un autre côté, la profession de Cora fait grimper ses rejets carboniques : près de 2 010 kilogrammes équivalent carbone sur un total familial de 5 682 kilogrammes équivalent carbone. «J'ai monté ma structure il y a quatre ans, j'ai donc investi dans quatre ordinateurs, une télévision, et je loue une grosse imprimante numérique à l'année. » Une imprimante que Cora, sans surprise, a choisie... en amidon de maïs, recyclable à 88 %.

 

Par Martine Betti-Cusso

Par Florence Halimi

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À propos

Karim Tedjani

Karim Tedjani est un blogeur indépendant très concerné par les questions de l'environnement ainsi que de l'écologie en Algérie... Depuis 2009 , il sillonne autant le web que son vaste pays d'origine; afin de témoigner, d'apprendre, mais aussi de militer...
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