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Ecologie, environnement, nature, économie verte et développement durable en Algérie

"Commune des At Maouche : Vivre de figues sèches et de promesses" Par Djamel Alilat

Sans hôpital, sans routes, sans pistes, sans écoles et sans avenir immédiat, bien des citoyens ont préféré plier bagages pour s’entasser dans les villes.

Les promesses, encore des promesses, toujours des promesses. De la part des instances de l’État chargées du développement à tous les niveaux, c’est bien la seule et unique réponse que les responsables de la commune de Beni Maouche arrivent à obtenir. Située au sud ouest de la wilaya de Béjaïa, cette commune montagneuse de 28 villages qui s’étend sur 95 km2, à près de 1 000 mètres d’altitude, est essentiellement à vocation agricole. Elle ne possède que deux ressources pour ses 18 000 habitants : l’huile d’olive et la figue sèche. Un quart de siècle après le découpage administratif de 1985, la commune n’arrive toujours pas à décoller. Elle ne dispose toujours pas de gaz de ville ni d’un hôpital, ni même d’un lycée digne de ce nom et la liste est encore très longue de tout ce dont elle manque.

En outre, elle n’a été épargnée ni par la négligence des hommes ni par la cruauté de la nature étant donné qu’elle a déjà connu un séisme ravageur en octobre 2000 et des incendies dévastateurs en août 2008. Depuis son lancement, le PPDRI, nouveau programme de développement agricole, a été vanté comme la panacée, le remède miracle aux problèmes de sous développement chronique que connaissent nos campagnes. Après un démarrage en fanfare, force est de constater que le PPDRI à Beni Maouche connaît lui aussi des ratés. « Avant on nous disait : l’argent existe, foncez. Aujourd’hui, c’est le contraire. On nous dit qu’il n’y a plus d’argent », se plaint M. Rabah Belaïdouni, le P/APC. Désespérés par toutes les attentes déçues et les faux espoirs, mêmes les citoyens ont fini par baisser les bras et ne plus y croire.

Il suffit d’évoquer devant eux le PPDRI pour qu’ils vous rient au nez. A Beni Maouche, deux PPDRI seulement ont été réalisés tandis que 11 autres, qui ont été acceptés, attendent qu’on veuille bien leur débloquer les fonds nécessaires. Le problème est que bien des actions urgentes, comme l’ouverture des pistes agricoles, sont aujourd’hui rattachées à ce fameux PPDRI. « Dans une commune comme la notre, les pistes agricoles sont une priorité », soutiennent le P/APC et ses adjoints présents à ses côtés. L’aide de l’État dans une commune rurale située en zone montagneuse doit, en principe, se faire vers l’ouverture de pistes, la création de nouveaux vergers, l’irrigation, etc.

Les pistes agricoles sont une priorité

Un programme de réalisation de 200 locaux commerciaux a été lancé il y a quelque temps déjà. 60 locaux ont déjà été réalisés alors que 140 attendent toujours de l’être car l’enveloppe allouée s’est avérée insuffisante. Voilà un bel exemple de gaspillage des deniers publics et un exemple parfait de ce qu’il ne faut pas faire en matière de développement. Réaliser pour la jeunesse 200 locaux commerciaux dans un village minuscule où les boutiques s’alignent déjà les unes aux côtés des autres. Plutôt que de conforter la vocation agricole de la région en encourageant les micro-entreprises dans le domaine de l’élevage, de l’arboriculture ou des cultures maraîchères, on encourage le commerce improductif.

Pour ce qui est de l’AEP, il n’y a aucun nouveau projet à l’horizon, nous apprend monsieur le maire. L’APC a refait quelques vieilles conduites mais en général, à Beni Maouche comme partout en Kabylie, les villageois comptent sur le volontariat et leurs propres deniers pour amener de l’eau dans leurs robinets. En matière de santé, il existe bien une polyclinique à Beni Maouche mais elle ne sert que pour les petits bobos. Pour les urgences il faut se rendre à Akbou, à 38 kilomètres ou à Beni Ouartilane, dans la wilaya de Sétif, tout aussi lointaine. Ceci pour le chef-lieu de commune, dans les villages, la situation n’est guère plus reluisante car la plupart des salles de soins sont fermées faute de personnel. « On nous a proposé la construction d’un hôpital, nous avons même procédé au choix de terrain mais on ne voit jusqu’à présent rien venir », affirme encore le P/APC. Idem pour l’aménagement urbain promis en 2007.

En matière de sécurité, Beni Maouche attend toujours que le siège de la sûreté de daïra, achevé depuis une année, ouvre ses portes. Il en va de même pour le lycée promis par le ministre de l’Éducation, Aboubakr Benbouzid. Le choix de terrain a été fait mais la promesse tarde à se concrétiser. Il y a bien un lycée dans la commune, mais c’est une école primaire qui a été transformée en CEM puis, plus tard, en lycée.

La plus grande ferme bovine d’Algérie

Il y a bien un centre de formation à Beni Maouche. Mais il ne sert pratiquement à rien, comme partout en Algérie. Les formations que les CFPA dispensent sont obsolètes et, surtout, elles sont loin d’être adaptées aux besoins spécifiques des régions dans lesquelles ces centres sont implantés. Dans une région rurale à vocation agricole comme Beni Maouche, il aurait fallu former des jeunes dans les métiers de la terre et de l’agriculture. Il convient de souligner que la localité compte en son sein la plus grande ferme bovine à l’échelle nationale. La ferme de Alaouchiche Laâlla est une sacrée référence mais elle a très peu servi d’exemple à suivre en ce sens que les chemins des crédits octroyés par l’État sont semés d’embûches bureaucratiques et administratives sur lesquelles se brisent les volontés et les ambitions.

Après le tremblement de terre d’octobre 2000, certains citoyens dont les maisons se sont effondrées ou ont été sérieusement endommagées ont bénéficié de la somme de 12 millions de centimes. Aujourd’hui, ces citoyens au nombre d’un millier, ne peuvent plus prétendre aux 70 millions de centimes, au titre de l’aide à l’habitat rural ni bénéficier d’un quelconque logement sur tout le territoire national. Et pourtant, ils n’ont eu qu’un bien maigre pactole pour parer au plus pressé dans le cadre bien précis d’une catastrophe naturelle.

Un label pour la figue sèche

La fameuse figue sèche de Beni Maouche vient d’être labellisée par le ministère. Mais encore une fois, quand il s’agit d’une décision administrative qui n’implique pas d’allocation de budget l’État n’hésite pas. La filière de la figue sèche n’est toujours pas organisée et on attend toujours l’unité de conditionnement dont on parle depuis la première édition de la fête de la Figue qui en est cette année à sa huitième édition. En 2008, l’APW de Béjaïa a programmé une session spéciale Beni Maouche et cette honorable assemblée a décidé de casser sa tirelire en promettant une niveleuse pour la commune. Deux ans après, on attend ce fameux engin qui va servir à déneiger les routes et à ouvrir les pistes avec autant de patience que de résignation.

Beaucoup de services publics manquent encore dans cette région un peu trop facilement érigée en daïra par une simple décision administrative. Pour payer une simple facture de la Sonelgaz, il faut se déplacer jusqu’à Akbou. Pour le service des forêts ou ceux de l’agriculture, de l’hydraulique ou encore pour la recette des impôts, il faut encore et toujours se déplacer. Patients, comme seules les petites gens attachées à leur terre et à leurs valeurs ancestrales savent l’être, les gens de Beni Maouche attendent que quelque part on finisse un jour par se souvenir de leur existence et qu’on leur accorde enfin ces bus qui vont emmener leurs enfants à l’école, ce bulldozer qui va ouvrir des pistes vers leurs figueraies et leurs oliveraies, cette décharge communale ou intercommunale qui permettra d’épargner leur environnement ou cet hôpital qui soignera leurs malades.

Que faire face à un État centralisateur et perclus de bureaucratie ? Taper à des portes, toujours plus haut dans la hiérarchie. Le P/APC est allé jusqu’à voir le ministre de l’Intérieur pour débloquer la situation mais il n’a eu droit qu’à des promesses. Sans hôpital, sans routes, sans pistes, sans écoles et sans avenir immédiat, bien des citoyens ont préféré plier bagages pour s’entasser dans les villes. L’exode rural a vidé bien des villages aujourd’hui en ruines. Ceux qui ont fait de rester n’excluent pas de partir un jour. Ils attendent des jours meilleurs en se contentant de figues sèches et de vagues promesses.

Par Djamel Alilat

Journal:

El Watan

Edition:

08/02/2010

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À propos

Karim Tedjani

Karim Tedjani est un blogeur indépendant très concerné par les questions de l'environnement ainsi que de l'écologie en Algérie... Depuis 2009 , il sillonne autant le web que son vaste pays d'origine; afin de témoigner, d'apprendre, mais aussi de militer...
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