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Nouara Algérie.com

Ecologie, environnement, nature, économie verte et développement durable en Algérie

Dossier les aurès (4/7):Les aurés vu par Yann Arthus-Bertrand et un Français d'Algérie

Vallée de l’oued El Abiod, Algérie (35°05’N – 6°10’E).



Le massif des Aurès, au nord-est de l’Algérie, célèbre par l’extrême beauté de ses paysages, forme de longues arêtes parallèles que séparent des vallées étroites et encaissées. L’oued Abdi et l’oued El Abiod prennent le massif en écharpe et se rejoignent près de Biskra, avant que leurs eaux aillent se perdre dans les sables du Sahara. Le sud du massif est sec et torride, et la vie se réfugie au fond des vallées. Ainsi, dans les gorges de l’oued Abiod, les villages s’accrochent aux parois rocheuses, tandis que la végétation irriguée par les eaux de l’oued tapisse le fond du canyon. Pendant la guerre d’undépendance (1954-1962), cette vallée enclavée a été un bastion inexpugnable du Front de libération nationale (FLN) et de son bras armé, l’Armée de libération nationale (ALN) luttant contre l’armée coloniale française. Aujourd’hui, nombre de jeunes préfèrent quitter ce territoire isolé pour tenter leur chance ailleurs, dans les villes du Constantinois et parfois en Europe. Le chômage frappe en effet 30 % de la jeunesse algérienne, qui dès lors nourrit des rêves d’exil.
Tous droits réservés Yann Arthus-Bertrand ©2010yannarthusbertrand2.org




         Temoignage d'un Français d'Algerie

"Les Aurès, c'est un monde en soi, ça n'est pas vraiment le Sud et ça n'est plus le Nord depuis longtemps ; les Aurès, c'est un pays à part en Algérie, et on comprend que tant de gens, tant d'Européens s'y soient arrêtés pour ne plus en repartir.

Comme il y a plusieurs Sahara, il y a plusieurs Aurès, vers Batna ou vers Biskra, les deux grands oued, la montagne, avec de l'eau, sans eau, ...

Notre premier voyage dans ce pays à l'intérieur du pays, nous l'avons fait avec notre vieille 4L, et le trajet depuis Alger par Aumale et Bou Saâda et puis ensuite la longue route qui descend vers Biskra a dû nous paraître bien long ! D'autant plus long qu'à l'arrivée à l'Hôtel des Thermes de Hammam Salahine nous avons découvert que la Sonatherm avait mangé notre réservation ; ce ne sera d'ailleurs que la première d'une longue liste de mésaventures hôtelières à Biskra.

La plupart du temps, nous allions et retournions dans le cañon de l'Oued el Abiod, à M'chouneche (1), Baniane et Rhoufi, nous posions la voiture et profitions de la tranquilité de l'eau. A M'chouneche, une Normande (oui, c'est vrai !) mariée depuis avant 1962 à un Chaoui avait ouvert et maintenu une auberge, installée pratiquement dans le fond de l'oued ; le confort était spartiate, il fallait écrire deux semaines au moins à l'avance pour réserver et ensuite espérer que ça n'était pas déjà plein, et enfin descendre de nuit la piste raide qui va de la route à l'oued (nous avons failli la première fois descendre tout droit par la falaise !). Je ne sais pas si cette brave femme a pu rester encore dans les années 1990, je serais content qu'un lecteur aurassi me renseigne ; j'ai lu une fois dans Le Monde ou El Watan la triste histoire d'une Française mariée à un Chaoui que l'Ambassade de France avait fini par "rapatrier" (j'ai ce mot en horreur) après qu'elle eut vécu 20 ans seule dans la montagne sans presque parler français, mais ça n'était pas l'aubergiste.

De chez elle, nous allions bien sûr au balcon de Rhoufi ; je me suis longtemps demandé ce qu'était cette construction sous une avancée de rochers, dans le tournant du cañon : c'était les ruines de l'Hôtel Transatlantique, quelle vue splendide on avait de la terrasse, mieux que ce fameux hôtel au dessus du Nil !

Nous passions d'un oued à l'autre en escaladant la montagne à force de ahanements de notre chère voiture (chère dans notre coeur et dans notre porte-monnaie !), et découvrions un monde préservé de tout : du progrès, de la sécheresse, chaque fond d'oued est une oasis qui traîne en longueur ; nous avons fait un jour la connaissance d'un garçon qui allait de temps à autre à Alger : un car jusqu'à Biskra, un autre jusqu'à Alger, je ne sais plus combien de temps pour faire voyage dans les beaux Mercédes de la SNTV, certainement plus de la journée, c'est par lui que nous avons pu acheter une splendide meule à grain identique aux meules romaines, et en parfait état de marche.

 

Nous arrivions toujours par Tolga et Biskra, et nous avons mis du temps à découvrir El Kantara, dont tout le monde m'avait tant parlé : le trou dans la falaise, qui marque le passage du Nord au Sahara, le pont romain sur l'oued el Haï, et la voie de chemin de fer.

Comme je n'ai pas pour le moment de photo de "El Kantara Nord", qui montrerait le pont romain, voici "El Kantara Sud" et le village Daharaouïa avec la palmeraie de l'oasis. Oubliez la guerre, oubliez la pauvreté (hélas), et révez : n'est ce pas un bel endroit pour finir sa vie ?

Biskra aussi est une ville qui peut être agréable (vous ai-je dit que, algérois, j'aime la steppe et le désert sous toutes leurs formes, je trouve beau le paysage sans fin de la route d'Aumale ou de Tiaret, je me repose à regarder la montagne dans l'horizon de Djemila, je suis opressé dans la splendide forêt de Yakouren) ; quand nous allions à Biskra, le Casino n'était plus qu'un décor de cinéma (rappelez vous, la Sonatour !), Fernand Pouillon avait refait l'ancien Hôtel Transatlantique et le tourisme de l'Algérie de 1970 avait fait le reste ; il nous est arrivé un soir d'atterrir à l'Hôtel du Sahara à la recherche d'une chambre, hélas il était déjà plein, quelle déception de ne pas avoir pu connaître le Biskra "d'avant", plutôt que de rester confinés dans le monde des coopérants.

Avec ou sans eau ? Je retrouverai les photos de notre voyage de 1980 ou 81 quand la route de Tolga disparaissait sous 20 cm d'eau, et quand nous avons presque été contraints de rentrer à Alger tant il avait plu.

Ecrire mon histoire ne me suffit pas, il faut toujours que j'aille voir ce que les autres ont écrit ; et à force de chercher quelque chose sur les Aurès et El Kantara, j'ai découvert un site splendide dont l'auteur est bien modeste ; grâce à Djennane, je peux vous offrir l'autre côté des gorges, et ça vaut le voyage, croyez moi. Ce pont que vous voyez là, il est plus vieux que tout,ce sont les Romains qui l'ont construit ; et à gauche le tunnel laisse passer la voie ferrée. Notre Algérie est un grand pays, qui n'a pas commencé hier, et dont l'Histoire est riche de plus de mille et mille et mille ans."

 

 

source : http://afaulxbriole.free.fr/ounousaimionsaller.htm
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À propos

Karim Tedjani

Karim Tedjani est un blogeur indépendant très concerné par les questions de l'environnement ainsi que de l'écologie en Algérie... Depuis 2009 , il sillonne autant le web que son vaste pays d'origine; afin de témoigner, d'apprendre, mais aussi de militer...
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