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Nouara Algérie.com

Ecologie, environnement, nature, économie verte et développement durable en Algérie

Ecologie et environnement en Algérie-« Le maquis de la baie de Guerbes : quand de simples agriculteurs font la loi et défient l’Etat Algérien en toute impunité… » . Par Karim Tedjani

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La flore côtière et particulièrement la suberaie jouent un rôle primordial pour endiguer l’avancée du sable des dunes vers les terres intérieures. A ce propos, le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) ainsi que le Gouvernement Algérien ont identifié cette végétation comme devant faire l’objet d’une attention toute particulière car sa préservation est intimement liée à un phénomène qui met en péril l’intégrité écologique de notre pays : la désertification et donc le réchauffement climatique.

Pourtant, dans la baie de Guerbes, à Skikda, des agriculteurs ont décidé de défier l’Etat algérien  et la communauté mondiale en s’attaquant au maquis de la zone côtière. Malgré une mise en garde de la Conservation des forêts de Ben Azzouz qui a en charge la protection de ce maquis ainsi que de la Gendarmerie, de simples citoyens mal intentionnés continuent leur œuvre de destruction qui aura des répercutions très graves sur l’intégrité écologique de la région. A grand coup d’engins de terrassement  et de  tracteurs, ils ont déjà détruits près de 10 hectares pour y cultiver la pastèque  sans que personne ne semble avoir  les  moyens de les en empêcher. A quelques kilomètres de là, la région de Sanhadja est devenue un véritable petit désert parce que l’on a tardé à réagir… A Guerbes, les choses ne font que débuter, il est donc encore temps d’éviter une bonne foi pour toute de stopper le désastre. 

Ainsi, tandis que ces derniers, qui ont d’ailleurs les moyens financiers de leurs morbides ambitions, continuent à faire fortune en méprisant la loi algérienne et l’environnement, la ruine de toute une zone naturelle se profile inexorablement. « Nous allons raser tout le secteur ! » ont-ils annoncé avec une défiance qui met le doigt sur une triste réalité : l’impuissance des autorités locales à faire appliquer la loi. Pourtant la zone humide de Guerbes Sandhadja est une des plus importante du bassin méditérranéen et d'Afrique du nord, seule celle de Tonga (El Tarf)  peut prétendre l'égaler...

 "Pour ce qui est du maquis, c'est le dernier stade avant  que la couverture végétale ne disparaisse et  que le sol  ne soit soumis aux effets de l'érosion hydrique ou éolienne." m'a confié mon ami ingénieur  forestier Abdelhouab Kaarali qui ajoute à ce propos: 

"Aussi, pour assurer sa pérennité, il faut effectuer une démaquisation et favoriser une espèce pour reconstitution d'une forêt avec des objectifs à moyen et long terme en matière de production sylvicole... ou la reconstitution de la forêt naturelle avec toute sa composante initiale, cortège floristique et des prélèvements raisonnés dans sa flore (industrie pharmaceutique, alimentaire, bois et dérivés...). Cas de la suberaie pour le liège, production en nette régression..."

Dans un pays où l’on célèbre le cinquantième anniversaire de l’indépendance et  les Moudjahidines qui ont libérés notre nation du joug de la colonisation, on semble oublier que nos  maquis et sous bois  ont largement contribué à protéger ces derniers contre l’armée française. Tous les anciens combattants vous le diront, cette végétation très opaque a été un refuge pour l’Armée de Libération ! Pourtant, aujourd’hui, elle est abandonnée à l’appétit de quelques exploitants agricoles dont les descendants ont du sûrement profiter de  la protection de ce maquis, à moins d’avoir été du mauvais camp…

Malgré la présence sur le terrain de l’association écologique  Bariq 21, une des plus influentes de la région, ainsi que des certains citoyens locaux qui ont décidé de s’engager contre ce crime contre nature,  malgré que la loi algérienne punit toute atteinte à cette végétation, de simples agriculteurs ont réussi à imposer leur propre loi : celle du profit immédiat et d’un égoïsme  insultant tous ceux et celles qui ont un tant soi peu de patriotisme. Une lettre de doléance a été envoyée par Mohamed Tabbouche, président de Bariq 21 au Conservateur des forêts de Skikda, une copie de cette lettre a été également transmise au Wali ainsi qu’au responsable de la daïra de Ben Azzouz et pourtant, ce matin, les tracteurs continuent à labourer, les semis à être plantés !!!

Le  Ministère de l’Environnement et de l’Aménagement du Territoire  peut-il prétendre être digne de son appellation en se laissant défier par une poignée de  petites crapules ignorantes ? La Conservation des forêts est-elle une institution qui a vraiment les moyens de sa politique? L’Algérie peut-elle encore s’afficher sur la scène mondiale comme un des acteurs africains les plus virulents dans la lutte contre l’avancée de la désertification  quant elle n’est pas à même d’empêcher de simples agriculteurs à remettre en question toute sa politique?

De telles questions se doivent  d’être posées publiquement, non pour dénigrer, mais plutôt pour faire réagir. Car voilà tout ce beau monde informé à présent… Tant que ces agriculteurs ne seront pas arrêtés, tant que leur impunité pourra encourager tous leurs compères à travers toute la zone côtière du pays à agir de la sorte, on ne pourra pas répondre autrement  à ces interrogations par un triste constat : en Algérie, la protection de l’environnement n’est qu’une posture.

Car il n’est pas trop tard, le massacre ne fait que commencer, il suffirait seulement que les autorités locales et nationales prennent leurs responsabilités  et frappent  un grand coup pour que plus personne n’ose défier leur autorité. Un des fondements de la démocratie est que la liberté des uns s’arrête là où celle des autres commence ; la liberté de faire des profits de quelques hommes ne doit pas remettre en question celle de vivre dans un environnement sain d’une grande majorité de citoyens…

 

 


 

 

Annexe: 

 

Un programme de valorisation entre la WWF et le gouvernement Algérien est censé être mise en place depuis des années. A ce titre, plusieurs centaines de milliers de dollars ont été aloués, mais sur le terrain, force est de constater que rien n'a été fait. Voici un extrait (en anglis de ce dernier:

 


 

 

 

 

 

 

"WWF is working with various Algerian government administrations, namely the Direction Générale des Forêts (Ministère de l’Agriculture et du Développement Rural), the Ministry of Land Management Environment and Tourism and the United Nations Development Programme to ensure a sound management and preservation of the Algerian wetlands.

In the Guerbes wetlands complex the management plan under development goes beyond the boundaries of the wetland to integrate the variety of human activities which currently depend on the wetlands' natural resources, and honour the rights and expectations of the local communities."

 

       http://mediterranean.panda.org/about/med_freshwater/les_guerbes/                                                                                                                                                                                                             Pour voir plus de photos!

 

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À propos

Karim Tedjani

Karim Tedjani est un blogeur indépendant très concerné par les questions de l'environnement ainsi que de l'écologie en Algérie... Depuis 2009 , il sillonne autant le web que son vaste pays d'origine; afin de témoigner, d'apprendre, mais aussi de militer...
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