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Nouara Algérie.com

Ecologie, environnement, nature, économie verte et développement durable en Algérie

"En dépit des assurances des autorités, la viande importée d'Inde continue de susciter la controverse" par Yacine Mediani, Farid Alilat (DNA)

L'importation de la viande de buffle congelée et désossée d'Inde continue de provoquer la polémique en Algérie. Alors que le Chef de l'État aurait, selon des sources de la Présidence de la république, ordonné une enquête sur la décision prise par le gouvernement d'importer 10 000 tonnes de viande indienne, l'Institut Pasteur vient de donner son quitus pour commercialiser cette viande congelée et désossée. Lire également : Viande importée d'Inde : Comment le cartel de l'importation s'est partagé 30 millions de dollar. Soupçons de fraudes sur la viande importée d’Inde : De la viande de Buffalo impropre dans l'assiette des Algériens ?


Le premier arrivage de viande rouge en provenance de l'Inde répond aux normes de qualité et sanitaires requises, après avoir subi tous les contrôles nécessaires des services vétérinaires et du laboratoire de l'Institut Pasteur d'Algérie, a indiqué samedi 7 août à l'APS le directeur des services vétérinaires auprès du ministère de l'Agriculture et du Développement rural, M. Rachid Bouguedour. « La première quantité de cette viande estimée à 260 tonnes est arrivée au port d'Alger le 18 juillet dernier et a été autorisée à sortir sur le marché le 1er août en cours, après avoir subi tous les contrôles nécessaires », a précisé ce responsable. Ce quitus représente le certificat sanitaire officiel, qui constitue le cahier de charges sanitaire vétérinaire exigé par l'Algérie, accompagné des certificats respectivement d'analyse microbiologique, de qualité et de non radioactivité ainsi que du certificat Halal.

En dépit de ces assurances, la qualité et la provenance de cette viande continuent de susciter des appréhensions dans le pays à tel point que la présidence aurait ordonné une enquête sur ce dossier. Du buffle dans nos assiettes, cela aurait apparemment « déplu au président au point ou il a jeté le dossier sur le bureau », assure nos sources. Pour approvisionner le marché algérien en viande bovine et afin de satisfaire la grosse demande des consommateurs durant le mois de ramadan, les autorités algériennes avaient décidé, au cours du printemps dernier, de conclure des contrats avec des entreprises indiennes pour la fourniture de viande congelée et désossée.

Or, ce dossier d'importation est entouré d'un faisceau d'anomalies qui laissent peu de doutes sur son caractère frauduleux. Première anomalie : Le choix du pays exportateur : l'Inde. C'est la première fois que les Algériens décident de s'approvisionner auprès de ce pays. Depuis au moins deux décennies, l'essentiel des importations de l'Algérie en matière de viande congelée et désossée se fait auprès de fournisseurs en Amérique Latine, en Océanie et en Europe . Le principal fournisseur de l'Algérie de viande est le Brésil avec plus de 22 000 tonnes. Avec 1323 tonnes exportées, l'Uruguay occupe la seconde position. L''Algérie importe de la viande rouge congelée de plusieurs pays tels l'Australie, la Nouvelle-Zélande, l'Argentine, le Brésil, le Salvador, l'Uruguay, le Danemark, la Géorgie et l'Italie. Sur cette liste de 10 plus gros fournisseurs au cours de l'année 2009, l'Inde n'y figure pas. Comment alors ce dernier se retrouve-t-il être un client privilégié avec une commande de 10 000 tonnes pour un montant de 30 millions de dollars? Comment les clients traditionnels ont-ils été évincés au profit d'un nouveau venu?

Second anomalie : Le choix des importateurs. Visiblement, il y a eu un intense lobbying aussi bien de la part de la société d'État, la Sotracov, que de la part d'un cartel d'importateurs privés qui se partagent ce secteur. Le marché indien a été ouvert par les autorités algériennes en un temps record, à savoir deux mois. Les hommes d'affaires indiens sont arrivés en Algérie début mai 2010 et ont signé les contrats moins de quinze jours plus tard. Outre la Sotracov qui a décroché le marché, un seul privé a pu obtenir l'exclusivité du marché indien, un certain Chikhi, importateur installé à Hussein-Dey, à Alger. Curieusement, cet homme d'affaires a réussi à évincer tous ses concurrents pour s'adjuger le marché. Cette exclusivité, il la doit, dit-on, à sa grande proximité avec le ministre de l'Agriculture, Rachid Benaïssa. Sauf que ce deal n'a pas tenu longtemps. Ulcéré d'être écartés du marché, d'autres importateurs ont donc joué de leur influence pour casser le monopole accordé à Chikhi. C'est ainsi que l'on a décidé de faire sauter l'exclusivité obtenu par ce dernier pour ouvrir le marché indien à d'autres hommes d'affaires. Ils sont aujourd'hui six à se partager ce gros gâteau.

Troisième anomalie : L'origine de la viande. Les autorités chargées de ce dossier ont commis un mensonge. Mensonge par omission ou délibéré, toujours est-il qu'il s'agit bel et bien d'un mensonge. C'est que dès le départ, on a parlé de «viande bovine», c'est à dire de viande de bœuf. Or, rien n'est moins vrai tant il s'agit de viande de buffle indien, connue sous le nom de « Buffalus babulus », et non de viande de bœuf. La nuance est de taille. Pourquoi les responsables n'ont-ils pas spécifié dès le départ que la viande importée est celle du buffle et non de bœuf ? Pourquoi ont-ils omis de faire cette précision? Pour ne pas éveiller les doutes? Parce qu'ils estiment que le consommateur algérien n'est pas en droit de connaître l'origine, la qualité du steak qu'il met dans son assiette? Sans doute tout cela à la fois.

Quatrième anomalie : La qualité de la viande indienne. Bien sûr, les autorités algériennes ont multiplié les assurances. Des équipes de vétérinaires se sont rendues en Inde pour effectuer des analyses dans les abattoirs indiennes. Bien sûr, des analyses ont été effectuées sur les échantillons de viande et celles-ci ont conclu que la viande est consommable. Oui, l'ambassadeur d'Inde en Algérie a rassuré que la viande importée de son pays est d'une «excellente qualité, 100 % halal». Oui, mais il y a deux bémols à toutes ces garanties. La viande indienne est connue pour être infestée par le sarcocyste, un dangereux parasite qui infeste les animaux. Ensuite, cette viande est interdite d'importation en Europe et aux États-Unis. Comment peut-on autoriser l'importation d'une viande en Algérie quand elle est interdite sur le marché européen et américain? En attendant d'avoir des réponses à ces questions, le consommateur algérien a le loisir de goûter à la viande indienne dès dimanche 8 août, jour de sa commercialisation sur les marchés algériens.

 

Yacine Mediani, Farid Alilat

 

 Source :  

DNA-Algérie.com | Pour tout savoir sur l'Algérie

www.dna-algerie.com/

 

 

 

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À propos

Karim Tedjani

Karim Tedjani est un blogeur indépendant très concerné par les questions de l'environnement ainsi que de l'écologie en Algérie... Depuis 2009 , il sillonne autant le web que son vaste pays d'origine; afin de témoigner, d'apprendre, mais aussi de militer...
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