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Nouara Algérie.com

Ecologie, environnement, nature, économie verte et développement durable en Algérie

Environnement et tourisme en Algérie- "Sport et Aventure à Tikdja" (Reportage) #3

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                                                     Photo: Tedjani  K. (Tous droits réservés)

# 3- Grandeur et décadence d’un patrimoine de la biodiversité mondiale…

Le parc du Djurdjura est une chaîne de montagnes  s’étale à travers toute la  grande Kabylie. Son plus haut sommet,  Lalla Khadija, qui culmine à plus de 2300 mètres,  est le point d’orgue commun à toute cette région de notre pays.

C’est un espace naturel d’une rare magnificence qui, à bien des égards, abrite en son sein une biodiversité  ainsi qu’une géologie qui n’a cessé de susciter l’intérêt et le respect des écologues du monde entier depuis Le crépuscule de 20ème siècle. On y trouve, notamment, le Cèdre d’Atlas, une essence rare, le Pin noir, un arbre endémique,  et l’emblématique Singe Magot,  le seul macaque d’Afrique…

D’ailleurs, en 1997, l’Unesco  attribuera au Djurdjura  le statut de patrimoine de la biodiversité mondiale. Ainsi des fonds et une assistance pédagogique ont été mis à la disposition de la préservation et la conservation  du Djurdjura…

Non, les choses ont empirées depuis, et ce statut n'est qu'une vitrine sans âme ni fonds alloués. A vrai dire, la beauté sauvage du Djurdjura risque même de ne devenir un jour  qu’un vague souvenir tant elle est victime de nombreuses dégradations dont l’homme est le principal et incontestable auteur.  Incendies criminels, surpâturage, prolifération des déchets qui dénaturent les paysages  ainsi que  les comportements des animaux sauvages, mauvaise gestion des forêts, captation irrationnelle des ressources hydriques… La liste est longue, autant que celles des mesures prises pour y remédier parait courte !

Il serait  donc temps de s’interroger si la conception  de parc national est vraiment adaptée aux défis imposés par la préservation et la conservation des aires naturelles combinée au développement  du tourisme. Car,  à présent, c’est en grande partie à cause de son succès  touristique grandissant que le Djurdjura est victime d’agressions.

La décennie noire a été une véritable rupture entre les espaces sauvages et la population. Nos montagnes et nos forêts, refuge du terrorisme, est devenues  ainsi un espace périlleux, inquiétant. Mais, à ce propos,  seul  l’homme  a été perdant  dans ce cas. Car l’exode rural provoqué par ce phénomène a été bénéfique, à bien des égards,  pour de nombreux sites naturels algériens. Pendant toute cette période, la nature algérienne, ainsi vierge de toute influence anthropique,  a pu retrouver beaucoup de sa superbe sauvage, son climax.  

Certes, il est vital de recréer un lien viscéral entre les Algériens et la nature.  Car sans cette empathie entre un peuple et sa terre, aucune prise de conscience écologique  ne pourra être profondément ancrée dans la psyché collective des Algériens.  De plus, les  bénéfices financiers  du tourisme  dans une aire naturelle   peuvent  être  réinjectés en partie dans la préservation  et la conservation des sites exploités.

Mais un parc naturel n’est pas un parc d’attraction !

 

Le tourisme  développé dans un tel cadre  doit être  avant tout pédagogique. C’est un tourisme de qualité et non de quantité qui doit être encadré par la présence constante d’hommes et de femmes sur le terrain. Ce n’est donc pas une affaire de moyens financiers mais plutôt de ressources humaines. Il s’agit d’écotourisme, et non de tourisme de masse. Pourtant, quand on se rend à Tikjda, il est aisé de ce rendre compte à quel point on est encore loin du compte à ce propos en Algérie.

Lors de ma visite du complexe touristique et sportif de Tikjda, j’ai pu m’entretenir avec un garde forestier local, Kaci Latef, qui a confirmé en bien des points mes impressions. 

« Ce qui manque au Djurdjura, c’est une brigade de gardes forestiers présents sur le terrain pour sensibiliser les visiteurs, prévenir les délits et surtout pénaliser leurs auteurs. Depuis que notre organisme, la DGF, a été affilié au ministère de l’Agriculture, ma profession est devenue plus bureaucratique que logistique. Nous n’avons plus les moyens d’être sur le terrain.  Tout est devenu  administrativement très long et fastidieux.  La passion n’est plus de mise. Elle a été noyée sous des torrents de paperasse et de réunions administratives sans lendemain… »

Le tourisme que l’on doit mettre en place dans nos parcs naturels doit être à l’image de celui qui est développé par les amateurs  tels que ceux du  Club « SAM » (Sport et Aventure de Montagne) que j’ai côtoyé durant ce week-end. Un tourisme sportif, pédagogique,  éco responsable,  encadré par de vrais amoureux  et connaisseurs de la nature,  qui veillent autant au plaisir des visiteurs qu’au respect des règles de la Montagne… De nombreuses niches commerciales peuvent être  ainsi  crées, notamment  en ce qui concerne la vente et la location  de matériels, l’organisation de séjours verts, l’accueil des groupes scolaires, et tant d’autres choses aussi rentables et plus bénéfiques  que de laisser déambuler   librement des touristes   rarement au fait des  bon usages à respecter dans une  aire protégée…

Comme une fois n’est pas coutume en Algérie, chacun fait comme bon lui semble dans l’enceinte de ce parc national. Il n’y a  que trop peu de civisme, encore moins de discipline. La nature est à la merci de l’ignorance et la désinvolture d’une génération qui ne pense qu’à  son bien-être intime  en oubliant qu’il est interdépendant de l’ensemble de leur environnement. Je me souviendrais toujours  de ses touristes allumant un feu très ardent, juste pour faire chauffer une cafetière. Impossible de leur faire entendre raison… Seul un  garde forestier aurait pu le faire…

Le plus  navrant, pour moi, a été  le constat de la dénaturation des singes magots  présent aux abords du complexe. Ils sont devenus presque des animaux domestiques. Malgré, l’interdiction de les nourrir,  je n’ai vu aucun visiteur la respecter. Ces animaux rares à travers le monde,  ont  ainsi adopté un régime alimentaire  et des comportements qui risquent de provoquer à long terme leur perte. Imaginez, ces macaques sont à  présent  largement victimes du diabète… !

 

Consultez l'album photo:

Quand-les-singes-se-font-hommes Quand-les-singes-se-font-hommes

 

Lire aussi:

 

Environnement et tourisme en Algérie- "Sport et Aventure à Tikdja" (Reportage) #1


Environnement et tourisme en Algérie- "Sport et Aventure à Tikdja" (Reportage)#2


Environnement et tourisme en Algérie- "Sport et Aventure à Tikdja" (Reportage) #4

 

 

 

 

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À propos

Karim Tedjani

Karim Tedjani est un blogeur indépendant très concerné par les questions de l'environnement ainsi que de l'écologie en Algérie... Depuis 2009 , il sillonne autant le web que son vaste pays d'origine; afin de témoigner, d'apprendre, mais aussi de militer...
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