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Nouara Algérie.com

Ecologie, environnement, nature, économie verte et développement durable en Algérie

« Exploitation du gaz de schiste en Algérie :Une histoire d'eau et d'énergie qui pourrait coûter cher à l'Algérie... » Par Karim Tedjani.

 

 

"De part sa rareté, l’eau en Algérie, comme dans la plupart  des  pays du Sud de la Méditerranée,  est un facteur limitant du développement et source de tensions sociales. La rareté est appréhendée en termes de stress hydrique et d’irrégularité de la ressource, deux facteurs susceptibles de s’accentuer avec le changement climatique."

 

Source " L’Eau en Algérie" par Université Mentouri de Constantine.

 

 

 

 

Un débat social trop timide sur le sujet

Depuis que l’Algérie s’est engagée dans une voie qui semblerait confirmer ses dispositions à exploiter les formidables gisements de gaz de schiste dont elle dispose, le débat autour de la légitimité d’une telle option prend progressivement de l’ampleur parmi   une certaine partie de la population algérienne. Tandis que le quidam algérien, lui,  n’est  que très peu  au fait des enjeux environnementaux qui se trament autour de cette affaire de très gros sous. La discussion autour de ce thème pourtant si déterminant pour   l’orientation avenir du développement de notre pays n’est malheureusement qu’un antagonisme réservé à un « happy few » où la grande amplitude des moyens de certains  n’est malheureusement pas en adéquation avec celles des argumentations pertinentes des autres. Le quidam algérien, lui, est malheureusement absent de la discussion car il ignore à vrai dire les enjeux qui se trament autour de cette activité; la nature de ses préocupations quotidiennes, de plus ,  n'est pas prompte à lui permettre d'appréhender le sujet en pensant au long terme...

Que peut vraiment faire une prise de conscience écologique balbutiante et désordonnée   de la société civile et même de certains responsables politiques face au système bien huilé  de lobbyistes aguerris ? C’est la question que beaucoup d’amoureux de la Nature Algérienne se posent malheureusement… Mais, si cette question est malheureusement justifiée, si il n'existe pas en Algérieune réelle force d'opposition écologique, il ne faudrait tout de même pas s'interdire de débattre, même face à  des moulins à vent, ou, si j'osais, des machines à billets...

D’un côté, il y  a des milliards de dollars à la clef, des marchés juteux et prospères pour les partenaires récurrents de l’Algérie, la garantie d’une rente supplémentaire pour cette nation "gâtée" par la nature . Il y a également la pression d’un tel marché sur les cours du gaz conventionnel  qui est un des piliers de l’économie mono rentière algérienne. Passer à côté du schiste, si cette énergie venait  à se développer dans le monde, cela pourrait être fort nuisible pour une Algérie encore hésitante à diversifier ses activités économiques. Et puis certains spécialites augurent une diminution de la production de gaz en Algérie...

Disons le sans la moindre gène : ce pays ne sait pour l’instant que produire et consommer beaucoup d’énergie…

Dans un contexte global où le gaz de schiste prendrait une part importante dans les consommations énergétiques mondiales, les cours du pétrole et du gaz naturel risquent de chute sensiblement. Pour ceux, donc, qui pensent qu’il est impossible de sortir  d’un système économique « brun », basé sur la rente des hydrocarbures et des sources d’énergies, cela n’est pas envisageable pour l’instant. Ceux-là même, convaincus d’être pragmatiques, avancent que l’exploitation du gaz de schiste dans le  lointain Sahara n’est pas dangereuse pour l’environnement national, que les immenses réserves hydriques de la nappe albienne permettront de faire des forages "hydrauvores" sans pénaliser le reste de la population qui réside essentiellement sur les côtes.

La pression démographique est régulièrement invoquée à propos des nombreux disfonctionnements des services publiques  , notamment parce qu’elle implique une croissance  exponentielle  de la consommation d’énergie. La « crise électrique » de ce dernier Ramadhan  fut une illustration criant de cette problématique. Or, l'eau du Sahara n'est pas facile d'accès. Du moins, pas sans un effort énergétique conséquent. Il est important de s'intérroger si le rapport entre l'énergie consommée pour extraire et transporter du gaz de schiste et celle produite sera vraiment intéressant  pour l'Algérie.  

   "The Less is more "*

*devise anglaise qui signifie littéralement "le moins c'est mieux" ; cela veut dire, en autre que l'on peut faire plus avec moins...

Pourquoi ne s'applique-t-on pas aussi à réduire la consommation énergétique nationale ?

Investir dans la construction de batiments peu énergivores, subventionner les équipements moins  gourmand en énergie, augmenter  sensiblement le prix de l'electricité à partir d'un certain seuil de consommation  et tant d'autres initiatives pourraient réduire la facture énergétique du pays. Les secteurs du batiment et du transport représentent une part importante des consommation énergétiques alors que l'on pourrait réduire, par exemple de 50% la consommation d'énergie d'un batiment en installant systématiquaementdes doubles vitrages... Une fois de plus, en Algérie, les lois allant dans ce sens existentent, mais elle tarden encore à être appliquée de manière éfficiente. Dans un récent article publié sur le site www.magrhebemergent.com, la journaliste Nejma Rondeleux nous informe que"Seuls 600 logements, sur les deux millions planifiés dans les deux plans quinquennaux, intègrent aujourd'hui les mesures d'efficacité énergétique prévues par la réglementation thermique algérienne, à savoir « limiter les déperditions thermiques en hiver et les apports calorifiques en été, définir des seuils de consommation énergétique et réduire de 20 à 30 % les besoins de chauffage et de climatisation ».  Favoriser les transports ferroviers,  inciter fiscalement les compagnies de transport routiers à s'équiper en véhicules consommant peu d'hydrocarbures , de même que de rapporcher les sites producteurs des lieux de consommation ne seraient pas non plus des luxes pour réduire la lourde facture énergétique des algériens.  

Produire plus d'énergie pour répondre à une consommation croissante n'est pas forcement un bon calcul. Car produire plus incombe consommer encore plus d'énergie et ne fera que reporter encore plus loin l'inévitable introduction des  énergies "propres" dans le système energétique algérien  surtout  quand on sait qu'il faut plus de trente ans pour rentabiliser une centrale électrique conventionnelle, c'est à dire alimentée par des énergies fossiles. il sera difficile de faire machine arrière plus tard alors qu'il est possible d'aller de l'avant dès aujourd'hui.  

 

Le Sahara  qui regorge de richesses inexploitées sera le théâtre du dévellopement avenir de l'Algérie

De plus, si l’Algérie possède la troisième réserve africaine de schiste et figure parmi les dix plus grandes au monde, elle n’en demeure pas moins  aussi un des  pays les plus ensoleillé de la planète. Les potentiels photovoltaïques et thermo solaires   du Sahara  sont  considérables.

Le Sahara s’avère paradoxalement être en effet le berceau d’une nappe phréatique très importante. Il  regorge d’une eau chaude capable non seulement de produire de l’énergie, mais aussi très riche en sels minéraux favorisant la croissance des végétaux.  A vrai dire, le Sahara offre de plus en plus de perspectives de développements durables à une Algérie dont 80% de la population occupe à peine 20% du territoire national. Cependant, sans eau, le Sahara est un juste un désert aride…  Sans eau, il n’y aurait même pas de production de pétrole  possible tant cette activité ponctionne déjà fortement sur les réserves hydriques de notre pays. Rappelons qu’en 1997, il aura fallu au Canada consacrer près de 40% de ses reserves d’eau à l’activité pétrolière…

Pour éviter une  saturation démographique  du Tell  qui provoque  tant de maux à son  environnement, pour pallier à des exodes ruraux successifs qui sont à l'origine d'  une « sur urbanisation » de nos côtes, il parait évident que la population Algérienne doit investir son territoire de manière plus homogène. Il faudrait pour cela développer l’Agriculture "biologique"  et les énergies renouvelables dans le  Sahara  afin d’assurer l’autonomie alimentaire et énergétique d’une éventuelle nouvelle population saharienne et pourquoi pas du reste du pays.

Il y a aussi une raison pratique,  d'un point de vue énergétique,   à faire un tel choix . En effet, si l’Algérie voulait vraiment développer les énergies renouvelables, elle pourrait, en créant de nouvelles villes dans le désert, régler un problème important : celui des pertes d’énergies et les coûts de transports qu’incombent le rapatriement  de l’électricité produite dans le désert vers le Tell. Le Brésil qui a de très bonne performances en matière de  potentiel  solaire a dû mettre de côté cette option justement parce que ses territoires les plus ensoleillés sont trop distants des grandes agglomérations brésiliennes. L’énergie solaire, dans un désert habité, offrirait   par contre l’opportunité de créer un réseau plus domestique qu'industriel  de la distribution de l’énergie et limiterait largement la distance entre le site producteur et le lieu de consommation. Plus besoins de camions, de pompes pour s'en charger. Donc moins de coûts... Si on inclut cette donne dans les comparaisons avec les énergies fossiles, on voit bien que l’écart de prix entre les procédés fossiles et photovoltaïques  pourrait se resserrer. Si on tient compte de tous les dommages collatéraux liés à laproduction ainsi que la consommation exclusive d'énergies fossiles, il est possible, comme moi, de penser qu'au fond elles  coûtent déjà  très cher à notre planète ainsi qu'à une grande partie de l'Humanité.

Pour aller au bout du défi de peupler et de "verdire" le désert,  affiché et mis en partie en place par le gouvernement, chaque goutte d'eau  vaut son pesant d'or jaune, noir ou bleu...

Une gestion irresponsable de l'eau du Sud pourrait  créer de grandes tensions au sein de  la zone maghrébine

D’autant que si le soleil qui rayonne sur l’Algérie ne pourra lui être que difficilement subtilisé par ses voisins, la nappe albienne est partagée par l’Algérie, la Tunisie et la Lybie. Imaginez que la Lybieest la deuxième réserve de gaz de schiste africaine   et qu'elle ne peut compter que sur cette nappe phréatique au regard de sa pluviométrie plus qu’anecdotique et qu'elle a fait de grands gâchis à cause d'un projet agricole complétement irréfléchi. La Tunisie, elle,  a déjà sacrifié 20% de ses terres arables au tourisme pour répondre à la demande garguantesque d'eau que provoque cette activité. Si elle décide de se lancer aussi dans l'exploitation de gaz de schiste, puisque ses sols en contiennent suffisamment, elle ne pourra que puiser dans cette nappe.  L’Algérie devrait montrer l’exemple car elle n’est pas dans l’urgence et doit absolument encourager ses voisins à ne pas brader cette manne hydraulique pour l’exploitation  actuelle du gaz de schiste. Il y a fort à parier qu’une gestion anarchique et irresponsable de cette nappe pourra créer des antagonismes très sensibles  dans un futur relativement proche  entres ses pays pourtant voisins et cousins.  N'oublions pas qu'on prédit au Maghreb une pénurie aigüe d'eau dès 2025 pour les plus pessimistes et 2030 pour les autres.  

Jusque là, nos responsables politiques semblaient avoir vu juste à ce propos. De nombreux projets ont été mis en place afin de mieux répartir  l’eau du Sahara à travers le territoire et de créer un réseau de villes longeant le parcours de cette eau du Sud vers le Nord de l’Algérie.  L'Algérie n'a eut de cesse de participer à des rencontres avec ses voisins pour mettre en place une gestion équitable de la nappe albienne.  En disant « oui » maintenant au gaz de schiste, c’est renier toutes ces belles visions, c’est donner à l’Algérie un avenir où la ressource humaine n’a aucune valeur ou bien peu.

Ceux qui voient dans le dessalement de l'eau de mer un moyen de compenser le gaspillage hydraulique qui se prépare avec l'exploitation du gaz de schiste censée améliorera  la situation énergétique du pays, doivent comprendre que ce procédé est très friand en énergie qu'il n'est viable pour l'instant que grâce au soutien de fonds publics. Bref, il est légitime de penser que cela reviendra  à passer de Charybde à Cilla...

Pendant de longs siècles, cette route du Sahara, avec ses villes relais et ses échanges constants entre le désert et les côtes du pays ont participé à forger  la nature spirituelle de l’Algérie. Le Sahara n’est pas qu’un désert gorgé de pétrodollars, non, le Sahara c’est le père de l’Algérie dont la Méditerranée est la mère et les hauts plateaux le parrain. Développer grâce à l’eau du Sud, un Sahara « revégétalisé » et repeuplé   grâce à une gestion exemplaire de la ressource hydraulique pourrait être une bonne chose non seulement pour l’environnement algérien mais aussi pour lutter, à l’échelle mondiale, contre le réchauffement climatique et l’avancée de la désertification.  

 

L'Algérie doit monter l'exemple

L’Algérie, en tant  que leader africain et membre actif à l’échelle  mondiale de  la lutte pour l’environnement,  ne peut que montrer ce genre d’exemple et faire un tel calcul durable. L’eau c’est le pétrole de demain et  c'est déjà  aujourd'hui de "l'or bleu"  pour nombre de citoyens de cette planète. Parce que les procédés actuels d’exploitation du gaz de schiste ne sont pas en corrélation avec le stress hydrique qui  est une  réalité environnementale  incontestable  en Algérie, parce que ce pays a les moyens financiers de patienter, parce qu’à long terme cette eau gaspillée pourrait sauver l’économie algérienne et l'environnement du pays , parce que l’Algérie doit être un pays exemplaire en Afrique s’il veut en être un des leader légitime, pour tout cela et bien d’autres chose encore, il serait bon de  ne pas  se précipiter à développer l’exploitation du gaz de schiste dans ce pays .

La jeune Algérie indépendante  ne doit pas tourner le dos à une telle opportunité mais elle doit lui faire face avec sagesse ,  pondérance et don la  maturité .Espérons qu'entre réalité économique et urgence écologique, la balance sera équilibrée dans cette affaire.  Même si l'est malheureusement permis d'en douter sérieusement..

Le grand  et vrai défi de l'Algérie ne sera pas d'être égale à elle-même pour les  décennies à venir , mais bien de muter  vers un modèle de société plus en phase avec les réalités économiques, sociales et environnementales du pays tout en veillant à apporter une participation crédible à l'effort mondial pour préserver l'écosystème planétaire.

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À propos

Karim Tedjani

Karim Tedjani est un blogeur indépendant très concerné par les questions de l'environnement ainsi que de l'écologie en Algérie... Depuis 2009 , il sillonne autant le web que son vaste pays d'origine; afin de témoigner, d'apprendre, mais aussi de militer...
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