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Nouara Algérie.com

Ecologie, environnement, nature, économie verte et développement durable en Algérie

Gaz de schiste en Algérie-Quand débattre devient une source de déstabilisation…

 zone humide de guerbes par Tedjani K.

Le manque d'eau en Algérie menace  terriblement la souverainté nationale...(Photo: Tedjani K.)

Face à la récurrence, parmi l’opinion publique algérienne, des interrogations quant à la pertinence d’utiliser la fracturation hydraulique pour la future et proche  exploitation du gaz et du pétrole de schiste en Algérie, la réaction du Pouvoir semble se radicaliser.

En effet, les déclarations de l’actuel ministre de l’Energie  sur le sujet se font  de moins en moins nuancées. Au point de ressembler de plus en plus à des menaces à peine maquillées à l’égard de ceux qui osent douter d’un tel choix stratégique. Le terme de « tentative de déstabilisation » a même été utilisé comme un ultime bouclier face aux désirs de débattre de ces  derniers.  Pis,  il semblerait être  à présent la pierre angulaire de l’opprobre jetée à la face des « anti-gaz de schiste ». Le message est clair comme de l’eau de roche : « gare à ceux qui s’entêteront à remettre en question cette décision… »

Pourtant, dans une République, qui est, par essence,  un système  de gouvernance démocratique, et donc, de ce fait,  d’obédience  populaire, débattre est une des choses les plus saines qu’il soit. La rigueur intellectuelle, de plus,  impose à toute réflexion honnête le schéma suivant : Introduction, thèse, anti thèse et seulement à ce moment là, le choix d’une conclusion.

La fracturation hydraulique horizontale, pas le gaz de schiste…

D’autant qu’il ne faudrait se laisser porter par un élan de confusion qui pourrait être des plus néfaste à la mise en place d’un débat national  constructif  à propos du gaz et du pétrole, mais des huiles  de schiste.  

Ce n’est pas tant  ces ressources qui ont été remise en question par une foule d’experts et de militants algériens, mais bien le procédé ainsi que la stratégie  économique. De légitimes réserves de la part de citoyens animés surtout par un élan patriotique  et non une chimérique volonté de déstabiliser le pays.

Il ne s’agit pas de la ressource naturelle, celle que l’on qualifie d’énergie  « non conventionnelle », un euphémisme qui est à lui seul, admettons le,  des moins rassurants. Il est question, plus précisément,  de la  fracturation hydraulique et plus particulièrement de ses impacts sur la ressource la plus rare dans notre pays : l’eau potable. C’est le seul procédé actuellement à la disposition de son exploitation dans les plus brefs délais. Or il consomme énormément d’eau.

Tout ce que nous consommons et pourrions produire contient de l’eau.  

Figurez vous qu’il ne faut pas moins de 10 litres d’eau pour produire un seul carré de sucre.  200, pour autre exemple, pour un seul litre d’eau minérale mis en bouteille.  Il suffit de faire la somme de toute cette ressource utilisée en aval et en amont de leur production pour arriver à cette quantité d’eau dite « virtuelle ». 

L’industrie du lait, de la viande rouge,  et de tant d’autres produits dont notre pays se devrait d’être le producteur et non l’importateur, sont de très grandes consommatrices d’eau. Que dire du tourisme ? Il suffit de constater  les impacts sur la société marocaine  ou tunisienne d’un touriste consommant  tous les jours plus de 500 litres en moyenne lors de son séjour dans ces nations elles aussi en stress hydrique. Cela représente parfois près de la consommation  de 100 locaux ! Ce même Français, par exemple qui n'en utilisera "que" 127 dans son pays. 

D’ailleurs, si l’Algérie importe autant, et produit peu,  on pourrait se demander si ce n’est pas surtout  parce qu’elle n’a pas les moyens hydriques de ses ambitions d’indépendance. Notre dépendance, à ce propos  tire,  à  bien des égards,  sa plus profonde source de cet état de fait : notre gestion de cette ressource, malgré les efforts qu’il faut reconnaitre,  est loin d’avoir endigué durablement une telle défaillance  dans le système économique, écologique et social de l’Algérie.

Une affaire de souveraineté nationale

Même notre corps en est constitué à plus de 70 pour cent. Un peuple ne pourrait se passer d’eau plus de 4 jours sans s’éteindre dans l’oubli de l’Evolution.

L’eau est un des éléments fondateurs, faut-il le rappeler, de la religion de la plupart des Algériennes et Algériens.  Celui le plus cité dans le Saint Coran comme une denrée à consommer  avec la plus grande sobriété et responsabilité.  C’est un patrimoine matériel et immatériel pour un pays comme l’Algérie.

Il  est donc bien  question de  se soucier de la   souveraineté nationale de notre nation, et non de la déstabiliser. Il s’agit  avant tout de s’opposer à un procédé d’exploitation qui mobilise pas moins de 15 000 m3 d’eau  chimique pour chaque forage. Forages qui sont réalisés  à des cadences largement plus intenses que ceux des énergies fossiles dites conventionnelles.

Notre pays, dans l’état actuel des choses, n’en dispose pas avec  autant de marge que ses ressources fossiles. Largement en dessous de  la moyenne mondiale d’eau potable  disponible  par habitant et par an,  l’Algérie est même menacée de subir dans dix ans la plus cuisante pénurie hydrique  de son histoire contemporaine.   La nappe phréatique de l’Albien, qui sera sollicitée et potentiellement contaminée par une telle entreprise  doit rester vierge. C’est un trésor inviolable dont dépend tout l’équilibre écologique, social et  économique de notre désert.  Comme notre pays est le plus vaste écosystème de l’Afrique, et qu’il est constitué à 80% par le Sahara, cela aura forcement un impact sur le reste du territoire, systèmie oblige.

Toute énergie est bonne à exploiter. Quel esprit pragmatique ne tiendrait pas ce fait comme une évidence fondatrice. Tous les experts du monde entier s’accordent à dire que l’avenir énergétique des nations résidera dans leur capacité ou non de planifier  une stratégie  basée sur un mix énergétique  des plus homogène et pertinent.  Les pétroles et gaz de schiste ne peuvent être raisonnablement occultés de notre stratégie énergétique nationale. Là n’est pas le sujet  pour l’ensemble des détracteurs de leur exploitation à moyen terme dans notre pays.

Laisser le temps au temps

Il faudrait le faire au bon moment, celui où on aura laissé le temps à la science de trouver des solutions moins « hydrovoraces » pour ce faire. Il est clair que dans dix ans, les choses auront beaucoup évolué dans ce domaine, au regard des progrès déjà annoncés par les industriels de ce secteur. Pourquoi ne pas  tout simplement se poser en observateur ? Nos réserves de ressources naturelles sont-elles à ce point en déclin ? Que cache cette précipitation ? Est-il bien question d’anticiper ou bien de prendre le train d’un éventuel retard ?

Cela aurait également le mérite de laisser un débat national se mettre en branle. Dans une République  dont l’appellation  insiste sur sa nature démocratique et populaire, n’est-ce pas un formidable exercice d’émulation nationale ? La pédagogie doit primer sur l’autoritarisme. La teneur des arguments doivent viser l’excellence et non la facilité, pour ne pas dire la démagogie grossière. Certaines argumentations du Pouvoir sont dignes d’être opposés dans ce débat. Mais sûrement pas celles qui visent à diaboliser la rhétorique de ceux qui veulent instaurer le dialogue,  s’assurer que la souveraineté de notre pays ne sera pas bradée par défaut de précipitation.

Voir plus loin que le bout de son nez

Mais  le vrai débat, ce sera surtout celui concernant la politique hydraulique de notre pays qui est déjà défaillante quand il s’agit de préserver notre capital en  eau.  Car en effet,   les détergents et les  déchets  polluent déjà lourdement nos Oueds et nos nappes souterraines  à cause de certaines substances qu’ils contiennent. Le taux de fuites de notre pays est alarmant, voire incapacitant. Beaucoup trop de barrages restent envasés et notre  parc de stations de traitement et d’épuration des eaux usées encore trop anecdotique.  Nos agriculteurs les moins consciencieux irriguent leurs champs avec des eaux polluées. Notre couvert végétal est en train de s’étioler alors que l’on sait qu’un kilo de végétation produite  transpire quotidiennement près de mille litres d’eau dans son environnement…

Comment croire, alors que l’eau de l'Albien    sera   vraiment en sécurité  en  l’Etat actuel , au vu de sa politique quotidienne en matière de gestion hydraulique? Voilà la vraie question  qui pourrait  être  vraiment dérangeante pour nos dirigeants, il me semble, au-delà du buzz…"

Karim Tedjani

 

 

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À propos

Karim Tedjani

Karim Tedjani est un blogeur indépendant très concerné par les questions de l'environnement ainsi que de l'écologie en Algérie... Depuis 2009 , il sillonne autant le web que son vaste pays d'origine; afin de témoigner, d'apprendre, mais aussi de militer...
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