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Nouara Algérie.com

Ecologie, environnement, nature, économie verte et développement durable en Algérie

Gestion des déchets en Algérie-"Vers une approche plus durable ..." Par Karim Tedjani.

 

 

                                 Des poubelles installées un peu partout...

                                  Trop peu de poubelles publiques sont disponibles pour les passants...

 

 

 

Une étude américaine a  classé  en 2010 l'Algérie comme étant  le pays le « plus propre écologiquement » d’Afrique et du monde Arabe. Dans une autre étude étrangère, on apprend  d’ailleurs que l’Algérie, oui, notre Algérie qui ressemble encore à une poubelle à ciel ouvert, occupe la  quatrième place, parmi ces mêmes voisins, et ce dans la gestion et le traitement des déchets. Ce n'est pas moi qui l'affirme, ce sont des annonces qui ont été faites dans la presse. Pourtant, au quotidien, je pense que nous sommes nombreux à nous demander selon quels critères de tels résultats ont-ils bien pu être obtenus...D'autant que de nombreux rapports fait par des experts algériens sont alarmistes quant à l'état de santé écologique de notre territoire.

L'Algérie, jadis   une des  plus belles reines de la Méditérannée et de l'Afrique, est un pays dont  la superbe se noie  à présent  sous un torrent  perpétuel  de détrituts, d'immondices ainsi qu'un brouillard de fumées les plus toxiques les unes que les autres . Nos Oueds charrient des poisons, nous plus des poissons. Et ce, pour la grande joie des rats, des mousitques et des maladies qu'ils véhiculent dans ce pays! 

Certes,  la  jeune et dynamique équipe du MATE 2013 redouble de sorties sur le terrain afin de donner un souffle continu à l’élan de propreté publique dont elle s’est faite la plus fervente animatrice. Il faut dire, qu’ainsi, elle s’inscrit dans la planification et les priorités que se sont imposés leurs prédécesseurs : faire de la gestion des déchets une priorité. Face à l'urgence d'une quantité astronomique de déchets plus ou moins toxiques, la construction de nombreux Centre d'Enfouissements Techniques a été décidée. Une fois de plus, nos partenaires étrangers ont été conviés à partager leurs compétences  dans un domaine dont le suivit des process doit être inscrit dans la durée et qui nescéssite la maîtrise de certains technologies. Il est tout de fois question de créer un centre de formation algérien, ainsi que d'instaurer des ateliers de sensibilisation auprès des élus locaux et des citoyens; puisque l'éducation environnementale est le deuxième axe central du plan global de ce jeune  ministère. 

Mais, de mon simple avis de citoyen, cette politique me parait pour l'instant   trop technologique et technocratique pour avoir de réels effets durables sur le quotidien des Algériens. Mon expérience de ce même terrain, ainsi que ma « veille » sur l’actualité-web de l’écologie dans notre pays, ainsi que mon expérience du quotidien parisien,  m’ont amenés à penser que les problèmes écologiques de notre pays sont tous interdépendants parce qu’ils sont les conséquences d’une même cause. La pollution des déchets est un symptôme d’une dégradation bien plus pernicieuse : celle de la nature de la société algérienne. A mon humble avis, se focaliser sur la construction de Centres d’enfouissements techniques, très pointus et coûteux, nous rendant une fois de plus dépendants des technologies de nos partenaires étrangers alors qu’une capitale comme Alger souffre d’un cuisant manque de poubelles publiques, cela revient à illustrer un proverbes chinois qui dit :  « Il se soucie de sa barbe alors que sa tête va tomber… ».

 

                    

 

 

Tout d’abord, il serait bon de rappeler que, en Europe notre principal forunisseur dans ce genre de  services, les pays les mieux évalués  sont ceux qui appliquent un très simple adage : « le meilleur déchet est celui que l’on ne produit  pas… ». Il y a donc une approche qualitative et quantitative des déchets qui doit être la base de cette gestion. Qualitative,  parce que les emballages et les contenants des produits commercialisés doivent être au maximum biodégradables et recyclables  ainsi que conçus avec  les matériaux les moins polluants. Ils doivent également être triés au début de cycle, c’est-à-dire au niveau des poubelles. Quantitative, pour la simple et bonne raison qu’il faut également limiter la quantité de production de ces déchets si l’on veut en endiguer la prolifération de manière durable. Les nations les plus performantes dans ce domaine ne jettent que 10% de leurs déchets en décharge. Le reste est retraité, recyclé. On peut, par exemple fabriquer un VTT avec seulement une centaine de  cannettes. On peut construire des pistes  pour piétons  avec des pneus recyclés.  

 

                       Fil recyclé de Tlemcen. 7Tedjani copyright 2012

                     A Tlemcen, un artisan fabrique son fil en recyclant les bouts de tissus usés

 


Il y a également des facteurs sociaux et culturels qui jouent un rôle très important dans ce problème. Le premier est l’alimentation. La malbouffe qui s’est installé en Algérie est une grande génératrice de déchets. Les Algériens n’ont plus, ni le temps, ni les moyens de manger des produits sains, « fait maison ». Manger plus de légumes et de fruits favorise la production de déchets organiques qui sont très facilement recyclable en compost.Manger ainsi peut réduire de plus de la moitié les déchets produits par un foyer. Au Bengladesh, une entreprise a réussi à créer des emplois ainsi que la richesse en transformant les déchets organiques des citoyens en engrais "bio" revendus aux agriculteurs. De nombreuses friandises manufacturées ont envahi le quotidien des Algériens alors que notre artisanat et notre gastronomie nationale se meurent. Imposer dans les restaurants des collectivités  des produits frais et naturels issus de notre tradition pourrait permettre d’endiguer cette pollution des estomacs qui se répercute sur celle de la voie publique.

 En améliorant la santé des citoyens, notamment en favorisant le retour de la médecine traditionnelle préventive dans le quotidien des Algériens, comme  on le fait depuis toujours en Chine, il serait aussi possible de limiter la prolifération des déchets hospitaliers qui sont les plus dangereux et coûteux à traiter.  

Puis, il est évident que depuis trop longtemps, à cause des incessantes turpitudes de l’Histoire de ce pays, la place publique n’est pas considérée par la population comme une extension de leur foyer. La rue appartient à l’Etat dans l’esprit de nombreux citoyens algériens, pas au Peuple. La voie publique, comme la nature d’ailleurs, sont devenus synonyme de danger, de risque d’agression. Le trop récente décennie noire ainsi que la recrudescence actuelle de la criminalité y sont pour beaucoup. On pourrait également parler de la défection de certaines  autorités locales  dans  l’entretien de leur agglomération qui n’encourage pas les citoyens à aimer leur quartier et surtout à s’impliquer dans sa mise en valeur. Trop peu d’espaces verts, de lieux de festivités publiques, de zones réservées aux piétons  sont intégrés dans les nouvelles villes algériennes. De plus, beaucoup de  délits contre la voie publique sont souvent des cris d’alerte  de certains jeunes qui ne trouvent  pas leur place dans la société algérienne…  Il y  a donc un lien à créer ou recréer entre l’Algérien et la rue afin de  lui redonner envie de la respecter.

Les vagues successives d’exodes ruraux qui ont surchargées les villes  algérienne  y ont également  fait apparaître une nouvelle population de  citadins  qui ne maitrisent pas forcement tous les aspects de la vie en logement collectif. Beaucoup de nouvelles « cités » algériennes me rappellent le passé de celles des banlieues parisiennes, dans les années quatre-vingt. Ma cité qui était alors très sale, mal entretenue et quelque peu mal famé. Quand je l’ai quittée, elle  était devenue, au fil du temps et de l’intégration de ses locataires, en majorité des immigrés dans le quartier « cossu »  des Buttes Chaumont,   une résidence  tout à  fait  viable et respectable. Ce sont les nombreux aménagements ainsi qu’un gardiennage et des services espaces verts de plus en plus performants que les habitants ont appris à aimer et à grandir avec leurs logements. Des associations et un syndic se sont organisés des événements ont été crées afin de favoriser la cohésion de cette collectivité … Il est donc important d’accompagner les citoyens  vers un maximum  d’auto gestion de leur quartier et de les impliquer dans sa propreté.

L’Eau du robinet, et je n’ai cessé de le dire, est un sujet très corollaire à celui de la recrudescence de déchets. Les Algériens ont appris à s’en méfier, et souvent à juste titre. Dans ma maison  en Algérie, quand je la fais bouillir, un dépôt mousseux  de calcaire ne me donne même pas envie d’en faire usage pour la cuisine. Je ne suis pourtant qu’à 60km d’Alger… Beaucoup d’Algériens doivent acheter des bouteilles afin de s’approvisionner en eau potable. Beaucoup trop, car cela génère des tonnes de déchets ! Améliorer la qualité de cette eau sera sans nul doute un gain de déchets énorme pour notre pays !!!

Bouteilles...-copie-1

L'Algérie des bouteilles en plastique.

 

Enfin, nos partenaires si prompts à nous vendre leurs remèdes devraient être plus alertes à ne pas polluer nos plages avec leurs propres déchets et veiller à ne pas laisser certains produits toxiques sortir de leurs frontières pour venir alimenter le marché algérien.Leur principale participation doit être pédagogique et limité dans le temps car notre pays à des partenariats bien plus glorifiants à proposer à ces derniers que de s'occuper de faire le ménage chez elle. Ce n'est pas dans la mentalité algérienne...Le centre de formation qui a été annoncé doit être un élément très important dans la plannification de l'agence en charge de la gestion nationale de nos déchets. 

Il est évident que tout ce que j’évoque ici n’est pas à prendre comme des priorités, mais bien comme des actions périphériques, des petits ajustements  à établir dans les rouages de la société algérienne. Détail ne veut pas dire futilité, ce sont souvent eux qui font la différence pour atteindre l’excellence. Bien entendu il serait injuste de ne pas reconnaitre que certains  ont été pris en compte par le M.A.T.E; je peux même attester que les annonces qui ont été faites au début de son actuel programme en cours en ont fait état. Mais c’est avec trop peu d’enthousiasme comparé à celui qu'il a de  régler le  fléau des déchets par la signature de gros et juteux contrats pour l’installation de sites d’enfouissements techniques qui seront sûrement obsolètes dans moins de  vingt ans si le problème n’est pas traité en profondeur.

S’il faut encourager M. Benyounès et son équipe à saisir l’urgence, il faudra également leur donner envie d’aller encore plus loin dans leur démarche et de leur rappeler aussi que l’Environnement en Algérie ce n’est pas que la gestion des déchets. De nombreux dossiers très « brûlants » attendent de faire l’objet d’un tel dévouement pour « rendre l’Algérie propre ». La responsabilité qui pèse sur les épaules  du M.A.T.E est énorme car sans un environnement sain, il ne peut y avoir d’Algérie en bonne santé…C’est pour cela que malgré tout, il faut surtout lui souhaiter bonne chance et beaucoup de réussites tout espérant que cette frénésie de CET  n’e soit qu’une étape transitoire vers des solutions  plus durables   pour l’Economie, l'Environnement et donc la société algérienne. 

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                                                             L'urgence de traiter les déchets est indiscutable...

 

Article  et photos: Karim Tedjani.

 

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À propos

Karim Tedjani

Karim Tedjani est un blogeur indépendant très concerné par les questions de l'environnement ainsi que de l'écologie en Algérie... Depuis 2009 , il sillonne autant le web que son vaste pays d'origine; afin de témoigner, d'apprendre, mais aussi de militer...
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