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Nouara Algérie.com

Ecologie, environnement, nature, économie verte et développement durable en Algérie

"Grandeur et décadence de l’artisanat algérien " par (Sétif-info.com)

 

 

 

 

 

« Lorsque les systèmes des valeurs s’écroulent, l’homme ne retrouve qu’une chose : son corps, ce domaine qui est physique, donc la drogue, le sexe, la violence qui deviennent des substituts matériels à la disparition de Dieu. » (André Malraux)

Il n’y a pas de peuples qui possèdent des techniques et d’autres qui en sont dépourvus. Il y a ceux qui ont développé leurs techniques, en les innovant continuellement ; ceux-là sont les puissances économiques actuelles qui nous dominent et dominent le monde. Par contre, ceux qui ont du mépris pour les leurs, en tête l’ Algérie, qui croient en les techniques des autres ceux-là n’auront que les yeux pour pleurer. L’émérite Malek Bennabi l’a dit : « On ne peut construire l’avenir d’un pays avec les techniques des autres ». C’est une évidence même.

Tant que les algériens ne reviennent pas à leurs techniques et au développement de ces techniques par les forces propres porteuses d’une société d’entrepreneurs, de créateurs et d’innovateurs, notre pays sera toujours un éternel dépendant, assisté et (re)colonisé.

« Le retour aux sources » s’impose donc comme une nécessité de sortie de crise et pour une vie meilleure. La devise trompeuse selon laquelle les pays développés doivent montrer aux pays sous-développés, la voie de développement la plus rapide n’est qu’un leurre. Le développement ou le sous-développement n’est qu’un état d’esprit comme le disait Alfred Sauvy, dans un colloque à Tunis en 1980.

L’histoire a montré à plusieurs reprises qu’il y a des civilisations arrivées à la pointe du progrès et qui sont devenues décadentes et ont disparues ; D’autres par contre, arriérées comme le Japon et la Corée du Sud se sont hissé au sommet des puissances du savoir et de la technologie.

L’artisanat qui a été de tout temps, le bâtisseur des civilisations et des puissances économiques passées et actuelles, restera à tout jamais une école de formation des chefs d’entreprises, des créateurs de richesses et d’emplois à la source même des demandeurs d’emplois et à travers le territoire. L’artisan est par essence un homme créateur, libre. Et quand l’homme est libre il est indépendant économiquement. Et l’indépendance n’a pas de prix.

Pour détruire, n’importe quel individu peut le faire excepté l’artisan qui lui réfléchit crée produit et construit les utilités. Il est propre de dire que tel homme est un artisan de la révolution que dire qu’il artisan de la destruction car l’artisan par définition est un créateur, un inventeur, un innovateur et jamais un destructeur.

Un artisan dans son métier ne dira jamais ; c’est impossible.

Celui qui le dit n’est pas homme de métier, mais un bricoleur.

Avant de nous attaquer modestement au fait sur la grandeur et la décadence de notre artisanat , nous ne voudrions pas toucher les successibilités mais les sensibilités sur ce constat combien élogieux de Abderrahmane Ibn Khaldoun quand au peuplement du Maghreb. Dans son « Histoire des Berbères et des Dynasties musulmanes de l’Afrique Septentrionale (traduite par le Baron de Slane). Il disait ceci : « En traitant de la race du Maghreb, de nombreuses populations dont elle se compose et de la multitude des tribus et des peuplades dont laquelle elle se divise, nous avons fait mention des victoires qu’elle remporta sur les Princes de la Terre et des luttes avec divers empires pendant des siècles. Des empires et des royaumes qu’ils ont fondés, les châteaux les forteresses qu’ils avaient bâti tels que Sidjilmassa, Touat, Tighouarine, Figuig, Ghardaïa, Ouargla, Righa etc. prouvent que les Amazighs sont un peuple puissant, redoutable, brave nombreux, enfin un vrai peuple comme les Grecs les Romains ou les Persans ».

Citant les valeurs humaines qui caractérisent le peuple Amazigh, il disait « qu’il a des qualités louables, la noblesse d’âme qui le porta au premier rang parmi les nations. Par sa bravoure, sa promptitude à défendre ses hôtes et ses clients, sa patience dans l’adversité la fermeté dans les afflictions, sa douceur de caractère, son indulgence pour les défauts d’autrui, son éloignement pour la vengeance, sa bonté pour les malheureux, son respect pour les vieillards et les hommes dévots, son empressement à soigner les infortunés, son industrie, son hospitalité, sa charité, sa magnanimité, sa haine de l’oppression, toutes ces valeurs méritent les louanges de l’Univers. Cette haute illustration de ce trésor inestimable de valeurs est héritée de leur père et de leurs aïeux. C’est une race d’industrieux et d’hommes libres ».

Ironie du sort, après un sacrifice surhumain d’un million et demi de ses meilleures enfants pour se libérer de la tyrannie et de la spoliation de ses richesses d’une puissance coloniale la plus redoutable de tous les temps, à l’indépendance, l’Algérie n’a pas réussi à récupérer ses valeurs pour en faire un projet de société en fonction de ses aspirations. Depuis, de plus en plus en perte vertigineuse de ses repères, l’Algérie n’est ni industrielle, ni industrieuse, ni libre économiquement. Esclave de son ventre, amorphe aliénée, déculturée, dépolitisée, démoralisée elle vit dans le grand désespoir, Le recours des jeunes en masse à la « harraga » et au suicide résument, on ne peut mieux cette mal-vie horrible en Terre d’Islam. L’ Algérien d’aujourd’hui n’y croit plus en rien ni en le pouvoir, ni en ses stratégies ni en sa monnaie, ni en lui-même. De même qu’il n’a confiance en quiconque même en lui-même. Cette dérive annonce un retour à la barbarie.

A part ceux qui ne le méritent pas les articles « Ils sont fous ces Algériens ! » de Chaalal Mourad (paru au quotidien d’Oran du 12.09.2009) et de Omar Benbekhti « comment gouverner l’incompétence » (paru à El Watan du 13.09.2009 ouvrent une brèche à la phrase ironique de De Gaulle qui disait : « Vous voulez votre indépendance, tenez et bouffez-là ».

Le feu Ferhat Abbas avait un jour laissé parler son humeur désagréable en disant : « J’ai visité les cimetières je n’ai point trouvé l’histoire de l’Algérie nulle part ». Il doit être excusé, car il n’est ni historien, ni un archéologue mais un pharmacien. Les anciens nous avaient toujours dit que l’histoire est dans et derrière les cimetières. Cela semble véridique, car un jour, en 1972, nous avons assisté au nivellement d’un terrain à Tighment (Dar El Hadj) dans la commune de Tittest, Daïra de Guenzet, le bulldozer utilisé a mis à nu un cimetière où nous avons constaté de visu des squelettes enterrées dans la position accroupie. Les hommes enterrés avec leurs outils tels que haches, lances, et écus et les femmes avec leurs bijoux, anneaux, bracelets en cuivre, même en or. Tous ces outils et cette bijouterie témoignent de notre civilisation d’avant même J. Christ.

Ferhat Abbas comme nombre de l’élite de l’époque et même actuelle ne connaît pas l’histoire que par les écrits des publicistes coloniaux qui dénient toute civilisation à l’Algérie. Selon eux, « ce pays est livré depuis des siècles à la barbarie » et cent ans après, la République Française ayant donné à ce pays « la prospérité et la civilisation avec la justice », et l’Algérie reconnaissante adresse à la mère patrie l’hommage de son impérissable attachement » (cf. revue l’Illustration du 24 mai 1930). Dans un autre écrit de Robert de Beauplan (toujours dans la même revue, ayant pour titre « l’Algérie Economique », l’auteur disait ceci : « Il y a un siècle, la France prenait pied sur la terre barbaresque. Cent ans lui ont suffi pour faire surgir une civilisation que le monde entier admire ». A lire cette fausse-vérité l’on se demande pourquoi l’ Algérie insiste-t-elle pour que la France fasse son repentir et lui demander pardon ? Dans l’esprit de la France néocoloniale, c’est l’Algérie qui doit la remercier pour avoir hérité de sa grande civilisation moderne.

Effectivement l’Algérie n’aura pas sa propre histoire tant qu’elle n’aura pas fait appel à ses propres historiens impartiaux, muent uniquement par l’éthique et la déontologie afin de remettre l’Algérie dans l’histoire universelle. L’Algérie n’aura pas, enfin, sa propre histoire tant que ses archéologues n’ont pas fouillé toute la terre de leurs ancêtres, car répétons-le l’histoire est sans doute dans ou derrière les cimetières. Elle n’aura pas son économie indépendante, ni sa propre industrie, ni sa propre agriculture, ni sa propre culture, tant que le pouvoir continue à marginaliser les compétences, les capacités et les techniques et ses valeurs propres. Il y a lieu de faire table rase de ces fables de bas étage déversées au lectorat incrédule d’une romanisation et d’une francisation de l’Algérie.

L’Algérie refuge des sauvages, des têtes chaudes, des cerveaux brûlés qui trouvaient en ce pays barbare, pays de l’intrigance et la scélératesse et que grâce à l’œuvre française salvatrice des sinistres colonels Duc D’Aumale et Lamoricière et du Général Marguerite des colonels, Yusuf, Cavaignac, Mac Mahon, Canrobert, Saint Arnaud sous le commandement du Maréchal Bugeaud aidés par la pacification des missionnaires Lavigerie et de Foucaud, l’Algérie est entrée dans la civilisation moderne, Laperrine n’a-t-il pas déclaré que « Père Foucault a été l’agent principal de la pacification des Touaregs au Hoggar ». Malgré le peu d’information que nous possédons sur les périodes préhistoriques, la civilisation algérienne est plusieurs fois millénaire. Des fouilles effectuées à Mezloug à la périphérie de Sétif en 1930 par Arambourg et Vaufrey ont mis à jour des cités préhistoriques dans les cases ont la forme d’escargotière datant de l’époque des hommes du Cro-Magnon. Le fait marquant n’est pas la découverte de cette civilisation escargotière mais des outils qui témoignent de l’existence d’une activité industrielle et sociale déjà existante D’autres gisement à Terfinine, à Ain El Hannach, mechta El Aribi, de Tebessa, de Souk Ahras prouvent avec les outils à l’appui que la vie économique et sociale de l’Algérie datent d’il y a cinq cent mille ans (500 000 ans). C’est l’homme néolithique maghrébin qui a donné naissance au peuple Amazigh dont nous sommes actuellement les héritiers. La période du royaume de Numidie sous la houlette de son roi Massinissa fut une époque des plus florissantes. Cela été rapportée par nombre de penseurs de la Grèce Antique (voir notre article « Les prochaines assises de l’artisanat, une solution concrète contre le chômage, la misère et l’exclusion », paru successivement au Quotidien d’Oran du 11 et 12 août 2009 et El Watan du 27 août 2009). Les échanges effectués entre le Royaume Numide et l’Empire Romain ont permis aux industriels numides d’acquérir les techniques de production de matériaux de construction tels : que briques plates et pleines, tuiles rondes, carreaux de mosaïque, de faïences, le travail du marbre, les techniques d’irrigation d’assolement d’architecture et de construction. La dynamique fut plus prononcée dans les régions montagneuses. L’industrie et l’agriculture se développaient d’une manière harmonieuse et équilibrée.

Les activités relevées par Pline sont la taille de pierre, les moulins à eau, à huile, les fondeurs de fer, de cuivre, de bronze, les forgerons, des industries de tissage, de soie et de lin, l’industrie du tapis, l’industrie du cuir. Le travail du tissage est exercé en majorité par les femmes sans oublier la frappe de la monnaie à l’effigie de Massinissa. Selon F. Klem (cf. l’histoire des techniques), les Celtes, les Illyriens, les Etrusques ont acquis les techniques sidérurgiques des Maghrébins. Les fouilles faites à Gouraya par Astruc en 1954 ajoutent une pièce à conviction qui témoigne de l’existence d’une industrie numide originale.

La dégradation de notre industrie a commencé avec l’occupation romaine de notre pays en l’an 40 avant J.C. et qui a duré pratiquement cinq siècles. L’Empire Romain avait toujours glorifié ses techniques, même, si celles-ci du point de vue esthétique sont grossières. Pour marquer sa puissance de domination l’Empire Romain qualifiait toute technique du pays conquis comme une technique barbare, primitive .au même titre que son peuple pour maintenir la Numidie sous son joug.

Les Romains avaient poussé le zèle jusqu’à déposséder les Amazighs de leur culture et de leur langue afin marquer leur fameuse romanisation de la Numidie dans l’histoire. Les Romains ont contraint les artisans autochtones à restreindre leurs activités en leur imposant de fortes dîmes. L’administration coloniale romaine a fait table rase des structures de production, d’échanges existantes et les a remplacé par celles du droit romain inadaptées. Du fait d’un pouvoir militaire rigide et corrompu les artisans, les agriculteurs autochtones étaient constamment en soulèvement contre le régime des légions romaines. Celles-ci ont réduit le peuple numide à l’esclavage. Qui a édifié les cités de Timgad, de Djmila, de Tipaza, des temples, des arcs de triomphes, des voûtes et de nombreux vestiges que recèle l’Algérie ? Si ce n’est ces « artisans numides considérés comme des barbares ». Nous n’allons pas nous attarder sur les courtes périodes de colonisation des vandales et des byzantins qui avaient copiés les mêmes pratiques coloniales romaines et plus tard par les français.

Le but de la Colonisation n’est ni plus ni moins que d’opprimer brutalement le peuple pour piller ses richesses. L’Algérie décrite comme le grenier de Rome n’est pas une vue de l’esprit, mais une réalité à ciel ouvert. Meurtri, humilié notre artisanat a résisté à l’adversité de l’histoire.

La renaissance de notre artisanat est due à l’avènement de l’Islam. Libéré de l’oppression coloniale l’Algérie avait retrouvé les structures économiques et sociales de ces ancêtres fondées sur le système d’entraide et de coopération.

De la période du IXème au début du XIXème siècle, notre industrie avait atteint la vitesse de croisière de son évolution par l’importance de ses manufactures de tissage, de ses chantiers navals, son industrie de précision, de ses fonderies, de l’industrie du bois de son industrie métallique etc. A propos de l’industrie de précision, il y a lieu de citer cet artisan de Tlemcen, Ibn Feham qui avait fabriqué au XVème siècle une horloge appelée magana un siècle avant l’horloge européenne. Tlemcen et Bejaia villes les plus industrielles du pays, au XIXème siècle allaient devenir un terrain de prédilection de la révolution industrielle de l’Afrique si, l’Algérie n’avait pas été colonisée.

Cette donnée à l’endroit de la civilisation authentiquement algérienne a été confortée par Leroy Beaulieu, un économiste français de l’époque qui n’est pas un béni oui-oui de la colonisation. Et qui disait : « Par plus d’un trait et en tenant compte des ressources et des disponibilités qu’elle recelait de la dynamique nationale et culturelle qui l’animait ; l’Algérie de la première moitié du XIXème siècle présentait moins de carences, plus d’occasions de progrès par rapport à la civilisation européenne de l’époque et aux mouvements des peuples libres, qu’à la fin du siècle lorsque ce pays est dépouillé de ses millions d’hectares de terre et de ses forêts, de ses mines, de sa liberté et de ses institutions perdit du même coup le support essentiel de toute évolution collective véritable ». (cité par M. Lacheraf, Algérie, nation et société, page 205).

Tlemcen fut le centre de rayonnement de la culture, de la science et de la technologie. Dans son article « Le beau voyage », revue Illustration, numéro spécial du Centenaire de l’Algérie Française (1830 - 1930) du 24 mai 1930 Jacques Simon s’était laissé à dire la réalité en écrivant ceci « plus que toute autre ville, Tlemcen métropole religieuse, intellectuelle et artistique des musulmans algériens charmera le touriste. L’architecture et la décoration de très beaux monuments lui rappelleront — le peuple industrieux — qui avant l’arrivée des corsaires avait fourni des architectes à l’Alhambra, aux édifices de Fès et de Séville ».

De nombreux historiens et géographes musulmans témoignaient que l’Algérie avant 1830, possédait une civilisation plus riche que celle des Francs. Les faits historiques nous renseignent qu’en matière de performance, nos artisans sont doués d’une surprenant habilité. Ils avaient confiance en eux-mêmes et attachaient un sentiment inébranlable à leur travail et à leur Patrie. En dehors de leurs activités, ils travaillaient la terre. Ils étaient les alliés des paysans à qui ils fournissaient des instruments aratoires. Contrairement à l’Europe du XVIIIème siècle où l’industrie s’est formée autour des villes créant un vide dans les campagnes, à la même époque l’industrie algérienne fut l’une des plus humaines et ses activités s’étalaient à travers tout le territoire.

Elle est appuyée sur une large décentralisation du pouvoir et des responsabilités. Les activités sont exercées dans les villages. A l’exception de Cirta les autres villes existantes actuellement sont crées par des envahisseurs étrangers notamment par les Phéniciens, les Romains et les Français. Chaque village a son tisseur et ses tisseuses et ses potières. Les Ait Gheboula (Daïra d’Aït Ourtilane) excellaient dans la fabrication de la poudre pour cartouche. Chaque village avait son médecin par les plantes.

Chaque village fabriquait les moyens dont il avait besoin, le surplus est exporté vers d’autres régions. Il y a lieu de citer les tisseuses de Aït Ourtilane et d’Ait Yala qui étaient réputées à l’époque par leurs produits très fins tissés : burnous, haïk, gandoura et robe en laine. Ces produits étaient tellement demandés à l’exportation que ces artisanes n’arrivaient pas à satisfaire la demande (cf. Eugène Daumas : Moeurs et Coutumes de l’Algérie). Mais cette dynamique commence à s’affaiblir avec la conquête coloniale française avec son pacte colonial de 1851 qui consistait à tarir ce génie créateur de nos artisans et ouvrir le marché pour les produits de pacotille des manufactures de la métropole (manufactures de Roubaix, Tourcoing, de Saint-Étienne, etc.).

Dans un article « L’Algérie économique », l’économiste Robert de Beauplan écrivait sans ambages : « Longtemps l’Algérie a été considérée seulement comme un pays agricole et la métropole ne cherchait d’ailleurs, pas à encourager son essor industriel en raison de cette fâcheuse doctrine que les colonies sont faites pour consommer les produits métropolitains et non les concurrencer » (cf. Illustration - numéro spécial consacré au « centenaire de l’Algérie Française »). Augustin Berque (dans son livre Algérie, terre des arts et de l’histoire) avait fait toute une campagne de dénigrement de nos produits au profit des produits de la machine. Un exemple parmi tant d’autres consistait à dissuader la femme des montagnes à délaisser sa cruche d’eau qu’elle porte sur son dos ou sur la tête, arguant qu’au moindre trébuchement, le produit en terre cuite se casse ; alors que le seau en fer blanc est plus résistant ! Où bien incitation à l’homme de porter le pantalon européen et de se défaire de son séroual bouffon, incommode pour voyager en tramway.

En 1839, Marengo avait adressé, aux hautes instances de la métropole ceci : « La colonie en état de se suffire à elle-même est assez forte pour refouler dans le sables ces nuées d’autochtones qui l’inquiétait une fois livrées à ses propres forces ».

Pendant un siècle et demi, notre artisanat est livré à la décadence. Contrôlé, réprimé, il est dilué « dans le circuit » capitaliste du marché. A ce titre, toutes ses structures sont détruites et remplacées par des nouvelles inadaptées. Toute la stratégie coloniale française était copiée intégralement sur les méthodes de la colonisation romaine pour lesquelles les français ont une grande admiration. Désorganisé, anéanti presque, notre artisanat vivait dans un état morbide. Le secteur était caractérisé par le manque d’information, ce qui a jeté l’artisanat dans la méconnaissance et l’oubli. Pour la France, l’Algérie est agricole et non industrielle. Tout ce que nous savons à travers les estimations de Beauplan, que de 1830 à 1930, l’Algérie comptait 22 000 très petites industries avec un effectif de 160 000 ouvriers.

La production tissée fut estimée à 50 000 mètres carrées de tapis. Ce n’est qu’à partir de 1962 que nous avons quelques données, par regroupement, de la production de Tlemcen. Cette ville produisait effectivement plus de 70% de la production totale soit 40 000 mètres carrés.

Il serait fastidieux d’énumérer ici les actions psychologiques servant de propagande à l’oeuvre miraculeuse de l’industrialisation de l’Algérie par la France. L’accès aux crédits est ouvert uniquement pour les artisans européens, la commission de l’artisanat de 1958 dans les cadre du « Plan de Constantine » qui promettait un programme riche en matières d’actions à entreprendre est en fait que de la « poudre aux yeux ». Mais avec la fin de « l’Algérie Française » la mise en œuvre du programme a été même interrompue. Sur le plan fiscal les produits de l’artisanat contrairement à l’artisanat marocain et tunisien, l’artisanat algérien n’a bénéficié d’aucune mesure pour l’aider à faire face à la concurrence des produits manufacturés.

La colonisation de notre artisanat a abouti donc :

1. A son asphyxie : la crise de 1930 qu’avait connu notre artisanat en le privant de la clientèle solvable, celle-ci étant orientée vers les produits de la manufacture a provoqué la dégradation du niveau de vie des artisans ;

2. A son avilissement : éprouvés par les dettes les artisans étaient obligés pour s’en sortir de brader leurs produits. Les grossistes usuriers qui avaient leurs informations se présentaient tels des rapaces sur la proie pour tirer le maximum de profit.

Cette règle de jeu capitaliste a amené certains artisans à mélanger dans leurs produits des matières de mauvaise qualité. Pour les commerçants véreux les produits de mauvaise facture rapportent d’avantage que le produit de qualité. C’est de cette manière que notre artisanat a provoqué sa décadence et son avilissement. Néanmoins beaucoup d’artisans avaient résisté à cette tentation. Cette survivance est due à l’amour du métier et de la demande des classes aisées. L’amour des artisans pour leur patrie répétons-le est légendaire. Ils ont été toujours les fournisseurs en habillement et en armement des luttes de libération à travers l’histoire depuis l’époque de Jughurta et Takfarinas. Des Djounouds témoignent des ateliers d’armement fonctionnant dans les casemates en Haute et Basse Kabylie, dans les Aurès, aux frontières Marocaines et Tunisiennes pendant la révolution de 1954.

La dégénérescence de notre artisanat pendant les périodes coloniales romaine, vandale, byzantine et françaises peut être considérée comme évidente car l’occupant n’encourageait jamais l’industrie autochtone à devenir concurrente de la production métropolitaine. Cela va de soit, c’est clair comme l’eau de roche. Par contre, ce qui est aberrant et même criminel de constater qu’après 1962 date marquant notre indépendance, ce secteur qui représente les forces techniques et socio-économiques propres du pays a été complètement écarté de la politique de développement du pays. La mémoire collective en témoigne que la révolution algérienne n’a obéit ni aux influences capitalistes, ou communistes ni à l’Est ni à l’Ouest et que celle-ci a été portée et supportée par tout le peuple et ses artisans. Les recommandations de la Déclaration du 1er novembre 1954, de la Plateforme de la Soummam, du programme de Tripoli particulièrement, ont plaidé pour, un projet économique, par nos forces propres axé sur l’équilibre régional c’est-à-dire sur le développement de l’arrière-pays. La stratégie devait reposer sur l’artisanat, la PME et la grande industrie de transformation utilisant les matières premières locales. Hélas, s’étant détournée de ses idéaux l’opportunisme aidant comme pouvoir, l’Algérie s’est engagée dans les sentiers de la mésaventure de la conscience nationale (cf. Frantz Fanon : Les Damnés de la Terre). Elle a adopté des systèmes et des stratégies extérieures à nos valeurs. Voici un demi-siècle de développement avec un gigantesque banc industriel agonisant, et sous perfusion constante depuis 1980 ; l’Algérie s’est classée dernière de la classe dans les tablettes de la Banque Mondiale, du FMI, des Organisations Non Gouvernementales. Elle est fichée comme l’un des premiers pays dans le monde en matière de corruption, de non respect des droits de l’homme, des droits de la femme, des droits des enfants de la fuite forcée des cerveaux, et de capitaux, à forte économie informelle, paradis du blanchissement d’argent, et qui vit dans la quasi-totalité de la rente du pétrole et de 95% de ce que produisent les autres. Le slogan de l’après pétrole date pratiquement de l’année 1978 et à l’année 2009, l’Algérie exporte à peine 500 millions USD dont la moitié uniquement de métaux ferreux et non ferreux. Les martyrs peuvent se retourner dans leurs tombes s’ils apprennent que leur pays est livré à la recolonisation par les multinationales.

Voilà ce que cela coûte a un pays, lorsqu’il confie sa destinée au pouvoir de l’argent, à des Chicago-Boys algériens assistés de la consultance étrangère. Ceux-ci ont vendu leur âme au diable en tuant le patriotisme dans le cœur de peuple avec leurs pseudo-stratégies décevantes et leurs promesses non tenues. Inutile de rabâcher les erreurs commises qui ont fait reculer notre pays d’un demi-siècle.

Une poignée d’économistes, de sociologues, d’historiens et de politologues engagés par leurs contributions objectives ne cessent d’attirer l’attention de l’opinion publique sur ces pseudo stratégies et politiques, (lire notre article « Nouvelles stratégies ou tragédies industrielles » paru au Quotidien d’Oran du 20 avril 2009 pages 7 et 8), qui ne mènent nulle part qu’à la catastrophe. L’informel contrôle déjà 60% de l’économie nationale et du marché de la devise. Tout chef d’entreprise honnête vous dira qu’il a plus peur du bureaucrate, du fiscaliste, du douanier du coin que de la mondialisation. Nous ne sommes pas dispensateur de morale ou objecteur de conscience, mais lorsqu’on tue le travail créateur, qui forme l’homme on tue l’homme dans toute sa dimension.

L’économie de bazar de l’import-import, la rente du pétrole d’ailleurs n’ont jamais été les facteurs de croissance d’un pays.

Depuis 1962, l’Algérie a accordé une attention passive à l’absentéisme à la « ragda ouet mangé », à Inchaallah, au gain facile mais pas à payer le travail à sa juste valeur, ou de former l’homme sur le comment savoir produire et gagner sa vie d’une manière honnête. Il est vrai que beaucoup d’investissements ont été consenti mais pour aboutir à une économie inerte sans âme. C’est l’âme qui met en mouvement qui anime l’esprit. L’ Algérie dispose d’un banc industriel incommensurable mais, n’ayant pas l’artisanat et la PME comme âme, il est rouillé et en attente de sa réparation. L’Algérie a construit des usines avec une architecture digne des pharaons alors qu’il suffisait d’un hangar en charpente métallique comme stricte nécessaire pour abriter les équipements. Elle a investi dans du béton et non dans la formation de l’homme comme richesse des richesses (Bourdieu). Il en est de même de tous les secteurs économiques. D’ailleurs il est heureux qu’en cette année 2009, le pouvoir est revenu à une réalité bienfaisante d’insuffler une âme spécifiquement propre pour réanimer et revigorer notre économie comateuse. Les assises de l’artisanat se dérouleront début novembre 2009. Cet évènement est historique dans la mesure où c’est la première fois depuis l’indépendance, nos décideurs conviennent de prendre en main ce secteur porteur de notre identité, de notre histoire, de notre « moi » que par l’inconscience et la mauvaise gouvernance il est relégué dans l’oubli et voué à sa disparition. Les artisans sont contraints de résister depuis la nuit des temps et meurent dans l’oubli tels des bibliothèques qui brûlent. Aujourd’hui Il y a le feu en la demeure. La résurrection de notre artisanat s’impose comme une dernière chance de l’Algérie à devenir elle-même, d’être au rendez-vous avec son histoire, enfin avec son esprit industrieux et de créativité.

Ibn Khaldoun a résumé ainsi la science il disait : le métier est une technique, celle-ci est une science et toute science est une culture. Inutile de rappeler que les sciences du savoir actuel sont le produit de l’artisanat, comme le sont les civilisations de par le passé. L’économie authentique s’édifie avec les techniques du peuple il est la solution idéale et objective pour éponger le chômage et la pauvreté et donner espoir aux jeunes de préparer leur avenir et celui des générations futures.

Il est incontestablement l’école de formation de la société des entrepreneurs et de l’esprit de l’entreprise organisée avec des structures qui lui sont spécifiques, il sera d’un apport de premier plan à une économie compétitive et performante. Il est la charnière huilée de l’industrie, de l’agriculture, et de la culture dont il assure l’intégration. Il se positionne comme un rouleau compresseur du développement économique et social à travers le territoire. A ce titre il diffuse le progrès dans l’Algérie profonde. Pour la protection de l’environnement naturel, l’artisanat est caractérisé par la non pollution. Il porte en lui une stratégie authentique du développement « après pétrole ». Il est aménageur du territoire. Il est aussi la morale et l’éthique de l’économie. Le Japon a réussi dans sa stratégie de développement grâce à la pratique de l’éthique des affaires. Contrairement à la grande industrie qui provoque un développement déracinement l’artisanat et la TPE favorise le développement enracinement. En complément des propositions faites dans notre précédent travail, nous suggérons en vrac :

— Un recensement exhaustif des artisans à l’instar du recensement de la population et de l’habitat tous les 10 ans. Tel que défini par la Loi 82-12 du 28/08/1982 portant statut de l’artisanat.

— La reconnaissance formelle de l’extrait du registre de l’artisanat et des métiers et de la carte d’artisan dans ses transactions ou relations avec tous les agents économiques reconnus au même titre que le registre de commerce (RC) sous peine de sanction.

— Action de prospection de marchés en Allemagne, France, Italie, Espagne, Angleterre, Canada, les U.S.A demandeurs de produits fait main "bio".

— Créer des centres de formation de coopérateurs.

— Créer un Institut National Supérieur de Formation de coopérateurs pour l’encadrement.

— Instituer des dispositifs d’encouragement à l’exportation (primes, exonérations de droits de douanes etc.).

— Liberté de disposer par l’artisan de ses revenus en devises.

— Créer des espaces d’exposition dans les Ambassades, Consulats etc.

— Élaboration d’une charte de l’artisan.

— S’inspirer des expériences de l’Allemagne, du Brésil, du Maroc et de la Tunisie.

— Créer un Institut National des Arts et Métiers.

— Créer une Ecole de formation des Reggam (création, innovation des motifs).

— La formation dans son ensemble doit être sanctionnée par des diplômes d’état et non par des certificats de stage.

— Contrôle sur la formation des jeunes en stage pratique pour éviter aux jeunes d’être versés dans la production pendant la période de l’apprentissage.

— Élaboration d’un guide l’artisan portant orientation et recommandation permettant l’adhésion au secteur et au développement de ses activités.

— Rédiger les manuels, revues, dépliants en arabe, en français, et en Anglais.

— Création d’une centrale de données avec réseaux, chambres de l’artisanat et des métiers ainsi qu’avec les services publics et privés concernés par le secteur.

— Créer un organisme financier à la fois pour le crédit artisanal et servant d’affiliation et de service à la sécurité sociale des artisans, genre Caisse Mutuelle d’Assurance Agricole avec ses ramifications en Caisse Régionale Mutuelle des Artisans.

— Les Chambres de l’Artisanat et des Métiers doivent initier des projets pour les chômeurs à l’instar de la CNAC, ANSEJ, ANGEM.

— Les sièges des Chambres de l’Artisanat et des Métiers doivent être implantés au centre ville, construits ou aménagés avec le style Arabo-Mauresque et décorés avec les produits de leur circonscription.

— Réactiver la Confédération des Artisans, comme organisation indépendante de l’UGCAA.

Nous terminons cette contribution par une phrase empruntée à Voltaire, en écrivain averti, il avait dit ceci : « Quand une nation connaît les Arts, quand elle n’est point subjuguée et transportée par les étrangers, elle sort aisément de ses ruines et se rétablit toujours (cf. - Essai sur les mœurs) ». La réappropriation de notre artisanat, de notre histoire tant souhaité rétablira l’Algérie sur ses deux jambes à l’instar de la Chine, ce pays qui grâce à ses artisans dispute aux USA la place de Leader mondial.

Ali Tehami Enseignant Universitaire en retraite

dimanche 3 janvier 2010

 

(*) Ali Tehami : Ancien de l’organe central de planification, chargé de l’Artisanat et de la PME. Titulaire du diplôme et diplôme d’études approfondies de l’EHESS de Paris. Mémoires : programme algérien des industries locales 1975, publié par SNED/OPU 1979 ; L’Artisanat algérien entre le passé et l’avenir 1977, non publié. Titulaire du magister à l’université d’Alger, 1992. Mémoire : les industries villageoises dans le développement national, 275 p. Auteur de plus de 150 articles divers liés à l’Artisanat, à la PME et au développement par des forces propres. Enseignant universitaire en retraite. Consultant en organisation et gestion de l’entreprise, juillet 2009.

 

Source: http://www.setif.info/article4141.html

 

 

 

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À propos

Karim Tedjani

Karim Tedjani est un blogeur indépendant très concerné par les questions de l'environnement ainsi que de l'écologie en Algérie... Depuis 2009 , il sillonne autant le web que son vaste pays d'origine; afin de témoigner, d'apprendre, mais aussi de militer...
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