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Nouara Algérie.com

Ecologie, environnement, nature, économie verte et développement durable en Algérie

« Guerbes Sanhadja-Le débat est ouvert… » Par Karim Tedjani.

 

                        Guerbes août 2010

                         La baie de Guerbes sera peut-être bientôt le théâtre d'un nouveau drame...(Tedjani K.)

Dans un récent article publié sur  El Watan, l’expert en environnement algérien Rafik Baba Ahmed a été interrogé  à propos  du projet de Sonatrach  envisageant  de  construire un complexe pétrochimique dans la région de Guerbes Sanhadja,  à une trentaine de kilomètres de Skikda. Pour ceux et celles qui l’ignorent encore, cette « perle » de la biodiversité méditerranéenne abrite un des plus importants sites naturel dont la fonction écologique dans le cycle de l’eau est trop peu mis en valeur dans un pays où elle fait sérieusement défaut. Son avis fût celui de la raison et non de la passion malgré son amour pour la nature , ce qui présage de bonnes choses quant à la maturité du débat qui, je l’espère, va s’engager entre partisans et opposants au  choix de   l’emplacement d’un site aussi polluant dans une région qui produit une biodiversité si richesse et fragile.  Cet écologiste, au sens scientifique du terme, peut  certes concevoir techniquement  la présence d’un tel site dans une région qui abrite un complexe de zone humide ainsi qu’une nappe phréatique d’une grande rareté. Mais, il souligne que pour obtenir de tels résultats, il n’est pas possible de se permettre dans sa gestion   ni l’ombre d’une  erreur, ni le moindre défaut et cela demandera des coûts supplémentaires ainsi que de nombreuses restrictions. Il est assez facile de prendre cela comme une très sérieuse réserve quand on sait que le complexe de Skikda n’a vraiment pas fait montre de telles compétences, ne serait-ce qu’au regard de la récente marée noire  qu’elle a déversé accidentellement  dans la mer.

Sans être un expert de l’environnement, il suffit  d’ailleurs de jeter un coup d’œil  sur le plus célèbres des moteurs de recherches web  pour s’apercevoir que le cas  de Guerbes Sanhadja  a fait largement le tour de la toile.  Tapez « complexe pétrochimique zone humide »ou d’autres thèmes corollaires  et je pense que vous serez à même de constater que notre pays s’illustre mondialement à ce propos.

La particularité d’un complexe de zone humides, c’est-à-dire d’une collection de points d’eau très étendue et variée, c’est qu’il relie entre eux  des milliers de mares, de marais, de marécages,  de ruisseaux , d’oueds souterrains ; et cela dans un rayon très vaste qui dépasse celui de la région. L’eau qui circule dans ses veines souterraines et des ruisseaux éphémères qui ne durent que la saison des pluies, cette eau va et vient dans plus vaste rayon qu’on ne le pense. En hiver l’hiver, à bord de  vastes nuages, elle déferle  sur le sol, en trombe, le plus souvent balayée par un vent fulgurant et glacial. Elle se faufile alors dans un formidable théâtre de canalisations et de réseaux naturels. C’est un capital pour tout le reste de l’année au climat très aride.  L’Oued el Kébir, lui, le majestueux serpent d’eau douce, qui voyage à travers l’Est algérien, vient rejoindre la mer le long de la très étendue baie de Guerbes. Il est, à vrai dire, l’orchestrateur, la colonne vertébrale de ce patrimoine hydrique à ne surtout pas négliger.

Imaginez, comme l’a si bien suggéré le chercheur, enseignant  et journaliste   Rafik Baba Ahmed, que  la moindre marée noire peut avoir des répercussions catastrophiques sur l’environnement d’une région où l’eau circule abondamment et partout. Il serait également bon de parler des autres impacts négatifs d’un tel complexe sur un site aussi précieux et fragile qu’une zone humide. L’Algérie semble experte dans ce triste domaine, puisque que le site de Macta, dans l’ouest algérien, lui aussi reconnu en 2001 comme un site d’importance mondiale et qui est un autre bijou de la Nature Algérienne, ce paradis de la biodiversité subit régulièrement des pollutions de la part du complexe d’Arzew qui se situe dans la même région. Le Savoir faire de Sonatrach dans la préservation d’un  tel site n’a pas vraiment été exempt de tout reproche…

Prenons,  également à ce propos, l’exemple  assez parlant de la catastrophe de l’usine pétrochimique de Jilin (Chine,) en 2005   où des quantités énormes de benzène et nitrobenzène (hautement cancérigènes) se sont mélangé aux eaux du fleuve « Amour » de même qu’avec la mer. Elle généra des impacts graves, aussi bien écologiques économiques que  sociaux. Sonatrach sera-t-elle prête à envisager d’assumer le prix économique et sanitaire d’u tel risque écologique ?

D’autant, qu’au quotidien, les impacts  d’un tel complexe sont nombreux et néfastes autant pour l’eau, l’air et la biodiversité. C’est donc la santé publique de nombreux algériens qui est également en jeu .Préserver Nature n’est pas seulement une valeur éthique, c’est avant tout une nécessité sanitaire. Surtout en Algérie, et tout le monde le sait. Encore plus à Skikda où le taux de cancers, s’il était vraiment révélé, ferait frémir de chagrin n’importe quel algérien doté d’assez de cœur  pour faire abstraction de tout régionalisme stérile. Autant dire beaucoup, beaucoup de monde.

Si, il est indéniable que notre économie dépend essentiellement de l’industrie pétrochimique, de même que la demande en produits raffinées est autant croissante que vitale à assumer dans notre pays, il est clair que la Sonatrach dispose tout de même d’un territoire aux côtes très étendues. Pourquoi suggérer de le construire dans une région aussi renommée pour son caractère rare et  sauvage ?

 

Elle  abrite peu d’habitants. Il faut certes la développer, mais ce n’est pas ici, en Algérie, que les 20 000, puis même 30 000 emplois « permanents »  qui ont été vaguement promis dans la presse, auront le plus de légitimité. Je pense connaitre assez bien la région et ses habitants pour savoir à quel point ils tiennent à leur environnement et qu’ils sont ravis de vivre dans la Nature. L’endroit qui est suggéré par les médias, est d’ailleurs le poumon d’un tourisme qui prend une ampleur de plus en plus importante chaque été.

Les Guerbésis n’ont pas besoin d’un tel complexe chez eux, ils demandent tout simplement de vivre dans des conditions descentes et qu’on leur donne les moyens de réaliser leurs ambitions touristiques et agricoles.  S’ils vivent dans un cadre de rêve, leurs conditions de vie sont très précaires. Pourtant, beaucoup d’entre se sont accrochés à cette terre, souvent depuis des générations, acceptant tous les inconforts pour rester connecté à cette nature fabuleuse.

 

Le gouvernement algérien a fait de pertinentes propositions au PNUD pour une gestion intégrée de la région qui met en avant le fait que la faible densité  de la région a permis au site de Guerbes Sanhadja d’être un des mieux préservé d’Algérie. Et, ce, malgré les nombreuses agressions des hommes sur la nature ainsi que le laisser faire parfois suspect  des autorités locales… L’état algérien s’est également engagé dans un plan de développement rural national. Enfin, l’Algérie a affiché un intérêt très sérieux au concept de développement durable au point de lui consacrer également un programme national. Pourtant, alors qu’il suffirait de cinq ans, à mon humble avis, pour mettre en place un programme original intégrant des      aspects à la fois écologiques, économiques que sociaux afin d’assurer à cette région un développement à la mesure de ses véritables besoins et potentiels naturels.

Les secteurs pétroliers et gaziers, alors qu’ils  occupent  une grande place  dans notre économie,  n’emploient que 2% des Algériens. Il est évident que d’autres niches  doivent être développées pour assurer un avenir digne à une population très jeune et donc très réceptive au changement.

 

Ilot de guerbes

Le site où est supposé se construire le complexe.

 

La clef du problème se situe là, pour ma part. Depuis que les trente deux ans que je connais cet endroit, les conditions de vie de ses habitants n’ont guère évolué. Pire, pour les avoir éprouvé tout au long de ma courte vie, je trouve qu’elles se sont, dans certains cas,  dégradées. Alors qu’il suffit de passer quelques jours dans cet endroit féerique pour en comprendre les potentiels en développement durable. Cela fait tant d’années que je parcoure ses sentiers inspirés parce  climat hors du commun. Les gens de ce pays m’ont adopté, bien que je sois né à Paris, beaucoup me considèrent  comme l’un d’entre eux. Je pense, en ce sens, pouvoir parler en leur nom…

 

Il est évident que M. Baba Ahmed ne manque pas de bon sens  quand il soulève le fait que les chances que cette région algérienne ne soit pas suffisamment protégée des impacts quotidiens et accidentels qu’imposera  un complexe pétrochimique à  une zone  aussi rare que Guerbes Sanhadja qui est à considérer non pas seulement comme un site naturel, mais bien comme un parc national pour la région Est du pays. Plus de 42100 hectares, si on compte la zone côtière, doivent impérativement intégrer ce facteur pour être développer économiquement. Sonatrach qui finance une des plus importantes fondations pour la préservation de l’environnement doit, en ce sens, montrer l’exemple.

 

J’espère que cette annonce restera une rumeur. Je souhaite encore plus qu’elle permette un débat, puis des actions concrètes afin d’impulser une nouvelle dynamique pour la région. Celle d’un développement économique  et social en accord avec l’environnement.

Il existe dans la ville de Skikda un pôle associatif très dynamique et compétent  qui commence à se faire  une très bonne réputation à l’échelle internationale. Guerbes Sanhadja dispose sur le web  d’une très bonne visibilité et a de plus en plus de « sympathisants » à travers le monde. Ce sont donc de sérieux atouts pour cette région dans une wilaya qui a déjà beaucoup souffert de la pollution pétrochimique et qui s’est mainte fois officiellement affichée comme un pôle potentiel de développement durable en Algérie.

 

A titre plus personnel, j’ai déjà fait goûter à des amis étrangers du miel, de l’huile d’olive, ainsi que des fruits et des infusions de plantes issus de la région et, à chaque fois ils furent très intéressés pour acheter de tels produits au goût si particulier dont le secret est un climat hors du commun. Beaucoup d’algériens issus de la diaspora m’ont fait part de leur envie de pouvoir découvrir la région dans un cadre écologique. En administrant un blog consacré à la région, avant de le faire pour un  portail  web national, « Nouara », en photographiant une grande partie de sa biodiversité, ses paysages, ainsi que ses tranches de vies, j’ai réalisé à quel point Guerbes Sanhadja avait tout pour  attirer les amoureux de la nature sauvage. J’ai visité près de 20 wilayas algériennes, plus belles les unes que les autres,  et ce,  souvent en compagnie de leur meilleurs ambassadeurs, c’est à dires leurs protecteurs,  le charme de Guerbes Sanhadja n’en demeure pas moins pour moi  celui d’un des  plus beaux fleurons écologiques  de l’Est du pays.

Ce sont des problèmes locaux apparus dans ce coin d’Algérie qui m’ont fait prendre conscience de problèmes nationaux. « Guerbes », comme je dis plus familièrement, c’est la source de mon engagement. J’ai voulu d’abord comprendre ce qui se passait ailleurs pour pouvoir mieux saisir ce qui pourrait se passer ici, dans ce coin d’Algérie où j’ai passé tant de moments de ma vie.

 

J’espère sincèrement que ce complexe verra le jour ailleurs, là où il sera plus utile et moins destructeur. Mais le combat pour protéger Guerbes Sanhadja ne fera alors que commencer car c’est sa mise en valeur économique et sociale qui doit en soutenir la préservation. Une région magnifique qui ne crée pas d’emplois durables sera toujours menacée…C’est ce que nos ministres concernés doivent rappeler autour, non d’un projet pour le complexe de zones humides, mais bien une vision  pour toute une région.

 

                      L'eau est omniprésente...

                      L'eau ruisselle partout...

 

PHOTOS TEDJANI K. Tous droits réservés. 

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À propos

Karim Tedjani

Karim Tedjani est un blogeur indépendant très concerné par les questions de l'environnement ainsi que de l'écologie en Algérie... Depuis 2009 , il sillonne autant le web que son vaste pays d'origine; afin de témoigner, d'apprendre, mais aussi de militer...
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