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Nouara Algérie.com

Ecologie, environnement, nature, économie verte et développement durable en Algérie

" La sale-bouffe ..." Par Karim Tedjani (2/2)

 

Deuxième partie :  "La sale bouffe algérienne ..." 

En Algérie,  la malbouffe  a pris le pas sur la sobriété culinaire, quelque peu forcée, certes,   de nos aïeuls. On mangeait peu,  mais bien. Les famines ne furent pas anecdotiques, elles furent d'ailleurs  régulièrement provoquées par des intrusions étrangères dans les  écosystèmes autochtones. 

Dans ce pays, de ce que j’en sais, on mangeait peu, mais bien,  je disais, c’est-à-dire des produits d’une extrême qualité gustative et curative.  Plutôt que de manger à en tomber malade, on préférait éviter les maladies en mangeant une nourriture saine et équilibrée. Nos « papys » des zones rurales, sont, pour la plupart  encore des forces de la nature,  meme à leurs âges avancés.  Ils sont les derniers à avoir connu ce régime alimentaire naturel...

Il n’y a pas de cela si longtemps, en Algérie,   on ne se régalait  de viande que pour fêter de grands événements, ou bien encore de providentiels invités. C’est à ce titre que, je crois, dans notre tradition, les festins ont le plus souvent plus  une signification sociale qu'un rendez-vous culinaire. La gourmandise est un rite, dans la tradition algérienne, avant d’être un luxe. Qu’elle soit de matrice amazigh, arabe ou bien  d’influence ottomane.  La viande rouge, je me souviens que dans les années 80-90, encore, la plupart des gens n’en mangeaient vraiment que  durant la fête du mouton ou  bien une fête d'un ami, d'un voisin, ou d'un membre de la famille. 

Une fille   ou un fils à  proposer en mariage ? La mort d’un proche à partager ? Un bon résultat au bac dans la famille ? Un petit service à demander ? En Algérie. Il y a tant de choses qui se font et se défont  encore, en 2014, autour d’une table bien garnie …

Quant à  moi, à Paris, je me gavais de steaks bon marchés chaque jour, presque à chaque repas. Je trouvais normal de consommer trois plus de viande que mon corps n'en réclamait, tant c'était la norme dans le monde développé.

Je n’étais pour autant plus costaud que mes cousins « du bled » ; bien au contraire, j’étais un vrai sac d’os et, eux, enfants de la mer et de la nature sauvage, ils avaient tous des corps d’athlètes et des forces de bœufs ! J’ai connu un peu de cette sobriété lors de mes dix étés passés à Guerbes, durant  mon enfance. Un régime sec duquel  mon statut de « migré » ne m’a jamais dédouané.   Je crois que si  je n’ai quasiment plus jamais mangé de pastèque  depuis tant d'années; c'est à force  d’avoir souvent eut pour déjeuner  du « Della33 » et de la « Kesra », la version algérienne du pain à l’eau. Chaque bouchée de viande était un évement, réservé aux jours de fêtes ou pour célébrer la venue d'un invté; mais quelle viande! 

 

Mais au petit déjeuner, je pouvais choisir entre du lait frais de vache ou de chêvre. Avec le lait des caprins, il était de bon ton d'ajouter une pincée de poivre. Chaque matin, la galette au feu de bois, le beurre frais. Le Midi, on avait souvent droit à une  tchouktchouka aux  d'oeufs fraîchement pondus et préparée avec les légumes du potager. Le soir, les pâtes à la sauce tomate "bio" de ma cousine Fatiha avait le goût du luxe quand elles étaient agrémentées par, ne serait-ce qu'un bouillon de Djadj A3rab , le poulet fermier local. Pour compléter ses maigres repas, nous chassions le moineau, allions à la pêche et mes cousins connaissent la saveur et les bienfait de tout ce qui était comestible dans la nature de Guerbes (Skikda).

Ma mère, comme beaucoup d’immigrés, emmenait toujours  dans ses bagages de la viande et des légumes congelés provenant du pays tant ils étaient nettement plus savoureux que ceux que l’on pouvait se permettre d’acheter à Paris. Moi-même, enfant, c’est à Guerbes que j’ai découvert le goût de la viande et des légumes fraichement cueilli, du poisson à peine pêché. Nullement à Paris, cet je ne  connaissais pas les campagnes de France.

C'était le régime de l'été et, à chaque saison il y avait un menu particulier, fait de champignons, de petits pois, de pois chiches, de courgettes, de viande de mouton, de boeuf ou de chêvre. Mais, déjà, dans les années quatre-vingt, la gazouze était reine sur les tables algérienne. Je me souviens que pour mon grand père Aïssa, c'était même une affaire très sérieuse, la gazouze. L'époque des "caprices", ces caramels de modeste facture  qui nous ravissaient tant, autant que les gaufrettes, le corniskés(  cornets de glace) ou les "fougazes" (pizza version algérienne).

Dans les années quatre vingt, on ne mangeait déjà plus vraiment traditionnel, la révolution agraire était déjà passé par là pour mettre en pièce la culture et les traditions rurales de notre pays. Les médicaments chimiques commençeaient à prendre une place de plus en plus importante dans la vie des gens. Une Algérie allait bientôt s'éteindre, cela me parait, avaec le recul, évident. 

Comparé à la "grande bouffe" que je vivais  à Paris, pour moi, l'Algérie était un autre monde, plus raisonnable et moins consummériste. La publicité n'existait même pas et les supermarchés étaient subventionnés par l'état. L'Algérie, sous le feu des pénuries et des produits d'état, découvrait leurs pires revers: le gaspillage et la consommation compulsive

  

Il parait que, de nos jours, si l'Algérie est à considérer, non plus comme un pays du tiers monde, mais en voie de développement, c'est aussi parce que les gens ont accés à beaucoup plus de produits alimentaires manufacturés, et ce en quantité plus que suffisante. De nos jours on vit pour manger en Algérie . On ne mange plus , ni ne cultive , juste pour vivre. Les Algériens sont devenus de nouveaux consommateurs de masse. Et, ravis de se démarquer des générations précédentes dans ce domaine, ils ne s’en  privent pas. C’est le moins qu’on puisse dire, dans ce jeune pays, ouvrir un fast Food reste encore un moyen  très sûr de gagner de l’argent. 

Le problème, c'est que chez nous, les organismes de contrôle sanitaires sont défaillants. Les professionnels du monde vétirinaire, des membres d'associations de consommateurs et de nombreux médecins ont tiré depuis bien longtemps la sonnette d'alarme: les Algériens courent de grands risques à manger comme ils le font. 

Les  restaurateurs et autres professionnels de la nourriture ne sont pas assez formés et, beaucoup d'entre eux n'ont aucun cas de conscience à vous empoisonner pour une tranche de pizza vendue, ou bien encore un sandwich à l'omelette. En cas d'intoxication alimentaire, les recours sont limités pour le consommateur algérien dont ce n'est pas la culture de porter plainte pour des affaires "courantes". 

Les régles d'hygiène les plus élementaires apparaissent à ces derniers comme un charabia qui ne peut que leur faire perdre de l'argent. N'importe qui peut s'improviser restaurateur en Algérie, même dans la gargotte la plus infecte et contaminée une faune de bactéries malsaines pour le consommateur. 

Personnellemt, ce qui me frappe, en tant qu'Algérien né hors d'Algérie, c'est l'odeur de l'huile que mes compatriotes consomment quotidiennement. Elle est étrangement infecte pour qui, comme moi, n'y est pas habituée depuis le plus jeune âge. Les pires rumeurs circulent sur sa composition ou bien, encore sa norme réelle de qualité.  

La source du problème, c'est que le consommateur Algérien ne sait plus être exigent, il s'est habitué, à ce que ,   comme pour ses paysages, à trouver normal que les ordures y prolifèrent. dans son assiette . Il ne sait plus choisir un bon légume, reconnaître une huile d'olive frelaté ou coupée d'une authentique huile vierge. Tous les secteurs de l'alimentaire est parasité par des intermédiares qui n'hésitent pas à mélanger tout et n'importe quoi pour faire des bénéfices rapides.

De plus, par le bias d'une viande rouge tellement bon marché qu'elle en devient suspecte, vendus en brochettes, pour 10 oui 20 dinars seulement, la population devient de plus en plus carnassière. Or, tout le monde le sait, cela est inutile et même néfaste pour la santé. D'un point de vue écologique, il faut savoir que 1kg de boeuf, coûte environ 1000 litres d'eau potable. Que l'élévage, qui se fera forcement intensif face à la nouvelle demande, sera une très mauvaise source de Co2, de gaspillages énergértiques, de sur médicamentation et cela , d'un point de vue économique, aura pour éffet d'augmenter le prix des céréales, imposer le maïs dans nos champs,lui aussi très hydrauphage. Au mieux de l'importation, mais quelle  type d'importation? Vous voulez vraiment le savoir...? En Algérie, chaque intermdiaire entre nous et nos assiettes, est potentiellement un empoisonneur, de bon gré ou malgré lui...

Il faut réapprendre à se nourrir en Algérie, cela nous poussera à réeinventer l'Algriculture naturelle. L'Agro écologie, qui respecte les terroirs et leurs environnements, capable de rendements et même de restaurer des terres devenues infertiles à force d'être sur exploitées de manière chimique. Mais, cette agriculture ne pourra émerger que dans des pays qui auront aussi révolutionnés leur régime alimentaire vers une sobrité qualitative.

 

Il ne faudrait jamais oublier que, le régime  traditonnel crétois , à base de légumes bios, de margarine d'escargot et, tout en salades à l'huile d'olive, est considéré comme la principale raison pour laquelle ce pays  détient régulièrement des records de nombre de centenaires sur son territoire. Dans un village de l'Equateur, perdu dans les hauteurs, les personnes agées sont réputées également pour leur vitalité et leur grande longévité. Là, c'est la qualité hors du commun de l'eau qui est "soupçonnée" d'être la cause d'un tel phénomène...

En Algérie, il parait que c'est un record mondial de cancers infantiles qui se profile surtout pour les années à venir ...Les maladies intestinales, buccales, respiratoires, épidermales, sont devenues l déjà le lot  tristement quotidien de la plupart des habitants. Certes, le commerce pharmaceutique s'en porte à ravir. Mais pour la santé des gens et du "Sendouk" (budget de l'état) c'est  autre une histoire  bien moins réjouissante...

Imaginez, avant il existait plus de mille recettes culinaires à travers toute le territoire, c’est du moins toutes celle qu’a pu répertoriées mon amie et artiste culinaire M. Sellam dont vous pouvez déguster les succulents mets dans sa table d’hôte située à Cheraga (Dar Djeddi). A présent, le mythique « frite omelette »  et le « Humburgur », sont en passe de devenir les uniques plats emblématiques du régime alimentaire algérien, presque des  « mets » nationaux. Ya latif !

Si la cuisine traditionnelle algérienne puise sa richesse dans des influences tantôt arabo andalouses, ottomanes et berbères (principalement), la cuisine « moderne » algérienne, c’est autre chose…On peut dire qu’elle est  devenue très américaine.

Mais de la quantité, se bourrer l’estomac pour pas cher et surtout manger vite. Car  si l’économie algérienne parait en surface léthargique, le « naviguage »  populaire  cultive sans cesse le mouvement. L’argent ne s’attend pas, il se capture à la vitesse des réseaux  et  des bénéfices à court termes.

La femme algérienne, pour le plus grand bien de cette société, est de plus en plus au bureau qu’aux fourneaux. Mais les hommes n’ont toujours pas appris, dans leur majorité, à se nourrir par eux même. Dans les restaurants populaires, l'absence des femmes depuis la décénnie noire, a favorisé la vertigineuse baisse des normes de qualité et d'hygiène dans les restaurants. Dans cette Algérie de vieux célibataires, les hommes et les femmes pressés sont les meilleurs clients de la restauration rapide et donc de la malbouffe qui provoque maladies et cancers...De la sale-bouffe algérienne,  à rebours de tout ce que la gastronomie de cette nation a de meilleur à  nous offrir..

 

 

Lire la première partie: "C'est la dose qui fait le poison..."

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À propos

Karim Tedjani

Karim Tedjani est un blogeur indépendant très concerné par les questions de l'environnement ainsi que de l'écologie en Algérie... Depuis 2009 , il sillonne autant le web que son vaste pays d'origine; afin de témoigner, d'apprendre, mais aussi de militer...
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