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Nouara Algérie.com

Ecologie, environnement, nature, économie verte et développement durable en Algérie

"L’artisanat algérien, façon féminin et équitable, c’est possible" par le blog Fatea

Voici un article passionnant et plein d'espoir que j'ai trouvé sur ce blog à que je souhaite longue vie...

Tedjani K

"[COUP DE PROJECTEUR] Toutes les deux semaines, nous vous présentons un projet, un réseau, une association, qui donne à voir l’Algérie autrement. Aujourd’hui, coup de projecteur sur Res’Art, réseau solidaire d’artisanes.

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                                        Nacera Harb travaille la tapisserie à Ait Hichem (Kabylie)

L’artisanat algérien n’est pas franchement en forme. Après la décennie noire qui a vu le pays se fermer aux touristes et à l’exportation, le secteur s’est complètement écroulé. En cause, un marché local inexistant : les Algériens achètent chinois et à bas prix alors que la mode est plutôt à l’occidentale, chic ou non selon les moyens, façonnée par les télévisions étrangères. En cause également un artisanat resté très traditionnel, marqué par l’informel.

Res’Art, projet porté par l’association Femmes en Communication -créée par des femmes journalistes dans les années 90- propose à des artisanes de valoriser leur travail, de le moderniser et de leur trouver un marché. Une expérience qui marche : sur 12 régions, elles sont aujourd’hui 150 à y participer et une boutique a été ouverte en plein centre d’Alger. Coup de projecteur donc sur ce projet avec une de ses initiatrices, Madeleine Lavastre-Vernet, experte en développement avec approche genre.    

A droite, Madeleine Lavastre-Vernet

  A droite, Madeleine Lavastre-Vernet

“Vouloir faire du commerce équitable dans un pays où les relations commerciales sont inéquitables - travail non déclaré, marchandises entrées en fraude- c’était un vrai pari”. Madeleine Lavastre-Vernet, née à Marseille et habitant à Sète, rencontre Maya Azeggagh, ingénieure algérienne en géologie marine et passionnée d’artisanat, sur le premier projet Res’Art, lancé en 2003 par Femmes en Communication. Ce n’est alors qu’un simple rassemblement d’artisanes sans objectif précis. Les deux femmes, spécialisées dans le développement et ayant déjà travaillé sur la formation professionnelle de femmes dans le Maghreb, lancent un processus de formation pour ces dernières : “Ce qui marche, traditionnellement, ce sont les pâtisseries, les céramiques, les coffres en bois peint. L’artisanat vestimentaire est un peu mort alors on a voulu moderniser leur travail pour qu’il soit vendable, avec notamment l’intervention d’une styliste-designer, précise Madeleine Lavastre-Vernet. Dans le textile par exemple, on a travaillé sur les motifs, les couleurs berbères. Notre objectif, c’est de faire du prêt à porter avec une griffe algérienne et que les filles algériennes aient envie de s’habiller avec cette mode.”

Autre objectif principal : sortir les artisanes du commerce informel pour qu’elles se déclarent et puissent profiter de la sécurité sociale et de la retraite. “C’est une nécessité pour elles. En Kabylie, selon la coutume, les femmes n’héritent pas. Quand elles arrivent en fin de vie, si leur mari n’est plus là, elles n’ont aucune ressources”, raconte Madeleine Lavestre-Vernet. Le prix de cette Sécu, 200 € par an (sachant que le SMIG algérien est fixé à 120 € par mois, ndlr), en a fait reculer plus d’une. Pour autant, elles sont 60 % d’entre elles à avoir obtenu leur carte d’artisane. Ces dernières sont également initiées au commerce équitable : elles calculent leur seuil de rentabilité en comptant leurs heures de travail, et 90 % du prix de vente leur est reversé. Est mis en commun également l’achat des outils de travail et de matières premières.

Hassiba Boualem, poterie. Oran

             Hassiba Boualem, artisane d’Oran, fait travailler une quinzaine d’artisanes en Kabylie.

Enfin, dernier volet d’action du réseau : la commercialisation des oeuvres au niveau national et international. Depuis mai 2009, 40 artisanes exposent dans une boutique d’un centre commercial d’Alger et Res’Art participe à des salons à l’étranger, comme le Salon International de l’Artisanat de Ouagadougou (SIAO). Cette année, et pour la première fois, les ventes ont dépassé les charges. A terme, Res’Art veut conduire les artisanes à s’organiser en coopératives et devenir autonomes. “Le peuple algérien vit au jour le jour, il a des difficultés pour se projeter dans l’avenir, explique Madeleine Lavastre-Vernet. Et cette société est d’autant plus bloquante pour les femmes. Elles rencontrent des problèmes au quotidien, qu’ils soient administratifs ou sociaux, et elles baissent les bras. Nous les poussons à être constantes.”resart3.1298884937.jpg

Aujourd’hui, Res’Art vise l’excellence et le haut de gamme : “On a réalisé un premier défilé de 45 tenues à Alger en décembre dernier, détaille Madeleine. Un vrai boom !” Et une vraie évolution pour ce secteur économique, très informel et marqué par l’instabilité. Le dernier Salon de l’artisanat algérien a ainsi été un “vrai cauchemar” pour Res’Art. Déplacé de date en date, l’Etat l’a finalement  annulé, par peur du terrorisme. ” Le pouvoir ne veut pas organiser de gros événements, bouillone Madeleine, et ça handicape terriblement les artisans. Il ne comprend pas que c’est un moyen de vivre !” Et de conclure : “On se retrouve comme à Oran avec seulement deux boutiques, les artisans sont frustrés et n’ont pas envie de se motiver. Pourtant c’est un secteur économique qui peut se développer.”

Le Monde: Fatea blog.
http://fatea.blog.lemonde.fr/2011/02/28/lartisanat-algerien-facon-feminin-et-equitable-cest-possible/
28 février 2011
 
 
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À propos

Karim Tedjani

Karim Tedjani est un blogeur indépendant très concerné par les questions de l'environnement ainsi que de l'écologie en Algérie... Depuis 2009 , il sillonne autant le web que son vaste pays d'origine; afin de témoigner, d'apprendre, mais aussi de militer...
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