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Nouara Algérie.com

Ecologie, environnement, nature, économie verte et développement durable en Algérie

"L'Ecologie Algérienne n'est pas un luxe pour l'Algérie..." Par Karim Tedjani

 

Demandez aux Algériens si la préservation de leur environnement doit être une priorité nationale... La plupart  d’entre eux vous répondront encore que ce jeune pays a  bien d’autres chats à fouetter avant de  se soucier d’écologie.  Pourtant,  il existe une part de plus en plus grandissante de citoyens algériens qui pensent comme moi qu’il est au contraire vital pour notre nation  de confirmer sa souveraineté nationale dans la maîtrise totale et vertueuse  de son environnement.  C’est, il me semble,  un défi où  l’économie et l’environnement  doivent être intégrés dans la même sphère de priorités  de gestion sociale.  


L’Algérie d'aujourd'hui  me parait être   une jeune nation aux potentiels pourtant considérables qui  n’arrive pas à s’extirper de certaines regrettables et récurrentes contradictions.  La plus affligeante est celle d’être un pays riche qui se développe  à grands coups de milliards de dollars alors que sa jeunesse, autant dire 70% de la population, n’arrive pas à trouver un emploi durable ainsi qu’un cadre de vie à la hauteur des formidables ressources dont dispose ce pays.  

Cependant,  dans ce triste constat, il serait injuste pour les gens de ma génération d’oublier que, cinquante ans avant, nos grand parents et parents n’étaient pas des citoyens à part entière dans une Algérie alors ouvertement colonisée par une oppression telle, qu’elle les avait résolus à mener une lutte déterminée dans  le maquis ainsi que dans les officines politiques internationales afin d’acquérir  leur indépendance.

Aujourd’hui, c'est la croissance Algérienne  est en train de saccager  cette même Nature qui avait fait du peuple Algérien un adversaire insaisissable  pour ses oppresseurs d’hier qui, d’ailleurs, n’hésitèrent pas à martyriser cette dernière afin de  priver leur  ennemi de sa plus redoutable défense : son environnement.

 

Les outrages à la Nature Algérienne, pour ne pas oser prononcer le terme de pillages, ne furent d’ailleurs pas à incomber seulement  à ses  derniers envahisseurs.  Les nombreuses carrières antiques, les bouleversements des biotopes algériens commis par les appétits plus ou moins voraces de chacun d’entre eux, sont autant de cicatrices qui doivent nous rappeler que,  nous ne devons pas nous comporter comme les colonisateurs de notre propre pays. Les forêts algériennes, par exemple,   ont été victimes notamment des immenses besoins en construction navale de la Porte Sublime (Empire Ottoman). Les Français, eux, durent se résoudre à brûler plus d’un million d’hectares de forêts pour juguler l’essor de la guérilla algérienne. Les romains, alors très friands d’animaux sauvages exotiques ont décimés des pans entiers de la Faune Algérienne dont les éléphants et certains grands prédateurs. Les pratiques agricoles  coloniales, telles que le « dry framing » ou bien encore l’assèchement de certains marais ont été néfastes  à la fois pour la richesse des  sols algériens  que pour la biodiversité endémique. De nombreux ouvrages  et études ont été réalisés à ce propos et ils restent  un témoignage bouleversant de tous ces atteintes à l’intégrité du territoire aujourd’hui enfin Algérien.

Alors, aujourd’hui, quand un algérien brûle ses forêts, appauvrit ses sols par des pratiques favorisant des gains faciles et instantanés, quand il construit ou plante  n’importe où, n’importe quoi, n’importe  comment, sans se soucier de ce qu’il va bouleverser autour de lui, quand il  ne veille plus sur la santé de sa communauté, quand il extermine sans vergogne sa biodiversité, quand il pollue ses oueds et ses nappes phréatiques  et, tout cela au nom de basses préoccupations mercantiles, cet algérien se comporte avec son propre pays comme un colon qui ne peut penser à court terme tant il a peur de perdre tout du jour au lendemain.La seule différence entre eux est que le colon a au moins « l’excuse » de son illégitimité pour le conforter dans ses inquiétudes…L'Algérien qui agit ainsi, oublie qui il est et qui est pour lui  l'Algérie! Heureusement, ce n'est pas le cas de tous les Algériens; une conscience écologique est en train de naître dans ce pays et elle prendra sûremment une ampleure considérable dans les années à venir...

Une Algérie qui détruit son environnement et met ainsi en grave danger la santé nationale, ne pourra rester maîtresse de sa destinée que si elle règle ce problème par elle-même. La pire des choses qui pourraient arriver à ce pays, s’est d’être arrivé à un tel point de catastrophe écologique  que seules des technologies exotiques pourront  les résorber. Ce pays sera de nouveau dépendant de ses partenaires étrangers qui ne peuvent avoir le même rapport symbiotique entre l’Algérie et ses enfants. Personne ne devrait pouvoir faire plus de bien à l’Algérie que les Algériens.

Au stade où ce pays en est, la situation est grave, très grave, mais pas complètement  désespérée. L’Algérie a encore les moyens d’aller de l’avant quand il s’agit de faire évoluer sa société vers une approche plus écologique de la production ainsi que de la consommation. Alors que ses partenaires européens ou émergents, sont condamnés à ralentir leur ardeurs de croissance astronomiques tandis qu’ils envisagent déjà de tirer de considérables profits en proposant de « réparer » ce qu’ils ont en fait largement contribué ou contribuent en ce moment  à détruire par leur mode ultra consumériste   de vie.

Insuffler une culture et des savoirs faire écologique n’est donc pas un luxe, c’est une priorité. Il en va de la santé des Algériens et de la souveraineté de notre territoire. N’oublions pas que le mythe de l’arabe nuisible à son environnement a largement été exploité par la propagande coloniale pour justifier tant d’injustice et ce, durant plus d’un siècle et demi…

Ne pas développer la recherche dans l’Ecologie moderne et ses applications industrielles  notamment en agro écologie, serait une grave erreur stratégique pour l’Algérie qui en a largement le climat et les ressources naturelles. Il faudra pour cela que suffisamment de  ressources humaines soient formées correctement  dans ce pays pour assurer une nourriture saine et nationale. Faut-il rappeler qu’un des mentors de l’agro écologie est d’origine algérienne ? Ne pas revenir à une médecine ainsi qu’à une alimentation plus naturelle et aux vertus préventives pour la santé, alors que l’Algérie regorge de tant de  produits si prisés à travers le monde, ne pas en maîtriser les conditionnements, c’est également acheter plus de médicaments et dépenser plus d’argent dans la santé publique  au grand dam souvent de l’éducation et la formation. Ne pas construire des immeubles moins énergivores, des infrastructures publiques fonctionnant aux énergies renouvelables alors que là aussi nous en avons les moyens, serait mettre non seulement notre environnement en danger, mais aussi notre avenir énergétique déjà très incertain malgré les potentiels énormes en énergies renouvelables de l’Algérie et ses actuelles ressources fossiles. La mutation énergétique de demain se fera avec l’énergie et les savoirs  d’aujourd’hui…

Voilà quelques unes des raisons qui me portent à penser que l’Ecologie Algérienne ne doit pas être une utopie et encore moins considérée comme la dernière lubie pour quelques « intellos écolos », non c’est à vrai dire une question de survie pour tout une société car sa santé en est la principale concernée.

C’est l’intégrité de notre territoire qui est en jeu également car si nous outrepassons les limites de nos écosystèmes nous modifierons notre principal atout que nous tardons à mettre en valeur alors qu’il est en train de s’étioler : le climat algérien. En rendant ce pays vulnérable à des pollutions d’origine industrielles, nous nous condamnons à devenir dépendants de technologies de « dépollutions » onéreuses et dont seuls quelques pays ont le vrai secret. Les importations ne pourront qu’augmenter si notre biodiversité venait à disparaître, pareil pour le climat. Seule, l’écologie, en tant que science peut donner à l’Algérie les moyens de rester seule maîtresse à bord de son fabuleux vaisseau national. C’est donc aux Algériens d’en maîtriser tous les aspects et, il n’y aucune raison que cela ne soit pas ainsi…

Des choses sont faites, dans ce pays, afin d’aller dans ce sens, il serait injuste de le taire. On doit d’ailleurs au contraire s’en féliciter. Beaucoup d’annonces sensationnelles ont été également faites à ce sujet dont une ambition de faire de notre pays un des leaders du développement durable africain et arabe ! Mais la réalité des terrains, ses tristes réalités, la détresse de nombreux amoureux de la nature de leur région, la recrudescence des cancers, surtout infantiles sont autant d’indices qui laissent malheureusement à penser  que tout le monde, dans ce pays, n’a pas  vraiment compris l’importance des enjeux écologiques qui se jouent pour l'avenir de l' Algérie…

 

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À propos

Karim Tedjani

Karim Tedjani est un blogeur indépendant très concerné par les questions de l'environnement ainsi que de l'écologie en Algérie... Depuis 2009 , il sillonne autant le web que son vaste pays d'origine; afin de témoigner, d'apprendre, mais aussi de militer...
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