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Nouara Algérie.com

Ecologie, environnement, nature, économie verte et développement durable en Algérie

« L’émergence durable du Maghreb menacée par le manque d’eau » par Karim Tedjani


Algérie, Maroc, Tunisie, Lybie

 

 

Un développement  tributaire  du  stress hydrique.

"Un pays qui manque d'eau ne peut ni nourrir sa population, ni se développer», c'est l'avertissement qu’a lancé à son pays le chercheur algérien Chems Eddine Chitour dans un article publié  le 25 mars 2011 sur le site Mondialisation.ca. La gestion des ressources hydrauliques  est un sujet  qui mobilise  d'ailleurs  l'ensemble de la planète. En ce qui concerne le  Maghreb, on prévoit dès 2025  la plus grande pénurie d'eau douce  de toute son histoire !

Tous  les  pays  maghrébins accusent dors et déjà  des consommations d'eau  inférieures au seuil de 1000m3/hab/an que la plupart des spécialistes considèrent comme  critique. Le Maroc, par exemple, loin d’être le plus à plaindre dans ce domaine,  ne pouvait pas consommer  plus de 800m3/hab/an dès 1990. On lui prédit en 2020 une capacité deux fois inférieure. Le cas de la Lybie est le plus critique car, elle exploite déjà  les  9/10 de ses réserves souterraines. Dans cinquante ans, elle devra diviser par dix ses approvisionnements en eaux fossiles. Il faudra près d'un siècle pour qu'elles se renouvellent.  Il est important, pour se rendre compte de l'ampleur du problème,  de préciser qu'à moins de 1700m3/hab/ an, un pays est déjà  considéré  pauvre en eau...

Il faut dire que l'Industrie, et surtout l'Agriculture, qui sont les secteurs piliers de la  croissance économique mondiale s'avèrent être  les plus grands consommateurs hydrauliques.  L'Agriculture, à elle seule mobilise  70%  des réserves mondiales d'eau. Il ne faut pas moins de 4100 litres de cette substance pour produire un simple tee-shirt en coton. Il est donc  difficile d'envisager un développement économique et durable sans un patrimoine aquifère conséquent et surtout durable.  

Un conflit d’intérêts entre certaines activités économiques   ainsi qu’un climat peu propices à l’économie d’eau :

Le Maroc et la Tunisie,  ont été les premières nations maghrébines à se préoccuper de ce problème.

Elles sont pourtant  aujourd'hui face à un cruel dilemme: pourront-elles continuer à développer leur tourisme ainsi que leur industrie tout en  assurant  au secteur agricole la quantité nécessaire à son bon fonctionnement. La consommation moyenne d’un touriste au Maroc est estimée à 500 litres d’eau par jour ce qui  est largement au dessus de celle mondiale qui oscille entre 137 et 150 litres d’eau  par habitant. Il est aisé de comprendre que ces visiteurs coûtent très chers à un pays qui doit mobiliser 90% de ses ressources hydrauliques pour  subvenir aux besoins de  son activité agricole.

La Tunisie  a déjà effectué en 20 ans des transferts d'eau importants du sud et de l'ouest de son territoire afin d'assurer la consommation des habitants de sa zone littorale très touristique. Ainsi, dans ce pays qui accordait traditionnellement 80% de ses ressources en eau à l'irrigation, 18% des terres cultivables ont été sacrifiées à la fulgurante urbanisation de ses  côtes. Entre croissance et sécurité alimentaire, le choix est apparemment fait  pour les tunisiens.

De plus, à travers toute la planète, la moitié de l'eau d'arrosage agricole s'évapore avant de s'enfoncer dans le sol. L'Afrique  avec un total deux fois et demi  supérieur de précipitations à  l'Europe, ne dispose que de 20% des écoulements d'eau quand sa voisine en récolte plus d'un tiers. Dans les pays nord africains  aux climats essentiellement semi-arides et arides, il est  difficile de cultiver sans irriguer et l’évaporation est donc très élevée. En ce qui concerne le Lybie,  de 40 à 60 % de l’eau irriguée s’évapore dans la nature. Le réchauffement climatique, l'avancée du désert ne risquent  pas d'améliorer les choses.

 On pourrait  cependant  préciser qu’avec les mêmes conditions climatiques, il faut à un agriculteur algérien 6860 m3 d'eau pour produire une tonne de maïs  alors qu'en Grèce on obtient le même rendement avec 3790m3, soit presque moitié moins…

 Des mesures nécessaires mais insuffisantes pour assurer un développement vraiment durable :

Ainsi, il  est aisé de comprendre que, si l'eau fait certes  défaut au Maghreb, les modes  d’exploitation et de consommation de l’eau  favorisent la paupérisation hydraulique de cette partie du monde.

A vrai dire seule la Lybie, avec seulement  de 200mm de précipitations en zone littorale et 100mm sur les terres intérieures,  ne peut compter que sur ces eaux fossiles. Si l'eau  tombe du ciel  de façon irrégulière dans l'espace et  dans le temps sur les terres,  elle n'en demeure pas moins une ressource renouvelable pour le Maroc, l'Algérie et la Tunisie où  les pluies  sont parfois même capables de grandes largesses.

Bien-sûr, ces pays ont mis en place des politiques plus ou moins heureuses afin d'endiguer ces risques de pénuries. Dès  son indépendance, la Tunisie a  mobilisé pas moins de 40% de ses investissements agricoles afin d'optimiser ses potentiels hydrauliques. Le Maroc n'a pas été en reste puisqu’ entre 1970 et 1980,  ce pays s'est engagé dans une grande campagne de mobilisations de ses ressources aquifères. A partir de l'année 2000  les marocains ont décidé un programme d'amélioration de la grande irrigation afin d'optimiser leur  consommation hydraulique  dont  l'agriculture mobilise 70% des réserves annuelles. L’Algérie, à grands "coûts" de pétro dollars, a, quant à elle, amplement résorbé son retard en la matière au point d'être à présent unanimement  considérée comme un exemple à suivre dans la lutte contre la sécheresse.

 De nombreux barrages ont été construits à travers tout le Maghreb. En Algérie, celui  de Beni Haroun, dans l'est du pays,  affiche même cette année  des records de stockage. Les stations d'épurations pullulent un peu partout. Le dessalement de l'eau de mer parait  être une solution "miracle" pour  les zones littorales. La grande vétusté des canalisations est aussi au centre des préoccupations car, au Maghreb, près de 60% de l'eau récoltée est perdue en cours de route avant de couler dans les robinets. Pour cela, de grands groupes étrangers tels que Suez ou Veolia  ont été mis à contribution afin de rationnaliser la gestion de l’eau  de leurs clients maghrébins. Il y a aussi les retenues collinaires qui se multiplient à l'échelle de la petite hydraulique locale. 

Mais, quand on y regarde de plus près, on se rend compte que toutes ces solutions sont très onéreuses, consomment beaucoup d'énergie et requièrent des technologies qui tardent parfois à être correctement transférées. Souvent, comme en Algérie dont Alger, Constantine et Oran   monopolisent près du quart  de l’eau consommée, les résultats  sont loin d’être répartis équitablement à travers tous  les territoires maghrébins.

Enfin, d'un point de vue environnemental, les impacts des barrages créent de véritables microclimats bouleversants de ce fait  les écosystèmes des sites qui les hébergent. Une station d'épuration mal gérée, et c'est parfois encore le cas au Maghreb, ne fait qu'augmenter les risques sanitaires et la dégradation des eaux et accentue le problème de coupures d’eau car si elles ne sont pas assez performantes, ces stations sont vite débordés par le débit de barrages de plus en plus volumineux. Une centrale de dessalement consomme énormément de mégawatts, d'autant que la majorité d'entre elles utilisent encore  les énergies fossiles pour fonctionner. Elles  contribuent à augmenter le taux d'émissions de Co2 des pays qui en usent. Que dire des rejets de chlore, de saumure qui dégradent les écosystèmes  marins? L'irrigation, peu maitrisée, participe  sensiblement  à augmenter la salinité des eaux et donc l'appauvrissement des terres arables. Les retenues collinaires, quand elles sont peu nombreuses peuvent s'avérer utiles pour stocker l'eau de pluie. Par contre en grand nombre elles empêchent l'écoulement cette eau  dans les sols, nuisent  à sa  qualité  et influent  très négativement sur la biodiversité locale. L’exploitation intensive des nappes phréatiques empêche leur renouvellement et favorise, comme en Lybie, le fait qu’elles se gorgent d’eau salée.  On pourrait se demander si toutes  ces mesures, à long terme, ne reviennent  pas à passer de Charybde à Silla!

Une crise de gestion plus qu’une pénurie de ressources.

Enfin, il est évident, de plus, que toutes ces mesures, sans un comportement responsable de tous les citoyens ne peuvent être réellement efficaces. Mais, peut-on vraiment considérer que c’est à l’échelle du consommateur que le gaspillage se fait essentiellement ?

Personnellement, en ce qui concerne mon expérience du quotidien des algériens, je trouve injuste de faire un tel constat. Beaucoup des citoyens de ce pays utilisent des sceaux d’eau pour rationner leur consommation d’eau au lieu de la laisser couler des robinets. Même  pour ceux que j’ai vu posséder une baignoire, prendre un bain reste un luxe ! Pour être né en France ou j’ai vécu près de 40 ans, je peux affirmer sans l’ombre d’un doute que les algériens, et je suis sûr tous les maghrébins, sont de meilleurs « hydro citoyens » que les consommateurs européens. N’oublions pas que dans l’islam, le gaspillage de cette substance, le gaspillage de cette substance est fortement déconseillé… 

De plus, s’il  y avait moins de poussière dans ces pays, à cause notamment  de l’état souvent précaire des chaussées, de la présence de chantiers et d’exploitations minières, je suis persuadé que la consommation d’eau dans ces y  serait bien moindre ! Les coupures récurrentes à des heures peu pratiques, génèrent aussi de nombreux gaspillages. Parfois, on laisse les robinets ouverts toute la nuit pour ne pas attendre qu’elle jaillisse à des  heures très tardives. Et tant pis si les bassines débordent pendant des heures !

En fait, c’est comme si l’on accusait les citoyens d’être des pollueurs tout en ne leur fournissant pas un service de collecte de déchets à la mesure de leur production quotidienne.

Tous les spécialistes s’accordent à dire que, souvent,  le problème de l’eau dans les pays en voie de développement est avant tout dû à une crise de gestion plus qu’à une pénurie de ressources. Pour le Maghreb c’est un fait incontestable ! Sans une répartition égalitaire des richesses, dont l’eau, ainsi qu’un environnement sain, il n'y a malheureusement  pas de vrai  développement durable possible. Les pays du Maghreb moderne ne pourront pas émerger sans évoluer vers une gestion plus rationnelle et systémique de leurs ressources hydriques car, sans eau, au fond, rien n’est vraiment possible…

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À propos

Karim Tedjani

Karim Tedjani est un blogeur indépendant très concerné par les questions de l'environnement ainsi que de l'écologie en Algérie... Depuis 2009 , il sillonne autant le web que son vaste pays d'origine; afin de témoigner, d'apprendre, mais aussi de militer...
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