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Nouara Algérie.com

Ecologie, environnement, nature, économie verte et développement durable en Algérie

"L’énergie et le gaz de schiste expliqués aux députés : Optons pour un développement durable" par Pr Chems Eddine CHITOUR (L’Expression)

Portail Algérien des ÉNERGIES RENOUVELABLES  

Jeudi 15 novembre 2012

Une mauvaise nouvelle pour le climat : 34 milliards de tonnes de dioxyde de carbone ont été rejetées dans l’atmosphère en 2011 et vont stationner 120 ans. Un record. Après un recul en 2009, attribué à la crise économico-financière, les émissions ont depuis 2010 (33,2 milliards de tonnes) repris une tendance à la hausse. "Si la tendance actuelle se maintient, le rejet mondial de CO2 en 2020 va croître de 20%, au-delà de 40 milliards". La Chine arrive en tête des plus gros producteurs de dioxyde de carbone avec 8,9 milliards de tonnes (8,3 en 2010) soit moins de 6 tonnes par habitant, devant les Etats-Unis (6 milliards en 2011 soit 20 tonnes/habitant contre 6,2 l’année précédente), l’Inde (1,8 milliard en 2011, 1,7 en 2010 soit 1,2 tonne/habitant). L’Algérie avec près de 140 millions de tonnes est à 4 tonnes/hab/an (1)

En clair, les réunions sur le climat (Giec..) ne sont plus audibles. Les pays développés restent sur leur position, les pays émergents et les pays en développement tentent de les rejoindre. Une deuxième nouvelle nous est donnée par un rapport de l’AIE paru ce lundi 12 novembre. Il fait l’éloge des Etats-Unis qui vont détrôner les Arabes, en l’occurrence, l’Arabie Saoudite dont la production serait sur le déclin.Nous lisons :

"Les hydrocarbures de schiste vont permettre aux Etats-Unis de doubler rapidement l’Arabie Saoudite. L’Amérique deviendrait même exportatrice nette de brut vers 2030, augmentant ainsi considérablement son degré d’indépendance énergétique. Grâce à l’exploitation du gaz de schiste, les Etats-Unis deviendront vers 2017 le plus gros producteur de pétrole, dépassant l’Arabie Saoudite, prédit l’AIE. "Les développements dans l’énergie aux Etats-Unis sont profonds et leurs effets vont se faire ressentir bien au-delà de l’Amérique du Nord et du secteur", a pronostiqué l’AIE qui regroupe les grands pays consommateurs d’énergie (Europe, Etats-Unis, Japon), dans la dernière édition du World Energy Outlook. Les hydrocarbures de schiste rebattent la carte mondiale de l’énergie. Les Etats-Unis deviendront le 1er producteur de pétrole de la planète vers 2017, et même exportateur net de brut autour de 2030, selon la grande étude prospective annuelle de l’Agence mondiale de l’Energie. Et ce, en grande partie grâce au boom des hydrocarbures de schiste.(2)

"Vers 2017, les Etats-Unis deviendront le plus gros producteur de pétrole, dépassant l’Arabie Saoudite", a prédit Fatih Birol, le chef économiste de l’agence, "Les Etats-Unis deviendront le numéro un mondial incontesté de la production gazière mondiale autour de 2015, dépassant ainsi la Russie". L’AIE appuie ses prédictions sur l’essor de la production des hydrocarbures non conventionnels, autrement dit le gaz et le pétrole de schiste, ainsi que les réservoirs imperméables de pétrole léger (ou "tight oil"), (...)Les ressources des Etats-Unis en pétrole non conventionnel sont ainsi estimées à 35 milliards. (2)

"Depuis le début de l’année, les Etats-Unis ont extrait environ 6,2 millions de barils de brut par jour, contre 5 millions en 2008, soit un bond de 24%, selon les statistiques du département américain à l’Energie. Résultat, le Graal de "l’indépendance énergétique", serait désormais bel et bien en vue pour les Etats-Unis, avance même l’AIE. Le pays, qui importe actuellement environ 20% de ses besoins en énergie, "deviendra pratiquement autosuffisant en termes nets, un renversement spectaculaire de la tendance qui prévaut pour la plupart des pays importateurs", prédit-elle. (...) "Encore faut-il que le miracle économique perdure. Arthur Berman est un ancien géologue. Il est l’un des premiers observateurs à avoir publiquement mis en doute les projections des compagnies pétrolières sur les gaz de schiste. Selon lui, elles amalgament les réserves théoriques et ce qui est économiquement exploitable. Les gaz de schiste seraient-ils la prochaine bulle spéculative américaine ? (...) Les prix du gaz naturel sont tombés sous la barre des 2 dollars par MBtu au printemps, alors qu’ils étaient à 15 dollars en 2008. "Si les rendements en gaz de schiste sont élevés la première année, ils décroissent rapidement au bout de douze à vingt-quatre mois d’exploration" (....) On commence à voir en Pennsylvanie des puits laissés à l’abandon par des sociétés gazières. A Derry, à l’est de Pittsburgh, après avoir foré une cinquantaine de puits, la société XPW est partie dans l’Ohio pour exploiter des sites d’extraction de gaz liquide, plus rémunérateurs. "Nous reviendrons disent les dirigeants de la compagnie". Exit les royalties promises..."(2)

L’exploitation des gaz de schiste

On le voit, ce n’est pas gagné. Doit-on croire l’Agence ? L’exploitation du gaz de schiste est-elle la voie à suivre absolument ? Sur ce point, l’AIE en fait sans doute un peu trop. Tout d’abord, son rapport n’aborde pas la question très controversée des dégâts sur l’environnement. Ensuite, il est difficile de prendre pour argent comptant les prévisions d’une agence régulièrement épinglée pour son travail de lobby ou pour son allégeance aux Etats-Unis.(...) Cependant, le rapport de l’AIE a le mérite de pointer une vérité économique : les pays qui pourront exploiter les gaz de schiste augmenteront leur indépendance énergétique. (...) Fatih Birol ajoute qu’il est possible d’exploiter "proprement" le gaz de schiste moyennant de gros investissements technologiques. Pour l’instant, il ne s’agit que d’une simple conviction.

À deux ou trois mille mètres de profondeur, la réunion des micro-poches à l’aide d’un explosif détonné pour chacune des brèches occasionne un véritable séisme. La fracturation se fait par un mélange d’eau en grande quantité, de sable et de redoutables produits chimiques propulsés à très haute pression (600 bars), méthode qui génère la remontée du gaz à la surface avec une partie du redoutable liquide de fracturation. Chaque "frack" nécessite quasiment 15 000 mètres cubes d’eau, un puits pouvant être fracturé jusqu’à 14 fois." L’impact environnemental n’est donc pas neutre. L’eau utilisée doit être ensuite traitée car elle est souvent salée et contient des métaux lourds. L’incroyable enquête sur les gaz de schiste publiée par le quotidien américain le New York Times le 26 février 2011 est une véritable bombe lancée sur cette technique d’extraction. Non seulement les preuves d’effets sur la santé se multiplient, mais l’enquête révèle que l’eau rejetée par les puits est radioactive.

Avec cette technique d’hydrofracking, un puits peut produire jusqu’à environ 4 millions de litres d’eaux usées, celles-ci étant souvent mélangées à des sels corrosifs, des produits cancérigènes comme le benzène et des éléments radioactifs tels que le radium, tous ces produits pouvant être présents naturellement dans le sous-sol. Le niveau de radioactivité dans les eaux de forage s’est accru jusqu’à atteindre des niveaux équivalents à des centaines, voire des milliers de fois le niveau maximum autorisé par les standards pour l’eau potable. (4)

Le défaut de cémentation des puits fait que le méthane s’échappe (jusqu’à 7%) il est 18 fois plus nocif que le CO2 de plus il va dans la nappe phréatique et le film "Gasland" a montré comment l’eau du robinet s’enflammait. L’accident le plus impressionnant, officiellement documenté, est l’explosion d’un immeuble d’habitation sous l’effet d’opérations de forage et de l’infiltration de méthane dans le système d’alimentation en eau de la maison Enfin, les tremblements de terre sont constatés du fait de la fragilisation des sols. A titre d’exemple, le mardi 21 juin 2011, l’Arkansas Oil and Gas a fait passer un moratoire, interdisant temporairement l’exploitation par fracturation, en raison de 1 220 tremblements de terres recensés provenant de cette technique notablement un de magnitude 4,7 sur l’échelle de Richter. La technologie des gaz de schiste est donc loin d’être mâture

La situation en Algérie

La situation va certainement s’aggraver, du fait d’un bouleversement total de la donne énergétique. Malgré les dégâts considérables à l’environnement, le gaz et le pétrole de schiste vont durablement au moins pour une décennie formater le futur. Les Etats-Unis seront autosuffisants, mais même l’Europe le sera à terme car l’exploitation des gaz de schiste est pour la France inéluctable. De même, les pétroles de schiste vont être exploités par l’Italie.. Nous allons être concurrencés par les pays du Golfe surtout par le Qatar et la Russie. Le prix du gaz va chuter, il est déjà de 2 $ le million de BTU aux Etats-Unis soit près de 12 $ équivalent baril de pétrole ! En clair, il est bradé. Le moment est donc venu de changer de fusil d’épaule et de faire un état des lieux sans complaisance. Pour rappel, nous surfons d’une façon autiste sur un matelas de devises fruit d’un bradage de l’énergie au profit des banques occidentales qui font prospérer des devises dont nous n’avons pas l’usage et qu’il aurait mieux valu laisser cette énergie dans le sous-sol pour les générations futures. Au total, c’est près de 700 milliards de dollars en 40 ans. Qu’avons-nous fait si ce n’est d’avoir investi dans le social sans réelle création de richesse à même de diminuer notre dépendance Nous sommes dépendants pour notre nourriture à 80% de l’étranger. Depuis 2008, nos dépenses ont été multipliées par deux -record de 46 milliards de $ dont 4 milliards de dollars pour les voitures. L’économie se bazarise de plus en plus et nous incite à la paresse. L’Algérien finance ainsi l’emploi des ouvriers chinois, turcs, les emplois de Renault qui ne veut pas construire autre chose que des showrooms.... Sommes-nous, comme le dit l’adage populaire, des marchands et non des bâtisseurs ?

Le mirage des gaz de schiste : une fuite en avant

On dit que l’Algérie aurait près de 7000 milliards de m3. De quoi rester paresseux et dormir pendant encore une cinquantaine d’années. A toutes les anomalies signalées, s’agissant d’un pays en stress hydrique permanent comme l’Algérie, engager 15.000 m3 d’eau douce par forage est un gaspillage d’une ressource rare. Il faut savoir en effet qu’il faut environ 500 à 600 forages si on veut produire 1 milliard de m3 et 1million de m3 d’eau douce par milliard de m3 de gaz valeur minorée selon d’autres experts. D’où allons-nous les prendre ? Où allons- nous les rejeter quand ils seront pollués par le millier de produits chimiques pour la plupart aromatiques et cancérigènes.

On dit que l’albien est moins profond que la profondeur du forage. C’est méconnaître la dynamique des fluides et les migrations de ces milliards de m3 d’eaux contaminés Par ailleurs, les effets de la fracturation du sous-sol sont une inconnue du point de vue stabilité géologique. Enfin, le prix d’un puits de gaz de schiste est de l’ordre de 10 millions de $ aux Etats-Uns et trois fois plus cher en Algérie.

La rentabilité n’est pas évidente en plus du désastre attendu. Du point de vue de l’environnement, on fait fi, naturellement, de l’écosystème saharien de la faune et de la flore qui y habitent.

Comment aller vers le développement durable ?

Nous épuisons frénétiquement l’énergie, croyant être malins alors qu’il serait plus sage de n’exploiter que le strict nécessaire, sachant que notre meilleure banque est notre sous-sol. Par ailleurs, on achète n’importe quoi. On achète des équipements électroménagers qui sont des gouffres d’énergie électrique (four, frigidaire). Des voitures qui dépassent toutes 150 g de CO2 par km. Chose qui est interdite en Europe. Parce que la norme en Europe est de 120 g. Donc, c’est 30% d’énergie qui va dans l’atmosphère. A ce rythme de gaspillage frénétique de nos ressources, l’Algérie épuisera avant 2030 ce qui reste du pétrole. Imaginons, par contre, un gouvernement fasciné par l’avenir, la première chose à faire c’est de miser sur l’intelligence et le savoir. Le modèle énergétique algérien prenant en compte les profondes mutations du marché énergétique mondial dans un contexte dangereux doit être mis en place En fait, rien ne peut remplacer un effort national pour la définition d’un modèle énergétique qui part de l’identification de l’ensemble des gisements de ressources qui ne peuvent être seulement matérielles (fossiles et renouvelables), des modes de consommation adossés. Il nous faut donc mettre rapidement en place des états généraux de l’énergie qui concerneront tous les départements ministériels et même la société civile qui devra être convaincue de la nécessité de changer de cap : passer de l’ébriété énergétique à la sobriété énergétique. Le maître-mot en tout, est l’autonomie, la production nationale qu’il faut encourager. Nos gisements sont sur le déclin. La stratégie à mettre en oeuvre consistera justement à un triple objectif : assurer une relève graduelle par les énergies renouvelables, modérer et dimensionner notre production en fonction des stricts besoins de l’Algérie en rompant une bonne fois pour toutes avec la culpabilité de "nos engagements". Faire la chasse au gaspillage qui représente un gisement perdu d’au moins 20%, selon l’Aprue. Le meilleur gisement d’électricité dans le pays, c’est l’électricité que l’on ne consomme pas, c’est l’essence que l’on ne consomme pas. De plus, chaque baril de pétrole exporté devrait être adossé à un savoir et un savoir-faire. Imaginons que ce Plan Marshall réussisse, c’est un million d’emplois réels qui vont prendre en charge la construction de dizaines de milliers de chauffe-eau solaire, fabriqués par des ingénieurs et des techniciens formés par l’université. Par ailleurs et à titre d’exemple, nous avons importé en 9 mois 420.000 véhicules, soit 4 milliards de $ avec des moteurs énergivores et avec des centaines de millions de dollars pour le gasoil importé. C’est donc une politique volontariste de mise en place du sirghaz qui fera économiser des centaines de millions de dollars au pays et permettra la création de milliers d’emplois. Imaginons un million de logements qui répondent aux normes d’économie d’énergie, avec toute la sous-traitance pour les isolants. Imaginons un réel démarrage du Barrage vert avec les dizaines de milliers d’emplois créés par la valorisation de la biomasse. J’ambitionne pour mon pays un nouveau 24 Février d’une stratégie énergétique pour le XXIe siècle avec les outils des nouvelles technologies. Rien ne doit alors s’opposer à une remobilisation de l’Université qui doit faire preuve d’imagination, qui doit former des créateurs de richesse. Ce modèle aura à consacrer la vérité des prix qui nous permettra d’éviter le gaspillage et d’assécher l’hémorragie d’essence et de gasoil par les frontières... Cette stratégie énergétique responsabilisera tous les secteurs, pas seulement celui de l’énergie, celui de l’eau, celui du commerce responsable de l’hémorragie de devises par la porte ouverte à l’importation débridée, l’université ainsi que les citoyens. Le problème du gaz de schiste trouvera toute sa place si une stratégie énergétique était mise en place. Nous aboutirons à un "bouquet énergétique" tout en rappelant que le gisement d’économie d’énergie sera déterminant pour former l’écocitoyen de demain. C’est en fait cela le développement durable et la prise en compte des générations futures. La stratégie énergétique est de mon point de vue l’un des débats structurants dont devrait s’emparer cette honorable assemblée. Tout le secret de la gouvernance est justement de mobiliser le plus grand nombre autour d’une utopie, seule capable de sauver l’Algérie, quand la rente ne sera plus là.

Pr Chems Eddine CHITOUR, L’Expression

1 Pollution : nouveau record d’émissions de CO² dans Le Monde Challenge.fr 13-11-2012 
2 Les Etats-Unis 1er producteur mondial de pétrole d’ici 5 ans L’Expansion.com 13/11/2012 
3 "Gaz de schiste, le nouveau carburant du rêve américain", L’Expansion 
4 "Regulation Lax as Gas Wells’ Tainted Water Hits Rivers", The New York Times

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À propos

Karim Tedjani

Karim Tedjani est un blogeur indépendant très concerné par les questions de l'environnement ainsi que de l'écologie en Algérie... Depuis 2009 , il sillonne autant le web que son vaste pays d'origine; afin de témoigner, d'apprendre, mais aussi de militer...
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