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Nouara Algérie.com

Ecologie, environnement, nature, économie verte et développement durable en Algérie

"L’EXPLOITATION DES GAZ DE SCHISTE EST UNE CONFIRMATION DE L’EMPRISE NÉOCOLONIALE SUR LE PAYS" Par Mohand Bakir

http://cemagas.org

Lundi, 29 Avril 2013 19:51

 

La voie de l’exploitation des gaz de schistes est celle de l’aliénation de la souveraineté du pays et  de sa soumission aux puissances impériales et des multinationales.

La loi sur les hydrocarbures (07-05 du 28 avril 2005), amendée et modifiée, engage tout l’avenir du pays, ses moyens de développement et de souveraineté.

Beaucoup de choses ont été dites, au moment de la présentation du projet d’amendement par le Conseil des ministres, pour demander de sursoir à cette option et de la soumettre à un débat national large. Notamment sur sa portée économique tout aussi incertaine que sa rentabilité financière.

Le seul argument mis en avant par les partisans de la valorisation des gaz de schistes reste l’encensement du « miracle des gaz de schistes » que connaîtraient les États-Unis d’Amérique, si l’on peut appeler miracle quelque chose qui tient essentiellement à l’ampleur des subventions fédérales accordées aux exploitants.

A contrario, le silence est total sur les conséquences néfastes de cette exploitation invasive. Silence sur l’impact désastreux que cette exploitation aura sur les biotopes sahariens ; pour avoir un ordre de grandeur, il faut envisager que ses retombées soient des dizaines de fois plus graves que les expériences nucléaires et biologiques que l’État français y a poursuivies jusqu’en 1967. Silence sur l’empreinte écologique de la technique employée dans l’exploitation des gaz de schistes : la fracturation hydochimique[i] combinée à l’emploi d’adjuvants hautement toxiques et létaux pour nombre d’entre eux. Silence sur la contribution à coup sûr durable des fuites des puits d’exploitation à l’augmentation des gaz à effet de serre…

Ces aspects, à eux seuls, auraient dû faire obligation aux partis politiques, aux parlementaires et à la société civile de demander « un complément d’information ». Un complément qui aurait eu pour cadre un débat national ouvert à toutes les compétences, et dont le but aurait été l’établissement du bilan du secteur des hydrocarbures et l’élaboration d’une stratégie nationale énergétique et pétrolière intégrée. Attente certainement saugrenue dans un pays où, sur un sujet de cette importance, la commission des affaires économiques de l’assemblé s’est contentée de la consultation de trois responsables pétroliers (Bouhafs, Attar et Zerguini), deux universitaires (Abroure Mourad et Ahmine Chérif) et de Mustapha Mekideche, économiste et vice-président du Conseil économique et social. Pour un sujet d’une telle importance, au vu de la modestie de la consultation, il fallait créditer les honorables membres de la commission d’une haute expertise pour ne pas croire qu’ils sont restés dans une totale ignorance des enjeux de ce dossier.

De nombreuses dispositions de cette nouvelle loi doivent retenir l’attention des citoyens.

 

Avec l’autorisation qu’octroie désormais la loi sur les hydrocarbures pour l’exploitation de gaz de schiste, le texte insiste lourdement sur l’exercice exclusif par l’entreprise nationale SONATRACH – SPA, ou par une de ses filiales, des activités de transport par canalisation des hydrocarbures, sans manquer de garantir aux concurrents le libre accès des tiers aux infrastructures de SONATRACH à un « tarif non discriminatoire ». Faut-il être très futé, ou « mal intentionné », pour voir là un équivalent des subventions fédérales états-uniennes ? L’illustration en est que exploitation des gaz de schistes est « non conventionnelle » par ses procédés de forages, par son procédé de fracturation de la roche-mère, mais aussi par la durée de vie extrêmement courte des « puits » et leur prolifération – il est envisagé sur les vingt-cinq ans à venir de forer 10 000 le nombre de puits creusés depuis la découverte du pétrole dans notre pays -. La multiplication des forages implique des investissements colossaux et une densification rapide et soutenue des réseaux de transport du gaz. Or l’effort financier colossal que cela implique sera par la grâce du chef de l’État, de ses ministres, des députés, des sénateurs, des membres du Conseil constitutionnel, et de tous ceux qui participent à l’occulte appareil décisionnel algérien, sera supporté par la seule SPA Sonatrach.

Au nombre des innovations qu’introduit la nouvelle législation, figure le paiement de l’impôt en Hydrocarbures. De récents articles parus dans la presse US pointent dévoilent l’un des éléments de la stratégie d’exportation de« l’exploitation des gaz de schistes », le voici résumé dans la conclusion à laquelle parvient un article du New York Times, dans sa livraison du 4 février 2013:« Il est plus profitable d’exporter notre matériel de forage pour l’extraction du gaz de schiste que de vendre notre gaz! ».

 La loi introduit une autre innovation, le paiement de l’impôt en nature. Ce mode de paiement envisagé s’accompagne de l’ouverture de notre marché national aux multinationales pour qu’elles écoulent leur production au prix du marché international. Cela établit au profit de ces multinationales un protectionnisme totalement inédit.

Par cette nouvelle loi, le gouvernement rétablit le système des concessions. Celles-ci sont envisagées pour des périodes longues, quarante années pour ce qui concerne les gaz de schistes ! Les timides débats à l’APN et ceux qui ont eu lieu dans la presse nationale, permettent-ils de juger de la portée de cette « nouvelle » démarche ? Le cadre restreint et informel où ces amendements ont été concoctés délégitime aux yeux de tout patriote. Mais l’illégitimité n’empêche pas d’impacter le réel.

Malgré la promulgation de la loi amendée, l’exigence d’un débat national demeure. Comme demeure l’impérieuse nécessité de l’activation du Conseil national de l’Énergie pour mettre en place une politique énergétique à long terme. Le débat devra impliquera toutes les compétences nationales et aura à évaluer l’ensemble des aspects relatifs à la consommation nationale. De la qualité énergétique de nos habitations, à la mobilisation de nos hydrocarbures, en passant par la maîtrise des évolutions de notre parc automobile ou la rénovation et la modernisation du réseau de distribution électrique. Ce positionnement exige l’application du principe de précaution, donc par l’interdiction de l’utilisation de la fracturation hydrochimique sur le territoire national. La question de la fracturation hydro-chimique doit faire l’objet d’un débat prioritaire, avant qu’il ne soit trop tard, dans le cas contraire, le forfait qui va s’accomplir sera une trahison des intérêts de notre peuple, une trahison de nos idéaux de libération, mais surtout une trahison des générations futures.

L’heure des discours populistes est révolue. Nous sommes tous face à nos responsabilités. Citoyens, société civile, mouvements politiques ou sociaux, l’heure est à la prise de responsabilités. Le pouvoir a détricoté la loi du 24 février 1971, mais ce n’est qu’une bataille.

Contributeur : Mohand Bakir

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À propos

Karim Tedjani

Karim Tedjani est un blogeur indépendant très concerné par les questions de l'environnement ainsi que de l'écologie en Algérie... Depuis 2009 , il sillonne autant le web que son vaste pays d'origine; afin de témoigner, d'apprendre, mais aussi de militer...
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