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Nouara Algérie.com

Ecologie, environnement, nature, économie verte et développement durable en Algérie

"L’exploitation du gaz de schiste en Algérie ne s'effectuera pas avant 2020" Par Le Temps d'Algérie

18-09-2013 Séminaire sur les gaz non conventionnels


L'exploitation des gaz de schiste en Algérie est un domaine complexe et technique qui requiert les conditions nécessaires à même de valoriser ce type de ressource, d'autant que les projets de développement de réservoirs non conventionnels sont soumis à des contraintes liées à la faible marge bénéficiaire, le coût élevé de la production de ressources et la volatilité des prix du gaz.

La rentabilité de ce type de projet est l'une des priorités des participants d'un séminaire organisé à l'initiative de Sonatrach et de l'Institut algérien du pétrole (IAP). Ahmed Mecheraoui, conseiller au ministère de l'Energie et des Mines, a expliqué l'importance de planifier une chaîne logistique des opérations où doivent être intégrées une relation permanente entre les opérateurs et les sociétés de service, la disponibilité d'appareils de forage en nombre suffisant, l'identification et l'évaluation des aspects liés à l'ensemble du cycle de vie du projet.

«Nous devons également tenir compte du transfert de technologie et de la volonté de nos partenaires à nous aider sur ce plan», a-t-il souligné. Ce responsable a fait savoir que le processus de développement du gaz non conventionnel suivait son cours depuis les évaluations de Sonatrach et d’Alnaft sur le potentiel du pays.

«Ce processus doit durer entre trois et onze ans et c'est uniquement au bout de sept ans que l'on pourra estimer les résultats. Les premières explorations ne pourront pas s'effectuer avant 2020 voire 2024», a-t-il souligné, ajoutant que «c'est la sécurité énergétique du pays qui est en jeu».

Il a néanmoins annoncé que pour se lancer dans de tels projets, il fallait changer les mentalités et surtout, réduire les coûts d'exploitation puisque actuellement, il faut un maximum de 28 jours pour forer un puits. «Il faut absolument maîtriser la gestion des coûts, du temps et des équipements sinon la rentabilité ne sera pas au rendez-vous», a-t-il alerté. Il a fait appel aux partenaires étrangers afin qu'ils investissent dans le secteur car «le chantier est immense», a-t-il mentionné. «Les sociétés présentes doivent multiplier leurs capacités car le marché sera là. Toutefois, je tiens à dire que l'exploration est un business à risque à partager avec nos partenaires», a-t-il ajouté.     

Une gestion maîtrisée de l'eau
Il a également indiqué que la gestion de l'eau était un aspect primordial pour un développement pérenne de ce type de projet. «Les populations s'inquiètent à juste titre des impacts de cette activité sur la sécurité humaine et sur l'environnement. Il est vrai que l'on doit s'interroger sur la disponibilité de l'eau ainsi que sa qualité.

C'est dans ce sens que nous préconisons d'obtenir des données sur la disponibilité des ressources en eau potable, les indications sur les quantités d'eau utilisées, sur les additifs employés dans les eaux de fracturation», a-t-il indiqué, ajoutant que l'impact environnemental n'est pas neutre même s’il est à relativiser comparativement aux autres activités industrielles. «Il est nécessaire d'effectuer une ébauche détaillée d'un projet type qui proposera une compréhension commune des ouvrages requis pour chacune des étapes de réalisation d'un projet de gaz de schiste.

Cette ébauche devra inclure une évaluation indépendante et critique des technologies nouvelles et à risque, l'investigation systématique des fuites hors de la zone des puits, une transparence et la diffusion des résultats de toutes les études entreprises ainsi qu’un programme d'échantillonnage périodique de l'eau de la nappe incluant la détection de traces de méthane», a-t-il recommandé. Il a mis en exergue le rôle de l'Etat dans la préservation de cette ressource. «Nous prenons toutes les précautions pour préserver la santé et l'environnement. L'industrie pétrolière nécessite de supporter des contraintes.

Aucun dérapage ne sera permis», a-t-il fait savoir. Pour sa part, Rachid Taibi, directeur général de l'Agence nationale des ressources hydrauliques (ANRH) a fait savoir que les ressources en eau dans le Grand Sud pourraient répondre à la demande requise pour le gaz de schiste mais que les travaux sur le sujet méritaient plus de clarification d'autant que l'agriculture est un secteur très gourmand en eau.

Il a expliqué que la nappe phréatique algérienne recouvrait 700 000 km3 et que durant les vingt dernières années, elle avait été surexploitée. «Dans les années 2000, c'est tout le Grand Sud qui a été l'objet de forage. Actuellement, nous avons débrayé trois milliards m3 d'eau, ce qui est un problème car le risque à terme est de dégrader la ressource. Il a été observé à Biskra qu'il fallait 1800 à 2800 m pour effectuer un bon forage», a-t-il alerté.

Amélioration des aspects juridiques
«Le développement du gaz non conventionnel nécessite un encadrement législatif, règlementaire ou procédural spécifique», selon Mecheraoui, qui a fait savoir qu'il était difficile de l’établir avant de connaître les paramètres précis de l'exploitation. «La nécessité d'être attractif pour attirer les investisseurs impose une clarification de certains aspects du nouveau dispositif juridique et règlementaire des ressources non conventionnelles tel que le processus d'obtention de permis…

Il a également indiqué que la loi 51/49 resterait de vigueur et qu'il n'y aurait pas d'exception pour le secteur». Sonatrach détiendra 51% des parts et l'autre partenaire 49%, et je tiens à souligner que nous ne ferons aucune discrimination. Tous les opérateurs, même algériens, seront les bienvenus pourvu qu'ils répondent au cahier des charges».

De son côté, Tahar Chérif Zebarka, président de l'ARH, a expliqué que c'est le décret 94-43 de la loi 13-01 sur les hydrocarbures qui domine et gère la conservation des gisements. Il a indiqué que le risque de fracturation hydraulique, loin d'avoir été minimisé, nécessitait de nombreux essais en labo. Olivier Koning, directeur général de Weatherford Algérie, a fait savoir qu'il fallait analyser pour déterminer si ce type d'exploitation permettait une industrialisation rationnelle. «La durée d'un permis d’exploitation devrait être de 40 ans.

La fiscalité en Algérie est intéressante, le cadre législatif est en cours d'amélioration, il y a beaucoup d'opportunités sous peine d'apporter les investissements. Un partenariat gagnant-gagnant puisque les retombées sur le tissu économique seront immédiatement visibles», a-t-il souligné.
 
Impliquer la société civile
«Nous comptons impliquer la société civile», affirme un cadre du ministère de l'Environnement. En marge du séminaire, Mme Assia Bechari, sous-directrice des technologies propres au ministère de l'Environnement, nous a expliqué que l'exploration du gaz de schiste était une décision politique actée au niveau de l'APN. Elle nous a expliqué entendre les voix discordantes,

celles qui estiment que ce type d'exploration représente un danger pour le pays, et regrette que ces opposants n'aient pas participé au séminaire afin de faire valoir leurs arguments. «Bien que le débat se soit déjà tenu à l'APN, nous comptons impliquer la société civile, et ce, à travers des enquêtes publiques où chacun pourra s'exprimer»,
a-t-elle fait savoir.

Interrogée sur la dangerosité d'un tel procédé, elle nous a indiqué que c'était le principe de précaution qui primait, que le ministre de l’Energie prenait en considération la gestion des risques et qu'elle en voulait pour preuve les nombreuses mesures de prévention contenues dans la loi sur les hydrocarbures.

«Même si le risque zéro n'existe pas, nous disposons d'outils d'aide à la décision dont les études d'impact qui évalueront les dangers et si l'on s'aperçoit que le risque est trop grand, on annulera le projet.

Nous avons pour mission la protection de l'environnement, nous avons des lois à actualiser et nous prendrons toutes les mesures nécessaires, car même si l'exploitation se fera à l'horizon 2020, nous devons nous préparer à mettre à jour notre règlementation environnementale», a-t-elle souligné. Interrogée sur la possible implication de certaines compagnies étrangères dans le lobbying afin de parvenir à arracher cette décision politique qui ne fait pas l'unanimité,
Mme Bechari nous a fait savoir qu'elle n'était pas au courant de ce genre de pratiques.

S. B.

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À propos

Karim Tedjani

Karim Tedjani est un blogeur indépendant très concerné par les questions de l'environnement ainsi que de l'écologie en Algérie... Depuis 2009 , il sillonne autant le web que son vaste pays d'origine; afin de témoigner, d'apprendre, mais aussi de militer...
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