Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Nouara Algérie.com

Ecologie, environnement, nature, économie verte et développement durable en Algérie

"LA MADRAGUE ORANAISE ou PLAGE « HORS LA LOI » Par Mahi TABET AOUL

 

La « Madrague » oranaise se trouve juste en contrebas de l’emplacement du phare maritime du Cap Facon sur la corniche oranaise. C’était un endroit féérique avec un paysage merveilleux au point où une de ses nombreuses collines lui avait donné son nom de « Pain de sucre ». Ici, la trentaine de bâtisses, datant de l’époque coloniale, a vu une bonne moitié d’entre elles rasées pour donner naissance à des villas somptueuses. Les petites cales sèches qui servaient d’abris pour les pêcheurs et leurs barques, construites jadis dans la roche en bord de mer, ont été détruites pour servir d’assise à de villas en béton qui ont défiguré la bord de mer avec pied dans l’eau. Envoyant ces demeures, on a l’impression de se trouver dans un quartier de la ville car le profil côtier a complètement disparu. Tout le charme visuel du paysage d’antan a disparu à jamais pour ceux qui l’auraient connu.

La Madrague oranaise est devenue un site de non loi avec tout un cocktail concentré de déconfiture sociale (mauvaises mœurs, nuisances de toutes sortes, passe-droits) et une absence totale de l’Etat. Tout est à l’abandon et chacun peut le constater, en particulier parmi ceux qui auraient connu ce site.

Ici se côtoient toutes les franges sociales : riches, modestes et pauvres; en somme un bon échantillon national, caractérisé par le chacun pour soi et Dieu pour tous. Chacun tente de résoudre son problème par lui-même, oubliant que la solution dépend souvent des autres.

 

CONTEXTE


On trouve, juste au niveau de l’accès à la plage, une piste qui mène directement à une plage privée. Cette plage porte le nom de « BOKAA BEACH » avec une connotation américaine qui marque notre complexe vis avis de qui vous savez. On y trouve les jeux et les plaisirs de toutes sortes et d’ailleurs (Tobogan, jetsky’s, semi-rigides motorisés, canoës et piscines, gazons artificiels, tables d’accueil couvertes en chaumes ou roseaux, restaurants…). Les tarifs d’accès à cette plage sont de 1000,00 Dinars pour adultes et 500 Dinars pour enfants, une façon de filtrer parmi la faune humaine. Nulle de moi l’idée d’en vouloir au concessionnaire, quand on sait ce qu’est devenue notre société avec des actes de vandalisme. Comme dans d’autres places, le seul critère de sélection est celui de l’argent qui permet de faire le tri des individus. Dans d’autres pays, comme les pays voisins, le critère économique de rentabilité est le nombre d’entrées avec un prix relativement modeste.


Aujourd’hui si vous revoyez le site de la « Madrague », ce n’est pas un paysage de douceur et de beauté, mais une succession de monticules de grosses pierres dressées ça et là pour empêcher les squatters d’accaparer la terre, faute d’autres moyens dissuasifs. Ce qui n’empêche pas l’érection de mini-bidonvilles dans les interstices de ces monticules (baraques de parpaings avec tôles ondulées et construites en l’espace de 24h).


C’est une plage qui reflète, on ne peut mieux, tous les ingrédients en vigueur qui témoignent de la déliquescence avancée de la gestion du patrimoine publique par les structures de l’Etat, censées appliquer la loi, protéger l’environnement et assurer le bien être de la population.


Il faut cependant signaler le laissez faire et le désintéressement des propres habitants de la Madrague qui s’ignorent les uns les autres. On y trouve parmi ceux qui y habitent, des médecins, des industriels, des ingénieurs et même des ex responsables de services publiques. Ce qui témoigne de la culture générale qui prévaut dans notre pays où chacun s’occupe seulement de l’intérieur de son chez soi et se désintéresse de l’extérieur qui, de temps en temps, lui renvoie une onde de choc parfois très douloureuse comme ce GALLAL qui l’empêche de dormir.


ABSENCE DE L’ETAT


Ici à la Madrague, tout est permis :


  • Si vous possédez une bâtisse et qu’il y a un terrain adjacent, vous pouvez vous en approprier sans problème, juste en procédant à sa clôture rapidement avec du parpaing. Ensuite vous avez le choix entre construire une nouvelle bâtisse pour la louer à un prix fort ou tout simplement le vendre, à condition de graisser la pâte à qui vous savez.


  • Il y quelque années, un bidonville, situé en amont du site, a été rasé et ses habitants relogés dans un bâtiment neuf au village supérieur de Cap Facon. Ce qui peut paraître assez curieux, c’est un complexe digne de ceux de Dallas qui se construit au lieu et place de cet ancien bidonville. Comme par hasard, ce complexe est mitoyen avec la plage privée de « BOKAA BEACH ». Comme quoi la ségrégation est en marche avec son futur corollaire une société à plusieurs vitesses.  


  • La question de bidonvilisation n’a pas été résolue pour autant, parce qu’en même temps on a fermé les yeux sur un autre bidonville en aval de la Madrague, en contrebas de l’autoroute entre le Cap Falcon et les Andalouses. Ce bidonville s’étend d’année en année et de jour en jour. Au dessus des baraques, s’étend une foret de fils électriques qui s’enchevêtrent dans tous les sens et sur plusieurs centaines de mètres. Il en est de même des conduites d’eau qui elles sont moins visibles. Sans doute, la plupart de ces branchements sont clandestins. Il est légitime de se poser les raisons de la démission et du laissez faire des services publics comme SONELGAZ et EPEOR qui sont à cheval quand il s’agit du recouvrement des factures des habitants légaux avec la ponctuation des mises en demeure de coupure en cas de non paiement.      


  • Depuis une année et toujours dans la partie amont de la Madrague, de nouveaux bidonvilles ont vu le jour et cette fois-ci juste à l’entrée et s’étendent avec une vitesse vertigineuse au vu et au su de tout le monde. La seule intervention de l’Etat a consisté à entreposer, ça et là, des monticules de grosses pierres pour dissuader les nouveaux bâtisseurs mais sans pour autant raser les baraques anciennes, tout en laissant  de nouveaux squatters d’occuper les espaces entre ces petites montagnes de pierres. Pire, on a même autorisé l’installation des compteurs électriques par la Sonelgaz chez les nouveaux squatters. La question qui se pose est de savoir qui a autorisé cette installation. Ce qui est d’autant plus inquiétant, c’est que le seul poste Sonelgaz de transformation « moyenne tension » se trouve actuellement au beau milieu d’un bidonville avec les baraques collées à lui. Or le règlement de Sonelgaz interdit cette mitoyenneté pour des raisons évidentes de sécurité. Il est légitime de seposer la question sur la passivité de Sonelgaz devant une telle situation qui présente un danger grave pour les voisins immédiats.  


  • En aval et en contrebas du bidonville situé en aval, un terrain a été cédé pour la construction d’un nouveau complexe touristique qui a vite ratrapé par le béton la fameuse colline « Pain de Sucre ». Ce complexe  a fait disparaître à jamais le célèbre chemin pédestre qui joignait la Madrague à la plage des Coralès et passait au pied de cette colline. Ce chemin était fréquenté par de nombreux adeptes du « FOOTING » en fin de journée.


  • Ici l’électricité est distribuée au compte goutte. Entre le 25 juin et le 4 juillet 2012, pas moins de 10 coupures de plusieurs heures dont deux d’une journée entière ont été enregistrées.  


  • C’est vraisemblablement la seule plage de la corniche oranaise qui ne possède pas de voie goudronnée, au point où les deux seules épiceries qui s’y trouvent n’arrivent pas à s’approvisionner par les livreurs de denrées, de bouteilles de gaz, de pain ou de crème. L’argument, avancé par les livreurs de marchandises, est l’absence de voie carrossable.


  • C’est à peine un ou deux lampadaires publiques qui s’allument parmi une trentaine d’installés. Il ne faut pas se hasarder la nuit, car le vol et l’agression est de mise, parce qu’il n’y a ni police , ni gendarmerie.

  • Les déchets jonchent le sol et beaucoup s’amoncellent aux confins des divers monticules de grosses pierres posés ça et là. On a bien installé quelques chariots poubelles, mais ils ne sont jamais vidés ou une fois par hasard.


  • Il n’y a pas de réseaux d’égouts et certains habitants courageux, situés en amont, n’hésitent même plus à déverser leurs exécras sur leurs voisins situés plus bas. C’est une rivière d’égouts à ciel ouvert qui se superpose au réseau d’eau potable. Les rats, les mouchent et les insectes pullulent et sont maîtres des lieux et tant pis pour ceux qui seront piqués car tous les ingrédients des maladies transmissibles sont réunis.    

DEGRADATION DES MŒURS ET NUISANCES DE TOUTES SORTES


Ici à la Madrague, tout est permis :


  • Une villa, située en plein centre du village, s’est transformée en cabaret publique et ce depuis plus de trente ans. Le vin et la bière coulent à flot et attirent beaucoup de monde et surtout parmi délinquants moins fortunés qui trouvent ici un moyen de satisfaire leurs penchants à prix modérés.  Dès 10h du soir, le GALLAL (tambour) commence à battre, relayé par là par des hauts parleurs qui résonnent à des kilomètres de là. Vous ne pouvez pas dormir au son de ce vacarme et de la portée de la voix du BARAH qui nous rappelle une ancienne époque quand l’Algérien venait dans ces endroits malsains pour noyer ses chagrins et sa misère en dépensant son salaire mensuel reçu de la main du colon. Il faut attendre l’aube d’un nouveau jour pour pouvoir dormir. Beaucoup d’habitants ont signé des pétitions et saisi les autorités mais sans lendemain. La dernière information reçue de la gendarmerie du Cap Falcon est que la plainte contre ce Cabaret se trouve au niveau du procureur de la République qui n’a pas encore statué sur la présence de ce cabaret au beau milieu de la population avec toutes les conséquences sur une jeunesse en proie à l’oisiveté et qui s’agglutine toute la journée pour admirer les « pépées » qui peuplent ce cabaret et occupent des chambres y attenant.  Si le recours à la justice peut être justifié concernant le lieu d’emplacement de ce cabaret, ce n’est pas le cas des niveaux de nuisances sonores qui sont réglementés et régis par la loi. Il suffit aux services chargés de la sécurité de faire respecter les dispositions légales.


  • Ici le vol des domiciles est courant et malheur à celui qui laisserait son mobilier ou matériel dans sa maison, une fois la saison estivale terminée.


  • Les grands malfrats et trafiquants de drogue se donnent souvent rendez vous à la « Madrague » et règlent parfois leur compte à coups de couteaux. Il ne se passe pas une année sans qu’on ne signale au moins un assassinat ou deux.


CE QU’IL FAUT FAIRE


Ces vœux sont des droits qui conditionnent les fondements de toute citoyenneté et les règles de la vie en publique :


  • La suppression du cabaret en plein milieu de la population pour respecter un minimum de moralité publique et protéger les jeunes qui habitent le site toute l’année.


  • La réfection de l’infrastructure et le goudronnage des routes, la réparation des nombreuses fuites d’eau potable, la mise en place d’un réseau d’égouts pour éviter le rejet d’eaux usées à ciel ouvert avec les risques de contamination du réseau des eaux potables et pour filtrer ces eaux usées avant leur rejet direct en mer comme c’est le cas aujourd’hui.


  • La destruction des mini-bidonvilles, l’élimination des monticules des blocs de pierres érigés ça et là et qui parsèment différents points du site.


  • L’évacuation des débris et nettoyage du site, l’enlèvement des déchets domestiques et nettoyage de la plage, la réhabilitation du site par l’aménagement des espaces verts et la réfection de l’éclairage publique.


  • L’installation d’un vigile permanent chargé de dissuader et d’informer les services publics et sécuritaires pour toute atteinte à la loi ou pour tout acte de délinquance comme le vol ou l’agression.


  • La recherche et la poursuite des réseaux de drogue et de dealers qui ont pris ce site pour plaque tournante du trafic de drogue.


  • La mise à contribution matérielle et morale des habitants de la Madrague et particulièrement les plus fortunés d’entre eux.


CONCLUSION


Devant de telles constations, l’ampleur de la décadence morale de notre société, la démission de l’Etat et du citoyen, il ne nous reste plus que la plume pour écrire « Pauvre de nous et Pauvreté de notre riche ETAT ».

NOTA BENE

Dans son édition du mercredi 4 juillet 2012, le journal « Quotidien d’Oran » rapport que l’ex-maire d’Ain El Turck B. Brahim et l’ex-responsable en chef du rvice de l’urbanisme de l’APC ainsi que deux de ses adjoints, ont été placés sous contrôle judiciaire. Ils sont accusés de délivrance de faux permis de construire. Le journal rappelle aussi que l’ex-P/APC avait déjà été placé sous contrôle judiciaire auparavant.

Retour à l'accueil

Partager cet article

Repost 0

À propos

Karim Tedjani

Karim Tedjani est un blogeur indépendant très concerné par les questions de l'environnement ainsi que de l'écologie en Algérie... Depuis 2009 , il sillonne autant le web que son vaste pays d'origine; afin de témoigner, d'apprendre, mais aussi de militer...
Voir le profil de Karim Tedjani sur le portail Overblog

Commenter cet article