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"La Maison du Tapis de Cherchell : Une légende qui se meurt" par ABOUD KAHINA (Le Midi libre)

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Cherchell, cette ville située à l’ouest de Tipasa, renferme des richesses aux couleurs naturelles impressionnantes, mais également des métiers de l’artisanat qui survivent à peine en ces temps «modernes», nourris d’artifices et de synthétique.
 

«Dar Zrabi», littéralement traduit «Maison du Tapis», la manufacture centenaire de Cherchell, nous fait voyager à travers les différentes régions du pays en associant les motifs aux couleurs, fabriquant ainsi plus de trente types de tapis haut de gamme à base de laine pure. Leur prix de vente est différent de celui des tapis faits à base de fibre synthétique, qu’on peut acquérir à moins de 10.000 dinars.

C’est M. Aberkane, Président- directeur général de cette société par action (SPA), qui nous fait le plaisir de nous raconter la légende et l’histoire de «Dar Zrabi». Selon le bref historique qu’il nous a tracé, «Dar Zrabi, a été créée par des anglaises qui ouvrirent à Cherchell un atelier de tissage de tapis vers 1908, avec l’aide d’une personne qui avait appris la technique à l’école de tapis de Tlemcen. L’histoire coloniale et la légende cherchelloise rapportent que le tapis de Cherchell a décoré les luxueuses cabines du 1er paquebot géant français, «Le France »; il a orné aussi le Palais de «Buckingham Palace» et le train de la reine Elizabeth d’Angleterre.

La légende de «Dar Zrabi», rapportait aussi «qu’un tapis artisanal de 25 mètres, fabriqué à Cherchell, fut acquis et offert par l’empereur du Japon à son fils à l’occasion de son mariage». Cette unité de production de tapis traditionnels de Cherchell, avec son histoire et sa légende, et de réputation mondiale, employait dans le temps, plus de 300 ouvrières. Dans les années 50, la pionnière de ces ouvrières, prénommée Benabbes Zohra, avait marqué, par sa qualification, le timbre du tapis de Cherchell. Elle, qui fut embauchée à l’âge de 15 ans comme apprentie ouvrière, se chargeait du mariage des couleurs et de la supervision des centaines d’ouvrières et d’apprenties. Ce fut elle, qui décidait de l’imitation ou de la conception des motifs des tapis.

Elle fut félicitée par des ministres, diplomates et chefs d’États, qui venaient à Cherchell apprécier le légendaire tapis, pure laine. Elle décède en 2003, à l’âge de 80 ans. «Dar Zrabi» offre aux acheteurs, aux collectionneurs et aux connaisseurs, des tapis à points noués spécifiques à l’ensemble des régions d’Algérie. Ils sont décorés de bandes transversales, à motifs géométriques typique au grand sud (Oued Souf, Ghardaia, Biskra, Hoggar), ou aux dimensions diverses, où nous retrouvons la couleur marron typique aux tapis de Tizi Ouzou et de Maatka.

Le tapis d’Alger se distingue par ses couleurs perçantes, alliant le vert, l’orange et le rouge, propre aux dynasties arabo-musulmanes. Curieusement, le tapis de Constantine, avec ses figures et dessins, rappelle les manuscrits retrouvés au tassili. Quant aux tapis des Nmemcha, Babar, Aures ou Harakta, leurs motifs respectent la spécificité chaouie, au dallage strict, symétrique et géométrique. Le tapis cherchellois et celui de chenoua, se caractérisent par les couleurs grise et blanche avec des figures géométriques symétriques.

Cette diversité et beauté rencontrent, malheureusement, une dure réalité. «Nos produits sont peu accessibles aux bourses moyennes. Nous sommes confrontés à la concurrence du tapis synthétique, d’où une baisse de la commercialisation de nos produits. Malgré nos ventes à l’étranger, qui ont rapporté quelques milliers d’euros, nous restons confrontés au problème de la disponibilité de la matière première ainsi qu’au problème de la fiscalité qui pèse trop pour une Spa oeuvrant dans un domaine menacé de disparition».

S’agissant d’un produit artisanal traditionnel, on a tendance à penser que l’État soutient les prix à la production. M. Aberkane nous affirme le contraire :« L’Etat nous demande de nous débrouiller avec nos propres moyens, dans le cadre de la concurrence nationale et internationale». En d’autres termes, cette société rachetée par sa trentaine de travailleurs en 1999, devenus alors actionnaires, ne peut plus faire face à une adversité économique pour sauvegarder la célèbre et la légendaire «Dar Zrabi» et ce, même si cette dernière, apprend-on, a participé à différentes manifestations culturelles nationales et internationales, à l’instar du salon international de l’artisanat traditionnel à Alger, du salon international Imporshop de Berlin(2002, 2003, 2004) la foire européenne de Strasbourg (France2003).

Par ailleurs, l’entreprise, à sa tête son P-DG, reste optimiste tout en souhaitant être pris en charge par un réseau commercial, avoir sa propre filature et teinturerie, développer une organisation de travail pour un meilleur rendement, que le secteur du tourisme soit d’un grand apport en matière de commercialisation et, enfin, l’allégement des montants de cession des actifs, des taux d’imposition et de la couverture sociale (CNAS).

Par : ABOUD KAHINA Le Midi libre 31/05/09

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À propos

Karim Tedjani

Karim Tedjani est un blogeur indépendant très concerné par les questions de l'environnement ainsi que de l'écologie en Algérie... Depuis 2009 , il sillonne autant le web que son vaste pays d'origine; afin de témoigner, d'apprendre, mais aussi de militer...
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