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Nouara Algérie.com

Ecologie, environnement, nature, économie verte et développement durable en Algérie

"La Nature Algérienne ..." par Karim Tedjani

 La nouvelle Algérie doit-elle tourner le dos à sa Nature Algérienne?

       Genrations                                                                       Photo: Karim Tedjani (2011. Tous droits réservés)

 

A la croisée entre l'Europe méditerranéenne et  l'Afrique Saharienne, l'Algérie est une "terre précieuse" dont la nature est profondément généreuse en ressources matérielles et humaines. Le milieu naturel  de ce pays est une mosaïque d'écosystèmes et de micro climats, ce qui donne un caractère souvent endémique et éclectique  à sa faune ainsi qu'à sa flore.  La Nature Algérienne,  c'est  donc, tout d'abord,  une biodiversité riche en variétés située sur un territoire immense et contrasté. On pourrait dire que l'Algérie a pour père un désert, le Sahara, et pour mère la Méditerranée.

 

Au fil  des millénaires,  cette Nature biophysique a participé à  forger la Nature spirituelle, sociale et culturelle du peuple  algérien. Les hommes et les femmes  qui ont habité cette terre ont à leur tour façonné les paysages de l'Algérie. L'illustre géographe français Lucien Lebvre affirme déjà, au début du siècle dernier, que la civilisation, au sens géographique du terme,  "ne consiste que dans la mise en valeur par les sociétés des ressources que leur offre leur milieu naturel […]".

 

 Ainsi,  on peut supposer par exemple, que si les égyptiens de l'Antiquité ont, à un moment donné  de leur histoire, été une grande civilisation,  à la pointe de la technologie et des sciences, cela est du en partie  à l'environnement où ils ont évolué. Afin de survivre, ils ont dû, en autre, composer avec les crues du Nil, ainsi que l'aridité du désert. Pour cela, ils se sont attelé à développer de nombreuses sciences et technologies afin de relever tous les défis lancés par la Nature de leur contrée.  A travers le monde, les déserts, de par ce que leur plénitude semble inspirer à l'Homme, ont de tous temps été des  hauts lieux de la spiritualité.Le désert a inspiré nombre de grandes religions. L'influence de l'Egypte antique  sur les cultures judéo-chrétiennes et arabo-musulmanes est incontestable et cela aujourd'hui encore. De même qu'il serait difficile d'imaginer les paysages de Gizeh sans les pyramides qui ont été érigées sur ce site. Cela semble confirmer que la nature physique d'une terre  et la nature abstraite d'un peuple sont intimement liées.

 

 Bien entendu, le contexte  global d'une époque joue un grand rôle dans la nature d'une civilisation. Mais là aussi, la planète, de par les événements telluriques qu'elle impose à l'Histoire, peut avoir une influence non négligeable sur la pérennité de cette dernière. Pompéi ne s'est-elle pas éteinte en une journée,  étouffée par les cendres d'un volcan, alors que tout  destinait cette grande cité antique  à rayonner pendant encore  des siècles?

Les flux migratoires ont une grande incidence sur la nature d'une société et, pendant très longtemps, ces flux ont été motivés par des nécessités dues à l'environnement (changements climatiques, quêtes de nouvelles ressources, accidents telluriques etc.)

 

 Ne dit on pas, enfin, d'un étranger, qu'il a été "naturalisé" quand il prend la nationalité d'un autre pays que le sien?


De même qu'on a coutume de dire qu'un esprit sain ne peut s'épanouir dans un corps sain, il est évident qu'une société ne peut être que  malade si elle évolue dans un environnement vicié. Souvent, cette dégradation de la nature physique d'un pays est en fait  un des symptômes de son mal être social. Mais c'est aussi dans la nature, au sens "essence", d'un peuple que l'on peut chercher des solutions pour que ses valeurs fondamentales renouent avec l'amour de la Nature. Il suffit d'avoir, comme moi, passé beaucoup de temps en compagnie des "anciens" de nos douars telliens pour retrouver dans leurs paroles, leurs faits et gestes, un peu de ce savoir faire et de ce savoir  vivre qui a permis à des générations d'hommes et de femmes d'évoluer en harmonie avec l'écosystème de ce pays. Il est question ici d'un passé auquel il serait malsain de tourner le dos.  Il me parait plus judicieux de s'en inspirer pour tourner le présent vers l'avenir.

 

 La  technologie moderne n'est pas la seule issue pour lutter contre les impacts de l'industrie sur les milieux naturels de notre planète.

Le développement durable  tel qu'il est exposé officiellement fait du développement technologique une des clefs pour assurer aux générations futures un environnement sain. Mais  n'oublions pas que si, c'est elle qui a contribué à nettement améliorer nos conforts quotidiens, c'est elle aussi qui est à la source du fulgurant déséquilibre qui s'est installé entre les civilisations humaines et les écosystèmes de la Terre. La Nature a besoin avant tout que la nature des hommes, ainsi que celle  de leurs fonctionnements,  soit plus raisonnable et moins mercantile. On ne résout pas forcement  les problèmes compliqués avec la complexité et la sophistication. De simples  gestes au quotidien, dans une optique non plus curative mais préventive peuvent s'avérer  plus bénéfiques dans la durée.

 

 Il me semble qu'avant, les algériens, comme tous les hommes de cette planète, pratiquaient beaucoup de petits gestes quotidiens issus de leurs cultures ancestrales et de leurs spiritualités, qui seraient vus aujourd'hui comme des "éco-gestes".

La récente évolution du tissu social algérien en  une société urbaine  de consommation , de même que les nombreuses tentatives passées  de peuples colonisateurs pour la corrompre, ont modifié cette Nature Algérienne. C'est ce qui rend, à mon humble avis, plus difficile de savoir ce qui est  vraiment, dans cette nature,  un héritage ancestral issu de la tradition algérienne  et ce qui a été  par contre inculqué à ce peuple pour en faire une victime complaisante avec ses bourreaux.

 Je me souviendrais toujours de ce jeune citoyen  rural vivant prés du parc naturel de El Kala qui, lorsque on lui demanda  lors d'un reportage,  si il était indigné de savoir qu'on allait endommager ce site pour y faire passer une autoroute, il  répondit :" Et bien non, je trouve que  c'est une bonne chose, non? Moi, je suis au chômage et j'espère que cela va créer des emplois. La Nature, tu sais elle ne me fait pas travailler!!!".

Je  pense que ce verdict  est sujet à mûre réflexion.

Les algériens d’aujourd’hui, dans l'ensemble, ne produisent rien et consomment tout. Quand, dans les années 20, Tiaret était le "grenier de l'Europe", de nos jours nous importons notre blé... L'artisanat, s'il  est heureusement de nouveau soutenu par l'Etat algérien, est un secteur sinistré. Le Tourisme, et plus particulièrement le tourisme vert a été négligé alors que l'Algérie dispose de potentiels énormes dans ce domaine. Pourtant, ce sont autant de métiers qui pourraient être des sources de revenus, de devises et surtout d'emplois. Ces secteurs sont tout à fait compatibles avec la préservation de la Nature.

Ce même parc d'El Kala pourrait être un parc d'hôtels conçus selon les normes de l'habitat "durable" en privilégiant les procédés locaux comme le pisé ou bien pour le camping la construction en « osier » et les systèmes traditionnels de climatisation. Il pourrait s'y développer un tourisme de randonnées, des safaris photos, des visites pédagogiques pour le grand public et tant d'autres choses bénéfiques à la Nature ainsi qu'à l'environnement social des algériens. Mais, il faudrait  surtout s'atteler  à mettre en avant les compétences des "locaux". Les anciens pourraient nous être d’une grande utilité dans ce domaine puisqu’ils ont déjà utilisés ces procédés. Des emplois, des formations, de l’enrichissement sont à la clef….

 

 

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                                                                       Photo: Karim Tedjani (2011. Tous droits réservés)

 

Bien entendu, il ne s'agit pas de donner une image idéalisée des algériens d'autrefois, ni d'ailleurs de faire un tableau négatif de la nouvelle société algérienne. Disons, que si toutes ces valeurs persistent heureusement dans ce pays, elles tendent à s'étioler.

De plus, en ce qui concerne l'environnement, il me parait légitime d'affirmer que les anciens en savent largement plus que quiconque quand il s'agit de vivre harmonieusement avec la Nature. Je prendrais pour exemple nos semences locales qui sont délaissées à cause de leur faible rendement annuel. Cependant, de nombreux agriculteurs que j'ai interrogés ont admis le fait que ces espèces étaient plus régulières,  plus robustes et ne nécessitaient pas autant d'apport biochimique que les variété exotiques et surtout ne consommaient pas beaucoup d' eau. Ces dernières années, les semences "hybrides"  on eu un franc succès auprès de la profession agricole en Algérie. Pourtant, sur une période de trois récoltes, au fond, s'il on fait la moyenne des rendements, les semences algériennes ne sont pas beaucoup moins productives et leur coût d'exploitation s'avère vraiment moins élevé.

 

La jeune société algérienne ne doit pas tourner le dos à ses traditions. Il est possible, à l'instar du Japon (vieux partenaire de l'Algérie) de vivre avec son temps mais aussi avec ses particularités.  Le savoir de nos anciens ne doit disparaître dans l'indifférence la plus désolante. Il doit être revisité, optimisé...Ce sera le plus bel héritage à transmettre à l'Algérie du Grand Maghreb de demain.

 

St Denis, le 14 Octobre 2011

Karim Tedjani pour « Nouara, le portail de la Nature et de l’Ecologie en Algérie ».

 

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                                                                       Photo: Karim Tedjani (2011. Tous droits réservés)

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À propos

Karim Tedjani

Karim Tedjani est un blogeur indépendant très concerné par les questions de l'environnement ainsi que de l'écologie en Algérie... Depuis 2009 , il sillonne autant le web que son vaste pays d'origine; afin de témoigner, d'apprendre, mais aussi de militer...
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saidi 10/11/2011 09:55



Salutations  amicales pour les écologistes algériens !


La position géographique de l"Algérie justifie sa biodiversité naturelle illustré par sa mosaique  d'écosystèmes et de cliamts variés contribua,t à la
richesse de sa flore et de sa faune méditérannéenne et africaine ; une richesse ancestrale aujoued'hui menacée par le développement industriel et les mouvements de sa population non sensibilisée
sur la lutte pour la protection de l'environnement comme le soulignent   les commentaires de citoyens sur la menace du parc d'El - Kala par l'autoroute .


Malheureusement les traditions se perdent et la jeune société algérienne se doit de réflachir à l'héritage de cette bio-diversité que les générations futures seront
en droit de recevoir en parfaite harmonie et diversité . Le pire des crimes contre la nature reste l'indifférence désolante et coupable ainsi que la démission de ceux qui sont chargés de prendre
en charge la sauvegarde de la " Nature Algérienne " que nos ancètres savaient si bien estimer et protéger !


Un amoureux de la nature révolté par les agressions que connaît notre patrimoine naturel menacé !



Karim Tedjani 05/12/2011 14:43


Merci pour ce commentaire éclairé...


BABA AHMED ALLOU 16/10/2011 07:41



Salem , j'étais aux anges en lisant le dernier article :il ne faut pas tourner le dos a notre biodiversité riche . Nord sud est ouest  notre algerie est immense et regorges d'une grande
diversité   micro climat et mosaique de l'écosystème. Si nos algeriens savaient se servir de ce qu'on a sous nos pieds sur notre tete dans la nature il y aurait moins de gens stressés,
moins de harragan moins de malades, ils vivraient en armonie avec la nature  et en armonie avec lui meme. ASSOCIATION oRANAISE MAIN DANS LA MAIN



Karim Tedjani 16/10/2011 19:34



Madame Baba Ahmed Allou, je sais que vous parlez en connaissance de cause. J'ai eu le plaisir de le constater lors de mon séjour parmi vous à Oran. Votre association a un bel avenir devant elle.
Vos initiatives pour promouvoir la femme rurale, notamment sont très importantes car la femme algérienne est un maillon indispensable à la chaine de transmission de cette Nature Algérienne.


A bientôt inchallah