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Nouara Algérie.com

Ecologie, environnement, nature, économie verte et développement durable en Algérie

« La pauvreté de la biodiversité, un indice de richesse pour les pays hyper développés! » par Karim Tedjani.

Il existe, à propos de la biodiversité, un paradoxe qui, une fois identifié, montre à quel point une croissance économique s’appuyant largement sur le développement industriel ainsi que la consommation de masse est difficilement compatible avec la volonté de protéger la plus grande richesse dont notre planète dispose : la Biodiversité.

En effet, il semble avéré que les pays les plus développés sont en passe de devenir les territoires où la biodiversité est la plus faible. Tandis que les pays les plus pauvres, eux, disposent encore souvent d’une grande richesse naturelle à défaut d’un PIB suffisant pour assurer un confort de vie auquel seule une petite partie des habitants de notre planète a vraiment la possibilité de prétendre.

Pourtant, la biodiversité est source beaucoup de richesses, et cela bien plus qu’on ne le pense…

Prenons le cas du pétrole, qui est une des richesses fondamentales de notre monde moderne. Que pourrions-nous réaliser sans la formidable source d’énergie que ce liquide est capable de générer? D’où provient-il ? Eh bien, de la biodiversité du passé qui s’est fossilisée puis décomposée en « or noir ». L’économiste et écologue Jacques Weber ne cesse de le rappeler. Ce même pétrole qui pollue notre air, nos mers, contamine notre nourriture mais nous rends bien des services, a besoin de la biodiversité pour se renouveler dans nos sols…

Combien d’objets, de produits que nous consommons au quotidien sont directement issus de cette Biodiversité ? Les humains, ne sont-il pas d’ailleurs au même titre que tous ce qui vit dans l’univers, des éléments de cette dernière ?

Toutes les cultures, les savoir-faires, les découvertes scientifiques ne sont-ils pas liés à l’environnement où ils ont été développés. Si un homme qui est né dans le désert ne conçoit pas forcement le monde comme celui qui vit au sommet des montagnes de l’Himalaya, n’est-ce pas justement lié à l’écosystème avec lequel ils doivent entrer en symbiose pour survivre ?

L’artiste Björk, artiste pop internationale n’a de cesse, par exemple, de revendiquer l’influence qu’exerce la nature de son pays, l’Islande, sur sa musique ainsi que sur les paroles de ses chansons. La France est un grand pays de gastronomie notamment parce qu’elle dispose d’un territoire au climat propice à la biodiversité et donc à la variété des produits disponibles sur l’hexagone. Que signifieraient les Fables de Lafontaine pour des générations futures privées de la majeure partie de la biodiversité que nous sommes entrain de voir disparaître? Comment ignorer les nombreuses références à cette biodiversité dans beaucoup de grands textes qu’ils soient profanes ou sacrés ?

La richesse d’une telle ressource est donc matérielle , culturelle et spirituelle. Elle est fondamentale pour notre survie , au même titre que l’eau, les gaz et les métaux.

Les pays les plus riches et les plus développés sont en train de devenir de véritables tiers-mondes de la biodiversité. De plus leur empreinte écologique est telle qu’ils ont besoin de s’approprier les ressources des pays moins développés afin de faire durer leur développement. Cela nuit au développement de ces derniers...

Beaucoup s’accordent à dire que les préoccupations environnementales sont des « lubies » réservées à des sociétés développés , sous entendant ainsi qu’ils est de nos jours nécessaire de disposer de beaucoup de moyens technologiques et financiers pour pouvoir prétendre à respecter l’intégrité de la nature tout en permettant aux hommes de se développer. Pourtant, là où il n’y a pas de société de consommation, là où il n’y a pas ou peu d’usines, de mines ,  de grandes villes modernes, et surtout là où les hommes sont peu nombreux, vous trouverez des zones naturelles qui ont atteint leur climax, c'est-à-dire leur "optimum durable".

Si l’on compare le Pib et l’empreinte écologique des Etats Unis, ont se rend facilement compte que les deux sont élevés. Cela veut dire que cette nation est très riche, mais qu’elle ponctionne beaucoup à notre planète pour assurer son "optimum durable" (cette fois-ci économique). La richesse matérielle semble se nourrir de la misère écologique…Donc on peut facilement admettre que le déclin de la biodiversité est un indice de la richesse d’un pays, voire de son hyper développement. 

Le développement industriel et économique de certaines "super-puissances" est tel qu'il est devenu possible de parler d'hyper développement.Ce sont des pays, jadis considérés comme "développés" qui ont dépassé les limites de ce statut. Une nouvelle élite, celle du G8 a emergé face au G20 qui englobe de nouveaux arrivés dans la liste des pays riches.  Le préfixe "Hyper " est très révelateur des excés liés à ce genre de développement sociétal et économique.

Gregory Mikkelson, biologiste et professeur de philosophie à l’université Mac Gill de Montréal (Canada) nous indique dans un de ses article que, « Les cas les plus alarmants d’inégalités générant une perte de biodiversité sont les Etats-Unis et le Brésil » tous les deux sont membres du G20, c'est-à-dire figurent parmi les plus riches au monde…

Mais qu’en est-il des pays émergents ou en voie de développement ?

Le cas de l’Algérie, dans ce domaine me semble fort intéressant et révélateur des mesures qui sont possibles de prendre dans un tel pays. Ces mesures, si elles ne sont que timidement appliqués pour l’instant, me paraissent pourtant bien plus faciles à mettre en place dans un pays qui n’a pas encore atteint son « optimum durable ».

Bien que ce pays s’urbanise de plus en plus, de nombreux espaces naturels sont encore considérés comme vierges ou peu influencés par l’activité humaine. C’est un capital naturel, source d’une grande biodiversité que certains pays plus développés que l’Algérie n’ont malheureusement pas à leur disposition.

Peu industrialisée en ce début de millénaire, l’Algérie est un pays rentier qui ne produit pas grand-chose d’autre que du pétrole et du gaz. Les impacts de l’Industrie, en Algérie, sont essentiellement liés aux déchets ainsi qu’aux installations pétrochimiques ou minières. La logique la plus évidente, voudrait que ce pays ne se limite plus à baser son économie sur le pétrole qui est une ressource non durable et très difficilement renouvelable et surtout qu’il assure lui-même son autonomie alimentaire tout en inversant sa tendance à importer des produits étrangers souvent de piètre qualité et peu respectueux des normes environnementales en vigueur .

La biodiversité algérienne pourrait offrir à ce pays de formidables perspectives de développement vertueux, pour peu que ce trésor ne soit pas négligé. Rappelons-le, beaucoup de produits consommables sont issus de la biodiversité. La richesse de ce pays en ce domaine n’est plus à prouver. Elle a été de tous temps une terre généreuse et fertile, havre de paix pour bon nombre d’espèces végétales et animales. Une région comme la Corse, doit une grande partie de sa biodiversité à des introductions d’espèces algériennes dans ses écosystèmes. Ses habitants ont su développer leur économie autour de cette richesse… Pourquoi les algériens n'en font-ils pas autant avec leur propre biodiversité?

Le tourisme, l’artisanat, la gastronomie, la recherche scientifique, les secteurs « bio », le textile, les métiers du bien-être et de la médecine naturelle, pour ne citer qu’eux, deviennent des marchés attractifs, et ce aux quatre coins du Monde. Ne sont-ils pas liés très intimement avec la Biodiversité ? Toutes ces niches commerciales ont leur légitimité sur le sol algérien. Il faudrait cependant faire quelques efforts à ce sujet pour encourager les jeunes entrepreneurs désireux de s’investir dans ces secteurs. Il faut avouer que les critères de sélection à ANSEJ, principale aide aux jeunes investisseurs algériens, affiche une volonté de favoriser cette tendance. Mais le manque de formations et de documentations nationales ralenti largement l’efficience des projets allant dans ce sens. Dans ce cas, l’argent ne suffira pas, la culture, l’enseignement, le partage de l’information seront des atouts inévitables pour que se développent vraiment les secteurs cités en début de paragraphe.

Victime de son précédent baby boum, l’Algérie a des besoins en logements ainsi qu’en infrastructures urbaines très importants. De nouvelles méthodes de construction et conceptions de l’urbanisme existent, ne serait-il pas judicieux pour un pays riche en rente comme l’Algérie d’investir des ces secteurs qui prennent en compte la biodiversité dans leur cahiers des charges. Certes, sur du court terme, les coûts peuvent paraître plus élevés, mais, au regard de leur faible empreinte écologiques, les « éco villes » permettent notamment de diminuer les mauvais effets de l’urbanisation sur la biodiversité algérienne. De plus, certains procédés de construction et comportement issus de la tradition algérienne, devraient être revisités et intégrés dans la gestion de l’environnement. C’est d’ailleurs le point qui m’est le plus cher…

Le but de cet article est de sensibiliser chacun d’entre vous sur le fait que la Nature de notre pays a surtout besoin, pour rester belle et saine, de la nature essentielle des algériens et des algériennes. Pour moi qui les observe depuis mon plus jeune âge, à la fois compatriote et étranger, la vraie Nature algérienne c’est : être un peuple courageux, fier, généreux et surtout curieux et inventif, une société qui garde la capacité de dérision et la joie de vivre quoiqu’il arrive (l’histoire contemporaine l’a prouvé). Les algériens et les algériennes sont à l’image de leur environnement : que ses plaines soient vertes ou désertiques rien n’empêche l’Algérie d’être un don du ciel, surtout quand il s’agit de Biodiversité. Cependant, je vois actuellement un fossé terrible qui se creuse entre beaucoup de jeunes algériens et cette Nature, j’entends par là physique et culturelle. Ils semblent vouloir devenir des consommateurs de masse avant tout et ne se soucient guère d’autre chose que de l’argent et de choses très matérialistes. Il y a des raisons à cela, je n’en doute pas, il n’est pas question ici de les juger, mais plutôt de déplorer cette tendance qui, à mon humble avis les mènera vers une impasse.

Une jeune société capable d’interagir vertueusement avec le reste de la biodiversité qui l’entoure tout en développant les compétences technologiques, culturelles et commerciales liés environnement voilà, entre autre, et surtout dans l’idéal, ce que pourrait être la jeune Algérie en devenir si elle le voulait, ou peut-être, si on la laissait faire. Son avenir, ainsi que celui de sa jeunesse serait ainsi garantis, autant d’un point de vue économique qu’au regard de la biodiversité.

Ce n’est pas une affirmation scientifique, je n’en ai ni les compétences, ni la prétention, mais plutôt une intime conviction qui m’habite et que je sais être partagée par nombre des lecteurs de ce portail qui fête ainsi son 1000 éme article publié sur un blog qui compte plus de 250 000 pages consultées en à peine deux ans.

Je profite de cette conclusion pour remercier et saluer tous ceux et celles qui m’ont accueillis en Algérie afin de me permettre d’avoir une vision plus nationale de l’écologie en Algérie. J’aimerais aussi en profiter pour remercier tous les lecteurs et lectrices de Nouara, qu’ils soient assidus ou occasionnels, j’espère que ce blog les aura aidés dans leurs recherches ou tout simplement sensibilisés.

Karim Tedjani pour « Nouara, le portail de l’écologie en Algérie ».

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À propos

Karim Tedjani

Karim Tedjani est un blogeur indépendant très concerné par les questions de l'environnement ainsi que de l'écologie en Algérie... Depuis 2009 , il sillonne autant le web que son vaste pays d'origine; afin de témoigner, d'apprendre, mais aussi de militer...
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BABA AHMED Allou 21/01/2012 05:46


Bravo pour votre idée génial de couvrir les 1000 articles sur l'écologie.  IL faudrait les éditer et en faire un livre qui s'intitulera. MON BEAU PAYS L ALGERIE        
          l écologie       avec ces multiples façades _ la mer, la montagne , la foret, le sahara, les lacs carrefour de  notre biodiversité

Karaali Abdelouahab 19/01/2012 21:13


Bravo  pour ce 1000e article sur l'écologie. Un combat qui mérite d'être mené. Aujourd'hui plus que demain, nos devons affûter nos armes pour livrer le combat final. Le monde bouge
pour  une alternative plus humaine et solidaire.


Le bonjour du jardin des Robiniers de Qacentina

Karim Tedjani 20/01/2012 16:15


Bonjour, cher ami, je suis d'accord avec vous et j'en profite pour saluer vos nombreuses initiatives pour aller dans ce sens. Je compte d'ailleurs très bientôt publier une série d'articles qui en
temoignera! Bravo!