Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Nouara Algérie.com

Ecologie, environnement, nature, économie verte et développement durable en Algérie

"La qualité de l'eau du robinet, un enjeu majeur pour l'environnement" Par Karim Tedjani

 

 

« En Algérie, l’eau du robinet est loin de faire l’unanimité auprès des consommateurs. »

 

 

 

Robinet

 

Photo : Tedjani K.

Face à la demande croissante en eau minérale, l’annonce a été faite que de nouveaux permis d’exploitation de sources naturelles ont été accordées par le Ministère concerné. Cette décision,  va  certes  contribuer à éviter que la récente pénurie de ce produit ne se reproduise comme durant cet été, laissant  ainsi de nombreux citoyens « sur leur soif » pendant de longues journées. Pour le marché de cette précieuse denrée, c’est également une bonne nouvelle qui va générer de nouvelles opportunités commerciales   et, de ce fait, contribuer à créer des  emplois.

Doit-on, pour autant, se féliciter totalement d’une telle initiative ?

Pour peu que l’on creuse un peu le sujet, que l’on remonte, si j’osais m’exprimer ainsi, à la source du problème, il n’est pas injustifié de considérer que cette nouvelle n’est pas aussi bonne que cela. Car derrière cette croissance de la demande, se cache un triste  état de fait dont les conséquences  risquent malheureusement de ne pas être si heureuses que l’on voudrait le prétendre : beaucoup  d'algériens boudent, à juste ou mauvais titre,  l’eau qui  s'écoule  de leur robinet…

Lors de mes nombreux voyages à travers la zone tellienne, j’ai souvent constaté que les consommateurs, quand ils en avaient les moyens,  ne s’aventuraient que très rarement à s’abreuver avec l’eau issue du réseau  domestique. Il faut dire que, avant même de douter de la qualité hygiénique de l’eau du robinet, le facteur gustatif entre largement en compte dans leur choix de consommation.  Personnellement, je me souviens encore de l’arrière goût de terre de celle fournie dans le quartier très populaire de « Gabet elioud » à Annaba, de la fadeur absolue de celle du quartier encore plus populaire de « l’Eria » à Oued Znati (Guelma), de l’impression que j’ai eu de boire de l’eau de piscine en tentant de boire celle du quartier Hamdi Slimane à Boudouaou (Boumerdes), pourtant plus résidentiel .Que dire du goût infecte de celle de la ville de « Ben Azzouz » (Skikda). Heureusement, ce n’est pas le cas de toutes les agglomérations urbaines et l’on peut même boire une eau très savoureuse dans certaines villes et villages. Parfois, les différences se font entre quartiers, en fonction de la vetusté ou de l'ancienneté de ses canalisations hydrauliques.  

D'ailleurs, partout  où les citoyens ont la possibilité de s’approvisionner directement à une source naturelle, ils préfèrent se déplacer , parfois même jusqu'à  quelques dizaines de kilomètres de leur domicile,  afin d' éviter de boire l’eau du robinet. L’exemple de la commune de Naciria  est  flagrant. En effet,  face à ce triste état de fait, des citoyens responsables ont pris le parti de restaurer une ancienne source et de la doter de deux fontaines permettant ainsi de la mettre à la disposition des citoyens. Je me suis rendu sur place pour témoigner sur mon portail de cet élan de civisme plus qu’honorable. Le premier argument que m’ont donné les instigateurs de cette noble entreprise a été qu’ils se méfiaient de l’eau « communale ».   Il suffit de constater la grande fréquentation de ces fontaines, et ce, jusqu’à des heures très tardives, pour adhérer au fait que l’eau du robinet, bien qu’elle soit à la disposition de 93% des algériens, ne rencontre pas un fier succès auprès d’eux.  

Pourtant, toutes  les sources  naturelles et les puits ne sont pas régulièrement contrôlés. Ces adeptes de l’eau de source savent-ils, qu’au fond ils encourent également un risque non négligeable  d’être contaminés par des maladies ? Surtout que l’eau est un des vecteurs bactériologique parmi  les plus virulents…

En ce qui concerne la qualité sanitaire  de l’eau dispensée par nos robinets, faute d’études objectives et indépendantes   sur le sujet, je ne peux m’aventurer à la remettre en question, bien que le doute à ce propos soit largement partagé par  un grand nombre de nos concitoyens dont certains même  ont abandonné leur consommation suite à des problèmes de santé. Le discours de la S.E.E.A.L est  cependant lui sans équivoques: cette eau est irréprochable.

Une chose est sûre, si cette eau l'était vraiment,  pourquoi les algériens  dépenseraient-ils  autant d’argent à acheter des bouteilles dont le prix au litre est similaire à celui de  l’essence  et ce , dans le meilleur des cas ? Prenons celui  d’un foyer de quatre personnes seulement; en considérant qu’il faut au moins un litre d’eau par individus par jours ; et qu’une bouteille  d’un litre et demi d’eau minérale coûte généralement entre 25 et 30  dinars ; il leur faudra acheter 80 bouteilles par mois soit entre 2000   et 2400 dinars. Sur une année, cela reviendrait à  24000 dinars au mieux, 28 800 pire. Et encore, je ne prends pas en compte dans ce calcul le fait qu’en été, l’humidité ambiante aidant, certains n’hésitent pas à consommer 3 litres par jours ! Quand on sait que le salaire moyen dans notre pays est de 15 000 dinars environs, on réalise  que cela représente deux mois de salaires pour les  familles les plus modestes.

Le problème viendrait peut-être non de la source de distribution mais plutôt de l'état de grande vetusté de certaines canalisations. La dégradation de cette eau se ferait donc lors de son acheminement vers nos domiciles. Cela expliquerait ainsi pourquoi la qualité sanitaire de cette eau peut varier d'un quartier à l'autre.

De plus, si, il s’avérait que cette eau ne soit pas totalement   potable, il faudrait s’inquiéter  du  fait que tous les jus de fruits, les limonades, les bières, les sauces d’assaisonnements contiennent de l’eau qui est d’ailleurs souvent indiquée comme « traitée »  sur les étiquettes annonçant leur composition. Il est évident que les industriels ne vont pas mettre de l’eau de source dans leurs produits, mais bien de l’eau issue des canalisations publiques. Que signifie cette mention ? Pourquoi cette eau a-t-elle donc  besoin d’être traitée ?

 

 

 

ingrédientsPhoto : Tedjani K.

On peut régulièrement lire la mention « eau traitée » sur un grand nombre d’étiquettes indiquant la composition des boissons sucrées dont raffolent les algériens…

 

« Favoriser la consommation de l’eau minérale, afin de répondre aux besoins croissants des consommateurs algériens  en eau potable, c’est inévitablement contribuer à accentuer la prolifération déjà catastrophique des bouteilles en plastique vides  sur la voie publique et dans la Nature… » 

anBouteilles...-copie-1

Imaginez  plus de 35 millions d’algériens consommant ne serait-ce qu’une demi bouteille d’eau minérale   par jour…  

A l’échelle d’une année, la somme de ces contenants vides obtenue est plus qu’impressionnante ! Et je ne parle pas des jus de fruits, des limonades, des sauces d’assaisonnements, des bouteilles d’huiles, de liquides vaisselles ect… Parmi les déchets les plus récurrents sur la place publique, autant que dans la Nature, qui pourrait contester  le fait que les bouteilles en plastiques figurent en première place.

De plus, il faut prendre conscience des quantités collossales de camions, et donc de carburant qu'il faut dépenser pour transporter tous ces millions de bouteilles; de même que pour les transporter en déchets une fois consommées. Il est indéniable que cette activité économique a une empreinte écologique ainsi qu'un prix énergétique  loin d'être honorables.

 

Aussi, il serait bon d’inciter plutôt les citoyens  algériens à consommer de préférence l’eau du robinet  plutôt que d’augmenter la production d’eaux minérales si l’on ne veut pas que la pollution des déchets, principale problématique environnementale en zones urbaines et périurbaines ne s’accentue encore plus.. Pour cela, il faudrait s’interroger sur les raisons de sa défection auprès de ces derniers  et d’agir en conséquence afin de résorber cette fâcheuse tendance.

Si en Europe, par exemple, boire  exclusivement de l’eau minérale est  réservé à des consommateurs souvent aisés et   soucieux de leur santé, chez nous, en Algérie, ce choix relève plutôt de la nécessité. D’autant que les nombreuses et longues coupures d’eau qui sévissent chez nous  rendent leur consommation parfois même obligatoire.  De ce fait, même si consommer de l’eau minérale est une bonne chose en soit pour la santé publique, il faudrait  que cela demeure  un luxe et surtout un choix personnel, sinon notre pays risque de crouler  encore un peu plus sous des tonnes de déchets. La marge sanitaire et gustative entre l’eau minérale et l’eau du robinet doit être relativement faible et les consommateurs doivent être informés correctement de la composition de l’eau qui coule dans leurs canalisations afin d’être rassurés sur le fait qu’ils peuvent la consommer sans inconvénients pour leur santé.

Dans de nombreux pays en voie de développement, cette  facheuse tendance est devenue la norme. De plus en plus, au lieu de chercher à rénover les canalisations souvent très vétustes, les responsables politiques de ces pays  préfèrent laisser le marché de distribution en bouteille pallier à cette insuffisance. Même aux USA, le  service de livraison à domicile de ces bouteilles devient très juteux.  Cependant, si cette "mode" fait le bonheur des industriels de l'agronomie comme Nestlé dont ce marché est devenue la principale source de bénéfices, elle ne fait figure que de pis aller et a des impacts forts nocifs pour l'environnement, de même qu'elle instaure une injustice parmi les plus intolérable: ceux qui n'ont pas les moyens de consommer de l'eau minérale se voient contraints de s'abreuver avec une eau  souvent insalubre.  

Si il est indéniable qu’ en Algérie,  de grands efforts ont été mis en œuvre afin d’augmenter la quantité de stockage de l’eau, tant que l’aspect qualitatif ne sera pas réglé de manière vraiment absolue, la jeune nation Algérienne n’aura  pour l’instant fait que gagner une bataille face au manque d’eau. Le plus dur, reste à accomplir : une distribution ainsi qu’un traitement des eaux vraiment efficients. Enfin, si cette défection de l'eau du robinet n'était due qu'à une rumeure non fondée, elle n'en montre pas moins que la population ne fait plus confiance à l'Etat même quand il s'agit d'un service pourtant aussi vital,  puisque cette "intox" a fait beaucoup d'émules parmi les consommateurs algériens. Une  large campagne de sensibilisation s'imposerait alors afin de prouver que cette eau est totalement saine.

Il faudrait également  obliger les nouvelles marques à conditionner  leur eau minérale  avec des bouteilles en verre consignées. Mais c’est une autre histoire…

Karim Tedjani pour « Nouara, le portail de l’Ecologie en Algérie ».

 

 

 

Retour à l'accueil

Partager cet article

Repost 0

À propos

Karim Tedjani

Karim Tedjani est un blogeur indépendant très concerné par les questions de l'environnement ainsi que de l'écologie en Algérie... Depuis 2009 , il sillonne autant le web que son vaste pays d'origine; afin de témoigner, d'apprendre, mais aussi de militer...
Voir le profil de Karim Tedjani sur le portail Overblog

Commenter cet article